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LES MONUMENTS DE ROME

notamment le palais Farnese, et dont on ne put arrêter la destruction qu'en y construisant les douze chapelles qui entourent l'arène et en les bénissant. Le Capitole, devenu un musée, m'apparut comme une profanation ; le Panthéon, comme une miniature de son nom. Les dix-neuf arcs de triomphe de Rome et notamment ceux de Septime et deTiteme semblèrent d'autant plus beaux que je ne pouvais leur comparer que la porte Saint- Denis, alors qu'aujourd'hui l'arc de Napoléon les domine, comme Napoléon lui-même domine les princes que ces arcs rappellent. Les colonnes Antonine et Trajane me frappèrent par la proportion et la beauté d'exécution, et certes je ne pensais pas alors que, pour l'érection d'une colonne semblable, je fournirais un jour le bronze de vingt-quatre pièces de canon russes.

Mettant à part toutes les richesses qu'il renferme , je n'ai gardé du Vatican que le souvenir d'une fatigue avec ses douze cents chambres, ses soixante et un mille pieds de tour, les huit grands escaliers, les deux cents petits, les chapelles, les musées, les galeries, la bibliothèque, les jardins. Le Campo Vaccino, cet ancien Forum, qu'il serait plus exact de nommer le champ des débris et dont jusqu'à la poussière est monumentale; le pont qui remplace celui que défendit Goclès; la porte du Peuple; le Cours, consacré par tant de triomphes, y compris la parodie triomphale du général Berthier; le Tibre dont les eaux si sales ajoutent sans cesse à la vase, comme pour ensevelir à jamais d'inappréciables richesses enfouies dans son lit; le tombeau d'Adrien, transformé en château Saint-Ange; les vastes débris du palais des Césars; la statue de Pompée, au pied de laquelle César fut assassiné; la Louve du Capitole, frappée de la foudre la veille de l'assassinat, cette louve et cette statue, que des Français, jouant à Rome la Mort de

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Césa7; firent placer sur la scène; les statues antiques encore si nombreuses, quoique pendant des siècles on en ait broyé pour faire du mortier; l'immensité des ruines qui couvrent les sept collines, tous ces souvenirs par lesquels Rome n'est pas moins sacrée que par le Saint-Siège et par les mules du Pape, varièrent mes impressions sans les affaiblir (1).

Je ne parlerai pas des palais ni des basiliques, c'est-àdire des onze plus belles églises de Rome, bien que, à Saint-Pierre, parmi l'or, le bronze, le marbre et le stuc, les arts resplendissent dans une sorte de vie surnaturelle: mais je ferai une courte mention de la gerbe que, du haut de la coupole de Saint-Pierre et à la nuit fermée, on tirait le jeudi saint.

A mon arrivée à Rome, tout le monde y parlait encore d'un Anglais qui était resté trois semaines saintes de suite pour voir cette gerbe et qui ne la vit pas. La première fois, arrivé tout exprès, il but un coup de trop, se trompa sur l'heure, et la gerbe partit sans lui ; la deuxième fois, sa voiture cassa en route, et, quoiqu'il se fût essoufflé à courir pour regagner les minutes, la gerbe embrasa l'horizon lorsqu'à peine il débouchait du pont Saint-Ange. Enfin, la troisième année, il dépasse en précautions tout ce qu'il est possible d'imaginer; il loue un an d'avance une croisée au premier étage et une au second de la maison la mieux située pour bien voir; il arrive deux heures d'avance, occupe un fauteuil dis-

(1) Le tombeau de Caius Cestius me parut une mesquinerie, non que ce soit un petit monument ou même que ce ne soit pas un des grands tombeaux que j'aie vus. mais parce que la forme pyramidale qu'on lui a donnée s'allie dans notre imagination, comme dans notre mémoire, à des constructions si colossales que tout ce qui ne l'est pas. en fait de pyramides, semble ridicule. Toujours est-il qu'il a déjà traversé vingt siècles et qu'il en traversera davantage.

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