IV
L'orateur ici se permet une brillante digression sur son passé :
J'ai été aussi, dit-il, j'ai été, dans ma première jeunesse, enivré des gloires de TEmpire; mais bientôt j'ai compris, j'ai senti le despotisme; il m'a été odieux. Et je disais âmes amis : La gloire. ne couvre pas cela !•••
Alors il interpelle un de ses vieux amis, M. Grandville :
Tu m'es témoin, lui dit-il, oui, j'ai senti le despotisme, il m'a gâté la gloire ; j'ai compris que malheur aux nations qui font reposer leur destinée sur la tête d'un homme ! c'est le plus grand des crimes ; j'ai compris alors la nécessité d'un principe qui assure la stabilité du pouvoir, et avec elle, la liberté et la hardiesse d'un grand peuple. J'ai été royaliste alors...
Ces paroles sont applaudies parla droite, et cela se comprend : c'était la glorification très-éloquente du principe de la légitimité ; mais lorsque Torateur faisait immédiatement après un appel chaleureux au parti républicain, et qu'il s'écriait: « Rallions-nous tous à la Constitution : vaut mieux une loi mauvaise que pas de loi ; soyons inséparables en face des dangers de la sédition et de V ambition; cest par cette union que nous avons Iraversé de mauvais jours ^ et que cette leçon nous rende forts en face des périls qui s avancent », ne commettait-il pas la plus haute des inconséquences? Était-ce en plantant l'oriflamme de la légitimité sur la tribune qu'il pouvait opérer ce ralliement de toutes les opinions dans lequel il voyait l'unique moyen de salut? Les élans de son éloquence ne pouvaient réaliser un pareil prodige. Berryer, légitimiste de sentiment et de religion, mettait l'intérêt de son parti au-dessus de toute considération politique ; puis, orateur enivré de sa propre parole, il recherchait avant tout, et à tout prix, des ' émotions qu'il savait si bien communiquer à son au-
ditoîre. Le 24 février, il avait sacrifié le gouvernement et les institutions de Juillet, et, sans le vouloir, il avait fait surgir la république; cette fois, c'est la république qu'il immolait, en préparant les voies à l'empire. Un seul homme peut-être dans nos révolutions a été tout à la fois orateur et homme politique, c'est Mirabeau: Berryer doit se contenter de la gloire d'avoir été le plus émouvant des orateurs.
M. Pascal Duprat continue ce duel inopportun et dangereux entre la république et la vieille monarchie. M, de Larochejaquelein, à son tour, trouve que ses amis de la droite gardent encore trop de ménagements dans leur langage ; il dit : « Quil veut, lui, non à mots couverts, comme M. Berryer^ mais franchement^ et en le nommant, le duc de Bordeaux!,.. »
Victor Hugo dresse contre l'Assemblée une sorte d'acte d'accusation, et, chose singulière, il met au nombre des griefs qu'il énumère contre cette Assemblée, la mesure par laquelle elle avait conservé l'inamovibilité de la magistrature : où donc ces démagogues avaientils appris la liberté? Et comme l'orateur s'avise de parler des pensions de l'ancienne cour, on lui crie qu'il en a eu sa part ; et alors le voilà qui explique laborieusement comment, jeune encore, il avait reçu une pension de Louis XVIII ; comment cette pension avait été augmentée sous Charles X; comment il avait renoncé à cet accroissement, lorsqu'on lui avait refusé d'autoriser la représentation de Marion Delorme, etc.... M. de Falloux lui donne un démenti sur plusieurs points. Le débat, qui déviait déjà si étrangement, tombe dans de misérables personnalités, tout au plus dignes de trouver place dans quelque obscur et scandaleux libelle. Victor Hugo cherche vainement à relever la discussion par ses antithèses habituelles :
Frappez, dit-iJ, ce pavé qui est à côté de vous, sur cette
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place que vous traversez tous les jours, il en sortira Téchafaud sur lequel s'abîma la monarchie traditionnelle ou le fiacre qui emporta la monarchie constitutionnelle; quant à la monarchie de l'Empire, celle-là est impossible !.. . (M. Vieillard : Personne n'y songe, vous le savez bien !...) Que signifie donc, poursuit l'orateur, ces cris poussés de : Vive VEmpereurî et qui les paye?... Quoi ! parce qu'il y a eu un homme qui a gagné la bataille de Marengo et qui a régné, vous voulez régner, vous qui n'avez gagné que la bataille de Satory I (M. Emile de Girardin ; Il l'a perdue ! . ..) Quoi ! parce que nous avons eu Napoléon le Grand, il faut que nous ayons Napoléon le Petit?... (A droite : Et le banc des ministres reste silencieux 1 — Alors, M. Baroche s'exclame ; Discutez, n'insultez pas ! — Le Président ; Vous avez le droit de discuter la révision et non d'insulter à une candidature qui n'est pas en jeu. — Le colonel Charras : Si, elle est en jeu. vous l'avez vue vous-même face à face à Dijon...— Jf. Dupin : Je vous rappelle à l'ordre!... A Dijon, je respectais les convenances. Je me suis tu. Ici, comme président, je les fais respecter, et je vous rappelle à l'ordre!...) — L'orateur, après de vives interruptions, termine sa phraséologie par cette péroraison : Que dirait le grand Napoléon si, revenant sur cette terre, il voyait son glorieux et belliqueux empire soutenu par des hommes qui se tournent vers le nord et se collent l'oreille contre terre pour écouter s'ils n'entendent pas enfin venir le canon russe. (Tonnerre de protestations, nouveau rappel à l'ordre.) La République est invincible, car elle est le produit accumulé de dix-huit siècles; elle est l'air que nous respirons, et une fois que les nations ont respiré cet air, elles ne peuvent plus en respirer d'autre. (Voix à droite : A moins qu'elles n'en meurent!...) L'instant arrive où toutes ces prétentions monarchiques vont reparaître : ce jour-là, l'ombre couvrira de nouveau ce grand et illustre champ de bataille des idées et de progrès qu'on appelle la France ; je ne sais ce que l'éclipsé durera, mais ce que j'affirme, c'est que quand la lumière reparaîtra, on ne trouvera debout que deux combattants : le peuple et Dieu!
