‹ Memoires posthumes du feldmarechal comte de Stedingk (volume 4)Chapitre 8 sur 21 · DU BARON DE WETTERSTEDT A L'AMBASSADEUR · texte numérisé non relu

DU BARON DE WETTERSTEDT A L'AMBASSADEUR

Oerebro ^ le 8 août 181 0.

Monsieur le comte,

Les dépêches officielles instruisent V. E. de notre position à Tégard de la succession du trône. — Si le duc d'Augustenbourg * n'accepte point, je crois que le prince de Ponte-Corvo réunira le plus grand nombre de partisans. --^ Quant au roi de Danemark , toute la Suède s'oppose à son élection. -- Le duc d'Augustenboui^ sera élu , presque unanimement, à en juger par les appa-

* Frère aîné du prince qui Tenait de mcNirir.

rences. Le ton est calme chez les États et en faveur du gouvernement.

Le comité secret s'est déclaré en faveur du duc d'Augustenbourg. — Le général Wrede a seul été d*un avis contraire, — Dans deux ou trois jours le comité présentera le résultat de son travail au Roi. — Il faut voir cependant si on pourra procéder à l'élection dans les quatre ordres, avant de s'être assuré, par un nouveau message , de l'assentiment préalable du duc, à l'offre qui lui sera faite , sa lettre n'étant nullement claire à ce sujet.

LCTTRE K M. OB STEM^UK AU BOL

Saint-PéienboiirK, le 7 (19) juilkc 1810.

SlR£,

L'envoi de ce courrier est occasionné par un entretien que j*ai eu avec Tambassadeur de France, dont l'ai cru devoir rendre compte à Votre Majesté. Étant venu me voir le matin , comme il fait quelquefois, il me demanda si j'avais connaissance d'un article fort intéressant du journal de l'Empire au sujet de la Suède. Je lui dis que je venais d'en lire un. dans la galette d'Hambourg, contenant quelques conjectures sur le cboix d'un prince h^éditaire de la couronne de Suède à la

DU COMTR DB STEDINGfC. 183

diète prochaine *. C'est le- même 5 me dit-il, quoiqu'un peu tronqué; qu'en pensez-vous î Je pense que les gazetiers cherchent bien moins le vrai que l'extraordinaire, le merveilleux, pour intéresi^r davantage leurs lecteurs ; cependant le projet n'est pas tfiauvais. Songez que votre puissance est réduite à peu de chose, et que vous avez tout à craindre de ce côté'-ci , non pas tant que l'empereur Alexandre vivra ^ mais lorsqu'il n'y sera plus, au lieu que la réunion des trois couronnes vous rendrait une existence solide et vous garantirait pour toujours d'être envahis. Songez encore que c'est une occasion unique de vous agrandir et vous fortifier sans risque ni danger* et que si vous la laissez échapper, eUe ne se présentera plus jamais. En me parlant ainsi , il avait la mine et le ton d'un homme qui dit moins qu'il ne pense, et qui ne peut pas tout dire^ mais il me faisait entendre assez clairement, pour être compris, que cet article du journal n'était pas là sans dessein^ et que sa cour favoriserait le projet, s'il avait l'approbation de Vôtre Majesté. J'avoue qu'il

* Cet article parlait en faveur du roi de Danemark , Pun des candidats» pour étrfe élu prince héréditaire à la cuiirohue de Suède. ^.

i2k MÉMOIRES POSTHUMES

est tellement séduisant , et qu'il réunit à un si haut degré tout ce qu'un bon patriote pourrait désirer pour sa patrie dans la situation où elle se trouve présentement, que s'il pouvait s'exécuter,^ rien ne devrait empêcher de s'y attacher sans relâche, mais les difficultés qu'il présente par le contraste des mœurs, des usages, de la constitution des deux pays, et par la rivalité, l'antipathie qui les a divisés depuis tant de siècles, me paraissent invincibles, et je me suis attaché à le faire sentir au duc de Vicence , sans lui cacher en même temps mon opinion particulière sur le personnel du roi de Danemark. Il m'a répondu à cela par la maxime très-connue, que les souverains changeaient, tandis que les États durent.

J'ai eu une conférence avec le comte Romanzoff lundi dernier, à laquelle il m'avait invité par un billet. Il était chargé par l'empereur de me faire des représentations sur la sommation par le conseil de guerre en Suède , de plusieurs officiers accusés de n'avoir pas fait leur devoir pendant la dernière guerre, et devenus par la paix sujets de Sa Majesté Impériale. Il prétendait que cette procédure était diamétralement opposée à l'article XI du traité de Fredricshamn , qui stipule une am-

nistie générale pour les sujets respectifs > dont Topinion ou les faits en faveur de l'une ou de Tautre des hautes parties contractantes, pendant la dernière guerre, les auraient rendus suspects ou soumis à un jugement. Il me rappela que cet article avait été débattu entre nous fort tongtemps, que je m'y étais fortement opposé , et qu'ayant fait l'objection que cet article entraînerait nonseulement le pardon de crimes très-graves, mçus aussi l'obligation pour Votre Majesté de continuer aux criminels les émoluments et les pensions dont ils avaient joui avant la guerre , l'empereur n'avait jamais voulu y renoncer, mais qu'il avait consenti à y insérer la clause qui termine cet article. Il ajouta que l'honneur de l'empereur ainsi que celui deji^otre Majesté était intéressé à ne pas laisser porter atteinte à une stipulation aussi solennelle, et qu'il s'en remettrait à moi d'empêcher par mes représentations que notre ouvrage ne fût entamé ou détruit. Je m'étais attendu depuis longtemps à ces observations, qui ne sont pas sans quelque fondement, mais il fallait défendre cette cause, et je le fis avec les mêmes' arguments que j'avais employés pour m' opposer à ce fatal article pendant les négociations de Fredricshamn. Je

