‹ Mémoires;Chapitre 83 sur 222 · LA FOIRE DE SKNIGALLIA · texte numérisé non relu

LA FOIRE DE SKNIGALLIA

10" Du massacre de Tarascon. — Divertissement dans lequel un vieillard et une jeune femme jouent les premiers rôles, etc., etc.

H» Traité de la méchanceté, ouvrage infini par les détails et dédié àBelzébuth, inspirateur.

Grâce à ces titres d'ouvrages qui faisaient allusion à certains traits fâcheux de sa vie, Mme la générale comprit qu'elle devait me ménager, et désormais elle renchérit et fit renchérir son mari en fait de procédés. Si le remède était violent, du moins fut-il efficace.

Le général G... voulut visiter sa division, qui occupait un espace immense; Ancône en faisait partie. Cette tournée dura depuis le 22 juillet jusqu'au 4 août; madame fut du voyage, et, comme c'était le moment de la foire de Senigallia, la plus célèbre foire de l'Italie, j'ai toujours pensé qu'elle avait eu l'idée de faire de cette inspection des lieux et de cette revue des troupes l'occasion d'une promenade amusante. Quoi qu'il en soit, je lui fus redevable de connaître Ancône, que je n'aurais pas vue sans cette circonstance; l'arc de triomphe en marbre presque intact encore et beau comme l'antique gloire qu'il rappelle, Notre-Dame de Lorette, somptueuse construction dépouillée de ses reliques, de ses lames d"or, de ses richesses, et n'ayant gardé que ses pierres de taille: enfin Senigallia et sa foire (1), qui, malgré l'état de guerre du pays, fut brillante et à laquelle j'a-

(1) Oserai-je dire ce qui m'étonna le plus à Senigallia ? Ce fut le poisson de mer qui, comme pièce principale, nous l'ut servi au repas que la ville nous donna. Quarante personnes en mangèrent à deux reprises, attendu qu'il était excellent; à peine était-il entamé. On l'envoya à toute une compagnie de grenadiers, qui ne réussirent pas à le lînir. Sachant notre arrivée, au moment où on le dut à une pèche vraiment miraculeuse, on fit faire une poissonnière pour le cuire.

chetai, pour cinquante sequins, un fort beau camée, onyx à trois couches de couleurs et qui représentait une bacchante (1).

C'est pendant cette course que je retrouvai à Ascoli, je crois, et encore lieutenant et servant comme tel dans la 15° d'infanterie légère, Dath, l'un de mes camarades au 24« d'infanterie légère, brave garçon dans toute la force du terme, d'une vaillance à toute épreuve, fort peu propre au service du bureau, mais excellent partout ailleurs et véritable officier de bataille, titre qui, joint à l'amical souvenir que je lui avais conservé, me décida à me l'attacher comme adjoint.

A la même époque, le corps d'armée de Rome perdit le général Gouvion Saint-Cyr et, par une double fatalité, passa sous les ordres du général Macdonald, qui commandait la première division de ce corps. Ce qu'il y avait de supérieur dans le mérite du général Saint-Cyr, de glorieux dans ses services, d'honorable dans sa réputation, tout cela céda devant l'animosité des pouvoirs civils qui obtinrent sa disgrâce. J'en dirai les motifs, parce qu'ils montrent bien de quels faits, en apparence sans importance, dépendait alors la situation d'un chef qui, par sa valeur et son rang, aurait semblé fort audessus de pareilles influences (2).

(1) J'en avais acheté un autre à Rome pour vingt et un sequins ; c'était une cornaline antique représentant un sacrifice à Priape,et, suivant M. Visconti que je consultai, je ne devais pas hésiter à la prendre pour quatre-vingts. J'en refusai cinq cents piastres à Naples et cent quarante louis d'un Juif à Florence; je ne l'aurais vendue pour aucun prix ; car, dès que je sus à quel point elle était précieuse, je la destinai à mon père en souvenir de mes campagnes en Italie. 11 l'a possédée et portée ; elle m'est revenue à sa mort, et j'espérais la léguer à nouveau comme un double souvenir; mais on me l'a volée.

(2) Je ne veux pas revenir sur la révolte des officiers, et je citerai brièvement le premier échec que le général Gouvion Saint-Cyr eut à subir lorsqu'il vint remplacer le général Masséna à Rome. De

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