Et la gauche de couvrir d'applaudissements frénétiques ce dévergondage d'idées fausses, de sentiments plus faux encore, et de phrases aussi prétentieuses
que vides de sens! Les gouvernements de Tantiquité qui interdisaient le Forum aux poètes avaient-ils donc si tort? Oui, parce que les poètes ne sont dangereux que pour les peuples qui sont eux-mêmes artistes, et par conséquent plus disposés à suivre les écarts de l'imagination que les conseils de la froide raison ; et pour ces peuples, tout autre gouvernement que le despotisme est bien difficile.
Nous ne ferons que mentionner ici, et cela pour ne rien omettre de ce qui peut caractériser ce débat aussi confus que passionné, un incident relatif à la condamnation à mort du maréchal Ney : M. Victor Hugo en avait parlé à la charge de la Restauration. M. de Falloux, qui semblait s'être attaché à la personne de M. Victor Hugo comme une furie vengeresse, rôle qui, par parenthèse, était indigne d'un homme aussi éminent, rappelle que ces souvenirs que M. Hugo a évoqués ne lui ont pas toujours causé la mêm^ horreur; car il n'avait cessé de solliciter un siège parmi ces mêmes juges du Luxembourg.
Le fils du maréchal Ney, le prince de la Moskowa, explique à son tour, en fort bons termes, quelles raisons il avait eues de consentir à entrer dans la Chambre des pairs, après s'en être tenu éloigné depuis la mort tragique de son père. Il ne l'a fait, dit-il, qu'après avoir consulté MH. Dupin, Odilon Barrot, le général Excelmans, et alors, qu'à l'occasion de ce même procès, M. Pasquier avait soutenu qu'il existait une étroite solidarité entre la pairie de la Restauration et celle du gouvernement de Juillet, assertion contre laquelle le duc d'Orléans avait protesté énergiquement; c'est seulement alors qu'il s'était décidé à prendre son siège, pour appuyer autant que possible, par son, exemple, cette protestation : il termine en exprimant le regret que ces cruels souvenirs soient évoqués pour alimenter les passions et agiter le pays.... Après ces
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généreuses paroles, et au moment où le fils de Fillustre victime se rassoit, en disant : paix aux morts! respectons la douleur des familles, ne troublons pas le repos des tombeaux!... des applaudissements et des marques de vive sympathie éclatent sur tous les bancs.
