L'ARMEE NAPOLITAINE
table des ennemis. Toutefois, pour ne pas m'attarder à faire connaître ce nouvel ennemi de la France, qui n'est pas digne d'un si long intérêt, j'en arrive à ses actes, c'est-à-dire à sa perfide agression.
Sept colonnes, dont quatre commandées immédiatement par le général Mack, sous la propre personne du Roi, avaient passé la frontière; tout aussitôt le général Championnet avait avisé le général Joubert, qui venait de remplacer le général Brune comme général en chef des armées d'Italie; puis il avait écrit au Directoire : « Quoique bien faible, je vous prie de n'avoir aucune crainte sur le sort de l'armée que je commande. «Et, quand il parlait avec cette assurance, il allait avoir à se mesurer avec une armée de 62.000 hommes (1) conduite par les généraux allemands Mack et Metsch et par des généraux français, trop peu français, tels que La Trémoïlle, Damas, Micheroux, Bourcard et San Filippo. Il allait avoir à manœuvrer dans un pays où il arrivait à peine; il ne disposait que de 12 à 13.000 combattants de toutes armes, épars sur soixante lieues de terrain, distance équivalant à une bien plus considérable, grâce
cord avec le Saint-Siège, il ne manquait cependant aucune occasion de faire établir d'anciens droits sur Pontecorvo et Benevento, et que. à titre d'indemnité pour ses peines, il voulait s'emparer de ces villes et de leurs territoires, enclavés dans ses États, puis régulariser surd'autros points ses frontières aux dépens du Saint-Siège, qui comptait sur lui pour être délivré de notre présence et recouvrer intact son domaine de Saint-Pierre. C'était un cruel ennemi, puisque, quatre mois plus tard, quinze malades et quarante aveugles évacués de l'armée d'Egypte abordant en Sicile, quidépendai du royaume de Naples. Ferdinand IV les lit égorger.
(1) Soit 3,000 hommes de cavalerie (30 escadrons), 48,000 homme.> d'infanterie (64 bataillons), 4,00!) hommes d'artillerie manœuvrant 300 pièces, sans compter 7,800 hommes qui, sous les ordres de M. de Damas, allaient débarquer à Livourne pour soulever la^Toscane, rallier à elle les troupes du Grand-Duc et achever de nous envelopper par notre droite, total 62,000 hommes, et d'après une autre donnée, 61,666, minimum que j'adopte.
à la chaîne de montagnes qui séparait les ailes. Et le plus grand rassemblement de ses troupes était débordé de quarante lieues sur la gauche, et devait déjà se trouver séparé des noyaux de ses seconde et troisième divisions. Et les renforts qu'il attendait et dont il pouvait croire ne plus même avoir de nouvelles, étaient encore à plus de soixante-dix lieues de lui; et c'était lorsqu'un ennemi si supérieur s'avançait pour lui couper en même temps ses deux lignes de' retraite et pour le morceler, qu'il ne désespérait de rien.
Quant au Directoire, qui, dès le 5 novembre, avait arrêté un plan général pour la campagne de l'an VII, plan présomptueux et fort peu en rapport avec les forces réelles des armées d'Italie, le Directoire, dis-je, dès qu'il fut instruit, le 5 décembre, de l'entrée des troupes napolitaines sur les Etats romains, obtint de l'Assemblée une loi déclarant que la République française était en guerre avec le roi de Naples; il adressa une lettre au général Joubert, une proclamation aux armées; mais, tandis qu'il préparait ainsi la guerre, elle se faisait déjà avec acharnement, et nos braves multipliaient les victoires, prévenant tous les vœux et réalisant toutes les espérances.
Ce fut à Ascoli qu'eut lieu la première action de cette guerre, action nulle, insignifiante, et qui n'a lieu d'être rappelée que parce qu'elle inaugura les hostilités de cette campagne, un des plus brillants trophées de notre gloire militaire. Ascoli, situé sur le Tronto, qui séparait les deux États, était occupé par le l*' bataillon de la 2' cisalpine; quelques détachements observaient à droite et à gauche le cours de la rivière, quand, le 24 novembre (4 frimaire), vers quatre heures du soir , une colonne de troupes napolitaines, faisant partie du corps d'armée du chevalier Micheroux , rassemblée et organisée dans