CHAPITRE LXXXVin
L*ameiide.
Cependant nous savions que la Confédération était fort irritée contre le gouvernement de Neuchâtel pour sa conduite en général, pour le passage des armes, et surtout pour le refus du contingent. L'oppression dont nous étions victimes faisait naturellement naître parmi nous l'idée de profiter d'une si belle occasion pour secouer le joug de la domination prussienne, seul obstacle à toute espèce d'amélioration à notre position. Balsiger s'était rendu à Berne pour faire intervenir la Confédération en sa faveur et faire lever Tarrèt qui l'expulsait du canton de Neuchâtel pour sa coopération au détournement des armes. Il ne put rien obtenir. D'autres patriotes des Montagnes et du Val-de-Travers s'y rendirent aussi dans un but uniquement politique, afin de sonder les députés en Diète sur leurs dispositions dans le cas où les patriotes tenteraient de renverser le gouvernement. On espérait encore en ce moment que le refus du contingent amènerait une occupation fédérale et qu'à l'abri des troupes de la Confédération, nous pourrions, comme les cantons du Sonderbund l'avaient fait, changer la forme de notre gouvernement. Mais, hélas! la Confédération victorieuse du Sonderbund était loin d'être affranchie de la peur des puissances étrangères. La Prusse était pour elle un épouvantail et il fut répondu aux citoyens qui s'étaient rendus à Berne que les Neuchâtelois devaient se tenir tranquilles s'ils ne voulaient compromettre la Confédération elle-
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même et que s'ils faisaient mi mouvement les troupes fédérales interviendraient pour remettre sur pied le gouvernement actuel Voilà donc où nous en étions réduits à la fin de Tannée 1847. Une crise comme celle du Sonderbund allait arriver à son terme, sans que nous eussions pu trouver le moyen de secouer une domination qui nous était odieuse., et alors même que le gouvernement s'était compromis de toutes manières envers la (Confédération, celleci se voyait encore obligée de le protéger contre les attaques des patriotes du pays. Les jeunes gens ne perdaient pas espoir. Ils avaient l'avenir devant eux; mais les hommes qui comme moi avaient vu 1831 et subi les persécutions qu'on nous renouvelait en 1847 ne voyaient aucune issue favorable à notre situation. Un miracle seul pouvait nous sauver.
La crainte de la diplomatie européenne se manifesta bien plus encore en Diète lorsque la question du refus du contingent de Neuchâtel y fut discutée. Si un autre canton eût refusé de mettre son contingent au service de la Confédération, il est certain que la Diète Teût fait occuper immédiatement et aurait elle-même levé les troupes. Rien de pareil n*eut lieu pour Neuchâtel, mais Stradtford-Canning avait raison : les Neuchâtelois n'ayant pas voulu marcher devaient payer. C'était une affaire tellement arrangée d'avance que la députation de Neuchâtel elle-même annonça qu'elle jugeait que c'était la bonne mianière de régler cette affaire. Neuchâtel dut payer 300,000 livres courantes à titre d'amende et cette somme fut affectée aux blessés, veuves et orphelins, victimes de la guerre. Il s'est trouvé des gens qui ont compté que si nous eussions envoyé le contingent, les dépenses du gouvernement pour l'organiser, les dépenses des hommes et le temps perdu par ceux-ci auraient exigé une somme beaucoup plus forte. Ils avaient raison, ces gens, parce que pour eux l'honneur est un vain mot. Quoique le canton de Neuchâtel eût accepté d'avance
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Tamende qui lui était imposée, la question fut soumise an Corps législatif, en premier lieu parce qu'il avait voté le refus du contingent au nom du pays et qu'au nom du pays encore il fallait accepter la peine. Cette fois on lui soumit une question financière : il s'agissait de créer une dette qui devait être la dette du pays. Lorsqu'il était question de revenus^ tout appartenait au roi. Mais les dettes, c'était autre chose. Cependant c'est la domination prussienne qui nous avait poussés dans cette politique à la remorque des couvents^ des Jésuites et du Sonderbund; c'est la domination prussienne qui était cause du refus du contingent, conséquence de celte politique, et le roi de Prusse n'entrait pour ri^ dans les frais que son gouvernement avait faits pour lui conserver sa principauté.
Après avoir voté l'acceptation de l'amende, le Corps législatif nomma une commission pour aviser au moyen de couvrir cette somme. Un impôt pareil à celui qui avait été levé en 1816 et 1820 paraissait être la meilleure manière d'y pourvoir.
Le lendemain du vote du Corps législatif, le Conseil d'Etat envoya M. Paul-Louis Coulon à Berne, pour remettre aux autorités fédérales la somme imposée ; maïs il n'eut pas même le sentiment de sa dignité en s'exécutant. M. Coulon, qui était directeur de la Caisse d'épargne, avait comme tel à sa disposition des titres nombreux pour des placements faits par cette institution dans le canton de Berne. Agit il de son propre mouvement ou bien en reçut-il l'ordre du gouvernement, je ne sais ; mais quoi qu'il en soit on crut jouer un mauvais tour à la Confédération en payant cette amende avec des titres sur le canton de Berne. Ce n'était que petit. Le caissier refusa les titres et M. Coulon fit des traites sur Paris que le caissier accepta et qui furent parfaitement payées. C'est la république qui, peu de mois après, a couvert cette dette.
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