Seize ans seulement en
2. Commynes avait énergiquement combattu les prétentions du duc de Lorraine sur le comté de Provence, ce qui les avait brouillés. A ré]ioque d(mt il sapit en cet endroit des Mémoirex août 1 i86 , privé de toutes ses cliari::es pour avoir suivi la faction de Louis, Juc d"()rléans. et condamné par arrêt du Parlement 22 mars 1 186 :n. st. à restituer aux La Trémoille, héritiers de la maison d Aniboise, la principauté de Talmont et Ghàteau- Gonlier, avec tous les revenus qu'il en avait tirés depuis 1 172, le seifrneur d'Argenton était réfuiiié auprès du duc de Bourbon, Jean II, qui n'allait point tarder à l'abandonner cf. Kervyn de Lettenhove, Lettres et Xécjocinlions de l'h. de Commi/nex. II. 50).
3. C'est en arrivant à Lyon que René fut instruit de celte fâcheuse nouvelle. Menacé dans Rome par le duc de Calabre, le pape avait sifrné la paix le 11 août 1186. Il n'y avait plus aucun espoir pour le duc. qui retoin-na en Lorraine fort aipri contre les Italiens Ruser. Bezieliiin(fen. p. 2J1 ; cf. ds. Hisl. de Charles VIII. p. 535 s., la lettre d'Angelo Cato. datée de Paris, le 8 sept. 14861.
les Voiiitiens, le roy cIEspaii^nc et Florentins s'estoient obliij^'e/ tle faire tenir leilict appoinctenient [et] eussent juré et promis leur seureté '. Le prince de Salerne eschappa-, ([ui vint par deçà et ne voulut jioint estre coniprins audict appoincteinent, ciniunoissant ledit Ferrand. Ledit duc de Lorrej'ne s en alla bien honteux en son pays; oncques '^ puvs n'eut auctorité céans, perdit ses g-ens d'armes et les trente six mil livres (pi'il avoit pour Provence, et jusques H caste heure, qui est lan M CCCC IIIP" XVII, est encores en cest estât.
fChap. II.] Ledit prince de Salerne alla à Venise pour ce ([uil y avoit grant accointance, et avecques luy trois de ses nepveux, fil/'' du prince de Be.syg;nan-*, oîi demandèrent conseil, comme m'a dit ledit prince, à la Seig^neurie où il leur plaisoit myeulx qu'ilz tirassent, ou vers ledit duc de Lorreyne, ou devers le roy de France ou d'Espaig-ne. Dit '^ ([u'ilz luy respondirent (pie le duc de Lorreyne estoit ung'
])j ne cmcques édil. — c eiir;ins l'dit. — </ Il me dit édil.
1. Los liai'iins an^c\ins liri'iil successivement leur soumission i\ Ferdinand dans les derniers mois de li86el, le 18 décembre, le roi entrait à Naples entouré des chefs princi]>aux de la rébellion. Quelques jours plus tard. les exécutions conuuenvaient au mé|)ris de la foi jurée. L'année suivante, en juin, les ciuntes de Melilo et de Lauria. les pi'inces d'.Vllamura et de IÇisijinano. le duc de Mclli el d'autres étaient emprisonnés au C.liàteau- Xeuf de Naples. et le 25 décembre lî!»l, Ferdinand les livrait au jjourreau i'Cf. Hoislisie, Kl. de \'esc, p. iti s.;.
2. .\nt<uiel!o de San Severino, comte de Marsico, ])rince de Salerne, grand amiral île Naples M i7"j, s'enfuit à Uonu-, puis à Venise, d'où il f;aj;na la France. II était (Ils de Robert, jjremier ])rince de Salerne I 163), et de Haimondine des Raux-Orsini, et il avait épousé Oinslance de Mcmtefeltre, fille de Frédéric, duc d'Urbin. Il mourut en 1197 IniiiolT, Genealofjia viginli illiixtrium in Itulin l'nmili.inim, .\msterdam, 1710, in-f. ; fam. S.in Severino, p. 202-293 . L'illustre maison de San Severino se disait d'origine française.
