C. Stedimge
ÂvaQt de finir ces iqémoires nous donaeroos copie de. quelques lettres intéressantes adressées au feu Maréchal par l'empereur Alexandre, le roi Louis XVIII , le prince royal Charles-Jean et quelques autres personnes marquantes.
35S APPBNDICB.
Lettre de V empereur Alexandre à Mm de Stedingk.
SaiDt-Pétersbourg, ce 31 décembre 1811.
Monsieur le maréchal comiSi de Stedingk , en accordant au comte d'Ugglas ce qu'il désirait de moi , j'ignorais que contractant une alliance avec lui son intérêt devenait le vôtre *, mais je l'apprends avec plaisir , et cela double la satisfaction que j'éprouve de l'avoir obligé.
Je vous remercie , monsieur le Maréchal , de m'avoir donné l'occasion de vous^ réitérer l'expression des sentiments distingués que vous me connaissez pour vous , et qui sont inaltérables. Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
Alexandre.
Lettre du roi Louis XTIIl à M. de Stedingk.
A Mlttau , ce 29Juin (11 juillet) 1806.
Je profite, monsieur, de l'occasion du comte d'Avaray, qui va , pour sa santé , consulter à Pétersbourg le docleur Frank , et que je recommanderais à votre amitié s'il ne vous était pas bien connu, pour vous prier de Taire passer la lettre ci-jointe au roi votre maître. Je ne sais quelle sera l'issue de la crise où il se trouve , mais je sais qu'elle ne peut que le couvrir de gloire , et je ne puis me refuser à vous en féliciter. Vos malheureuses discussions avaient , pendant cinquante ans , comme endormi la Suède; Gustave III l'a réveillée, et le Javalex et la Poméranie attesteront que l'âme de Gustave-Adolphe et de ses généraux revit dans leurs successeurs.
'Vous connaissez, monsieur le baron, ma parfaite estime et tous mes sentiments pour vous.
Louïs.
ibk APPENDICE.
LeUre du prince royal de Suède à M. deSledingk,
A mon quartier-général de FrédrikshàU, 1« 26 octobre 1M&.
Mon Cousin,
J'ai reçu vos lettres. J'ai vu avec plaisir que malgré les fatigues jd'un long voyage , votre santé était toujours bonne. Le vif intérêt que vous prenez aux affaires de Norvège, et votre opinion sur cette campagoe, me sont d'un très-grand prix. Je me rappelerai toujours avec attendrissement, et vos services en Allemagne, et les marques d'attachement que vous m'y avez données. Dans les moments les plus difficiles je vous trouvai toujours Suédois, capitaine et soldat. La patrie n'a plus rien à vous offrir. Dignités , estime, considération, il n'est plus possible d'ajouter à celles dont vous jouissez. Nos descendants acquitteront la dette de vos contemporains. Quant à moi, je me regarderai comme très-heureux, si, par mes soins pour votre fils , je puis prouver à la nation toute mon amitié pour vous.
J*ai appris avec bien de la peine que madame la corn-
tesse était indisposée. J'espère que quand vous recevrez ma lettre sa santé sera parfaitement rétablie. Je vous prie de lui faire agréer mes civilités. Sur ce , je prie Dieu qu'il vous ait, mon cousin, dans sa sainte et digne garde, étant
Votre très-affectionné cousin , Charles Jean.
p. s. Je me suis empressé de conférer au capitaine comte de Rieuth , l'ordre de l'Épée que vous m'aviez demandé pour lui.
Lettre du eomte de Fersen {Axe^ à M. de Stedingk.
Prague, ce l*' septembre 1791.
