‹ Mémoires;Chapitre 58 sur 137 · BOURGEOIS DE BOYNES · texte numérisé non relu

BOURGEOIS DE BOYNES

(Tome 1er, pages 50 et 53.)

Le nom de ce ministre appartient plus à l'histoire des Parlements qu'à celle de l'administration.

Fils d'un caissier de la Banque, que Barbier appelle « un « homme de fortune enrichi par le système... et qui même a « manqué un peu en fait de commerce, » M. de Boynes, à raison de cette origine, avait éprouvé quelques difficultés à être reçu maître des requêtes en 1746; mais son intelligence, une grande fortune accrue encore par son mariage avec la fdle du receveur général Parât de Mongeron, et surtout ses sentiments antiparlementaires, le mirent assez vite en évidence. En 4753, ce lut lui qu'on choisit pour être procureur général près d'une chambre des vacations établie par commission à la place de

celle que le Parlement, alors transféré à Pon toise, avait refusé d'installer (22 septembre et 10 octobre 1753). A son retour, le Parlement, plus hostile que jamais, ayant été exilé à Soissons avec défense de faire aucun acte de judicature, le roi créa une chambre royale composée de cinquante-huit membres pris dans le grand conseil et parmi les maîtres des requêtes : c'était l'administration se substituant à la magistrature. De Boynes fut encore le procureur général de ce parlement improvisé (11 novembre 1753 et 30 août 1754); mais le Châtelet et le Barreau refusèrent de reconnaître les nouveaux magistrats, et de Boynes montra dans cette lutte la ténacilé qui lui était habituelle (Barbier, V, 454).

Cependant les négociations avec les exilés de Soissons continuaient; et, d'après le témoignage de d'Argenson, de Boynes prit une part active à ces pourparlers, qui aboutirent au rappel du Parlement au mois de septembre 1754. Gratifié en raison de ses services d'une pension de quatre mille livres (1 5 août 1754), il fut peu de temps après nommé intendant de Franche-Comté, en remplacement de Moreau de Beaumont, neveu de Moreau de Séchelles, qui venait de quitter l'intendance de Flandre pour le contrôle général : les intendances étaient alors la grande route du ministère. A Besançon comme à Paris, de Boynes fut un défenseur énergique de l'autorité royale contre le Parlement, et en 1757, celui de Besançon ayant refusé d'enregistrer ledit relatif à la levée d'un second vingtième, il seconda le duc de Bandan, gouverneur de la province, dans l'arrestation de plusieurs conseillers. Le Parlement répondit à ces violences en cessant ses fonctions; mais le premier président étant mort au milieu de ce conflit, de Boynes fut nommé à sa place, et il fut assez habile pour rallier au parti de la cour un certain nombre de magistrats. La même lutte se renouvela en 1759, à l'occasion d'un droit d'octroi, mais aggravée cette fois par l'intervention du Parlement de Paris, qui venait de déclarer la réunion de tous les parlements du royaume en un corps unique composé de douze classes, solidaires entre elles. Pendant plus de deux ans, les remontrances et les réponses royales ne firent que se succéder; et dans cette lutte, qui conduisait fatalement à l'arbitraire ou aux concessions, ce fut la

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