SUCCESSEURS DE TURGOT
.Nous n'avons pas à retracer l'histoire de Necker. Son caractère et son administration* sont assez connus. Malouet en fait un portrait qui a autant de vérité que de précision. « Il était i dans la nature de son esprit, dit Mme de Staël, d'atten- « dre les circonstances... Il avait la maladie de l'incertitude, « mais celte incertitude venait des scrupules de sa conscience « et de l'étendue de son esprit. » C'est l'ingénieuse explication d'un grave défaut; une tendresse liliale exaltée pouvait seule en faire un mérite et une vertu.
Les actes de ce premier ministère de Necker se ressentireni de ces hésitations perpétuelles et de cet amour-propre déréglé <|ui étaient le fond même de sa nature. Blessé profondément des critiques suscitées par le compte rendu de 1781. il réclama avec une nouvelle insistance l'entrée au conseil ; cette concession lui était nécessaire, disait-il, pour raffermir son crédit; elle lui fut refusée. Il offrit sa démission, el lontre son attente elle fut acceptée (19 mai 1781).
Depuis le rétablissement des assemblées provinciales. Ne km' avait t'-prouvé l'hostilité du Parlement. M. de Maurepas lui donna pour successeur un conseiller d'Etat qui tenait au Parlement par ses deux frères, l'un président et l'autre procureur général, et plus encore par des souvenirs chers à cette assemblée1. Joly de Fleury accepta le poste difficile de contrôleur général, mais sans vouloir en prendre le titre, et il se contenta de celui de conseiller au Conseil royal des finances.
Les embarras financiers et les autres difficultés ne se tirent pas attendre. Il fallait subvenir aux dépenses de la guerre d'Amérique, et Joly de Fleury, qui avait demandé à das emprunts et à de nouveaux impôts les ressources que Necker trouvait dans son crédit, souleva des oppositions qui décidèrent sa retraite au mois de mars 1783.
Le roi tit choix ded'Ormesson pour lui succéder; c'était un fort honnête homme, mais étranger aux linances; il résigna bientôt des fonctions acceptées avec répugnance, et pour lesquelles il se -entait insuffisant (octobre 1783).
1. L'avocat général Joly de Fleury s'était fait connaître par la vivant.' de ses attaques contre le testament de Louis \l\\ attaques qui décidèrent le Parlement à prononcer l'arrêt du 12 septembre 17 16.
Après un honnête homme incapable, il semblait que l'on dût trouver des garanties d'habileté dans des mœurs suspectes et une réputation compromise. — Calonne avait un genre d'esprit qui aimait à se jouer des difficultés ; il promit tout ce que l'on voulut. Son entrée aux all'aires fut une ovation; mais bientôt il fallut faire face aux besoins renaissants du Trésor. Quatre cents millions empruntés en trois ans refroidirent sensiblement l'opinion. On s'aperçut que le capital des emprunts était d'un milliard et demi depuis dix ans.
C'est alors que Calonne conçut un plan de réformes auquel il ne manquait que d'être sorti d'une tête plus sérieuse. Il voulait établir une égalité proportionnelle des charges et soumettre à l'impôt les privilégiés; à ces ressources nouvelles s'ajoutait l'aliénation d'une partie des domaines de la couronne et l'extension de l'impôt du timbre. Pour donner à ces projets plus d'autorité, il demandait au roi qu'une assemblée des notables fût appelée à les sanctionner.
On sait que celte assemblée s'ouvrit à Versailles le 22 février 1787, mais Calonne échoua devant une difficulté inat tendue. Les notables se déclarèrent incompétents en matiè d'impôts à créer. Le mot d' Ë tats-Génêravx fut prononcé « Toute assemblée est peuple, » disait avec raison le gran Condé. Celle-ci fut une étape de plus sur la route qui conduisait à la révolution.
Calonne avait dû son succès à des idées folles; il dut sa chute à une idée raisonnable. Les corps et les individus privilégiés, menacés dans leurs intérêts, réunirent leurs efforts contre lui. Attaqué par une assemblée qu'il croyait avoir composée à son gré, abandonné par les ministres, il fut renvoyé six semaines après la réunion des notables de qui il attendait son salut (S avril 1787).
Son successeur Fourqueux n'apporta aux affaires que de bonnes intentions. Pendant qu'il cherchait des réductions de dépenses, un homme de beaucoup d'esprit, précédé d'une réputation d'habileté acquise dans les états du Languedoc, offrit de lever toutes les difficultés; on crut aux promesses de l'archevêque de Toulouse comme à celles de Calonne, et Fourqueux dut lui céder sa place.