1^6 IfJgMOlBKS POSTBUMKR

fis valoir les misons militaires et politiques qui devaient engager l'empereur à ne pas donner une trop grande extension à une stipulation faite en faveur des habitants qui s'étaient prononcés fortement pour ou contre la Russie, mais aucunement pour donner atteinte à la discipline militaire que tous les souverains étaient intéressés à maintenir. Je lui citais l'exemple de la Prusse , qui , après la dernière guerre, avait fait le procès à ses commandants qui s'étaient rendus coupables, malgré qu'une amnistie avait été publiée à la paix. Je dis cela au hasard , ne' sachant pas bien si un article pareil existe dans sa paix avec la France ; mais sur quoi j'appuyais fortement, c'était que dans aucun cas l'article XI ne pouvait être appliqué aux individus dont le procès avai^ été entamé avant la conclusion de la paix. Le comte ne fut pas d'accord sur ce point, qu'il disait avoir été prévu et spécifié dans ce même article, et je fus obligé de recourir à ma dernière objection , celle que les oiBciers qui avaient été sommés, n'ayant pas encore reçu leurs démissions , étaient censés *être encore au service de Votre Majesté ! Le comte parut faire plus d'attention à cette raison qu'à toutes les autres que j'avais ailé-

I>IT COMTK DK STKPIWGK. 1*1

guées , iDaî3 il ne m'assura pas moins que l'empereur ne se désisterait jîimais à exiger Taccomplissement pœictuel de ^article en question , qui lui tenait fort à cobuf etintéressait l'honneur dé sa Majesté , ne pouvant pas accorder que des offkâers qui étaient à son service et portaient son uniforme fussent cités à d'autres tribunaux que les siens. Ce mot d'honneur me donna occasion de répétera» comte ce que je lui avais dit à Fredricshamn , que l'article XI me paraissait moins ho norable pour le souverain qui le proposait que pour celui qui l'accepterait ; mais on est ici en d^autres principes, et oh l'a été depuis bien longtemps, de manière que si Votre Majesté veut donner une suite à cette affaire , l'empereur s'y attachera davantage , et nous ne gagnerons rien , au lieu qu'en la laissant tomber, ou en déclarant qu'en vertu de l'article XI la procédure envers les accusés vient à cesser, les personnes qui ne veulent ou ne peuvent pas se justifier n'en seront pas moins déshonorées dans l'opinion publique, ce qui, sekwa moi; est la plus grande des punitions.

L'amiral Cronstedt a une pension de l'emperew de 4,500 riksdalers banque d'Hambourg.

Le major Gripenberg , qui a rendu Svartholm ,

' n'a pas grand' chose, mais on m'a assuré que cette place a été vendue avant que les Russes eussent passé la frontière. Tous ces lâches et ces traîtres, couverts d'opprobre, sont méprisés ici comme ils le méritent, même par les Russes.

Le baron d'Armfelt a obtenu la Jouislsance du bostaelle Mustialaet un délai jusqu'à la fm de l'an, pour se décider s'il veut être Finnois ou Suédois. Il aura aussi sa pension. Toutes ces affaires le retiendront ici encore quelques semaines.

Signée Curt v. Stedingk.

Très-humble apostille.

Saint-Pétersbourg, 7 (19) juillet 1810.

La nouvelle de la défaite de l'armée du grand visir, à laquelle on s'^ittendait depuis plusieurs jours, n'est pas arrivée encore, mais il y a eu deux affaires le 10 et le 11 n. st. , dont la dernière a été fort sanglante et a coûté à l'armée

russe un oflicier général tué et 200 hommes. Le grand visir ayant pris le parti fort exkaordinaîre de jeter une grande partie de son armée, forte, à ce que Ton dit, de 20,000 hommes, dans ïa ville de Schumia qui n'est pas fortifiée, le comte de Kamensky a fait un mouvement avec son aile droite pour occuper un poste dans les montagnes sur les derrières de l'armée Turque , et lui couper la communication avec le chemin qui conduit à Adrianople. Les Turcs n'en ayant pas d'autre pour faire arriver leurs convois et se retirer en cas de besoin , ont voulu empêcher ce mouvement le 10, et ont été repoussés avec perte. Ils sont revenus à la charge le lendemain avec plus de force, et ont attaqué les Russes, qui en attendant avaient gagné le poste qu'ils voulaient occuper, et qu'ils ont maintenu malgré la perte qu'ils ont faite , les Turcs s' étant repliés dans leur camp. Le comte de Kamensky avait écrit qu'il voulait attaquer les Turcs dans la ville de Schumia, mais je crois qu'il y pensera à deux fois , n'étant pas aisé d'attaquer une ville défendue par 40,000 hommes, même des Turcs, lorsqu'un corps de pareille force est campé tout auprès et prêt d'attaquer les assaillants. Il est plus probable qu'il

130 , MÉIiOtR89 POSTHOMES

cherchera à les^ affamer et les obliger par là à doudcrire aux conditions de paix que là. Auflâie veut leur impofeer. Elles consistent dans la cession de tous les pays quMls possédaient sur la rive gauche du Danube , et dans une contribution de 20 à 40 millions dis piastres pour lès frais de la guerre. Uî in lUteris submissè humiltimis.

