CHARLES-QUINT
(Tome 1er, page 23.)
« ... Charles-Quint,... qui lui-même «Hait un mauvais administrateur... »
Cette opinion, qui aurait paru très-hasardée à l'époque où les Mémoires ont été écrits, n'a plus besoin d'être justifiée depuis que l'histoire de Charles-Quint a été mieux étudiée. Il y a soixante ans, ce souverain n'était guère connu en France que par le livre de Robertson; les belles pages de M. Mignet, les intéressantes recherches de M. Amédée PichotetdeM. Gacliard, ne sont venues que bien des années après, et personne ne pouvait soupçonner, au commencement de ce siècle, les trésors renfermés dans les archives de Simancas et de Besançon.
Les papiers d'état du cardinal de Granvelle, publiés par le savant Ch. Weiss, nous ont fait connaître dans ses détails la conduite des affaires de Charles-Quint, et ont porté la lumière sur tous les points de son gouvernement et de son administration.
L'habile historien que nous venons de citer1 a résumé dans quelques lignes tout ce que nous apprennent les documents nouvellement acquis à l'histoire :
« L'administration d'un trop grand nombre de pays, la di- « rection d'une multitude d'entreprises qui se succédaient « sans s'achever, la poursuite des guerres renaissantes qui « ne le laissaient jamais longtemps dans le même lieu et le « jetaient toujours dans de nouveaux périls, le poids de toutes « les affaires qu'il fallait porter et conduire, l'usèrent de « bonne heure. On peut dire qu'il succomba surtout à l'excès
l. M. Mignet, Charles-Quint, son abdication, ek\, cliap. i el II.
« d'une puissance trop considérable et trop éparse pour n'être « pas au-dessus de l'activité et du génie d'un homme.... Au « moment où il quittait la scène du monde qu'il avait si « longtemps occupée , sa grande renommée s'était affai- « blie. »
L'ambassadeur vénitien FederigoBadoaro1 écrivait en 1558 que les revers et les fautes de Charles-Quint « lui avaient fait « perdre quasi toute sa réputation : je dis quasi, car il lui en « reste autant qu'il reste d'impulsion à un navire qui, poussé « par les rames et par le vent, fait encore un peu de chemin « lorsque les rames s'arrêtent et que le vent tombe. Tous en « concluent que le souffle favorable de la fortune a guidé « l'immense navire des États, des royaumes, de l'empire de « Sa Majesté. »
Ces causes d'affaiblissement, déjà sensibles pendant le règne de Charles-Quint, devaient s'aggraver par les fautes de son successeur ; c'est ainsi que la décadence de la monarchie espagnole a été complète à la fin du seizième siècle.