‹ Mémoires;Chapitre 83 sur 137 · LE NORD DE LA GUYANE · texte numérisé non relu

LE NORD DE LA GUYANE

(Tome 1", page 130.)

La partie de la Guyane située au nord de Cayenne, et où Malouet fit sa seconde tournée d'exploration , s'étend sur quarante lieues de côtes, de la rivière de Cayenne au Maroni. En outre de ces deux rivières, elle est arrosée par le Macouria, le Kourou, le Sinnamary, le Courassani, le Conanama, flracoubo, l'Organabo et la Mana.

La presque totalité de cette région présente à peu près l'aspect de celle qui , au sud , est comprise entre l'Oyapoc et l'Amazone. Comme celle du sud, c'est la région des savanes, tandis que la partie intermédiaire de la Guyane, du Mahuri à l'Oyapoc, est surtout celle des terres noyées. Les savanes s'y déploient depuis le Macouria jusqu'à l'Organabo. Les unes ont pour base le roc et le granit, recouverts de sables, d'une légère couche de terre végétale et de verdure, comme dans les parties élevées de Macouria et d'Iracoubo; d'autres ne sont que de vastes marais à fond de sable, comme ceux de Macouria et du Kourou, ou à fond d'argile, comme dans quelques parties de Sinnamary. On trouve aussi dans une partie de Sinnamary des savanes tremblantes sur fond de vase molle, comme celles de Kaw et de Mahuri.

C'est là essentiellement une région de pâturages. Aussi est-ce celle où Malouet voulait qu'on multipliât les battes ou ménageries pour la production en grand du bétail. « Ces pâturages, dit la notice officielle du ministère de la marine, comprennent une vaste étendue de prairies, quelquefois séparées de la mer par une zone de terres cultivées, et qui se prolongent jusqu'à trois ou quatre lieues dans l'intérieur des terres. D'après leur position , la nature des végétaux qui

y croissent et la terre qui les produit, on divise ces pâturages en pâturages salés et en savanes proprement dites. Les premiers forment une ligne étroite le long des anses des quartiers de Macouria, de Kourou, de Sinnamary et d'Iracoubu, et se divisent en parties élevées et en parties basses et noyées. Les savanes proprement dites comprennent les immenses terrains découverts, entrecoupés de rivières et de criques, qu'on trouve dans le centre des mêmes quartiers...

« C'est dans ces savanes que se trouvent les hattes ou ménageries affectées à l'éducation des troupeaux de la colonie, troupeaux dont le nombre est bien loin d'approcher de celui que pourraient nourrir les vastes et belles prairies de ces quartiers. »

Voilà ce que constate le document officiel. Il nous sera permis d'ajouter que si les vues de Malouet pour cette région privilégiée de la Guyane y avaient été appliquées depuis quatrevingt -dix ans, la production du bétail aurait aujourd'hui un immense développement, et serait une source de richesses non-seulement pour la colonie, mais aussi pour la métropole.

BÉHAGUE ET D'HAUGWITZ

(Tome Ier, page 130.)

Ces deux noms se rattachent aux souvenirs du Kourou. Béhague avait précédé à Cayenne le chevalier Turgot en qualité de commandant en second et de gouverneur provisoire. Préfontaine avait pu facilement prédire aux premiers émigrants le sort qui les attendait; sa correspondance et celle de Béhague et les mémoires qu'ils adressèrent l'un et l'autre à M. deSartine et au roi sont remplis de plaintes et de récriminations, à travers lesquelles il n'est pas difficile de démêler la cause des résultats funestes de l'expédition. Le désastre consommé, Béhague quitta Cayenne, et il y revint en 1765 comme

gouverneur. — Rentré en France en 1766, il eut divers commandements, et en 1791, lorsqu'il fut nommé gouverneur de la Martinique, il était lieutenant général. À la nouvelle du 10 août, les troupes s'étant insurgées, Béhague quitta définitivement la colonie en 1793; pendant l'émigration, il s'employa dans les entreprises du comte d'Artois, et il mourut à Londres au commencement du siècle.

C'est son frère, le chevalier de Béhague d'Hartincourt, que Malouet rencontrait dans le quartier de Macouria, où il avait sud habitation. Officier dans les troupes de la colonie, il y resta jusqu'à la révolution.