CuRT V. Stedingk.

DU COMTE 0E STE»19rOK. 131

A M. LE BAHON D'BNGESTROM.

Saint-Pétersbourg, le 1 (13) août 1810.

Malgré que ma très-humble dépêche du 19 juillet , envoyée par le major Brunow, ait répondu en grande partie à la question que Votre Grandeur m'a faite, par sa dépêche en chiffre du 24. , j'ai cru ne pas devoir tarder de faire parvenir au roi les notions que j'ai pu rassembler ici , sur le grand objet qui nous occupe en ce momnet.

Jamais le présent n'a été plus problématique , ni l'avenir plus incertain. Si on se décide pour le Danemajrk, nous courrons risque de cesser d'être Suédois ; si on ne le fait pas les deux pays

132 MÉMOIRES POSTHCUKS

sont en danger de devenir des provinces de leurs puissants voisins. Plus notre choix est libre , et plus nous serons sans excuses , s'il ne tourne pas à notre avantage. Le personnel du souverain que nous choisirons me parait devoir entrer en considération beaucoup, moins que la convenance des peuples que Ton veut réunir sous le mêipe sceptre. Une constitution est mauvaise si l'État ne peut se maintenir que sous un grand prince , mais l'unité dans la constitution des peuples, qui obéissent au même souverain, me paraît nécessaire pour leur bonheur à tous. Cependant la maison d'Autriche a longtemps offert, et offre encore l'exemple du contraire ^ et qui sait si un prince Danois naturalisé en Suède , ne ferait pas , en faveur d'une grandeur réelle , le sacrifice de ce pouvoir illimité , dont les Danois ne se trouvent pas fort bien à l'heure qu'il est? J'imagine qu'il ne pourra pas être question de l'ancien prince royal, mais il n'est pas moins vrai que ce choix, s'il n'augHKînte pas notre force réelle , nous éviterait bien des embarras présents et futurs, et mettrait notre bon roi fort à son aise. Enfin rien n'est plus grand que ce qui se traite dans ce moment à Oerébro, et rien ne sera plus glorieux

pour Votre Grandeur, et ceux qui jouent un rôle {»îocipai, que de faire tourner cette grande aventure au plus grand bien de la patrie.

Je viens d'apprendre que le général Kamensky, qui était allé avec deux divisions de son armée à Rutschuk , en a détaché une pour aller à la rencontre du Pascha de Widdin , qui marchait au secours de Rutschuk, et que Ton dit avoir été battu complètement par cette division , et obligé de rebrousser chemin. Les Russes s'étaient emparés aussi de quelques îles dans le Danube » entre Rutschuk et Georgewo, ce qui facilite beaucoup le transport des vivres. Pendant ce temps le grand vizir, ayant été informé de l'absence du général et des deux divisions , a fait une sortie générale. Le combat a été des plus sanglants , et les Russes ont perdu beaucoup de monde , mais ils se sont maintenus dans leur position. Le gouvernement vient de faire une capture considérable. Plus de 70 vaisseaux marchands , venant d'Angleterre avec de faux papiers comme s'ils venaient de Ténériffe, avaient été arrêtés en différents ports de Russie. Le conseil vient de décider que leurs cargaisons, dont la valeur se monte à plus de 20 millions de roubles, seront confisquées au profit

de la couronne. Les navires seront relâchés et pourront être chargés de marchandises russes. Peutêtre les Anglais s'apercevront-ils à la longue que sMls ménagent la Russie , elle ne les ménage guère.

DU CONTB UB STiOINOK. fSft

Dâf $€06 DU BiRÛN m WBTTEBSTEPT A L'AMBAfiSADBUR,

Oerébro , 28 aoûl 1810.

Le maréchal Bernadotte, prince de Ponte- Corvo vient (J'êlre élu prince royal de Suéde , et héréditaire de la couronne de Charles XIII.

L*él^tion Q. été umnlme dans ç€{$ qm^e ordres. y çirdre des' pays^ins av^at déjà fsdt son chpif ^ ^euf ii^ures trois qu^rtp ce matin. Celui de^ trois^ aujif-çs Qr4r^ a s^ivi imméQ|iAtep[)ent ^près. P^ u^e yimx^'^ étéopintraMT^. Qettç union <;lain3 1^ opipions doit faiire impression dans rétrapgeçj. ilte^t ^, désirer que UJVii&sie ne s'en ^ifâ^fpuche ppiQl;. l^^.géinésr^] Sucht^leu s'est plajnt:, et ay^c raison , des abus de la liberté de la presse , suf^

186 uiâMoiaKS postbg«i^s

tout dans la grande affaire de la succession au trône. Tout cela finira maintenant que le choix est fait, et le gouvernement a déjà pris toutes les mesures 9 compatibles avec nos lois organiques , pour prouver à S. M. l'Empereur de toutes les Russies , que. le roi ne désire rien plus vivement que de conserver intactes ses relations de bonne harmonie avec S. M. Impériale. Les rires de quelques foUiculaires n'influeront en rien sur la marche et le système du roi.