Le gouvernement avait été trop directement mis en suspicion par toutes les opinions favorables ou non à la révision pour qu'il fût permis à ses organes de garder plus longtemps le silence. M. Baroche prit la parole ; il avait à s'expliquer sur la loi du 31 mai, sur les bruits de coup d'État, sur la révision : son rôle ne laissait pas que d'être assez difficile , et aurait exigé un homme d'État ayant plus d'expérience des Assemblées, et surtout plus d'autorité qu'il n'en avait. Il ne fut pas heureux. Répondant à l'argument que la gauche tirait de ce que la révision, si elle était votée, serait opérée par une Assemblée que la loi du 31 mai aurait préalablement mutilée, il s'avisa d'attaquer l'origine de l'Assemblée constituante, et de la représenter comme viciée par les bulletins, les circulaires du Gouvernement provisoire, demandantes c^^^e Constituante avait bien été la libre expression du suffrage universel/.,. Ce doute n'était ni fondé ni surtout habile, aussi provoqua-t-il un effroyable tumulte. Des cris : Cest miserabiel cest honteux! c'est une lâcheté/... se font entendre de toutes parts. Le général de Lamoricière se fait particulièrement remarquer par son exaltation. Vainement le ministre, qui s'aperçoit qu'il a fait fausse route, a-t-il recours à l'argument habituel, celui des récriminations contre la Montagne; vainement rappelle-t-il une circulaire électorale de Victor Hilgo, dans laquelle celui-ci parlait de deux républiques, dont l'une promènerait des têtes sur des piques, qui ferait banqueroute, et remettrait en mouvement ces deux machines qui ne vont pas l'une
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sans Tautre : la planche aux assignats et la guillotine. Ces récriminations, qui manquaient rarement leur effet lorsque la droite et la gauche étaient auit prises Tune contre l'autre, cessaient de porter coup lorsque ces deux partios de TAssemblée étaient égar lement menacées par un ennemi commun. Aussi le ministre termina son ^discours au milieu des murmures, en protestant contre le reproche de vouloir faire de la révision un instrument d'ambition pour Louis-Napoléon,
Notre seul désir, s'écrie-t-il avec emphase, mais sans persuader pers.onne, c'est que la France.dispose d'elle-même. Les coups d'Etat, personne n'en veut, et, moins que personne, l'auteur du message du 12 novembre. (L'argument si souvent répété commençait à s'user.) Si nous voulions nou3 prévaloir du trouble des esprits, nous ne vous c6njurerion3 pas de décréter la révision. (En cela, il était dans le vrai.)
Tel est le seul appui que le gouvernement apporta dans cette discussion à la révision ; appui compromettant qui n'eut d'autre résultat que d'appeler une vigoureuse réplique de M. Dufaure.
Je suis indigné, s'écrie l'orateur, d'avoir entendu un ministre attaquer la Constitution, même dans sa base, en contestant les pouvoirs de l'Assemblée qui l'a faite. Ce rôle, jusqu'ici, avait été réservé aux oppositions les plus avancées... Puis, passant à la révision : J'ai voté, dit-il, pour introduire dans la Constitution la révision, et la révision à un court intervalle, celui de trois ans. Mais je me suis réservé de juger l'opportunité, et ce jugement, je viens le porter. On attaque de toutes parts la Constitution, on se montre aussi impatient de la réformer qu'on se montrait impatient de la voter. Elle n'était pas si facile à faire. Par son ouvrage sur les Girondins, M. de Lamartine, en colorant les événements de 1793 du plus magnifique langage, avait diminué l'horreur que doivent inspirer ces événements; il fallait donc qu'un plagiat de 1793 vînt déshonorer 1848. (M. de Lamartine demande la parole.) Il a fallu résister aux tendances
socialistes... tout cela a été fait. La révision remet tout en question..., il n'y a pas de Constitution qui puisse prévenir d'une manière absolue les conflits...; ceux qu'on redoute sont Ja faute des hommes, plus que de l'institution; puis, je ne dis pas cela à mon honneur, j'aime mieux, et il est plus juste d'en renvoyer le mérite à mon honorable ami, M. Odilon Barrot, cinq mois se sont écoulés, pendant lesquels, vous en êtes les témoins, il y a eu accord parfait : et cependant c'était la même Constitution... J'ai vécu pendant cinq mois auprès de M. le Président de la République, je n'ai reçu de lui que des marques de confiance. Si, au 31 octobre, il s'est séparé de nous, ce n'était pas des personnes, ainsi qu'il Ta déclaré, c'était de la politique. De parlementaire qu'elle était, il a voulu la rendre pei^sonnelle, et, bien loin d'être blessés, nous lui sommes reconnaissants d'avoir pensé que nous ne pouvions être les ministres de cette politique que nous tenons pour mauvaise et dangereuse. L'Assemblée, par son vote de déflance du 18 janvier, a bien fait d'y mettre un terme. Lorsque nous avons introduit l'article 45 dans la Constitution, nous avons voulu prévenir les influences d'un président intéressé à se faire réélire, et nous repoussons la révision, précisément pour ne pas donner des facilités à ces mêmes influences. Je ne méconnais pas le prestige attaché au nom de Napoléon, mais ce prestige viendra se briser contre la barrière de la légalité. Et puis, M. le F*résident de la République n'oubliera pas son serment. Il ya des choses que nos lois, dans leur pudeur, appellent impossibles, parce qu'elles sont immorales...
Ce discours, plus honnête que politique, et qui avait le tort de mettre trop de confiance dans la force de la légalité, dans un pays où la violation du droit est comme traditionnelle, et dans la religion du serment de la part d'un homme que Ton savait tout disposé à la violer, n'en avait pas moins fait une assez vive impression sur l'Assemblée. Je demandai la parole. Aussi bien la question amplement traitée par les orateurs de chaque parti, au point de vue de leurs espérances ou de leurs craintes, ne me paraissait pas avoir été encore traitée dans son point le plus essentiel,
celui des vices de la Constitution elle-même. M. Dufaure y avait à peine touché, et les vingt orateurs encore inscrits ne me paraissaient nullement disposés à s'en rapprocher. Lorsque je montai à la tribune, un assez vif mouvement se manifesta dans l'Assemblée, et je fus écouté avec une religieuse attention.