Mon cher ami ,
Le roi t'aura déjà mandé ce dont je suis chargé ici de sa part , mais il est essentiel pour le succès de toute cette opération que l'impératrice se montre d'une manière prononcée ; l'intérêt qu'elle y mettra sera d'un grand poids, et il serait intéressant, pour assurer les succès des . opérations , qu*elle voulût envoyer des troupes et des vaisseaux avec ceux que le roi destine pour cet objet. Je ne te recommande pas les intérêts de cette malheureuse famille , tu leur es aussi attaché que moi , mais j'ai eu de plus l'horreur d'être témoin de tout ce qu'ils ont souffert, et je sens plus vivement la position affreuse où ils sont. Tu as déjà vu sans doute le comte d'Esterhazy, concerte-toi avec lui , et appuyé ses négociations ; mais représente bien , combien il sera essentiel dans tout ce qu'on fera de s'occuper de la sûreté
personnelle du roi et de sa famille; il faudrait faire avancer les troupes sans perdre de temps , rappeler les ambassadeurs , refuser de* reconnaître le pavillon national y mais n'agir avec force qu'après avoir demandé au roi de se rendre dans un endroit indiqué sur la frontière , et déclarer en même temps que s'il en était empêché , on prendrait sur-le-champ tous les moyens de force pour le délivrer de sa prison. 11 serait essentiel alors que les flottes suédoises et russes pussent menacer les côtes de Normandie et de Bretagne , et même y débarquer des troupes s*il en était besoin pour^ôter aux factieux toute retraite de ce côté. Voilà mon ami en peu de mots ce que je crois le plus utile pour cette causç , qui est celle de tous les souverains , et Tâme de Timpératrice est trop belle , elle soutient avec trop d'éclat la majesté du Irône qu'elle' occupe , pour ne pas sentir la nécessité de venir au secours du roi de France. Adieu , mon ami» je ne te dis rien de mes chagrins , tu les sens ; je voudrais pouvoir mourir pour eux. Compte toujours sur ma tendre, ancienne et inviolable amitié.
ÂxBL Fersen.
(*) Comte Axel Fersen^ grand maréchal de Suède , connu k la cour de France sous le nom du beau Fersen.
358 APPBNDIGS.
Lettre du comte de Fersen {Axel) d M, de Stedingk.
Bruxelles, ce 21 octobre 1793.
Mon chee ami ^
La certitude que tu partageras ma douleur peut seule m'engager à t'écrire dans un moment aussi affligeant , et la certitude de ton attachement pour une princesse infortunée , à laquelle nous n'avons plus que des regrets à donner, me fait un devoir de t'annoncer sa mort et de la'pleurer avec toi ; c'est le 16 de ce mois que la reine a été mise à mort par des monstres plus barbares que les sauvages. Son jugement et son exécution ont été l'af* faire de deux jours , nous n'avons encore aucun détail; mais son âme forte et le courage qu'elle a montré pendant quatre ans de malheurs , est un garant de celui qu'elle aura déployé dans les derniers instants d'une si belle vie. Ton cœur sensible partage ma douleur et peut seul la concevoir, elle est au-dessus de toutes les exprès^ sions.
AXEL Fersek.
APPBNOICIB. 359
Lettre du duc de Blacas à M. de Skdingk,
Saint-Pétersbourg, ce 25 mars (6 avril) 1808.
Monsieur l'ambassadeur,
II est plus aisé de sentir que d'exprimer les regrets que nous a laissés votre départ ; tous vos amis , toutes vos connaissances , en ont été pénétrés , et si jamais regrets furent plus justes , jamais ils ne furent plus vivement partagés. Je n'ose, monsieur l'ambassadeur, distinguer tolis ceux que j'éprouve ; mais je vous prie de vouloir bien croire que le souvenir des marques d'amitié , d'inté/'êt , dont vous n'avez cessé de me combler , sera toujours gravé dans nia mémoire et dans mon cœur.
D'aprës vos intentions , monsieur l'ambassadeur, je mé suis empressé de demander à M. le comte de RomanzofF, des nouvelles de la lettre que vous l'aviez chargé de faire passer en Suède. La réponse a été qu'il n'en avait pas eu de M. de Buxhôwden sur cet objet , mais qu*il était certain qu'elle a été transmise , et voici com-