Apostille de là tnain du baron d'Engesirom.

C'est maintenant, monsieur le comte , que la patrie a besoin des talents , de la sagesse de Votre Grandeur, et de la haute considération qu'elle a su se donner en Russie. Il est question de faire comprendre dans ce pays là, qu'aucune influence étrangère n'a déterminé l'élection qui vient de se faire , et qu'elle ne changera en aucune manière le système de modération que le roi a adopté.

DU COVTK DB STBDtIVGK. 1S7

LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Saint-Pétersbourg , le 33 août ( 3 septembre ) 1810.

SiRE ,

Les deux courriers arrivés successivement le 15 et le 2â août m'ont apporté des nouvelles fort différentes. D'après les premières je devais croire que les vœux de Votre Majesté, et ceux de la nation se réuniraient en faveur du prince d'Augus* tenbourg, et je vois par la dépêche de S. E. M. le baron d'Engestrom , que le prince de Ponte- Gorvo a été choisi pour successeur à la couronne , à Tunanimité. N'étant pas instruit de ce qui a pu occasionner un changement aussi prompt et aussi

138 IIISmOIBISS PipSTHtJMES

inattendu , je dois me borner à faire des vœux pour qu'il serve au bien de la patrie et à la satisfaction de Votre Majesté, qui sont ce qui me tient le plus à cœur dans ce monde ci. La sensation que ce grand événement a produit ici surpasse toute idée. Le ministère ^ les grands, le public le regardent comme le complément du malheur dont ils craignent que leur pays est menacé ; et ils se croient déjà, à la veille , où , par l'influence de la France , la Russie sera obligée de restituer ce qu'elle a envahi depuis un »ècle. L'armée sous les ordres du général Kamensky fait peu de progrès; cette guerre mine lentement la Russie en hommes et en argent, et il n'est pas décidé que la Moldavie et la Valachie lui resteront. Rutschuk tient encore. Un assaut que le général K^pen^ky a donné à la place, a été repoussé avec perte de 9,000 hommes. La veille les Turcs avaient f^it une sortie, enlevé la tra^cb^ et 4u caqon , et |es Russes avaient perc|u le général Siewers, plusieurs pfficiers d^e marqvip et 1 »200 hoipmes.

Les cargaisons de 14 navirp^, de la valeur de 15 inilljqnp de roubles , qpt été qopfisquées, au protit (Je la couronne , leurs papiers ?î' ayant pa? été trouvés en règlei* l)^ passaient pour venir ^

DU COMTB DE STBMNSK. t39

Ténériflfe , quoique la plupart vmaient bien certainement de Londres, et d'ailleurs tout navire qui porte i|ne licence anglaise est sujet à isonfiscation ; d'après la jurisprudence dû cotnte , quoique cela ne soit pas dit expressénient dans aucune oukase. II. le déclare en propres termes dans sa réponse à une note que je lui avais adressée en faveur d'urne cargaison , appartenant à la maison Bohman , Hassel et Gorges , à Stockholm. J'ai l'honneur de joindre ici (sub. litt. A. B;) les deux pièces qui regardent cette affaire. Ce qu'il y a de fôr^ singulier, c'est que l'acte de rigueur exercé ici contre le commerce , en vertu du système continental, est dç môme date que rabolttion des décrets de Napoléon contre l'entrée ée^ denrées coloniales en Fran<^. Ce contraste augmente encore l'aigreur du public contre le côttite de Romanzoff ; et on est si persuadé à Pétetébourg que le système actuel ne pourra pas durer, et que le gouvernement sera forcé de se rapprocher de r Angleterre, que les gens à argent font des spéculations dans cette supposition , qui cependant ne pourra avoir de réalité que dans quelque temps d'ici.

La nravelle de Télection du pnnoe de Ponte-

ârl

iM UÈMOtHES POSTHDHES

Corvo m'étant parvenue le 22 août à 2 heures i^Fès midi , je me suis rendu chez le comte de Romanzoffvers les .7 heures du soir, pour la lui communiquer. Ne l'ayant pas trouvé , il m'a écrit bientôt après pour m'inviter de venir le voir; Ce que je venais lui apprendre était aâsez marquant pour faire quelque impression sur son esprit , mais habile dans Part de se composer, il n'a pas donné le moindre signe d'étonnement ou de désapprobation. Il a trouvé au contraire fort simple que le prince de Ponte-Cofvo fût élu, ayant pouf lui les vœux de la nation qui ne pouvaient qu'engager Votre Majesté à le proposer aux états. Malgré cette tranquillité apparente , il n'est pas moins certain que les Russes sont au désespoir de ce choix aussi bien que les Danois , ce qui me parait être de fort bon augure pour la Suède.

Très-humble apostille.

Saint-Pétersbourg, le 12 (24) septembre 1810.

