LE MARQUIS D'AMBERT ET LA COMTESSE DU CHILLEAU SA SŒUR
(Tome I<-r, page 26.)
Agricol-Marie de Merle, marquis d'Ambert, né à Paris le 13 novembre 1753. Entré à la deuxième compagnie des mousquetaires en 1771, il était depuis le mois de janvier 1784 colonel du régiment de Royal-Marine, lorsqu'en 1790, tenant garnison à Marseille, quelques plaisanteries imprudentes sur la garde nationale de cette ville le tirent prisonnier de la mu-
nicipalité. L'habileté d'un jeune sous-officier, l'adjudant Bernadolte, futur roi de Suède, prévint un conflit entre le peuple et le régiment prêt à défendre son colonel. Émigré en Suisse dans la même année, rentré en France au mois de juillet 1792, peu de temps après avoir été porté sur la liste des émigrés, M. d'Ambert eut encore l'imprudence d'attirer sur lui l'attention par une lettre publiée dans le journal l'Ami des Lois. Arrêté, traduit devant un conseil de guerre, condamné à mort le 1er juillet 1798, il fut fusillé le lendemain dans la plaine de Grenelle vers six heures du soir. En vain Nina d'Ambert, sa fille, avait adressé une lettre touchante au Conseil des Cinq- Cents, qui passa à l'ordre du jour dans sa séance du 2 juillet.
Nous lisons dans un livre de M. Sarrans : « Bernadotte, « alors ministre de la guerre, écrivit au Directoire : Si vous « m accordez la vie de M. d'Ambert, ce sera la récompense de ce « que j'ai fait ou puis faire pour la République. Ne pouvant « obtenir la grâce du royaliste proscrit, le ministre républi- « cain pénétra secrètement dans le cachot de son ancien co- « lonel et lui offrit le moyen de s'évader; mais d'Ambert re- « fusa de fuir, disant que la mort était préférable à l'exil. » [Histoire de Bernadotte, t. I.) Ce récit doit être rectifié en un point : Bernadotte n'était pas alors ministre de la guerre; il n'eut cette position que l'année suivante (juillet -septembre 1799). De retour de son ambassade à Vienne, au mois de mai 1798, Bernadotte, au moment de la mort du marquis d'Ambert, venait de refuser une mission diplomatique à La Haye, et il était assez mal vu du Directoire, ce qui explique l'inutilité de ses efforts.
Le marquis d'Ambert avait épousé Marie-Pierrette de Tolozan, laquelle existait encore en 1828, survivant à sa fille \
Adélaïde-Marguerite de Merle, mariée le 5 juin 1776 à Claude-Marie, comte du Chilleau, maréchal de camp. Réservée comme son frère à une fin tragique, elle avait vu monter sur l'échafaud révolutionnaire le mari de sa sœur aînée, le prési-
1. Souvenirs du comte de Neuilly, Paris, 180G, in-8°, p. 354.