Je commençai par faire remarquer que presque tous les orateurs avaient discuté comme si la révision était déjà votée, et comme s'ils eussent été, devant la Constituante, chargés de prononcer sur les modifications à apporter à la Constitution.
C'est cette déviation du débat, ajoutai-je, qui, en plaçant la république en face de la monarchie et de l'empire, a amené ces témérités, ces violences de langage que tous doivent déplorer. Il est temps de revenir à la seule question que nous avons à résoudre : celle de savoir si la Constitution renferme des vices tels qu'il soit urgent d'y porter remède, et si les dangers du statu quo ne sont pas plus grands que ceux de la révision.
Après avoir ainsi rétabli la question , je rends justice à l'Assemblée qui a fait la Constitution; ses intentions étaient bonnes et pures, mais elle a été entraînée par un courant d'idées irrésistible. Combien de fois, et cela sur les questions les plus capitales, les orateurs qui se croyaient obligés de parler et de voter dans un sens autre que celui que la plus simple raison indiquait, ne manifestaient-ils pas leur regret de céder à la pression morale que leur faisait subir l'opinion publique trop fortement prononcée. M. de Lamartine lui-même ne me disait-il pas après le vote mémorable sur les deux Chambres, « qu'il m'avait combattu, mais que j'avais raison au fond, et que plus tard, satisfaction me serait donnée. »
La République est sortie un jour tout armée du cerveau de quelques hommes qui l'avaient rêvée dans le silence du
cabinet, en dehors de toute pratique dés affaires : est-il surprenant que des idées non éprouvées par l'expérience. et par une suffisante contradiction aient exercé une influence fâcheuse sur cette œuvre de la Constitution? Ceux-là mêmes qui Font votée, pour répondre aux besoins du moment, se réservaient bien, après quelque temps d'épreuve, de corriger leur ouvrage. Les constitutions ne se font pas d'un seul jet; il n'y a qu'à voir combien de fois l'Amérique a remanié la sienne : elles sont filles du temps. Les gouvernements qui durent sont ceux qui se réforment : ceux qui ont au cœur un vice radical, on ne les réforme pas, on les laisse tomber. (Mouvement.) Or, les vices de notre Constitution ont été signalés de tous les côtés de cette Assemblée. M. Félix Pyat définissait le pouvoir qu'elle a fondé : «un corps à deux têtes»; il ajoutait, avec trop de vérité, « qu'un corps à deux têtes est un monstre, et que les monstres ne peuvent vivre » . Seulement, il proposait d'en retrancher une, qui était, bien entendu, la présidence. Mais je doute que, môme avec cette tête de moins, le corps eût été plus viable. L'impossibilité de vivre a été encore aggravée par cette disposition qui fait sortir les deux pouvoirs rivaux d'une môme élection universelle et directe. N'est-ce pas comme si on chargeait à toute vapeur deux machines locomotives pour les lancer ensuite l'une contre l'autre? leur choc devant être d'autant plus terrible que leur force respective est plus grande. Il est vrai que les auteurs de la Constitution ont imaginé, pour éviter ce choc, l'institution d'un ministère responsable, intermédiaire obligé entre les deux grands pouvoirs. C'est ce qu'expliquait M. de Tocqueville, alors que, commentant la Constitution, il disait à la Constituante : « Nous avons fait une chose inouie, nous avons placé à côté du Président élu et responsable des ministres également responsables, sans lesquels il ne peut rien faire, et qui pourraient le réduire à Vimpuissance d'un roi constitutiomieL » C'était, en effet, une chose inouïe et bien hasardée que ce remède. Déjà, sous la royauté constitutionnelle, on trouvait étrange que le roi régnât et ne gouvernât pas. Je ne répéterai pas l'expression ignoble dont se servait le parti républicain pour qualifier cette fiction; de quel nom l'appellerail-il sous le président élu et responsable d'une république? responsabilité et liberté sont choses nécessairement corrélatives; l'une emporte l'autre. Prétendre associer la monarchie à la république, emprunter à celle-ci l'élection
