‹ Memoires posthumes du feldmarechal comte de Stedingk (volume 4)Chapitre 19 sur 21 · C. DE Stedinge · texte numérisé non relu

C. DE Stedinge

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A la comtesse de Bjôrmtjerna,

Elghammar, ce 30 octobre 1838.

Vous ne pourriez pas, ma chère Lisinka, me donner une plus grande marque de tendresse qu'en vous occupant de moi comme vous faites, au milieu du grand monde et du tourbillon dans lequel vous vivez ; c'est ce qui ajoute un nouveau charme à vos lettres, d'ailleurs si intéressantes par leur contenu, La dernière que j'ai reçue était du 25 août , mais il n'en arrive pas dans la famille où je n'aie ma bonne part. Le mémorandum que vous m'avez fait tenir par Marie m'a intéressé viveiDent C) ; j'en fais mes remerciments à mou bon ami Magnus et le félicite d'en être Pauteur. C'est un composé de raisonnements solides et d'insinuations adroites qui ne laissent rien à désirer. Ses premiers pas dans la car-

(*) Ce mémorandum était un mémoire sur la réclamation que le prince de Vasa avait adressé à toutes les Cours de l'Europe, pour porter te titre de prinee royal de Suède , et pour prendre plus tard celui de roi de Suède lor8(|ue son père, Gustave IV, serait mort.

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rière polilicyje ne sont pas moins fermes et distingués que ceux qui marquent sa carrière militaire. Il pourra choisir laquelle des deux il voudra sans se méprendre ; il n'y aura d'autre différence que de n'avoir eu Suède aucun égal dans la dernière.

Un autre envoi, dont j'ai à vous remercier, est la des- <îription du tunnel. Quel ouvrage! quelle entreprise! elle est digne d'une grande nation qui par son industrie met à contribution tout l'univers , et où l'intérêt public et particulier sont une et même chose. Je ne verrai pas ces merveilles, mais je suis bien aise que vous les ayez vues, pourvu qu^elles ne vous séduisent point à prolonger votre séjour hors de la patrie. Ce que je désirerais beaucoup de revoir, ce sont quelques personnes qui m'ont honorées de leur amitié et qui se trouvent en Angleterre : lord Sttint'Helms^ lord Gou>er (maintenant lord Granville), le comte de Munster j mais surtout mon bon ami lord Normanton^ que vous voyez souvent, si vous pensez encore comme vous vous faisiez à l'âge de huit ans. Si vous lui dites que je l'aime comme mon fils , vbus ne direz rien de trop et vous m'aurez ravi en m'apprenant qu'il est heureux et content.

Vos lettres arrivées en dernier lieu nous ont tranquillisés sur l'état de votre santé , mais souvenez-vous , ma bonne amie, qu'il faut la ménager, ce qui vous sera plus facile à Londres qu'à Stockholm, où vous êtes tenue à plus de devoirs et où la cour et la ville se disputent le plaisir de vous voir. ïl est vrai pourtant qu'il faut encore beaucoup de fermeté pour ne point se laisser entraîner par le torrent des dissipations et plaisirs qu'oflFre une ville comme Londres. Raisonnable en tout, vous préférez de revenir dans vos foyers et de vous occuper du bonheur de vos vieux parents et de votre famille. Jugez combien je dois en être ravi , moi , pauvre octogénaire ,

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qui n'ai point de temps à perdre, pour qui lea jours sont ce que sont les mois pour d'autres. Revenez donc embellir mes vieux jours. Quelle joie! que de bras tendus pour vous recevoir ! et que de vœux remplis par votre retour et celui de Magnus ! Embrassez-le de ma part, ainsi que vos petits compagnons de voyage. Bien des amitiés au prince de Liewen, et mes hommages à madame la prin-* cesse. Adieu, ma bien-aimée, mille adieux.

* G. DE Stbdiiigk.

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A la comtesse de Bjômstjerna (*j.

Stockholm , ce 21 mars 1836.

Votre petit billet du 7 mars, ma bien-aimée, écrit au sortir du champ de bataille , m'a fait verser des larmes de joie, et j*ai adressé des vœux ardents au ciel pour vous , qui ne m'avez jamais donné que des sujets de contentement et de bonheur, pour la petite qui vient de naître et pour mon bon ami Magnus, que j'aime et estime de cœur et d'âme. J'ai de grands torts avec lui , n'ayant pas répondu à une excellente lettre qu'il m'a écrite, mais hélas! mes quatre-vingt-huit ans me rendent, non pas insensible (j'en atteste tout ce que je sens pour vous ) , mais lent , paresseux , incapable de tout. Ajoutez à cela une attaque de goutte qui m'a retenu chez moi pendant six semaines , m'a privé d'air, de tout mouvement, et m'a vieilli de quelques années ; maintenant j'ai l'espoir d'être rétabli incessamment. Le beau

(*) Réponse à une lettre de madame de BJOrns^erna écrite peu d'heures après la naissance de sa fille.