Le coûiTiër porter de cette très-humble dépêche

^V COMTE IW STBOIirOK 141

était sur le point de partir lorsqu'une parsonne très-sure et très-cônnue qui m'a prié de ne pas ia nommer, est venue m'avertir que le ei-devant roi de Suède était arrivé à Polang^i le 17 de ce mds, accompagné d'un seul domestique, qu'il avait écrit à r^npereur, que sa lettre était arrivée ici le 19 , que l'empereur avait paru fort surpris et touché de cette opposition , et a envoyé le 21 à Polangen, son aide de camp général le comte Ozarofsky, avec sa réponse. Il lui offre, dit-on, un asile dans ses états , ain^ qu'à sa famiUe. Il est le maître de se rendre ici , et partout où il voudra en Russie, et on lui promet la meilleure réception. On croit savoir que le projet de Gustave Adolphe est de se rendre en Angleterre, et qu'il n'a demandé à l'empereur que de pouvoir s'em^ barquer-dans quelque port de ses états. A cela l'empereur doit avoir répondu que si c'était là son dessein, il lui donnerait un vaisseau de guerre pour se rendre à bord de la flotte anglaise qui était dans la Baltique. Le secret le plus profond a été gardé sur l'envoi du comte Ozarofsky, et personne encore ne se doute ici de cet incident On n'a pas pu me dire si l'ambassadeur de France en était averti, mais je le soupçonne, puisqu'il a

tkl MéMOiftBS PÛSTHUIIBS

dxpédié avant hier un courrier pour Paris. Je saià qtieJorsque Gustave Adolphe est venu pour la seconde ou troisième fois à Berlin^ le roi à/d Prusse a eu quelque inl[faiétude que ces fréquentes apparitions pourrairat le compromettre avec les cours de Suède et de France , et qu'il a ordonné au comte de Gollz d'en parler au chargé d'affaired de France. Geluirci lui a répondu que son maître ne s'embarrassait pas du tout de ce que le cidevant roi db Suède faisait.

Comme j'ai vu par la gazette que la reine , son épouse ,'avec sa fàniillev s'approche de ces contrées , et avait déjà passé Weimar, je crains beaucoup que le projet du ci-devant roi de Suède est de venir ici , où il a beaucoup de partisans, de s'y établir peut-êfcre , ce qui rendrait ma position plus pénible encore qu'elle ne l'est déjà. Ut in liileris submissè humillimis.

CuRT V. Stedingr.

DU cours DB STBDIITGK. 143

A W. LE BARON D'ENGESTROM.

SaiQt*Pétenboiirg, le Ût SépUmbr% (2 octobre ) 1810.

La lettre de Votte Grandeur du 22 , m'a fait grand plaisir, mais elle m'a causé aussi beaucoup d'agitation; En me parlant de mon retour en Suède, comme d'une chose qui dépend de moi , Votre Grandeur m'inspire le plus grand désir de l'exécuter sans le moindre délai ; mais la condition attachée à cette permission de consulter avant tout leservicede l'État, fait que j'hésite. Plusieurs symptômes paraissent annoncer une crise prochaine dans ce pays-ci. Les dernières victoires des Russes en Bulgarie ont à la vérité relevé leur courage , mais Rutschuk tient encore, et tant qu'ils ne seront

Uk MÉMOIRBS PQ6TQUMIS9

pas sûrs tf avoir la paix de ce côté-là, leurs Qnances ne se relèveront point. La stagnation du commerce tarit les sources de l'aisance publique , et le mécontentement est général. Tous les vœux sont pour la paix avec l'Angleterre , et la France est abhorrée. Le foyer de cette haine est à la cour même , si j'en excepte l'empereur et quelques courtisans. Tout cela joint aux menées de l'Angleterre , pourrait produire une explosion , un changement de système , et exiger une attention suivie , qui certainement ne manquerait pas à M. de Schenbom ; son zèle et son patriotisme sont à toute épreuve , mais il est moins bien placé que moi , pour être instruit à temps.

DU COMTR DK STRDINGK. 145

A M. LE BAHON D*EN6ESTR0H.

Saint-Pétersbourg, le M septembre (6 octobre) 1810.

M. Broberg m'ayant demandé un passe-port de courrier pour aller plus vite, j'en profite pour informerVotre Grandeur que Rutschuk etGeorgewo, qui ne font qu'un , ont capitulé le 15 (27). L'empereur en a reçu la nouvelle le 5 octobre (nouveau style) à minuit , et nous avons assisté à un Te Deum au palais d'hiver dimanche passé. Les garnisons fortes de 6 à 7,000 hommes, ont obtenu de sortir avec tous les honneurs militaires , et de se rendre au camp du Grand-Vizir. Les Russes, en bons courtisans , avaient offert ces conditions aux Turcs , s'ils rendaient les forteresses

HO MBMOIRBS POSTHOMÉS

le 15 (nouveau style), jour du couronnement de l'empereur. La majeure partie de ces garnisons était formée par les habitants , et n'a pas été comprise dans la capitulation. De cette manière les Russes sont complètement mattres de la Moldavie, de la Valachie , et de ce que les Turcs possé* daient de ce côté-ci du Danube. Ils ont, sur .l'autre rive , Silîstria , Sistava , Rutschuk avec quelques autres places , qui leur servent de point d'appui et facilitent leurs opérations ultérieures. Le gouvernement espère , qu'après avoir essuyé des pertes aussi considérables , les Turcs deviendront plus traitables , et accepteront les conditions de paix qu'il veut leur accorder, en ôfe relâchant même sur quelques conditions , ausqucUes ils ne voulaient pas s entendre. On croit que M. d'Italinsky, qui a été longtemps à Constant!nople, sera chargé de la négociatioii , si elle peut s'entamer. D'autres prétendent que cette ccho»mission pourrait regarder M. d'Alopeus, qui revient de Vienne en grande diligence.