3. .lérome de San-Severino, comte de Tricarico. prince de Risignano, grand chambellan du royaume de Xajjles, iîls de Luc de San-Severino, comie de Tricarico, l""^ prince de Risignano (l-iei.) cl de Gozzolina Ruil'o, emprisonné le 1 juillet 1187. au Château Neuf de Naples, périt victime du massacre du 23 déc. 1491. \'anneila (^aëlani. sa femme, réussit à quitter le royaume de Naples, avec ses lils Reinaidin. Jacques et Honoré. Ces Jeunes gens étaient les cf>nsins. mais non pas les neveux du prince de Salerne, car Jérôme, leur père, el Antonello, prince de Salerne, n'étaient pas frères (cf. Dupont, Méninires, H, 3(i0 n., Imholf, Genenlocfia, cit. p. 296-297; et Scip. Anuiiirat<j Délie famiijlie uoliili Xaitolelanc, Florence,
108 ■ MÉMôiKEs Dr, l'iiii.ii'i'i; 1)1-: (;o.mmvm;s TliiSfiJ
lioinine mort et qu'il ne les scauroit ressourdre; le roy tlKspaiii^ne, qu'il '" seroil trop L;rant s'il avoit le royaulme avecques l'isle de Gecille et les aultres choses qu'il avoit en ce goulTre de Lyon f . et cju'il estoit puissant par mer; mais qu'ilz liiy conseilloient aller en France, et que avecques les roys de F'rance qui avoient esté oudît royaulme avoient eu bonne amytié et bon voisinages^. Et croy bien (ju'ilz ne pensoient point que ce qui en advint après deust advenir. Ainsi vindrent ces barons dessusdiz en France , furent liien recueilliz, mais [)()uvrement traictez de biens ; firent g'rant poursuite envyron deux ans, et du tout sadressoient à cest Estienne de Vers, lors seneschal de Beaucayre et chambelan du Roy. Ung jour vivoient en espérance, autre au contraire. Faisoient dilig'ence en Italye, et par especial à Millan, où avoit pour duc Jehan Galiace', non point le grant. qui est enterré aux Chartreux de Favye-, mais cestui estoit filz du duc Galiace et de la duchesse Bonne, 1111e de Savoye. qui estoit de petit sens, car elle eut la tutelle de ses entl'ans. et l'ay veue en g'rand auctorité, estant vefve ■^, conduitte par ung appelle mcîssire Cico, secrétaire'^, nourry de long' temps en ceste maison^
e^ qu'il est omis par les àdit. — /") ce f;:'Ouiri"e de \'enise édil. — g voisine dans le «is.; bon voisin édit.
1. .Tean-Galéas -Marie Sforza, fil? de (ialéas Marie, duc de Milan, et de Bonne, fille de Louis I, duc de Sa\oie. et rlWnnc tle ("lliypre. succéfla à son père en 1176. 11 épousa, le l" février 1 iS9, Isabelle d'Aragon, fille d'Alphonse, duc de Calabre, et nmurut le 22 octobre 1 194 A'ovez plus loin, liv. VIT. chap. VII .
2. .Tean-Galéas I" ^'isconli. premier duc de Milan t37S\ mort en 1402. Commynes contera ]ilus loin li^'. \'II. cliap. IX) la visite qu'il fit à son mausolée dans létrlise de la (Chartreuse de Pa\ie.
3. Bonne de Savoie, Acuve de Galéas-Marie, duc de Milan, qui périt assassiné le 26 décembre 1476, frouverna le duché au nom de son fils Jean- Galéas-Marie. encore mineur. Elle mourut le 17 nov. 1503, et non en 1485,. ainsi qu'on le dit généralement .\rt. de Clai-ctta. dans Archivio slor. ilal., sér. 111. vol. XII. ]). 76, 84 s. Corriiiez dans ce sens la note 3 de notre t. I. p. 352. Ses autres enfants furent Ilei-més Sfoiv.a, Bianca-Maria, qui épousa l'empereur Maximilien. et Anne, marii-e à .\lphonse d'Esté, duc de Ferrare.
