‹ Mémoires;Chapitre 32 sur 177 · Voyez plus haut, t. I, p. .'il · texte numérisé non relu

Voyez plus haut, t. I, p. .'il

•S. Pierre de Kocaberti, dune ancienne famille de (.alalogne, chevalici', conseiller et chambellan du roi. seigneur de Sommieres et (le Crestarnault (1474), avec une pension de 2.000 1., (jui fut pcu-tée à 6.000 en 1475. C"cst en 1473 qu'il fut fait prisonnier par les Français, puis nommé gouverneur de Roussillon (Dupont, Mémoires, II, 266 n.: de Maulde, Jean d'Auton, I. 218).

80 MÉMOIKKS Di: l'HILIl'PE DE C(JMMYNES [1483]

reaulx de fer en forme de g^rosses o;risles ; et aux quatre eoiiifçs de la maison, (juatre moyneaux de fer, bons et «^rans et espoys. Lesdites grisles estoient contre le mur. du costé de la place. De l'autre part du foussé '■, car il estoit à fond de queuve, lit ' mettre plusieurs broches de fer, massonnées dedans le mur. qui avoient chascune trois ou quatre j)oinctes, et les feit mettre fort près lune de lautre. Et <lavantaig-e ordonna dix arbalestiers dedans lesdits foussés, pour tirer à ceulx qui en apjjrocheroient avant que la porte fust ouverte ; et entendoit qu'ilz couchassent esdits foussés et se retirassent au^dits moyneaux de fer. 11 entendoit bien que ceste fortiftication ne suffîsoit point contre grand nombre de gens ne une armée, mais de cela n"avoit-il point de paour. mais craignoit ({ue quelque seigneur ou plusieurs ne fissent une emprinse de prendre la place, demy par amour et demy par force, avec quelque peu d intelligence ", et ceulx là prinsent lauctorité et le fissent vivre comme homme sans sens et indigne de gouverner. La porte du Plessis ne se ouvroit qu'il ne fust huyt heures du matin, ne ne baissoient le pont", et lors y entroient les officiers; et les cappitaines des gardes y mettoient les portiers ordinaires et puys ordonnoient leur guet d'archiers, tant à la porte que parmy la court, comme en une place de frontière estroictement gardée : et n'y entroit nul que par le guychet et que ce ne fust du sceu du Roy, excepté quelque maistre d'hostel et gens de ceste sorte qui n'aloient point devers luy.

Est il donc possible de tenir roy "', pour le garder honnestement, en plus estroicte prison c|ue luy mesmes se tenoit? Les caiges où il avoit tenu les aultres avoient quelques huyct pieds en quarré ; et luy, qui estoit si grant Roy, avoit bien une petite court de chasteau à se pourmener ; et encores n'y venoit là gueres, mais se tenoit en la galerve, sans partir de là, sinon que par les chambres alloit à la

SI Sauvage et ses successeurs rattachent de laultre pnvl du fossé, etc.. à la phrase précédente. — t el fit édit. — u avec quelque peu d'artillerie A. — t'i et ne baissoit le pont jvisques à lad. heure édit. — w ung roy édti.

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messe, sans passer par hulitc court. N'ouUlrint Ion dire que ce Rov ne soullVist ' . qui ainsi s'eni'ermoit et se faisoit j^arder, qui estoit en peur de ses enlïans et de tous ses prouchains païens, i tellement cjuil •'' chan^eoit et muoit de jour en jour ses serviteurs et nourriz, et qui ne tenoient bien ne honneur que de luy. et en nulz d'eulx ne se ousoit lier et se enchaynoit de si estrang^es chaynes et clostures? Si le lieu estoit plus g'rand que d'une prison commune, aussi estoit il plus grand que prisonniers communs. On pourroit dire que d'aultres ont esté plus suspectioiineux que luy : ce n a pas esté de nostre temps, ne par avanturv» homme si saige ny ayant si bons subjectz, et avoient par adventure esté cruelz et tirans, mais cestui cy n"a faict mal à nul qui ne luy ait faict quehpie otlence, je ne dis pas tous de qualité de mort =.

