‹ Mémoires;Chapitre 21 sur 177 · Lisez de soixante-six ans · texte numérisé non relu

Lisez de soixante-six ans

4. Guy ou Guinot de Lauzières ou Lousière, chevalier, seigneur de Montesquieu, de Pézenas et de la Chapelle, conseiller, chambellan et maître d'hôtel du roi et son sénéchal de Quercy (Bibl. nat., ms. fr. 26100 n" 351 ; cf. de Maulde. Chrnn. de Louis XII, cit., I. 25 n, ; Pélicier, Lettres de Charles VIII, I. 22). En 1479, il est qualifié écuyer, prévôt de l'hôtel du roi, avec 1.200 1. t. de pension (Bibl. nat., ms. fr. '23265, fol. 13).

[1483"^ LIVHE VI, CIIAPITKK VII 5."

paiu^née du prince de Tarante, iilz du roy de Napples; car il ne voulut partir sans hrief du Pape et cong-ié de son rov ^. Quel sens a ceste simple personne =, lequel avoit faict deux églises au pays des Mores ■' ! Jamais n'avoit mangé nv n'a encores, depuys qu'il se mist en ceste estroicte vie, ne chair, ne poisson, ne œufz, ne beurre, ne laictage^, ne nulle gresse 2. Et ne pense jamais avoir veu vivant de si saincte vie, ne où il semblast myeulx que le Sainct Esperit parlast par sa bouche ; car il est*^ lettré, et n'aprint jamais rien. Vray est que sa langue ytalienne luy aide'^. Ledit hermite passa par Napples, honnouré et visité autant que ung grant légat apostolicque, tant du roy que de ses enfTans, et parloit avecques eulx comme ung homme nourry en court. De là passa par Rome, visité de tous les cardinaulx ; eut audience avecques le Pape par trois foiz, seul à seul, assis auprès en belle chère, l'espace de trois ou quatre heures à chascune foiz, qui estoit g-rant honneur à ung si petit homme, respondent si sainement que chascun s'en esbahissoit ^. Luy accorda nostre Sainct Père faire ung- ordre appelle les hermites Sainct Françoys. De là vint devers le Roy ^, honnouré comme si ce eust esté le Pape ; se mettant à genoulx devant luy, luy priant prier Dieu pour luy ^, afin qu'il luy pleust alonger ses jours. Il respondoit^^ ce que saige homme devoit respondre. Je l'ay

z] car il ne vouloit partir sans confçié du pape, ne de son roy, qui estoit sens à ceste sinijile personne A B D. édil. — a deux églises au lieu où il demouroit édit. — h) ne n-ut'z ne laictage li, édil. Dup. — c) il esloit .4 D, édii. Dup. Chnnt.; car il nestoit clerc ne lettré éd. I.t:2'i, Suuv. Leng. — d) luy aidoit D, édit. — e) Les six derniers mots sont omis dans les autres mss., comme dans les édil. impr. — f) respondit édil.

1. François avait eu {îfrand'peine à se décider à quitter sa solitude, et le pape, prié dintervenir, dut l'en presser à deu\ reprises.

2. '< Mons. le jjeneral, je vous prie de m'envoyer des citrons et des oranges douces et des poires muscadelles et des pastenargues, et c'est pour le saint homme qui ne mange ni chair ny poisson.. » (Louis XI à François de Gênas, receveur général des finances en Languedoc; de Cléry, le 29 juin. Cité par M"' Dupont, Mémoires. Il, p. 230 n., avec la date de 1483).

3. Sixte IV voulut lui conférer les ordres, mais le frère les déclina par humilité.

4. Il arriva à Lyon le 24 avril 14H3 Invenl. des Arch. commun, de Lxjon, Série CC, III, 48)^

56 MÉMOIRES DK PIIILIPPF. DE COMMVNES [1483]

maintes foiz ouy parler devant le Roy (jui est de présent, où cstoient tous les plus grans du royaulme, et encores puys deux moys ' : mais il sembloit qu'il fust inspiré de Dieu des choses qu'il disoit et remonstroit, car aultrement n'eust sceu parler des choses dont il parloit. Il est encores vif, par quoy se pourroit bien chauffer ou en myeulx ou en pis, par quoy me tays, pour ce que plusieurs ^ se mocquoient de la venue de ce hermite, qu'ilz appelloient « sainct homme » ; mais ilz n'estoient point informés des pensées de ce saige Roy, ny n'avoient leu '' les choses qui luy donnoyent l'occasion.

Nostre Roy estoit en ce Plessis avec peu de gens, sauf archiers, et en ces suspictions dont j'ay parlé : mais il avoit bien prouveu, car ne laissoit nul homme, ne en la ville, ne aux champs dont il eustsuspiction, mais par archiers les en faisoit aller et conduyre. De nulle matière on ne luy parloit que des grandes qui luy touchoient. Il sembloit, à le veoir, myeulx homme mort que vif, tant estoit maigre et deffaict', ne jamais homme l'eust creu. Il se vestoit richement, ce que jamais n'avoit acoustumé par avant, et ne portoit que robbes de satin cramoysi, fourrées de bonnes martres. Et en donnoit assés ~, qu'il envoyoit sans demander, car nul ne luy en eust ousé deniander ne parler de riens. Il faisoit d'aspres pugnitions, pour estre crainct et de paour de perdre obéissance (car ainsi le me dist il), remuoit offices et cassoit gens d'armes, roignoit pensions, oustoit de tous pointz ; et me dist peu de jours avant sa 'ïiort qu'il passoit temps à faire et à deffaire gens. Et faisoit

pour ce que est omix dans les édit. — h) veu éd. Dup. Ch. — i) et JefTaict est omis dans A B D et les édit. imp. **•

1. Commynes rentra en grâce auprès de Charles VIII vers le mois d'août 1489 (Lettres à Laurent de Médicis, de Dreux, 5 août 1489, et à Anne de Beaujeu. du même lieu, 12 septembi-e ni. a., dans Kervyn, Lettres et Xégoc. cit. II, 69, 75). Le 16 juillet de la même année, Côme Sassetti informe Laurent de Médicis que M. dWrgcnlon a recouvré la liberté d'aller où il voudra et qu'il a quitté la cour {Ibid., p. 7"). Il est donc pnibablo que ce passagce fut écrit pendant le premier semestre de 1490.

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