360 APPENDIGB.
ment : le général coimnandant les troupes de S. M. suédoise en Finlande , ayant eu occasion d'écrire à M. de Buxhôwden , Ta prévenu , que la manière dont cette guerre avait commencé , et l'ignorance ou était le roi , sur la conduite qu'on avait tenue ici à votre égard , obligeraient S. M. à prendre des mesurés de la plus grande rigueur vis-à-vis M. d'AIapêus; la réponse du général comte de Buxhôwden portait, que vous seriez certainement toujours traité avec les égards dus à votre* caractère et à votre personne , et que la lettre qu'il lui faisait passer de votre part, ne pouvait laisser de doute à ce sujet. M. de Romanzoff ne sait que par ce rapport du général russe , qu'elle a été remise ; mais il paraît ne devoir laisser aucun doute. Le ministre m'a dit ensuite , que le courrier porteur des dernières propositions faites par S. M. impériale à S. M. suédoise , avait été arrêté , que ses dépêches lui avaient été enlevées , mais qu'il pouvait affirmer, sans cependant se rappeler positivenient leur contenu , qu'on n'y aurait rien trouvé qui pût compromettre , ni le ministre , ni le ministère impérial.
J'aurais voulu reprendre et suivre une conversation , que j'avais entamée à ma précédente conférence , et dont j'ai eu rhonncur de vous rendre compte ; mais j'ai été arrêté par le comte de Romanzoff qui m'a dit : Umt est maintenant inutile , nous savons par le Danemarck ^ a-t-il ajouté^ que S. M. suédoise a déclaré qu'elle perdrait la couronne plutôt que de renoncer à son alliance avec l'Angleterre. J'en suis resté là pour le moment , monsieur l'ambassadeur ; mais les circonstances changent, je ne perds pas l'espérance de pouvoir vous offrir encore mes faibles services , et je vous supplie de vouloir bien vous rappeler, que je serai à vos ordres dans, tous les temps et sous tous les rapports.
On parle beaucoup ici d'uixe flotte anglaise , arrivée à Elsinborg , ce qui ne laisserait plus la moindre crainte sur le passage, des Français en Scanie. Au reste, on ne le sait pas encore en ZélandQ.
Je prends de nouveau la liberté , monsieur l'ambassadeur, de recommander à votre obligeance les lettres ci-jointes , et je saisirai toujours , avec bien de Tempressement, Toccasion de me rappeler à votre souvenir, 9 vos bontés , et de vous offrir un nouvel hommage d'inviolable attachement , et du tendre respect avec lequel j'ai l'honneur d'être,, monsieur l'ambassadeur, votre très* humble et très-obéissant serviteur.
Blagas d'Adlpy.
362 A^PBNPIGB.
LeU%e du duc de Blûcas é M, de Sledingk.
MUtaul8(30)juinl808.
MONSIBUR l'a.MBASSADEUR ,
J'avais espéré passer en Suède , sar la frégate où vous êtes embarqué^ mais c'est madame ^ elle-même qui va se rendre à votre bord , et qui me charge de vous témoigner tous les regrets qu'elle éprouve de vous y faire attendre aussi longtemps son arrivée. L'espoir que vous pourriez venir à Riga , et une infinité de circonstances que Ton ne pouvait pas prévoir, ont retardé sa marche ; et S. A. royale vous dira' combien elle en est peinée depuis qu'elle vous sait dans la» rade de Liban. Privé de vous voir, monsieur l'ambassadeur, je ne veux du moins pas laisser échapper l'occasion de me rappeler à votre souvenir, et vous savez combien il m'est précieux. Vous voilà enfin au moment d'arriver chez vous , je vous en félicite de tout mon cçeur, et je ne dé-
(*) Duchesse d'Angouléme.
APPENDfCB. 363
sespère pas de vou^ voif* à GariscroDa , où je ne tarderai pas à me rendre à la suite de la reine. Combien j'ai été^ peiné de vous savoir aussi longtemps dans l'attente du bâtiment, que vous aviez demandé à votre auguste maître ; combien j'ai souffert de vous savoir presque témoin de tous les malheureux événements de Finlande , et croyez qu'ils ne m'ont pas affligés moins sensiblement que vous. J'avais prévu la reddition de Swéaborg ; j'avais même cherché à vous en faire prévenir. Maintenant vos troupes ont eu de l'avantage ; elles se sont extrêmement rapprochées de Wilmanstrind, et je ne doute pas que si elles fussent conduites par h général , qui dans la dertiière guerre eut tant *de succès dans lé Javalax , elles ne donnassent comme alors de l'inquiétude àPéterebourg.