Je n'ay point dit ce dessus pour seullement parler des suspictions de nostre Roy, mais pour dire que la pacience qu'il a porté en ses passions, semblables de celles qu'il a faict porter aux aultres, je le reppute à punition que Nostre Seigneur luy a donné en ce monde pour en avt)ir moins en l'autre, tant es choses dont j ay parlé comme en ses maladies bien grandes et douloureuses pour luy, et qu'il craignoit beaucop avant tju elles luy advinsent ; et aussi, afin (jue ceulx qui viendroient après luy fussent ung peu plus piteux du peuple et moins aspres à punir qu'il n avoit esté, combien que ne luy vueil donner charge, ne dire d'avoir veu ung meilleur prince, car s'il pressoit ses subjectz, il n'eust point soulfert que ung aultre l'eust faict, ne privé, ne estrang^e.

Après tant de paours, suspections et douleurs, Nostre Seigneur fit miracle sur luy et le guervt tant de lame que du corps, comme tousjours a acoustumé en faisant ses miracles, car il le ousta du travail de ce misérable monde-'

X, ne soullrist pas aussi bien que li-s autres éd. — 1/ et tellement qu'il éd. t-'>-2-'i : pai-ents,(jui Sniiv. Len(] . Dup. — :, Les derniers ;/to/s.jene dis pas, etc. n'esislenl r/ue d:in.s l'édition Dupont, qui (es a rétablis d'après B. — a'} car il l'osta de ce misérable monde B. édil.

De Ma:<drot. — Mémoirex d<» Philippe de Cnmmynes. — II. li

en {frant santé do sens et d'entendement , en bonne mémoire, aians receuz tous ses sacremens. sans soutîrir douleurs que 1 on congneust, mais tousjours parlant jusques une patenostre avant sa mort, ordonnant'^ de sa sépulture' et qu i il y vouloit '' quilacompaig-nast et par quel chemyn ''; et disoit quil n'esperoit à mourir que au sabmedi. et Xostre Dame luy procur er oif ceste ^race. en qui tousjours avoit eu fiance et grande dévotion et prioit^^. Et aussi au sabmedi ensuyvant fut enterré, et tout ainsi luy advint, car il dec'eda le sabmedi, penultime d aoust. lan M CCCC IIIP^ et trois. H huvt heures au soir, audit lieu du Plessis. où il avoit prins la maladie le lundi devant. Xostre Seig-neur le vueille ^ avoir receu en son royaulme de paradis ''.

Chap. XII. Peu d espérance doyvent avoir les pouvres et menuz i^ens au faict de ce monde, puysque si gp^nt roy y a tant soulVert et travaillé, et puis laisser ' tout, et ne peult trouver une seule heure à eslonger de la mort-', quelque dilig-ence quil y ait sceu faire. Je lay congneu et ay esté son serviteur en la tleur de son jeune aage- et en ses grans prosperitez ; mais je ne le veiz oncques sans peyne et sans soucv. Pour tous plaisirs, il aymoit '■" la chasse et les

b] ordonna A D. édit. — c) et qui il vouloit édit. — d lacompagrnast par le chemin édit. — e procureroit B. édit. — /' et prière édit. — g' Xostre Spr. ayt son anie et la vueille édit. — /i D ajoute Amen. — i, laissé édil. — j pour esloin.'-ner sa mort B, édit. — k il avuit B. éd. Ch.

1. M '' Dupont a donné aux Preuves de son édition des <■ Mcm<^iires » t. III. p. 339-344 .d'après le ms. fr. 20493 delà Bibl. Nat..un fac-similé delà

« pourtraicture >• de Louis XI. tracée par Colin d Amiens, qui servit de modèle à Conrad de Colo-rne. orfèvre, et à Lauient ^^'rine. fondeur, pour Texécution en cuivre doré de la statue du roi. (>ette etlifric de frrandeur naturelle fig:ura jusqu aux jruerres de relijrion à lune des extrémités de la tombe de pierre que Louis XI sétait, de son vivant, fait élever à X D. de Cléry. Le marché pour la mise en œuvre de la statue fut passé à Amboise. «I en la cour du roi ». le 14 janvier 1481 v. st. Louis XI était représenté à genoux, vêtu en chasseur, son costume de prédilection. La statue funéraire qui fiiîure actuellement à Cléry. le représente en ^'rand manteau et en fraise ! Elle est lieuvre de Michel Bnurdin et date de 1622. .Tetée d ins une tourbière à l'époque de la Révolution, elle fut remise en place en In16 Cf. Gazette des Beaux-arts. num. du 1" janv. lî<97 : Les Boudin et les Bourdin.