et la responsabilité du chef de l'État et à Tautre la fiction parlementaire, c'est tout bonnement vouloir l'impossible. Aux États-Unis, le pouvoir exécutif est tellement amoindri et décentralisé, qu'on a pu l'afifraDchir, jusqu'à un certain point, du contrôle et de la direction des deux Chambres, sans de grands dangers. En France, avec un pouvoir aussi fortement concentré que celui qui est remis au Président de la République, laisser ce pouvoir pendant quatre ans, indépendant de la représentation nationale et même de l'opinion publique, ce serait s'exposer aux reproches d'avoir diminué de beaucoup, sous la République, les garanties que la liberté possédait sous la monarchie. Le problème est donc bien loin d'èlre résolu par notre Constitution. Mon ami M. Dufaure a bien voulu faire allusion aux cinq mois que nous avons passés ensemble aux affaires, rappelant que, pendant ce temps, un accord parfait avait régné entre les grands pouvoirs de l'État, d'où il a conclu qu'il n'y avait là qu'une question de bonne conduite. Qu'il me permette de lui rappeler qu'avant ces cinq mois, cinq autres mois s'étaient écoulés pendant lesquels l'Assemblée et le Président de la République se sont trouvés à l'état de conflit journalier et en quelque sorte permanent. J'ai vu les forces du pays se diviser entre eux; j'ai vu le droit incertain, flotter entre ces pouvoirs rivaux prêts à se choquer violemment; plus d'une fois, j'ai vu l'incendie prêt à éclater, et Dieu sait où il se serait arrêté. (Sensation.) Nous avons échappé à ce terrible cataclysme, grâce en grande partie à ces mœurs légales et à ces habitudes de modération que nos anciennes institutions nous ont léguées. Mais, croyez-moi, il ne serait pas prudent de jouer souvent un pareil jeu. {Voix nombreuses : C'est vrai! c'est vrai I) Et même, dans cet autre ministère dont vous avez fait partie, vous n'avez pas pu vous rendre compte, comme moi, de toutes les complications intérieures qui en gênaient l'action. Vous aviez la bonté, par une confîance dont je m'honore, de vous reposer un peu sur moi du soin de concilier les deux responsabilités. Vous n'avez pas su toutes les difficultés que j'éprouvais dans cette mission ; je pourrais citer bien des circonstances : l'afTaire de Rome, par exemple, où il ne m'a pas été facile de masquer les divergences qui existaient entre l'Assemblée, le Président et ses ministres. Nous sommes parvenus, j'en conviens, et c'est notre honneur, à faire marcher dans une union au moins apparente
ces trois pouvoirs à force de bonne conduite, sans doute, mais grâce aussi à ces relations de bienveillance et de confiance toute personnelle qui faisaient que le Président, avec sa grande origine populaire, concédait souvent à l'homme ce qu'il aurait peut-être refusé au ministre. Mais ce sont là des accidents qui ne peuvent pas toujours se produire, et combien cela a-t-il duré ? cinq mois, c'est-à-dire le temps de laisser se développer chez le Président l'impatience de diriger personnellement le gouvernement dont il répond devant le pays, et dans l'Assemblée les défiances et les susceptibilités que ne peut manquer d'y éveiller tout retour au gouvernement personnel ; et puis voilà que tout à coup on apprend que ce ministère, qui était en pleine possession de la majorité qui^ jusqu'alors, avait sufû à sa tâche, celle de répondre à l'Assemblée, du Président, et au Président, de l'Assemblée, a cessé d'exister, et ce changement subit, qu'aucun incident parlementaire n'a provoqué, il est expliqué dans un manifeste où le Président annonce hautement qu'il a voulu gouverner enfin, directement et personnellement, en écartant des intermédiaires qui le gênaient dans l'accomplissement des grandes choses qu'il voulait faire. (Mouvement.) Je ne crains pas, vous le voyez, d'aborder ces détails, bien qu'ils me soient personnels ; j'en parle comme s'il s'agissait d'un autre, et je me sens assez fort et, permettez-moi cet orgueil, assez sûr de votre estime pour ne pas craindre que quelqu'un, dans cette enceinte, me reproche d'apporter dans mon récit un sentiment de personnalité. (Très-bien! très-bien î) Ne croyez pas cependant que je rappelle le 31 octobre pour le justifier. Non. Cette mesure a été une grande faute; elle a créé une situation nouvelle pleine de dangers, et j'ai vu, sans aucune surprise, que la plupart des orateurs exprimaient aujourd'hui des regrets tardifs à ce sujet ; ils avaient grandement raison d'y rattacher la cause des perturbations et des conflits qui nous alarment, et cependant, lorsque cette espèce de révolution intérieure s'est opérée dans les pouvoirs et en a changé radicalement les conditions, s'est-il élevé dans cette assemblée une seule voix pour demander au moins des explications? Lorsqu'à été lu à cette tribune le message qui vous annonçait l'avènement du gouvernement personnel direct et sans intermédiaire sérieux, lorsque la garantie d'un ministère vraiment parlementaire était enlevée au parlement,