Une nouvelle encore , qui n'est pas motea intéressante pour nous, est que le Comte de Got^ torp, Gustave IV Adolphe, ne vie»dra poinfei ci , et n'a pas le projet 4e rester en Rvâsie. Il ml ar-

DU amrtL de sTici>uiaK. H7

rivé à lUga dimanche 80^ septembre à 1 heure aprëfs midi dans une calèche ouverte, acc^omp^^pàé du ,comte Osorofsky, et d'un seul domestique qui était sur le siège. Il est desscendu au gPUYQrnemQnt , où on lui a servi un diner de Fi^uberge. Le général comte df^Wittgenstein, qui commande les trou!pe$ dan» ces quartiers , avait été 4, sa renoontre^ jusqu'à Polangen , et Tavaii précédé à Riga d'uil jour. L'empereur, ayant ap-: pris qu'en arrivant à Polangen , il n'avait pas eu de quoi payer l'estafette qui devait porter sa lettre à S. M. Impériale, lui avait envoyé 5,000 ducats, en l'autorisant, en même temps, de tirer sur lui des lettres de change, pour autant qu'il aurait besoin. Il a refusé ces offres , l'une et Pautre , disant que dans sa position on n'avait pas besoin d'argent. Le comte de Wittgensteîn lui avait trouvé deux bâtiments à choisir, qui étaient à Dûna-^ mitiMfe. Le marché avait été fait. pourJa cahute , à iQOO.rociblea de banque par mois^ cie qui parait iiidî({ùer;que le voyagé sera long. Ce fiit \uadi iff octobre^ que le comte de Gottoi^ alla à Ûimai-^ c|ùi%de ^ pour faire son choix et pour s!embarque7, Lq& nouvellofi ne vont pas plus )oiil^ C'est par^ un Vf^ageur, que je les ai r^çues^ Le.€omte de Bo-*

H8 MÉMOIBES FOSTHDMKS

manzoff ne m'en a pas dit un mot , et quand je lui ai demandé s'il avait appris quelque chose touchant le comte de Gottorp, il m'a répondu que non. Je lui ai dit alors ce que j'en savais , il m'a répliqué que j'étais mieux instruit que lui. Cependant le baron de Keller, aide de camp du comte de Wittgenstein, était arrivé ici l6 S , et en est reparti le 5. Ce que j'ai l'honneur de mander' à Votre Grandeur est d'accord avec les renseignements que l'ambassadeur de France a reçus.

Apos(illێ

Saint-Pétersbourg, le 27 septembre (<> octobre) ISfOe

Ma dépêche était écrite et allait partir, l(H*sque le Courier Liljedahl est arrivé ce matin de fort bonne heure , . avec les dépêches de Votre Grandeur du 1" octobre. L'empereur n'ayant consulté personne , lorsqu'il fit sa réponse au comte 4^ Gottorp à Polangen, il est à croire que, sans songer aux conséquences , il n'a suivi que des

DtJ OOMTE DR ST8D1N6K. \k9

mouvements du repentir et de la commisération , en lui accordant sa demande et des secours , certain , au reste , d'être fortement approuvé par sa mère , sa sœur et une grande partie du public. Cette première démarche faite , toute représentation contre Tadmission ou le départ du comte aurait été inutile , mais de ma part , elle aurait pu produire le mauvais effet de jeter de l'odieux sur les démarches de notre gouvernement, puisqu'on regarde tout ce qui concerne ce prince sous un point de vue bien différent que chez nous. Il n'y avait que la désapprobation de la France , qui aurait pu arrêter le mal ; mais loin de désapprouver la démarche de l'empereur, je sais , à n'en point douter, que le duc de Vicence a trouvé que ce souverain ne pouvait pas agir autrement qu'il a fait , et que c'est dans ce sens qu'il çn a écrit à sa cour.

Malgré quelques indices d'un refroidissement entre la Russie et la France , celle-ci tient toujours la même conduite et le même langage visà-vis de l'autre. Pour ce qui regarde la Suède , elle évite soigneusement de donner le moindre ombrage ici. Son ambassadeur vient de communiquer au comte de Romanzoff , par ordre de sa

cour, la lettre originale par laquelle le roi, en communiquant à Napoléon^ Téleotion du prince de Ponte-Corvo , lui demande son agrément pour le prince d* accepter, ainsi que la réponse que Tempereur y a faite. Quant au comte de Bottorp , te mission française s'explique ici conlme à Seriin , que l'empereur s'embarrasse fort peu de ce que le cî-r^devant ri»i de Suède fait. S'il fallait en juger d'après les apparences , on dirait que jusqu'à présent la Suède entre pour peu de chose dans les Vues politiques de Napoléon , et que Tintérêt qu'il lui porte , se borne à vouloir sa conservation , et sa tranquillité intérieure , tandis que ce pays-ci tient le premier rang dans spn esprit , par l'idée , peut-être exagérée, de sa grandeur et de sapuiissance, que le duc de Yicence a grand soin d'en-^ tretenir.