4. Le Calabrais F'rancesco (ou (Cicco Simonelta. secrétaire de François Sforza, puis ministre de Oaléas-Marie. dirifiea les atl'aires milanaises après la mort de ce ])rince et jusipi'à sa i)i'o[M-e arrestation, le 11 septembre 1479. Commynes le connaissait ]iersoniiellement. |iour a\oir nés^'ocié avec lui, à Milan, au mois de sept. 1478, la question de l'hommajçe de Gènes. Il était
[14791 I.IVRK vil. (HAriTRK II 109
qui avoit chassé tous les frères du duc (ialiace et confinez, pour la seureté de ladite dame et ses enflans ' ; entre les aulties un <;■ appelle le seii^-neur Ludovic''', qu'elle rappella ilesjnivs, estant son ennemy et en g^uerre contre elle, et le seiu"neur Robert de Sainct Severin ' '. vaillant capj)itaine,
Iv Ludovic, qui depuis fui duc- do Millau édit. — /} S' Seiu'in incline j>;ir(oiil dans Véd. l.i-JS.
ycslé en relations a\ee lui, el les termes d'une lettre euct)rc inédite qu'il lui adressa du Plessis-du-Pare lie 26 octobre I 178, après son retoin- d'Italie ',Catal. Euji'. Charavay aoùl l.s'J6 . et ceux de fleux autres niissi\es qu'il lui écrivit dans les derniers mois de la même année témoii;nenl de la liaison <les deux honmies d'état. Le 13 décembre, en efTet, le seiiiiieur d'Ar^entnn ajiuitait à ses prtitestations d'affection i)oiu' les souverains milanais : ■■ Me?ser Chèque... en tant que touche vostre fait parliculierement, vous lue pouvez tenir comme vostre amy, el aussi suis, et aussi lidelle que \<ius en ayez point en ce monde. » Cf. Kervyn, Lettres el négoc. de Ph. de lÀimmiines. l, 226.)
1. Phili|)pe-Mai-ie, Sfoiza-Marie, duc de Bari, Ludovic le More, Ascaiine- Marie et ( IclaN ien, bannis |)ar leur frère, le duc Galéas-Marie, se hâtèrent de rentrer dans le duché aju-ès sa mort et soutenus par Rcjbert de San- Se\erino, ils s'elTorcèrenl d'évincer la duchesse Bonne et son conseiller Simonetla. Le 2.ô mai 1477, ils excitèrent un soulèvement qui fut étoulfé ]iar Siuu)netla. Phili])pe seid ne s'était pas joint au ninuxemcnt. Octa\ien s enfuit el se noya peu après dans lAdda ; les trois autres tirent leur soumissitm et furent en\'oyés en exil. San-Severino. ctmdanmé à nuirt, i-éussit il s'enfuir. Delaboide, Ex])édilion. p. 110 s. : cf Perret, Ilist. des relal. de lu h'rance avec Venise. II. 120 s., et Diarium l'arniense. dans Muralori, X.XIl, col. 2591.
2. Ludo\ ic-Marie, dit le More, duc de Bari 27 juillet Li79) après la mort de son fi-ère Philippe, [)uis duc de Milan par usurpation, après la mort de son neveu Jean-(îaléas-Marie. Né le J9 aoùl 1 loi, il était lils de Franvois Sliuv.a. duc tle Milan, et de Bianca-Mai-ia. fille léi;itiuuk> du duc Philip]ie-Maric ^'iscllnti. V.n 1191. il épousa Béali'ix d'Kste, fille d Hercule, nuirquis de Perrare, et nuiurul cajjtif en Fi'ance en 1510. Exilé à Pise en 1477, il réussit par lui coup de main à s'emparer de Tcu'tone le 23 août 1479, avec le cnncours de Robert de San-Se\erino. Une faction puissante, hostile à Simonetta. obtint son rappel à Milan, le mois sui\ ant, et il ju-it aussitôt parti contre le ministre (pii. abandonné par la duchesse Bonne, fut incarcéré le 11 se|)t.. au château de Puvie. Louis .\I espéi-ant ti'ou\er en Ludo- \'\c un instrument docile, approuva fort ce couji d'étal ^Perret, oiiv. cité, II, 1*^6 s. : cf. Ph. de Commynes à Pierre Palmier, dans Kervyn, oiiv. cité, I, 294 s. et Ludnvico il Mon) prima délia sua reniila al (jorerno, j). A. Dina, dans Arch. slor. lomhardo. ."SLIII. 737 .
