Sur la place de lu Seigneurie, le 23 mai
Ue Ma.-<okot. — Mémoires (le Philippe de Coinmyne». — II. 25
386 MÉMOIRES DE PHILIPPE DE rXj.MMYNES [1498]
medicins ([uatie : il n'adjouxtoit foy que au plus fol, et à cestuv là donnoit de rauctorité tant que les aultres n'ousoient parler, qui'' voulentiers l'eussent purgé quatre jours avant, car ils y veoyoient les occasions de mort, qui l'ut \ Tout homme courut' vers le duc d'Orléans, à qui advenoit la couronne comme le plus prouchain '. Les chambellans dudit rov Charles le tirent ensepvelir fort richement, et sur l'heure luy commença le service, qui jamais ne faillit ne jour ne nuvt. car, quant les chanoynes avoient achevé, conimençoyent les Cordeliers; et quant ils avoient fyné, conimençoient les Bons Hommes, qu'il avoit fondez. Il demoura huvt jours à Amboize, que " en une chambre bien tendue et bien parée'', que en l'église, et toutes choses plus richement que ne furent jamais de Roy ; et ne bougèrent d'auprès du corps tous ses chambellans et prouchains et tous ses oUiciers. Et dura ce service et ceste compaignée jusques il fut mvs en terre, qui fut bien"' l'espace d'un moys; et cousta quarante cinq mil francs, comme me dirent les gens des finances-. Je arryvay à Amboise deux jours après son tres-
r) que ms. — s) qui fut et advint édil. — l) couroit édit. — u tant édit. — v] et bien parée est omis dans les édil. — w) qui bien dura édit.
1. Dès que Charles ^■III fut moi't, des clievaucheurs furent dépèches par tout le royaume afin d'aviser les capitaines des places fortes de faire bonne "••arde. Le'duc d"Orléans était à Blois et fut naturellement averti des premiers, mais il ne fut proclamé que le 9 avril. Pendant toute la journée du 8. les portes du château d'Amboise demeurèrent closes [Ymhert de Baturnuy, cité. p. 207 ss.1.
2. Le corps du roi défunt fut amené d'Amboise à Paris le 17 avril, et déposé à Notre-Dame-des-Champs, en dehors de la ville (Lettres d"Y. de Batarnay à sa femme, des il et 17 avril, dans Godefroy, //l'sL de Charles VIIl, Observations, p. 475 s. . Les funérailles furent célébrées le 2 mai à Saint- Denis, avec une pompe inaccoutumée : elles coûtèrent plus cher encore que ne le dit Commynes, 200.000 francs au moins. La douleur des serviteurs du >< petit roi » fut immense et sans doute très sincère, mais elle n'empêcha pas, la cérémonie terminée, les gens du grand écuyer de se jeter sur le* ornements qui avaient paré le cercueil et la représentation en cire du défunt. D'où un procès en restitution qui fut poursuivi devant le Parlement de Paris au nom des religieux de Saint-Denis et qui se termina par la condamnation du seigneur d'L'rfé (9 juillet 1301, .\rch. nat., X'« 1506, fol. 167 v° . Pour les détails de ces somptueuses funérailles, voyez, entre autres, Godefooy, Hisl. de Charles VIII. p. 747 ss. : le ms. fr. 4340 de la Bibl. nat., frl. 12 ss.; le récit du greffier du Parlement, Arch. nat., X'" 150 i, aux dates des 21, 29'avril et 17 mai 1498: La vraie Ordonnance faite par mess. Pierre
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pas, et allay dire mon oraison là où estoit le corps, et y fuz cinq ou six heures; et à la vérité ne veiz jamais semblable deul, ne qui tant durast. Aussi ses prouciiains, comme chambellans et dix ou douze jeunes gentilzhommes, qui estoient de sa chand^re, estoient myeulx traictez et avoient plus içrands estatz et dons cjue jamais roy ne donna, et trop. Et davantaige la -^ plus humayne et doulce parolle d'homme que jamais lut estoit la sienne; car je croy que jamais à homme ne ilist chose quiluy deust desplaire. Et à meilleure heure ne pouvoit il jamais mourir pour demourer en grand renonnnée par histoires et en grand regret de ceulx qui l'ont servy. Et croy que j'ay esté l'honmie du monde à qui il a iaict plus rudesse, mais congnoissant que ce fut en sa jeunesse et qui ne venoit point de luy, ne luy en sceuz jamais maulvais gré.
Quant j'euz couché une nuyt à Aml)oyse, allay devers ce roy nouveau, de qui j'avoye aussi esté privé que nulle aultre personne, et pour luy avoye esté en tous mes troubles et pertes : toutesfoiz pour Theure ne luy en souvint point fort ^ Mais saigement entra en possession du royaulme, car il ne mua riens des pensions pour celle année, qui avoit encores six moys à durer, osta poy d'offices et dist qu'il vouloit tenir tout homme en son entier et estât (et tout cela luy fut bien seantj et. le i)lus tost qu'il peult, aller à son couronnement, là où fuz. jEt pour les pers de France s'y trouvèrent ceulx qui s'ensuivent :] le premier fut le duc d'Alenczon, qui servoit pour le duc de Bourgongne; le deuxiesme, nions'" de Bourbon, qui servoit pour le duc de Normandie; le troisiesme fut le duc de Lorenne, qui servoit pour le duc
X) et tr()p. Davantage la tinuv. Lemj. ; et Irop davantaigc la Dup.
