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surintendant Cromot. Quant à la pensée d'investir la compagnie du monopole des épices auprolit de ce prince, nous trouvons à ce sujet une note dans la collection des Mémoires de Malouet sur les colonies :
« De tous les projets proposés au conseil de Monsieur, celui « des épices était le seul qui me parût raisonnable; les autres « ayant été abandonnés, je n'en ferai pas mention. »
La culture et le commerce des épices avaient été jusqu'alors le partage exclusif des Hollandais, qui avaient interdit sous les peines les plus sévères, même sous peine de mort, d'en exporter les plants hors de leurs colonies. Malgré leur jalouse surveillance, l'intendant Poivre venait de faire enlever des Moluques des plants de giroflier et de muscadier, qui avaient été rapportés aux îles de France et de Bourbon et aux Seychelles. Le privilège projeté reposait sur l'idée de concentrer à la Guyane cette précieuse culture, pour en assurer la conservation dans les Antilles françaises, et c'est en effet de Cayenne que plus tard elle se répandit à la Martinique et à Saint-Domingue : c'était le côté sérieux du projet de concession à la compagnie patronée par le comte de Provence. Quant à l'idée d'attribuer'àce prince les bénéfices du privilège, cette combinaison d'un autre ordre s'était imposée au ministre lui-même. Malouet n'avait à faire à ce sujet que des réserves au nom de l'intérêt public. En parlant dans son rapport du parti pris par le ministre de réserver exclusivement la spéculation des épices au conseil de Monsieur, il ajoute :
«... Malgré tout le respect dû à la protection de Monsieur, « le Gouvernement ne peut pas s'écarter, dans l'examen des « demandes de la compagnie, de l'objet essentiel et premier « qui doit les justifier; cet objet est l'intérêt général »
Partant de ce principe, il développe une série de dispositions ayant pour objet de réduire les avantages de la compagnie; de limiter la durée deson privilège; de ne lui livrer que des terrains libres et non occupés par des tiers; de ne pas déplacer des îles de France, de Bourbon et des Seycbelles, la totalité des plants y existant, jusqu'à ce que l'expérience eût fait reconnaître le lieu le plus favorable à leur production ; d'assurer une indemnité aux particuliers possesseurs de ces plants;
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et enlin, de réserver pour l'État une pari dans le revenu, qu'on prétendait attribuer exclusivement à Monsieur.
Il est à croire que de pareilles restrictions contrariaient les vues de M. Cromot, mais il ne paraît pas qu'elles eussent suffi à diminuer ses illusions sur l'affaire Bessner. C'est à cette époque que le comte de Provence installait dans son château de Hrunoy l'état de maison d'un souverain. Hrunoy était une petite cour où affluaient les savants et les lettrés. Le prince les pensionnait à grands frais, si bien que les dépenses de sa maison ne tardèrent pas à dépasser les ressources de son apanage. Pour rétablir l'équilibre, M. Cromot comptait sur les épices de la Guyane. Leur futur monopole lui offrait la perspective d'un nouvel apanage ; mais ce monopole ne parvint jamais à se constituer sérieusement. A son arrivée à la Guyane, Malouet trouvait seulement quatre pieds de girolle, qu'on venait récemment d'y transporter, et dont l'un même, mal acclimaté, devait bientôt périr. Il prit les mesures nécessaires pour assurer l'acclimatation et le développement de ces quelques plants débiles. Il les lit réunir sur la montagne de la Gain lelle, qu'il avait choisie pour l'établissement d'un système de pépinières, et dont une partie appartenait au marquis de la Fayette, qui fut dédommagé de la perte de son terrain. Un giroflier produisit des fruits en 1778. « L'arbre, — dit un con- « temporain, — semblait avoir depuis la tête jusqu'au pied « plus de clous que de feuilles. » À la même époque, un muscadier eut des Heurs, et l'on commençait à tirer des écorces de quelques cannelliers. Ces premiers résultats, obtenus à grand peine, étaient un événement: mais ce n'était là qu'une promesse pour un avenir encore éloigné. Pendant ce temps. M. Cromot, au château de Hrunoy, rêvait sans doute de forêts d'arbres à épices, et recueillait, en imagination, de riches récoltes que la sollicitude de Malouet préparait en vue d'un intérêt plus général.
Les combinaisons de la compagnie Paulze et les illusions de M. Cromot avaient-elles laissé quelque trace dans la mémoire du comte de Provence devenu le roi Louis XVIII? On pourrait le croire d'après un souvenir qu'aimait à rappeler un ami de Malouet, son collègue à l'Assemblée Constituante.
Au commencement de la Restauration, et pendant que Malouet était ministre de la marine, M. de Guilhermy, l'un des plus fidèles compagnons d'exil du roi, avait été nommé intendant de la Guadeloupe, où il eut à traverser l'époque orageuse des Cent-Jours et de l'occupation anglaise qui en fut la conséquence. A son retour en France, il eut à rendre compte' au roi de sa mission. Après avoir entendu le détail des graves événements qui s'étaient passés à la Guadeloupe, le roi, avec cette familiarité bienveillante dont il usait envers M. de Guilhermy, lui demanda quelle était la situation de ses affaires personnelles. Celui-ci répondit que cette situation s'était plutôt réduite qu'améliorée. « Voilà qui est singulier, reprit le « roi : on m'avait toujours dit que l'on faisait fortune en « Amérique, et c'est un peu dans cette pensée que je vous y « avais envoyé. » Le roi se rappelait sans doute que jadis M. Cromot avait aussi compté sur l'Amérique pour refaire la fortune du comte de Provence.