‹ Mémoires;Chapitre 87 sur 137 · i septembre 17G · texte numérisé non relu

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son village indien, il jouait en même temps un jeu double entre les nègres marrons et les blancs.

Depuis longtemps, les sujets d'Augustin avaient à souffrir de ses vexations; ils avaient porté plainte contre lui devant Jacques-des-Sauts, qui exerçait parmi les sauvages une véritable magistrature, ainsi quenous l'apprend le docteur Alibert. Voici le langage qu'en cette circonstance le centenaire tint à Augustin : « Les malheurs de votre tribu viennent de ce que « vous avez méconnu les lois de la justice: vous abusez de vo- « tre autorité comme de la terre. La nature ne vous a rendu « fort que pour détendre vos semblables; un chef n'est grand « que quand il protège. » Les paroles de Jacques-des-Sauts répondent a ce que nous connaissons de son caractère. « Vous « abusez de votre autorité comme de la terre, » ces mots-là ont bien cette sorte de profondeur que nos vieux paysans mettent souvent dans leur langage. Adressés à un chef indien, à la Guyane, ils avaient de plus une application tout à fait locale. Les sauvages abusent de la terre; ils en gaspillent les produits naturels; ils coupent l'arbre pour en avoir les fruits. Jacquesdes-Sauts, ou plutôt Jacques Blaisonneaux, probablement issu de quelque famille de laboureurs et très-entendu dans les travaux de la terre, s'efforçait d'initier les Indiens aux avantages de l'agriculture, et ne négligeait aucune occasion de leur montrer a cet égard les dangers de leur ignorance et de leur incurie.

Mais les sages remontrances du centenaire avaient été perdues pour le chef Augustin. Il avait continué d'opprimer sa pauvre tribu; et enfin un jour elle l'avait abandonné subitement et avait disparu des bords du Kourou pour se transporter vers leMaroni. Comme nous l'apprend Malouet, l'événement venait de se passer au moment où il sedisposait à visiter cette tribu; Augustin, effrayé à l'annonce de sa visite, parce qu'il se leutail coupable, accourut pour lui expliquer mensongère ment que tout son monde était parti pour la chasse. C'était une révolution, mais une révolution bien différente de celles qui se font en Europe. Entre le gouvernant et les gouvernés, il y avait incompatibilité d'humeurs; les Indiens avec leur nature passive, au lieu de ebasser le tyran, l'avaient laissé seul ;

et pendant que le peuple expiait dans l'exil les torts du i-ouverain, le souverain sans sujets était fort embarrassé d'expliquer les causes de son isolement.

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