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temps , et, plus que cela, le plaisir de vous voir hors de tout danger, heureuse mère, heureuse épouse, fera cet effet. Ce qui mettra le comble à mon boDheur esl^ de vous revoir Tété prochain à Elghammar. Vous connaissez mon ancienne antipathie pour Stockholm , elle augmente avec les années, et ma surdité qui augmente de même y met le comble. Je pourrais mettre en ligne de compte la diète, qui, selon moi, prend une mauvaise tournure, et qui aurait besoin de la présence de Magnus pour aller mieux ; tout cela n'empêche pas les bals et les réunions (que je ne regrette pas) d'aller grand train. Vos sœurs vous en rendront compte; elles m'ont dit que l'ennui y préside souvent.

J'aurais encore mille choses à vous dire , mais il faut finir. L'attitude à laquelle la goutte m'oblige ajoute encore à la difficulté et à la lenteur ordinaire de mon écriture. Cependant, je ne puis omettre de dire mille tendresses à mon bon ami Magnus, d'embrasser vos enfants , sans oublier la jeune demoiselle qui vient de faire son entrée dans le monde , de remercier particulièrement mon ami Roger (*) de sa lettre qui m'a fait grand plaisir; elle a couri> la ville et a fait beaucoup d'effet. Dieu merci, vos enfants vous i^eodront tout le bien que vous m'avez fait

Ainsi soit-il î ! !

(*) Fli» cadet de madame de Bjôrnstjeriia.

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A la baronne de Platen.

Elghammar, ce 26 juillet 1823.

Votre lettre du 18, ma bonne Nathalie, m'a fait grand plaisir en me prouvant combien vous m'aimez et regrettez d'être de nouveau séparée de moi. Ces regrets, je les partage vivement dans ma retraite, où j'espérais vous recevoir et jouir de votre société plus que je n'ai pu le faire à Stockholm, où Ton est livré au grand monde plus qu'à ses amf^. A la campagne , rien ne vous distrait de vos peines et de vos plaisirs , et certainement on s'y aime plus qu'à la ville. Quoique absents, nous sommes bien occupés de vous et de ma bien chère Thérèse (*), à laquelle je vous prie de faire mille tendresses de ma part. Vous arriverez, je pense, aujourd'hui à Uddevalla (**) ; tâchez , mes chers enfants , de bien mettre à profit le temps que vous y passerez. Je prie Neptune de vous combler de ses faveurs et de vous ren-

(*) Thérèse^ comtesse Ugglas, fille atnée du maréchal. (**) Uddevalla , bains de mer.

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voyer promptement lavées de tous yos péchés et défauts (physiques s'entend, ne vous en connaissant pas d'autres).

Je me figure déjà comment Thérèse, à son retour, bravera tous les coups de canon et de fusil imaginables. Je la vois, à mon arrivée à Jaumroank, couverte et noircie de poudre et de fumée , servir elle-même le canon tiré en mon honneur et se montrer la digne fille d'un vieux militaire. Du reste, ce qui doit me rassurer sur sa bravoure est que Don Quichotte, le plus coura* geux des chevaliers errants, que je viens de relire, tournait le dos aussi souvent qu'on lui tirait des coups d'arquebuse, ne se battant jamais qu'à armes blanches.

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A la baronne de Platen.

Saint-Pétersbourg, » juillet 18S6.

Vous n'aurez qu'un mot, ma bien-aimée Nathalie n, mais que ce mot contiendrait de choses s'il pouvait exprimer tout ce que je sens pour vous et ce que j'ai à vous dire! Plaignez- moi d'être si loin de vous, quand mes pensées ne vous quittent point, e^ admirez la bizarrerie de mon sort, qui, dans un &ge où pour l'ordinaire on ne quitte pas sa chambre, me fait courir la mer par monts et par vaux , et me rejette dans une carrière qui demande de la vigueur et de la tète, qui me manquent depuis bien des années C^"^).

Enfin, la volonté de Dieu soit faite. Il faut tâcher de s'en tirer le mieux que l'on peut, et surtout ne pas perdre courage.

Dans six jours je serai à Moscou, s'il plaît à Dieu. Je

(*) Baronne de Platett^ troisième fille du maréchal. (**) M. de Stedlngk venait d'être nommé ambassadeur extraordinaire au couronnement de l'empereur Nicolas.

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me réjouis de quitter Pétersbourg, qui n'est pas tenable par la chaleur qu'il fait. Je suis fondu de moitié, et je maigris d'un pouce chaque jour*, mais je ne suis pas malade comme plusieurs de mes jeunes compagnons de voyage. Il n'y a que les yeux dont je souffre.

J'embrasse mon bon ami Platen et votre gentille pe- ^ tite , et son gros frère ; et pour vous, mon ange , que le Ciel vous protège et vous bénisse. Ainsi soit-il.

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