(ll'rfé pour ienlerreincnt du roy Charles VIll, réimprimée par Tcehener, Pai-is, ISTT), in-X; enfin une lettre de Du 15(iiichaf;e à sa femme, datée du 2 mai : " Ma famé, m'amyc... liier le eorjjs dn feu Hiiy fut mis en terre très honorablement, et y a heu deux rardinaulx, treize evesques et plusieurs abés. L'ung desd. eardinaulx a fait toujours l'office, le cardinal de Qucursse (de (iurce, Hayniond l'erraiid) <\ Paris, et le cardinal du Mans à Saint-Denis... » {Ymberl de Btilurnay, p. 211 s.;. 1. Cf. Sanudo, Diarii, II, col. 'i9.
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de Guyenne ; le premier conte, Phillippes Mons"" de Rivastin^ (|ui servoit pour le conte de Flandres; le deuxiesme, Angilbert Mens'' de Clèves -, qui servoit pour le conte de Ghampaigne; le troisiesme, Mons"" de Foex, qui servoit pour le conte de Thoulouze. Et fut ledit couronnement à Reins du roy Loys douzeiesme de présent régnant, le vingt septiesme de mars y ^ Fan MGGCC llll^^ XVIII. Et est le quatriesme venvi en ligne colateralle. Les deux premiers ont esté Charles Martel, ou Pépin son filz, et Hue Cappet- : tous deux, maistres du palaix ou gouverneurs des roys, usurpèrent" le royaulme sur'^ leursdits roys et le prindrent pour eulx. Le tiers fut le roy Phillippes de Valoys, et le quart le roy de présent. A ces deux venoit le royaulme justement et loyaulment. Et cecy est à prandre '^ la première génération des rovs de France à Merouvée. Deux rovs v avoit eu en France avant ledit Merouvée, ce fut Pharamon. qui fut le premier qui fut esleu roy de France, caries aultres avoient esté appeliez ducz ou roys de Gaulle; lequel Pharamon eut ung filz ^' appelle Claudio. Ledit Pharamon fut esleu roy. Tan CCCC et vingt, et régna dix ans; son filz Claudio en régna dix huyt. Ainsi durèrent*^ ces deux roys vingt et huyt ans. Et Merouvée, qui vint après, n'estoit point filz dudit Claudio, mais son parent : par quoy sembleroit qu'il y eust eu cinq foiz mutation en ces lignées /^ royalles; toutesfoiz, comme j'ay dit, on prent la première génération à
y) sic éd. 1528 ; Sauv. et ses successeurs ont rectifié en mai. — z) Capelle. Sauv. Dup. — a) qui usurpèrent Sauv. Leng. Dup. — h) sous Leng. Dup. — c) La première génération... est à prendre etc. Sauv. Leng. Dup. — d) ung sien filz édit. — e) régnèrent édit. — f) lignes édit.
1. Philippe de Clèves, seigneur de Havenstein, fils d'Adolphe de Clèves et de Béatrix de Portugal, mort en 1528. Il épousa Françoise de Lu.\embourg, dame d'Enghien. Cousin de Louis XII, il reçut, dès l'avènement de ce roi, une pension de 14.000 livres (Cf. de Maulde, Chron. de Louis XII, 1,98).
2. Engelbert de Clèves, comte d'Auxerre, puis de Nevers (Voyez plus haut, p. 273, n. 2).
3. 27 mai 1498. Sauvage a émis l'opinion que toute cette fin n'est pas de Philippe de Commynes. Elle paraît être en effet, si l'on peut ainsi parler, plutôt « de style ». Toutefois, les erreurs historiques qu'on y rencontre ne sauraient suffire à démontrer la vérité de l'opinion de Sauvage.
commencer à Merovée, (jui fut fait roy l'an CCCC XLVIIIff. Et y a eu jusques au] sacre du roy Loys douzeiesme, de présent reg-nant, MXLVIII '' ans que commenta la g^eneration dosdits roys de France; et c[ui le vouldra prandre à Pharamon, il y en auroit trente huy t ' davantai^e. qui seroient mil quatre vingts et six ans-/ que premier y a eu roy appelle roy de France. Depuys Merovée jusques à Pépin, y eut trois cens trois ans que avoit duré ladite ligne de Merouvée. Despuys Pépin jusques à Hue Gappet, y a eu deux cens trente sept ans que a duré ladite vraye ligne de Pépin et Charlemaigne son fdz. Celle de Hue Cappet a duré en vraye ligne trois cens trente et neuf ans, et faillit au roy Phillippes de ^'alois. Celle dudit roy Phillippes de Valloys a duré en vraye ligne jusques au trespas du roy Charles huitiesme, qui fut Tan M CCCC IHI^^ XVIH; et cestui là a esté le dernier de ceste ligne, qui a duré cent soixante neuf ans, et y ont régné sept roys : c'est assavoir ledit roy Phillippes de Vallois, le roy Jehan, le roy Charles cinquiesme, le roy Charles sixiesme, le roy Charles septiesme, le roy Loys unzeiesme et le roy Charles huy tiesme ''.
g) Les édit ajoutent : et là conimencea ccste première lif^ne. — h) ML édit. — /) vinjrt et huit édil. — j) mil septante et huict édit. — A) Les édil. anlér. ajoutent : fin de la ligne droicte de Philippe de "V'alois.