W MÉMOIRES POSTHUME
LEITBE DU ROI A M DE STEDINGK
BJorkosuud , le juin 1790.
Gyllenram qui m'a remis votre lettre, mon cher Stedingk, vous dira que je me porte bien , et que j'ai été remercier aujourd'hui mes houssards et mes dragons de s'être bien battus contre les dragons de Plezkow, à 50 verstes* de Pétersbourg. J'ai appris aujourd'hui que Savitaipal est pris par les nôtres , et que le baron d'Armfelt y a été blessé. Ma sensibilité l'a emporté sur toute considération de dignité , et j'ai écrit moi-même au
* Dix lieues de France.
D0 COMTE DE STEMNGK. 269
comte de Soltikoff, pour le prier de faire passer par le plus court chemin , une lettre ouverte pour Armfelt, et que je puisse avoir de ses nouvelles. L'inquiétude terrible que je donne aux ennemis sur les côtes , les obligera à se retirer vers la capitale et cela facilitera vos opérations quMl faut, je crois , pousser àprésentà la manièredeCharlesXII. J'ordonne au baron de Wrede de se rendre à la brigade d'Armfelt, pour en prendre le commandement, en cas qu'il soit grièvement blessé. Je vous félicite de la victoire de vos chaloupes canonnières. Je ne connais pas d'arme plus dangereuse. Ici nous avons attaqué avec ces chaloupes des frégates et un vaisseau de ligne, qui ont perdu leurs mâts et leurs vergues. Je vous renvoie votre mémoire. Il est impossible de refuser , quand la demande et le motif sont aussi nobles que les vôtres. Adieu, mon cher Stedingk. Je vous souhaite mille prospérités, et de pouvoir vous rencontrer de ce côté-ci de Viborg.
270 MMiOUISS mSTWilliS
LETTRE DE M. OE STEINUGK AU ROI
Joua, ce «juillet 1790.
SïKE , I
Ma joie ne peut pas s'exprimer de voir Votre Majesté sortie, à son honneur et gloire, du pas dangereux où son grand courage l'avait engagé\ J'i^ore et je compte pour rien les pertes qu'elle a pu faire à cette occasion. De sa personne dépend le salut de l'État, c'est une vérité dont ses , ennemis mêmes sont d'accord, et quand à de si I
* Le roi était entré avec la flotte dans le golfe de Fiborg^ où elle avait été bloquée ; ce n'est qu'avec une perte considé- |
rable qu'elle a pu sortir de ce golfe.
DU cottrrii: de svfiiUMK. 371
grands intérêts se joint le tendre attachement qu'elle m'a inspiré depuis mon enfance, il ne m'est pas possible de ne pas frémir en voyant Votre Majesté toujours prête à se dévouer pour le bien public > et à se précipiter dans le gouffre , pour sauver Rome. Malgré ces justes inquiétudes, je n'ai point partagé. Sire, la terreur où votre absence, la supériorité des forces ennemies et le prétendu blocus que Votre Majesté vient d'essuyer avaient plongé une grande partie des chefs et de l'armée. J'ai compté sur César et la fortune, mais je désirerais de tout mon cœur, que Votre Majesté y comptât un peu moins, qu'elle voulût bien ne pas croire possible tout ce que son courage lui fait imaginer tel.
Je suis , etc.
CuRT V. Stbdimgk.
S72 MÉMOIABS P08THUMBS
LETTRE DU ROI A ML DE STEDINGK
Svlnsksund, le l& juillet 1790.