J'expédierai un courrier, dès que je me serai asmvé dû départ dû comte de Gottorp. En attendant j'ai l'honneur de joindre ici les dernières gazette» de Pétersbourg.

DU GOMTK m STKDlSfGlL 151

A M, LE BARON D'ENGESÏROM.

Saint-Pétersbourg, le 15 (27) octobre 1810.

M. Sterky, après avoir fini ses achats ici, m' ayant prié de lui donner un passe-port de courrier, pour lui faciliter son voyage, j'en profite pour informer Votre Grandeur qu'il n'y a absolument rien de nouveau ici. Le cindevant roi GustaVB-iAdolphe est la plupart du temps à Riga, où il commence à se plaire, et à s'humaniser au point qu'il y fréquente les bals et les sociétés. Il ne songe plus à s'embarquer pour l'Angleterre , ni à aller à Gonstantinople. —^ Il avait annoncé lé t)rojet d'aller à Sarepta ^ le chef-lien des frèr^ Moraves en Russie, mais lorsque tout était dis^

posé pour ce voyage , il y a renoncé. — Ces irrésolutions continuelles , et la singularité de sa conduite , diminuent tous les jours le nombre de ses partisans, et quand on s'entretient de lui dans les sociétés de Pétersbourg , c'est pour plaindre l'aliénation d'esprit dans laquelle on croit qu'il est tombé. — L'ambassadeur de France en est tellement convaincu , qu'il s'étonne comment je puisse avoir la moindre inquiétude sur son séjour en Russie , et il prétend , que tant que la reine , son épouse, et ses enfants, n'y viennent points il n'y a pas la moindre raison de s'en alarmer. — Il est aussi toujours du même avis que l'empereur ne pouvait pas lui refuser l'asile qu'il demandait.

Le prince Kourakin , revenu depuis quelques jours de sa mission de Paris , en a rapporté des nouvelles qui ont fait grand plaisir à l'empereur. Ce monarque se croit plus assuré que jamais de l'amitié de Napoléon , et la terreur que l'élection du prince de Ponte-Corvo avait imprimée, est entièrement effacée.

M. d'Alopeus est revenu. — 11 est tombé en discrédit pour quelques insolences qu'il s'est permises à Vienne, mais comme il est fort adroit, il aura bientôt effacé ces impressions; et malgré

tout ce qu'il en dit, son projet e^t certainement de revenir en Suède, ce que je ne manquerai pas d'empêcher, conformément aux ordres de Sa Majesté. — On a célébré hier le 51* jour de naissance de l'Impératrice mère ; il y avait grande parade le matin, où on a promené les clefs de'Rutschuk, et 50 drapeaux que l'armée a pris ; après cela , cercle à la cour, et le soir un très-beau spectacle à l'Hermitagé, où tout le corps diplomatique fut invité par extraordinaire. ~ La journée fut terminée par un grand feu d*artifice sur la Neva et ses bords, mais qui ne réussit pas également bien.

ibk MHttOlBBS POSTHUMES

LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI

SaiiU-Pélersbourg , le 16 (S8} octobre 1810*

Sire ,

Je viens de chez le chancelier de l'empire qui m'avait invité à une conférence pour aujourd'hui. Il m'a dit que l'empereur, fidèle à sa promesse d'informer Votre Majesté de tout ce qui concer- . nait le ci-devant roi de Suède , pendant son séjour en Russie , me faisait savoir que ce prince venait de s'embarquer à Bolderau le 10 (22) au soir, sur le tartarusy brick anglais de 27 canons, commandé par le capitaine Meanwearing. Ce bâti-* mentj qui était en station à Hogland, arriva à

Dû COMtfi 1>B StBDtNAK. 1Ô5

Bolderau le 9 souft pavillon parlementaire. Le ôapitaine étant descendu à terre i déclara ^ux aû^ torités qu'il était venu pour s'enquérir d'un bâtiaient de guerre anglais , que l'amjral croyait être échoué sur cette côte. Ayant été condqit au comte de Wittgenstein, ^énérèl commandai dans «es cantons, il lui avoua le véritable objet de sa venue, prétendant qu'il faisait cette éqvûpée 4^ son propre mouvement , Le comté lui ayant dit que ses ordres portaient de ne gêner le comte de Gottorp en rien , le capitaine demanda à le voir, et la suite de l'entretien fut que le ci-devant rdi s'embarqua le lendemain. Le rapport en arriva ici le lA (26) au soir, et l'empereur en fut instruit hier matin. L'ambassadeur de France ayant dîné hier chez S. M. impériale, elle lui en fit part; et quoique je ne l'aie pas vu depuis, je suis certain qq'il n'y a trouvé rien à redire. Le comte de Romanzoflf me dit que l'empei^ùr était persuadé que lé capitaine Meanwearing, ou bieh Tamiral Saumarez, n'ont pas agi en cplà d'après les ordres de leur Cour, qu'ils n'aqraient pas eu temps de recevoir depuis l'arrivée du comte de Gottorp à Polangen. Mais ^i d'après les rapporfe de l'amiral Krusenstjerna de Çarlscrona, l'ami-