2. Commynes exagrère un peu. Ses relations avec Louis XI commencèrent en 1468 et le roi avait alors quarante-cinq ans.

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oysi'iiulx en leurs saisons, mais il n'y ' jM-enoit point tant (le plaisir connue aux chiens. Des dames il ne s'en est point meslé du temps que j'aye esté avecques luv ; car, à Iheure de mon arrivée, luy mourut ung^ tilz ', dont il eut <,Tand dueil et teit lors veu à Dieu, en ma ^^l'^sence. de ne toucher jamais à femme ((ue à la Uoyne sa femme. Et combien que ainsi le dcvoit faire selon l'ordonnance de 1 Eglise "\ si fut ce grant chose, à en veoir " tant à son commendenient^ de persévérer tant en ceste promesse -, veu encores que la royne n'estoit point de celles où on devoit prendre tant de plaisir, niais bonne dame"-^.

/ ne duns le ms. — m selon l'ordonnance rie maiiai^e .4. K. V. S. D. — n à en avoii- .1. édit. — o mais au deniourant fort bonne dame éd. Dup.; mais bonne clame estoit D.

1. Il s'afril ici non pas, tdiiinic un l'a dil. de .loacliim. né el mort en Brabant en 1439 Dnpont. Mémoires. 11, 272 , mais de François, duc de Hei'ir, né en seplendjre 1472, et « (jui ne vesqui giiei-es », car il nioui'ut au mois de juillet suivant Cliron. Scmid.. I, 2.S7, '2'JX,. La ncjuvcllc de celte mort par'vint au roi dans la l'orét de Loches, et il en fut si impressionné c{u'il fit abattre tout un quartier de cette foret ; « et estoit sa coustume telle que, (|uant aucunes mauvaises nouvelles luy vcnoienl dedans aucuns abitz ou sui- quehiue cheval, jamais après ce ne vouloit vestir lesditz abitz ne numter sur ledit chcxal ". Interpol, à lu Cliron. Srund.. H, 332.)

2. ■! Lil>idinibus eliam satis dcditus fuit, non tameii ita ut plurimum. qnod midieribus, quarum fruebatui- amjjlexibus, cijrnua elevarei,... L'nde uichil aut minimum de una plus quam de reliquis cure gerere videbatur. » Cette imputatinn du venimeux Hasin Fraçfin. /nef/., cités, p. 20) s'applique sans doute à une époque antérieure à 1 173, et on sait aussi, par les récits de Chastellain. c[u en 1 ifii, I,ouis .\1 se plaisait à courir Paris la nuit, en compagnie de ce " subtil garson « Guillaume Hische.

3. Les chroni(|ueurs Chastellain, Jean de Koyc, Basin, sont unanimes à louer les qualités morales de (Charlotte de Savoie, et, à l'occasion de la i-éc<mciliation de Louis XI avec son frère, en 1 469, de Roye nous ap])rend (^ue 11 conuiie bonne, lionneste et très noble dame, la reine avoit fort traveillé à ti-aiirter lad. bonne paix et uiiyon <> (lhr<)n. Scund.. I, 231 . Hasin accuse le roi de n'avoir jamais aimé sa femme, el d'avoir, \ers la lin, si ouvertement manifesté son antipathie, à son égai'd, cjue la pauvre dame se vil consigner à la porte du malade, qui poussa la cruauté jusqu'à prononcer contre elle une sentence de bannissement. La reine, n'osant désobéir, se serait vue contrainte de se cachei". en compagnie d'une unique suivante ; el. ajoute Basin « merore confecta. non nudlu \)nsl vitaui fini vit •>. Tout cela est-il bien vrai ? Kn tout cas, le dernier liait est inexact, en ce sens que, si Charlotte de Savoie mourut peu après son mari, le 1" décembre 1483, elle sut fort bien témoigner son mécontentement de ce «pie, par suite d'une délégation verbale du feu roi, les Beaujeu s'étaient emparés de l'autorité, ((ui, en l'absence de testament, devait lui re\euir de droit en sa qualité de reine mère. J. de St-Celais observe que « si lad. dame eust vescu, les choses ne fussent pas allées en lestai c[u'elles (lient •> Hixt. de Lniiis XI/. p. 43, cite par Pélicier, Essai sur le youverneiiienl de lu dnine de Beuiijeii. p. 53 n.,.