Vous savez , monsieur l'ambassadeur, que la guerre actuelle est contraire aux vœux de la Russie , que les avantages que les Russes remportent sur les Suédois sont regardés dans tout l'empire comme des revers. Que l'on profile de ces bonnes dispositions , que l'on menace Gronstadt et Pétersbourg par mer, dans le temps que vos troupes de terre s'approcheront de la capitale , et en prenant une position sur le Lodaga , intercepteront les denrées qui y arrivent de l'intérieur. Vous connaissez le mécontentement général , quelques bombes le porteraient au comble; le cabinet, le conseil , n'ont pas assez de caractère pour y tenir tête , et la paix serait signée à bord d'un vaisseau suédois ou anglais , avec autant de facilité qu'elle fut conclue à Tilsit l'année dernière. Les moyens sont aisés à pressentir, et personne ne pourrait mieux que vous les faire adopter. Cette paix , suivie d'une alliance qui en est inséparable , pourrait encore sauver l'Europe , surtout dans le moment où Buonaparte est occupé en Espagne bien plus sérieusement qu'il ne
l'avait imaginé. Au nom de Dieu, monsieur l'ambassadeur, que l'on tente quelque chose contre Gronstadt , que les* canons suédois se fassent entendre à Pétersbourg ; et , j'ai Tbonneur de vous le répéter, si quelques bombes peuvent en approcher, la Russie demandera la paix , et acceptera celle que Ton voudra lui dicter.
Pardon de mon long verbiage , mais vous m'avez accoutumé depuis longtemps à vous parler de toutes mes idées , et on ne peut mieux faire que de les soumettre à votre sagesse et à votre esprit J'ai été bien touché de la bonté qu'a eue madame la Baronne, de me donner de ses nouvelles , et je me flatte qu'elle aura reçu ma réponse. Veuillez bien lui présenter mes hommages , et ne pas me laisser oublier par vos aimables enfants.
Agréez avec votre obligance ordinaire, je vous prie , monsieur l'ambassadeur, un nouvel hommage de ma reconnaissance , de mon attachement , et du tendre respect avec lequel j'ai l'honneur d'être , monsieur l'ambassadeur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Blâcas d'Adlpu
LUire du comte Ed. Dillon à M: de Stedingk.
15 mars 1814.
Mon cher maréchal ,
J'ai appris avec plaisir et sensibilité , qae ni le temps , ni la distance, ne vous font oublier vos anciens amis ; M. de Bouille (*) qui vous remettra celle-ci m'a dit que vous lui aviez parlé de moi , avec les expressions d'intérêt et d'attachement que vous m'avez toujours témoigné; rendez-mot la justice de croire que tout ce qui me rappelle notre ancienne liaison , et les jours heureux que nous avons passés ensemble a sur moi des droits que rien ne peut effacer; fasse le ciel qu'en suivant les hautes destinées de votre prince , de votre brillante étoile du nord , je vous serre encore la main dans Paris.
C) M. de Bouille fut envoyé au quarUer général du prince royal de Suède, dans Tintérêl de Louis XVIII et de la branctie aînée des Bourbons.
366 APPBNDICB.
Je ne hasarde point de vous parler de politique , mais il n'y a qu'un Français qui puisse rétablir la France (*) ; nous ne dérangerons pas la nature des choses à notre volonté , et c'est elle qui nommera le Fabius du monde. La Suède est l'amie naturelle de la France , quand elle cessera d'être convulsionnée. Nous sommes ici dans les plus grandes inqiTiétudes sur le résultat du congrès de Cihâûllon ; le sort du monde y paraît attaché. Vous savez dans ce moment ce qui en est , et nous sommes encore dans la crainte de cette misérable paix qui n'en sera pas une ; mais je puis vous assurer que la guerre avec le monstre est plus populaire ici la vingtième année qu'elle ne Tétait la première ; nos ressources sont immences.
M. de Bouille vous dira que nous voyons beaucoup tous vos compatriotes ici , particulièrement le comte de la Gardie , et jamais sans qu'il soit question de vous ; il ne vous dira pas de mal , je crois , de notre intérieur où je serais trop heureux de vous voir un jour.
Recevez , mon cher maréchal , l'assurance d'un atta-. chement invariable et vrai qui ne finira qu'avec ma vie.
Ed. DiLiON.
(••) Charles-Jean , prince royal de Suède.