rai Saumarez a été instruit, dès le 20 septembre, du projet du ci-devant roi, de s'embarquer à Colberg pour l'Angleterre , il a très-bien pu recevoir les ordres en question depuis ce temps-là; et je viens d'apprendre tout à l'heure du baron du Blome , que le comte de Gottorp avait écrit à l'amiral Saumarez. Ce qui paraît décidé, c'est que l'empereur ne se doutait aucunement du prompt départ de son beau-frère. Le comte de Romanzoff disait , il n'y a pas quatre jours , que le comte de Gottorp commençait à se plaire à Riga, et qu'il y fréquentait les sociétés , et alors celui-ci était déjà embarqué. Le comte de Wittgenstein s'était occupé à lui trouver, pour l'hiver, une maison à Riga qui pût lui convenir, Gustave- Adolphe ayant déclaré qu'il ne voulait pas rester dans celle du gouverneur, qui était trop grande de beaucoup pour sa fortune. En partant, il a écrit trois lettres, une à Tempéreur, en peu de lignes , dans laquelle il remercie Sa Majesté de l'accueil qu'il a reçu dans ses états, et lui dit qu'il ne cessera jamais de faire des vœux pour sa prospérité; l'autre à l'impératrice Elisabeth , et la troisième, celle que j'ai l'honneur de joindre ici, l'empereur l'envoya par un feldjâger, au comte ,

DU COMTK 0K STEDINGK. 157

pendant que j'étais chez lui, avec un billet contenant Tordre de me la remettre. A ces communications le chancelier a ajouté qu'il enverrait un courrier au général Suchtelen , pour l'informer de ce qui venait d'arriver, n'ayant pas fait la moindre mention, jusqu'à présent, du comte de Gottorp , dans sa correspondance avec le général. Il m'a dit aussi que M. de Suchtelen se louait infiniment de M. d'Alquier, et qu'il en faisait un portrait fort avantageux.

Il n'y a aucun doute que l'empereur ne soit très-content du parti que le comte de Gottorp a pris de quitter la Russie ; et à tout examiner, je crois moins désavantageux pour nous qu'il soit en Angleterre qu'ici.

158 MÉMOiAvs posrmiivg

A s. EXC. M. LE BAi\ON D'ENGESTAOlf.

Sa1nt-Pé<éhbourg, le & (16} nofembre 1810.

Ma très-hatnble dépêche était écrite lorsque j'ai appris que Napoléon nous témoigne de Thumeur, et qu'il se plaint à l'empereur Alexandre que la Suède sert d'entrepôt aux marchandises de l'Angleterre , et que c'est par là qu'elle en verse une quantité dans le continent. Il faut que ce soit la lettre dont M. de Czernischeff a été porteur qui contiennent ces griefs, et quand je les combine avec ce que M. de Blom m'a dit , je commence à croire que de nouveau Napoléon veut nous forcer à suivre son système dans toute son étendue , et à nous déclarer ouvertement contre

DU GOUTB DB STBIMJriSK. 159

rAngteterre. Il ne ménage pas davantage son beau-père , et le froid qui existe entre eux ne vient que de ce que ce dernier ne suit pas exactement la marche que son gendre lui indique. La brûlure des marchandises et la condamnation des officiers originaires des provinces cédées à la France, qui servent dans l'armée autrichienne , sont les pierres d'achoppement II ne faut pas chercher d'autres raisons des caresses que Napoléon fait à la Russie en ce moment.

fOO MtoOIRES POSTADlfBS

LETTRE DE M. Dfi STEDINGK AU BOi.

Saint-Pétersbourg, le 20 novembre (2 décembre) 1810.

SlKE,

J'ai vu avec bien moins de surprise que de douleur les mesures que Votre Majesté a été forcée d'adopter contre l'Angleterre, On ne pouvait pas se flatter que Napoléon laisserait à la Suède une neutralité qui contrariait un système , dont il se promet à tort la paix , qui momentanément remplit ses coffres et que l'expérience seule de son inefficacité et de la misère qui en résultera sur tout le continent pourra lui faire abandonner.

Le vieux , le diligent Oestbom est arrivé diman*

BU COMTB DE STBDINGK. 161

che dernier à sept heures du matin , et je n^ai pas perdu un instant pour demander une conférence au comte de Bomanzoff, craignant qu'il ne profitât de Toccasion pour nous faire une déclaration analogueàceliedeM. d*Alquier, afin de s'en faire un mérite auprès de l'empereur des Français. Il m'a indiqué l'heure où je devais me rendre au spectacle de l'Hermitage, de manière que je ne pou*vais rester chez lui que très-peu de temps , mais assez pour lui dire en gros de quoi il s'agissait et convenir d'une autre entrevue pour le lendemain. Â la cour je vis l'ambassadeur de France , auquel j'en fis part également. Celui-ci était venu chez moi quelques jours avant pour me faire les mêmes doléances, les mêmes plaintes, qui sont contenues dans la lettre de M. d'Alquier du 13, à S. E. M. le baron d'Engestrom, à quoi il ajouta par manière de conversation que le général Suchtelen était traité à Stockholm avec très-peu d'égards. Il m'assura au reste qu'il n'était nullement chargé de me parler de ces objets , que le baron d'Alquier ne manquerait pas d'agir d'après ses instructions , et que ce qu'il m'en disait n'était que pour me prouver son désir que rien ne troublât notre union avec la France. Il écouta fort tran-

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