le silence le plus complet a été gardé par suite d'un accord* tacite et presque universel entre toutes les parties de cette Assemblée. Ce qui, sous la monarchie constitutionnelle, eût soulevé dans le sein du parlement et au dehors une véritable tempête, n*a pas même été l'objet d'une simple réserve. M. Thiers a expliqué ce silence par une sorte de tolérance bienveillante envers le pouvoir exécutif. Non ! la cause en est plus sérieuse et plus haute. Ce silence était la conséquence à peu près forcée du vice radical de notre Constitution qui place la garantie du parlement dans l'existence d'un ministère que le parlement n'a cependant pas le droit de conserver, alors qu'il platt au Président de la République de le renvoyer. Ce silence était un aveu. Notre Constitution a voulu l'impossible, alors qu'elle a prétendu séparer deux choses indivisibles : la responsabilité et la liberté; et cet aveu était un engagement tacite de votre part de profiter de la première occasion qui vous serait légalement Offerte d*y remédier. Or, ce jour est arrivé; y manquerez-vousî continuerez-vous cette situation si pleine de périls? vous exposerez-vous de nouveau, par exemple, à voir des commissions de prorogation, qu'on aurait pu appeler des coiâmissions de surveillance, chargées de veiller sur le pouvoir et la Constitution, n'ayant, pour remplir une pareille mission, ni force organisée, ni attribution définie, et auxquelles on dispute même un malheureux commissaire de police, pour les informer, armées seulement du droit de rappeler, extraordinairement et avant le temps, l'Assemblée sibsente, au risque de tout bouleverser, et toujours exposées à sonner le tocsin, ou trop tôt, ou trop tard? (Rires approbatifs.— Très-bien I) Vous parlerai-je de l'instrument législatif tel qu'il est organisé par la Constitution?... Le Conseil d*État, je le reconnais, a mieux fonctionné que je ne m'y attendais; mais aussi, comme je l'avais pressenti, son intervention a été à. peu près nulle. Toutes les lois vraiment importantes ont été soustraites à son examen comme urgentes ; et puis où est la tradition, la suite des affaires dans un ordre de choses où tout change incessamment. Le général Cavaignac nous disait qu'autant il désirait la stabilité dans les choses, autant il la redoutait dans les personnes. Mais comment pourrait-il obtenir quelque stabilité dans les choses, s'il n'y en a aucune dans les agents mêmes par lesquels les choses sont? (C'est vrai! c'est vrai!) Et, par exemple, que peuvent être
les alliances d'une nation chez qai la politique étrangère est subordonnée aux chances d'une élection essentiellement incertaine et variable? (Mouvement prolongé. — C'est la mérité tout entière.) Un gouvernement placé dans de telles conditions doit renoncer à toute pensée d'avenir, aux vues à longue portée, à tout ce qui fait la grandeur des nations; il sera condamné à vivre au jour le jour. Plus je réfléchis sur cette mobilité de toutes choses, dans les affaires extérieures comme dans les affaires intérieures, et plus je suis convaincu qu'une telle organisation n'est pas seulement dangereuse, mais qu'elle]est impossible. Je ne parle même pas de cette fièvre continue que vos élections^ sans cesse renouvelées, inoculent dans notre société qui a tant besoin de calme et de repos, et, sur ce point, je n'admets pas la comparaison de mon ami M. Dufaure. Autre chose était l'élection générale de l'une des deux Chambres, sous Tancienne monarchie, alors que le pouvoir exécutif restait debout et intact ; autre chose, l'élection simultanée de tous les pouvoirs à la fois. Ne craignez-vous pas, si vous agitez incessamment ce peuple qui vit après tout de son travail et qui a tant besoin de calme, ne craignez-vous pas, si vous le tourmentez par trop d'incertitude et d'agitation, qu'il ne finisse par se retourner vers vous pour vous dire : Laissez-moi tranquille, et donnez-moi un peu d'avenir I... (Agitation.— Longue approbation. — Une voix : C'est la monarchie, alors l...)
Ici je m'interromps et TAssemblée m'invite à me reposer. Après quelques moments je reprends ainsi :
... J'arrive à la question d'opportunité, cette question qui obsède tellement les esprits que lorsque tout à l'heure je parlais des vices de la Constitution j'avais l'air de traiter un hors d'œuvre, et cependant toute question d'opportunité disparait devant la question de nécessité, et je crois avoir démontré que la révision est nécessaire. On rejette nos embarras sur la faute des hommes ; c'est tout à la fois une erreur et une injustice. Non, les hommes, bien qu'ils aient fait des fautes, ont encore mieux valu que l'institution. Pour moi, je vous honore d'une chose, c'est de n'avoir pas été au bout de tous vos pouvoirs, d'avoir su vous arrêter à temps; vous avez plus d'une fois sacrifié vos susceptibilités
les plus légitimes à la paix publique, et vous avez bien fait. Non, ce n'est pas votre conduite qui a fait naître les dangers que nous voulons conjurer, elle les a au contraire ajournés^ mais elle ne les a pas fait disparaître, et chaque jour de retard les aggrave.