84 MÉMOIRES DE PHILIPPK DE COMMYiNES [1483]

Encores en ceste chasse avoit presque d autant dennuy que de plaisir, car il la prenoit de grant peyne ; car il couroit /' les cerf/. ;» force et se levoit fort matin et alloit aulcunes foi/, loing. et ne laissoit pour nul temps (^u il feist. Et ainsi s'en relournoit aulcunes foiz l)ien las et presque tousjours courroucé à (juelcim. car c'est mestier qui ne se conduict pas tousjours au plaisir de ceulx cpii le conduisent. Toutesfoiz [s'y] cong-noissoit myeulx que nul homme qui ait reg-né de son temps, selon l'oppinion de chascun. Ceste chasse'^ estoit sans cesse, et loug-é par les villaiges, jusques à ce qu'il venoit quelques nouvelles de la voye de faict, car presque tous les estez y avoit quelque chose entre ce duc Charles de Bouro^ongne et luy, et Fyver faisoient trêves. Aussi eust plusieurs affaires pour ceste conté de Rossillon contre le roy Jehan d'Arragon, père du roy d'Espaig-ne qui règne de présent '. Comiîien qu'ilz fussent fort pouvres et troublés avec leurs subjectz, comme ceulx de Barsellonne et aultres, et que le lilz neust riens (mais attendoit la succession duroydom Henry de Castille. frère de sa femme ^, laquelle depuys luy est advenue), toutesfoiz faisoient ilz grant résistance, car ilz avoient les cueurs des subjectz dudit pays de Rossillon, lequel cousta fort chier au Roy et au royaulme, car il y mourut et si perdit maints hommes de bien, et despendit g-rant arg-ent, car ceste guerre dura longuement.

p) car il jirenoit de grans peines ; il couroit édit. — q) A ceste chasse édit.

1. Au comincncemonl du mois de révricr 1473 n. si. . .Tean II, roi d'Aragon, réussit à enlever Pcrpii;nan aux Français. c|ui n'en conservèrent que la citadelle. Assiégée à son tour, il résista énerj^iquement, harcelant par de fréquentes sorties ses adversaires décimés par les ardeurs d'un été torride et épuisés par la famine. Le siè^^e de Perpif;nan fut levé le 24 juin 147J {Chron. Scand.. I, 206 s. : Basin. II, 311 . Le 19 septend^re suivant, un arrangement provisoire intervint, et le Roussillon et la Cerdag-ne, ces « cimetières des Français ». furent replacés sous l'autorité de Louis XI, pour y demeurer jusqu'à parfait paiement des sommes dues par le roi d'Aratron : mais il fut convenu que le gouvernement de ces provinces serait confié à un Catalan, jirésenté jiar .Tean II.

2. Ferdinand d'Araiion. lils du roi .lean II. avait épousé Isabelle, sœur du roi de Castille. Henri l'Impuissant.

Ainsi le plaisir'" qu'il pronoit estoit peu de temps eu l'an et au grant travail de sa personne, comme j'ay dict. Le tem[)s qu'il re[)Ousoit. son entendement travailloit. car il avoit atVaire en tant de lieux, et se fust aussi voluntiers empesché des all'aires de ses voisins comme des siens, et mis gens en leurs maisons et despartiz les auctorités d'icelles. Quant il avoit la g^uerre, il desiroit paix ou trêves; quant il l'avoit. il ii:rant peyne la pouvoit il endurer. De maintes menues choses par son royaulme il se mesloit, etd'assés dont il se fust bien passé : mais sa complexion estoit telle, et ainsi vivoit. Aussi son* mémoire estoit si crj-aut qu'il retenoit toutes choses et coui^noissoit tout le monde et en tout pays à l'entour de luy ; et. à la vérité, il sembloit mveulx faict pour secourir' ung- monde que uns; royaulme. Je ne parle point de sa errant jeunesse, car je n'estoie point avecques luy, mais en l'aag-e de unze ans, par aulcuns sei- Sl'neurs et aultres du royaulme tut embroullé contre le roy Charles septiesme. son père, en une g-uerre qui peu dura, appellée la Pracguerie '. Comme il devint homme, il fut marié avecques une fille d'Escosse ^ à son déplaisir ; et, autant quelle vesquit, il y eut reg-rect •^. Après, pour les bandes et broullis de la maison du Koy, son dit père, il se retira au Daulphiné^. qui estoit sien, où beaucop de gens de bien le suy virent", et plus qu'il n en pouvoit nourrir. Luy estant là, se maria avecques la fille du duc de Savoye ^ :

r) En cecy le plaisir .1 B D, édit. — x) sic M. — <} sei^neurir D, éd. Dap., €h. ; secourir et seijjneurier Leng. — 11) suyvoient dans le ins.

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