Le baron d'Haugvvitz, d'origine allemande, fils de ce contrôleur général des finances de Marie-Thérèse mentionné dans les Mémoires du grand Frédéric, avait pris du service militaire en France pendant la guerre de Sept ans. Adjoint au baron de Bessner pour l'enrôlement des émigrants allemands, il partit avec eux comme lieutenant du roi pour l'établissement de la nouvelle colonie, et ce fut lui qui, en 1766, ramena en France les débris de la malheureuse expédition. Quelques années après, il revint dans le quartier de Macouria lie l'île de Cayenne en qualité de commandant. Plus tard, il quitta le service pour s'adonner aux soins de son habitation, où il demeura jusqu'à la révolution. Il mourut à la Martinique en 1810.

BRULETOUT DE PRÉF0NTA1NE

(Tome 1", page 130.)

Préfontaine avait déjà passé vingt ans à la Guyane lorsqu'il arriva à Paris en 1762. Il venait offrir au duc de Choiseul, en même temps que le projet d'une colonie agricole sur le bord du Maroni, le manuscrit d'un livre qui devait être un

guide pour les futurs colons. C'était la Maison rustique de Cayenne. Le ministre accepta la dédicace et ordonna l'impression du manuscrit.

Le livre devait cet accueil à un intérêt d'actualité qui ne pouvait manquer d'attirer l'attention sur son auteur. On s'occupait alors des préparatifs de l'expédition du Kourou. Deux hommes en crédit, le chevalier Turgot et l'intendant Chanvalon, étaient les chefs désignés de l'entreprise, dont les préparatifs se faisaient dans le bureau même des colonies au ministère de la marine. Le chef de ce bureau, M. Accaron, était un personnage important de l'administration de la marine; il avait marié sa fille au comte de Grasse.

Préfontaine, une fois en relations avec les promoteurs de l'entreprise, devint bientôt l'homme nécessaire au succès; il connaissait le pays et ses habitants; dans le partage des rôles et des attributions, il se trouva chargé de précéder les émigrants, de faire choix de l'emplacement qu'ils devaient occuper et de tout disposer pour leur installation. Ces préparatifs, faits à Paris, en dehors de toute participation des chefs de la colonie, ne pouvaient que les indisposer, et lorsque Préfoni aine arriva à Cayenne, au mois de juillet 1763, le peu de concours qu'il obtint du gouverneur et de l'ordonnateur eut les plus fâcheuses conséquences1.

Nous avons dit ailleurs comment le désordre s'établit sur cette funeste plage du Kourou. Lorsque le chevalier Turgot arriva à Cayenne, à la fin de l'année 1764, le désastre était consommé. La colonie en accusait Chanvalon, et Turgot profita de cette disposition des esprits pour agir contrel'intendant avec la dernière rigueur. A Paris on rejetait le blâme sur Préfontaine. Ni l'un ni l'autre cependant n'étaient les vrais coupables. Lorsque Malouet, quatorze ans après, vit Préfontaine dans son habitation sur les bords du Kourou, le lieu même où ils se rencontraient dut leur rappeler les souvenirs de 1764 : « Cet homme, dit Malouet, que M. de Fiedmond « m'avait peint comme un fou et qu'on regardait comme

1. Le gouverneur était M. de Béhague, lieutenant-colonel; l'ordonnateur, M. Morisse, commissaire de la marine.

« l'auteur de la catastrophe du Kourou, n'était ni l'un ni « l'autre. » (Mémoires, p. 131).

Nous avons eu déjà l'occasion de citer le Précis historique publié par le ministère de la marine. Ce document résume les circonstances de l'expédition et en explique le malheureux dénouement.

Préfontaine mourut en 1786 sur son habitation. Son tombeau tut visité, en 1798. par lîarbé-Marbois, qui en parle dans son Journul d'un déporté.

Indépendamment de son livre de la Maison rustique, Préfontaine a laissé un manuscrit qu'il composa vers la même époque, sous le titre de : Parallèle entre la partie du Nord et la partie du Sud de la Guyane française, avec un plan d'établir une nouvelle colonie; le sieur Pi^éfontaine offrant tous les biens, qu'il possède à l'Amérique pour caution de l'entreprise. Ce manuscrit est conservé dans les archives du ministère de la marine.

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