Certes, je oe me dissimule pas les difficultés qu'offre la révision, mais si quelqu'un de nous s'était imaginé que, depuis la révolution du 24 lévrier, nous n'avons plus que des choses faciles à faire, il se serait étrangement trompé. Il ne faut pas d'ailleurs s'exagérer ces difficultés ; ne jugez pas de l'état des esprits dans le pays par l'animation de ce débat. Il y a, dans la généralité de la population, plus de fatigue que de passions ardentes. Dans quelques collèges électoraux du midi ou de l'Ouest, la question entre la republique et la monarchie pourra se poser ; elle ne s'y posera pas avec plus de vivacité que dans cette Assemblée. Les partis auront une première conclusion qui sera celle que leur dictera leur passion ; mais ils en auront une seconde, celle de la raison, c'est-à-dire celle de l'amélioration de cette même République, et ce sera celle qui dominera en définitive, parce que ce sera la seule conduisant à un résultat possible. — M. Berryer disait : « D'abord le» triomphe de mon principe^ et subsidiairemenl le maintien de la Républiqv£, » C'est son subsidiaire, j'en ai la ferme conviction, qui deviendra le point principal pour l'immense majorité des collèges électoraux. Vous serez d'ailleurs debout, attentifs et armés de tous vos pouvoirs encore subsistants. Le gouvernement républicain q-ura pour lui le droit et la force.
Mais ce n'est pas là qu'est la plus sérieuse objection à la révision. Elle est dans cette préoccupation que la révision peut faciliter une réélection du Président actuel de la République. Quoil une nation qui aurait reconnu dans sa constitution des vices radicaux ne pourrait y remédier et serait condamnée à vivre dans une situation pleine de troubles et de dangers, parce qu'elle craindrait d'ouvrir une chance à la réélection de son premier magistrat? Ce serait donc un bien grand malheur que la prorogation des pouvoirs pendant quatre ou cinq ans, d'un Président qui aurait assez bien mérité de son pays pour s'attirer ce nouveau témoignage de sa confiance?... Et puis, si vous craignez pour la liberté, est-ce que la Constituante qui révisera l'organisation des pouvoirs ne pourra pas^ éclairée qu'elle sera par l'épreuve
que nous avons faite, créer de telles garanties, que toute usurpation devienne impossible? En vérité, je suis humilié de cette crainte. Persuadons-nous bien que la France n'aura jamais que le gouvernement qu'elle voudra et méritera. Ne donnons pas au monde ce spectacle de nos Inquiétudes pusillanimes ; soyons plus sûrs de nous-mêmes, plus confiants dans la force de notre institution républicaine. Je n'examine pas si cette chance d'une réélection qu'on paraît tant redouter est plus ou moins sérieuse, mais ce que j'affirme, c'est qu'en repoussant la révision dans la seule vue d'en empêcher la réalisation, vous créeriez à celui que vous voudriez ainsi écarter le plus grand rôle qu'il puisse ambitionner; vous personnifijeriez en lui le cri de l'opinion, la voie du salut général; vous donneriez pour auxiliaires à son ambition toutes les nécessités de la situation. (Mouvement prolongé. — M. de Rémusat demande la parole. — M, Desmousseaux de Givré : Ce sera la dictature!...) Étrange manière, il faut en convenir, d'établir la dictature, que d'appeler un peuple entier à nommer librement une Assemblée constituante devant laquelle tous les pouvoirs, toutes les prétentions auront à s'abaisser. (A droite : Très-bien !) Les dictatures sortent du désordre, des situations violentes prolongées; voilà les chances qui s'ofl*rent à elles. L'exercice réguUer et légal des institutions ne saurait leur en donner aucune (Très-bien l — Acclamations à droite.) Nous avons deux espèces d'adversaires : les uns demandent la révision radicale dans l'intérêt d'un homme, les autres la repoussent par crainte de cet homme.' J'en suis humilié pour mon pays. Je vous en conjure, réfléchissez à la situation qui vous sera faite le lendemain du jour où vous aurez repoussé la révision 1 Ah! c'est à ce jour que les dangers sérieux commenceront pour cette Assemblée. Je n'ai pas besoin de vous le dire, quels que soient les dangers que je prévois, vieux parlementaire, je serai toujours, et quoi qu'il arrive, avec le parlement. Après avoir vainement averti mes amis, je ne m'en séparerai pas; mais avant de prononcer le non fatal! écoutez le pays qui vous supplie. Avez-vous le droit de vous étonner qu'il se préoccupe de ce dont le monde entier est anxieux? Est-il juste et raisonnable de chercher à atténuer ce cri général de l'opinion, en le représentant comme provoqué par l'administration qui l'a bien plutôt contrarié que favorisé par son imprudente intervention ? La nation tout
