GÉNÉRAL EN DÉROUTE
blesser quelques-uns de nos hommes de plus. Grâce à la qualité de nos chevaux, le général, ses aides de camp et moi, nous nous tirâmes de cette bagarre, lui toujours impassible, eux jurant comme des débaptisés, et moi résolu à ne pas continuer à servir avec lui.
Nous avions eu cependant à subir une poursuite acharnée, due plutôt aux chevaux (1) qu'aux cavaliers euxmêmes, et cette poursuite avait été meurtrière pour nous jusqu'au moment où nous avions heureusement rencontré un bataillon et demi des nôtres déployés sur la route. Que faisaient-ils arrêtés en arrière, au lieu de s'être avancés jusqu'à nous? Quoi qu'il en soit, leur chef, le brave Wouillemont, voyant notre déconfiture et la rage de nos poursuivants, avait fait faire un changement de front à un de ces bataillons qui se mit en bordure sur la route et déchargea au passage, à bout portant, un feu de deux rangs sur les deux cents cavaliers; ceux-ci, ne s'étant pas aperçus du péril assez à temps pour l'éviter, furent exterminés, sauf les cinquante premiers qui passèrent avant l'ouverture du feu et qui, coupés de leur retraite, et par là même démoralisés, nous avaient laissés rentrer, sans plus nous poursuivre, à Porto di Fermo.
Cependant le succès de sa manœuvre avait fait concevoir au brave Wouillemont l'espoir de rentrer en possession de notre pièce de canon et de notre caisson, et, bien qu'il n'eût avec lui que la moitié d'une demi-brigade, il se porta en avant. Grâce à l'inconcevable inaction de la division napolitaine, il parvint à reprendre pièce et caisson; mais comment poursuivre ce succès, et que faire sans ordres? Rentré à Porto di Fermo, où je l'avais suivi, le général C..., sans s"ètre embarrassé de ce
(1) Les chevaux napolitains sont tenus les uns aux autres.
qui se passait derrière lui, avait pris le parti de se jeter avec quelques troupes dans les montagnes et de rejoindre ses carabiniers et le bataillon qu'il avait envoyé à leur suite. C'était une bonne manœuvre que d'organiser un parti assez fort dans ces montagnes où l'ennemi avait des troupes et d'où Ton dominait le versant de la mer; mais encore n'eùt-il pas fallu se décider à cette manœuvre trop tard et ne pas abandonner pour elle, alors qu'elle ne devenait plus qu'un pis aller, celles des troupes qu'on laissait postées du côté de la mer. Quant au général Rusca, contradictoirement aux ordres que Fabvre lui avait transmis, au lieu d'amener tout ce qui lui restait de la brigade, il en avait détacbé une partie vers les montagnes, sans s'informer autrement de ce qu'elle pourrait y faire; il avait laissé l'autre partie inutilement enfermée à Porto di Fermo, et, pour ce qui était de lui personnellement, il s'amusait en ce moment, à la tête de soixante-dix dragons du 49% à faire prisonniers les cinquante dragons napolitains coupés par le feu de Wouillemont et qui ne demandaient plus qu'à se rendre.
Or, pendant ce temps, Wouillemont et ses hommes, abandonnés à eux-mêmes, restaient déployés à leur poste sur la route ; mais l'ennemi, qui, n'ayant vu revenir personne de ses deux cents cavaliers et ayant pu prendre notre début pour une ruse, hésitait à engager ses troupes , l'ennemi, à défaut de mieux, fit recommencer le feu de sa batterie de tête, et cette fois sur les bataillons de AVouillemont, dont laposition devint bientôt intenable. Le seul parti qui restât à prendre semblait être la retraite et une prompte retraite, lorsque le lieutenant Petriconi du 85* de ligne, aide de camp du général G..., jeune homme, ainsi que je l'ai déjà dit, de la plus brillante espérance, et qui, je ne sais comment, se trouvait là, cédant