3. Robert de San-Si-Nci-ino. 1" cnmfe de ('aiazzo. fds de Lionetto de San-Se\erino, seiî.Mieur de (^aiazzo, et de Lisa Altendido. né en 14is. mort en 1487 cf. Duptml, Mémoires, II, 302 n. et ImhofV. (jenealoffia, f'ain. .S'au- Severino. p. 292-293;, fut l'àuic de ce coup d'état. Lui aussi ét;iit bien connu de Commynes. En 1478, au mois de juin, il vint d'Asti à Tui-in ofl'rii' ses services à l'envoyé de Louis .\I, se faisant fort de mettre Milan au ])ou\oir du roi de France, ffrâce aux inf ellij;ences qu'il y avait coiiseivées. I)'.\sli, il •îivait passé à (îcnes, ])uis en Toscane, où il j;uerrciya pour le c<unple du roi de Na])les et du pape. Il était très protéffé par Louis XI, tpii li-availla jxiurle faire rentrer en ^^ràce (Kervyn, ouv. cilé, I, 177etpass. ; cf. Diarium l'armense. dans Muiatori. .\XIL col. 272 s. .
qui pareillement avoil chassé ledit Cico. Pour Cfjnclusion, par le moyen d'unj^ jeune [homme] qui tranchoitJ devant elle, natif de Ferrare, de petite lignée, appelle Anthoyne Tesin ', elle les rappella par sotise, cuidant quilz ne fissent nul m:d audit Cico : et ainsi 1 avoient juré et promis. Le tiers jour après, le prindrent et le passèrent en une pippf le travers delà ville de Millan, car il estoit alié par mariag'e avecques aulcuns des Vicontes - et veult l'on dire que sil eust esté en la ville quilz ne l'eussent ousé prandre. Et si A'ouloit le seig'neur Ludovic que le seig-neur Robert de Sainct Severin. qui venoit, le rencontrast en cest estât, qui ha voit à merveilles ledit Cico. Et fut mené à Pavye en prison, au chasteau, où depuis il mourut-^.
Hz misdrent ladite dame en g-rant honneur, si'' luy sembloit. et luy complaisoient : et eulx tenoient le conseil, sans luy dire sinon ce qui leur plaisoit ; et plus g-rant plaisir ne luy pouvoient ils faire que de non ' luy parler de riens. A ce Anthoyne Tesin luy laissoient donner ce qu'elle vouloit; et log-eoit "* près de sa chambre, et la portoit " derrière luy par la ville, et estoient toutes festes et dances leans ; mais ne dura gueres. par adventure demy an. Elle fist beaucop de biens audit Tesin, et les bougettes des courriers s'adressoient à luy, et y sortit grant envye , avec le bon vouloir que ledit seigneur Lodovic. oncle des deux enf-
jl touchoit éd. de I5-2S et Diip. .1/"* Dnponl II 303 n. /) observe que l'éciii/er tranch:inl « louchait h pain tout à lenloiir » afin de l'éprouver, et elle en conclut que les deux expressions sont éifalement admissibles en cet endroit. — k) ce édit. — Ij ne édil. — m) cl la lofjeoil édit. — n} la porloit à clie\al édit. Dup.
1. Antoine Tassino, fils d'un marchand de Ferrare, valet de chambre du duc Galéas-Marie, avait capte à tel point la faveur de la duchesse Bonne quelle ne décidait sans son avis aucune des allaircs de l'État. 11 s'était posé en adversaire du minislre Sininnetta. o( c'est par son conseil que la réf^ente rappela le More. L'ne l\iis au pouvoir, ce dernier se débarrassa d'Antoine Tassino, qu'il fil emprisonner daborrl " octobre 14S0), puis e.xilei- à Ferrare [Diariuin Parniense, dans Muiatori, XX 11, col. 351 ; cf. Corio, Sloria di Milano. 111. 3is, 383 s., et Dupont, Mémoires, II, 303 n.).
2. Cicco a\ail épousé Elisabeth, fille de Gaspard \'isconli, conseiller ducal ;Lilla. Famiiflie celebri, cit., fam. Simo:ietta di Calabria, lav. V.