entière, par ses organes les plus sérieux, les conseils généraux, vous demande un renoède à une situation devenue impossible, et vous le lui refuseriez? A tort ou à raison, elle voit dans la révision de ia Constitution son unique voie de salut, et vous la lui fermeriez? Mais ne voyez- vous pas qu'à partir de ce moment, tout ce qui arrivera de malheureux dans ce pays, le peuple vous Timputera. Nous ne sommes pas nés d'hier, et nous ne savons que trop combien notre nation est portée à rendre son gouvernement responsable de tout ce qu'elle peut éprouver de malaise. Désormais en butte à toutes les plaintes, à toutes les accusations, vous vous irriterez, vous frapperez, vous recommencerez cette misérable petite guerre contre les divers organes de la publicité, à laquelle nous avons assisté et qui n'ajoutera pas, croyez-moi, à votre force morale. Et puis après viendra le grand jour de la double élection. Pour prévenir l'influence que le Président de la République pourrait encore exercer sur cette élection, le dessaisirez-vous,.par anticipation, de son pouvoir et prorogerez-vous les vôtres? Alors vous voilà vous-mêmes en guerre flagrante contre les populations , contre le pouvoir exécutif tout entier et contre la Constitution elle-même. Que si vous vous refusez à ces mesures extrêmes, votre mandat, songez-y, expire le 28 mai. L'élection du Président est fixée au 10 du même mois; lorsque vous vérifierez les procès-verbaux de l'élection présidentielle, le 23 ou le 24 mai, vous n'aurez plus que quatre ou cinq jours d'existence. Maintenant, supposez avec M. Berryer que le pays, malgré les prohibitions de la Constitution, s'obstine à réélire Louis-Napoléon, que ferez-vous? Vous annulerez l'élection, et puis immédiatement vous vous retirerez, afin de donner vous-mêmes l'exemple du respect pour la Constitution... Dans quel état, grand Dieu! laisserez-vous alors le paysl... Ne craignez-vous pas que votre propre réélection ne se ressente des griefs qu'il aura contre vous? Serez-vous d'ailleurs d'accord comme vous l'avez été jusqu'à ce jour? Cette majorité, après les déchirements qu'elle a subis, se présentera-t-elle unie aux électeurs ? N'y aura-t-il pas deux ou trois listes diff'érentes, seulement pour le parti conservateur?... Il y a là, croyez-moi, une chance bien autrement redoutable que celle de la réélection du Président : il y a le danger d'avoir une Assemblée nommée sous l'influence de l'irritation populaire. (Mouvements en sens divers.) Notre
iv. 11
Gonstilution, je le sais, fait un grand avantage à la minorité en exigeant les trois quarts des voix pour la révision. Je ne fais rinjure à aucun des partis, dans cette Assemblée, de supposer qu'il veuille abuser de cet avantage pour braver les vœux du pays. Plus le droit est exorbitant, plus la minorité se montrera réservée en l'exerçant. Dans tous les cas, et après cette première épreuve, après cette discussion qui est une mise en demeure solennelle, j'espère que la réflexion et le patriotisme porteront leurs fruits.
Ce discours fut suivi de vives et nombreuses marques d'approbation, et mes amis, ceux-là même que je n'avais pu entraîner, m'entourèrent pour me féliciter ; TAssemblée ne voulut plus écouter d'autre orateur; en cela elle eut tort, la discussion ne pouvait que gagner à se prolonger. Elle fut close. Le vote eut lieu avec une certaine solennité. Il donna sur 724 votants 446 suffrages pour la révision de la Constitution et 278 contre. Il aurait fallu atteindre le chiffre de 543 pour réaliser les trois quarts exigés par la Constitution ; c'était moins de cinquante voix à déplacer, et quand on voit quels noms se sont trouvés sur la liste des opposants, on pouvait bien ne pas désespérer d'opérer ce déplacement dans une seconde épreuve.
Il n'y avait, du reste, plus que cette chance à tenter, car la France était désormais placée dans cette alternative forcée, ou d'une révision régulière, ou d'un coup d'État soit parlementaire, soit présidentiel.
Chose étrange ! si la question eût été posée ainsi : la Constitution renferme-t-elle des vices qui appellent une révision? L'Assemblée eût été unanime dans son vote affirmatif : républicains, légitimistes, royalistes constitutionnels eussent tous fait la même réponse : Oui, la Constitution doit être révisée, car l'expérience de ces trois années que nous venons de traverser nous en a démontré les vices radicaux ; la division n'existait que sur les conséquences prévues de cette révi-
sien, et comme la plus apparente, la plus signalée de ces conséquences était la réélection possible du Président de la République, l'Assemblée se partageait entre ceux qui voulaient cette prorogation des pouvoirs présidentiels, ou du moins qui s'y .résignaient, et ceux qui n'en voulaient à aucun prix. Il faut convenir que ces derniers se sont singulièrement trompés, ils ne voulaient pas de la réélection de Louis- Napoléon comme Président de la République, ils en ont fait un empereur !...