‹ Mémoires posthumes de Odilon BarrotChapitre 41 sur 42 · PIECES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

PIECES JUSTIFICATIVES

Jlf. OdUon Barrot. — Si vous trouvez que la situation est la même, je n'ai plus rien à ajouter, si ce n*est que je prie Dieu de ne pas réaliser mes prévisions.

Les députés se retirent ; il était environ cinq heures.

Là discussion, quoiqu' animée, surtout à la fin^ est toujours

ment ces Busceptibilités, Je dois dire que le prince ne pensait pas ainsi, et que, se renfermant dans la dignité du malheur, il me déclarait qu'il ne voulait pas, môme par voie indirecte, demander grftce, et qu'il préférait rester en prison. Je lui répondis que je ne pouvais bl&mer le sentiment qui l'inspirait, tout en m'en affligeant, et les choses en restaient là, lorsque Vatouf, dont le cœur était excellent, imagina un autre moyen de concilier les exigences du gouvernement avec ce que le prisonnier considérait comme son honneur : c*était d'obtenir de ce dernier une lettre, non de demande en grâce, mais de remerciements, pour une grâce qu'on supposait accordée.

L'expédient parut acceptable aux ministres et au prince lui-môme, qui m'écrivit, en effet, une lettre fort convenable de remerciements pour la faveur qui lui avait été accordée, en témoignant sa gratitude pour le gouvernement du roi. Dans cette lettre, il se déclarait hé envers lui par le puissant lien de la reconnaissance.

Cette lettre ayant été envoyée^ je fis demander une audience au roi. Je lui lus cette lettre, en lui rendant compte de l'expédient que ses ministres et moi avions imaginé pour concilier les intérêts du pouvoir avec la générosité qui lui avait toujours été si facile.

Je m^étais également animé dans la conversation, et sur les comparaisons que Louis-Philippe me faisait à titre d'argument entre le sort que l'oncle du prince Louis-Napoléon avait fait subir au duc d'Enghien, son cousin, et celui que subissait le prince Louis- Napoléon, qui était bien autrement coupable que le malheureux descendant des Gondé. — Je me récriai : Ah ! Sire, sont-ce de tels exemples que vous voulez emprunter à l'histoire du passé ? la gloire de votre règne n'est-elle pas dans votre mansuétude envers vos ennemis. Une prison d'État qui dure depuis sept ans et qui semblerait devoir se prolonger indéfiniment, c'est un démenti à toute votre politique : l'occasion est belle d'écraser sous votre générosité ce jeune homme que son inexpérience, les rôves de son enfance, la situation violente que des lois de proscriptions lui ont faite ont tristement égaré.

Un père mourant, un roi honoré de tous, vous le demandent ; votre politique et votre cœur vous le conseillent ; accordez-moi cette faveur.

C'est alors que le roi me dit ces paroles, que je me rappelais tristement en sortant de chez ce môme prisonnier, devenu, par les

restée, de part et d'autre, dans la mesure de la plus parfaite convenance, et même parfois empreinte d'une mutuelle affection.

jeux étranges de la fortune, premier magistrat de la République, et, investi à son tour^ de ce grand et doux droit de gr&ce.

Et lui aussi fermait son cœur et son àme aux accents d'une conviction profonde et sincère :

(( Vous êtes éloquent, Monsieur Odilon Barrot. .. » alors que je n'é* tais que vrai et convaincu : triste rapprochement. Vieux et jeunes, les hommes sont-ils donc toujours les mêmes et cèdent-ils tons futaie* ment aux enivrements de la puissance?

II est inutile de rappeler que quelques jours à peine s'étaient écoulés depuis mon inutile démarche auprès de Louis-Phili^^ que le prince Louis-Napoléon se donnait à lui-même la liberté, eC se trotta vait ainsi tout à la fois affranchi et des liens de sa peiffic et éê ceux de la reconnaissance.

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