Vous savez sans doute déjà, mon cher Stedingk , par le comte de Mejerfelt^ comment je me suis relevé de l'échec que les Russes se vantaient tant de nous avoir fait éprouver à notre sortie de la ra4e extérieure de Viborg. C'est une rude leçon donnée à la jactance du prince de Nassau , et pour ne pas tomber dans le même défaut que lui , je laisserai à M. de Charpentier à vous dire, ce qu'il a vu : 800 officiers et 6,000 hommes prisonniers , plus de 50 vaisseaux , 1,400 canons : voilà, en peu de mots, le résultat de la bataille du
DU COMTB DE STBDIN6K. 273
9 juillet Je m'attends cependant à une nouvelle bataille , car le prince de Nassau ne voudra pas en rester à cette défaite. Si le bon Dieu favorise encore nos armes, je pourrai abandonner la mer et songer à la terre. En attendant, il faut bien prendre patience. Je n'en ai guère, car je souhaite ardemment la paix ; mais elle est difficile ; car quand je suis battu , je ne veux pas la faire , et le même sentiment anime Timpératrice. Cependant , si la flotte anglaise qu'on nous annonce, arrive , et si les Prussiens , comme des prisonniers nous le disent, sont déjà entrés en Gourlande, il me semble que la paix est immanquable. Adieu. Je vous souhaite du bonheur, et vous prie de saisir le premier moment favorable , car je suis convaincu que les Russes ne sont pas aussi forts qu'ils cherchent à le faire croire.
LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI
Pertimaeki, ce 23 JuiUet 1700.
Sire,
Monsieur de Charpentier , qui m'a apporté la lettre de Votre Majesté, du 14, est un bien mauvais nouvelliste. Il n*a pas pu m'apprendre le moindre détail sur la glorieuse journée du 9*, mais j'en connais assez pour savoir que de ce jour dépendait le destin de la Suède, qu'il fixe pour toujours la réputation militaire de Votre Majesté , et qu'il doit lui valoir auprès de la postérité le titre de
* Bataille de Swensksnnd.
sauveur et de conservateur de la patrie. Jamais au^i le Te Deum n'a été chanté de meilleur cœur que le nôtre d'avant-hier. Nous avons fait beaucoup de bruit, et notre joie a éclaté de toutes les manières que le séjour de Pertimaeki veut bien permettre.
Je fais des vœux , et j'espère que la victoire accompagnera partout les pas de Votre Majesté , et que le prince de Nassau soi-disant deviendra par vos soins le plus poli de tous les princes.
Je suis , etc.
CuRTv. Stedingk.
Gustave III [avait déployé une grande énergie à cette occasion, et s'était montré héros à la force du terme* Lors du désastre de sa flotte à la sortie du golfe de Wiborg, et quand tout le monde avait perdu courage, et considérait que le Roi se-
276 MÉMOIRES POSTHUMKS
rait obligé de se retirer avec sa flotte jusqu'en Suède, il s'arrêta à peu de lieues de Tendroit où il avait éprouvé cet échec (à Swensksund.swc la côte de Finlande, près de Sweaborg, dans un archipel de rochers), et déclara à ses amiraux et oiiiciers , tout étonnés de sa fermeté , qu'il n'irait pas plus loin, et qu'à Swensksund on lui élèverait un monument ou une tombe. Il mérita le monument qui reste encore à lui élever.
La bataille de Swensksund contre une flotte supérieure à celle des Suédois, et où celle-ci captura cinquante-trois vaisseaux, avec quatorze cents canons de gros calibre, et fit prisonniers trois cents officiers, quatre cents sous-officiers, et près de six mille hommes, est une victoire tellement éclatante par ses résultats, qu'on n'en trouve même pas de semblable dans les annales du monde.
Une paix honorable en fut le grand avantage pour la Suède, qui après trois campagnes contre la Russie couronna l'œuvre par ce coup d'éclat.
Si te Roi avait commencé cette guerre légèrement, c'est à sa grande énergie et à son grand courage que la Suède doit le bonheur de s'en être tirée si bien , surtout lorsqu'on se rappelle que le Danemark était venu se joindre à la Russie
conune puissance auxiliaire, et que noifô nous trouvions ainsi entre deux feux , attaqués de toutes parts 9 et sans un seul allié.
M. de Stedingk contribua aux résultats de cette guerre par la résistance opiniâtre qu'il offirit à Tennemi pendant trois campagnes successives, et sur une ligne d'opération de plus de cent cinquante lieues de France. Son frère , Famiral Stedingk , eut une part non moins glorieuse à cette guerre* Comme c'était lui qui commandait la flotte suédoise sous les ordres du Roi, à la bataille de Swensksund, et comme c'était lui encore qui ouvrit avec son vaisseau le passage à travers la flotte russe, quand celle des Suédois avait été enfermée dans le golfe de Viborg ; il le fit d'une manière d'autant plus éclatante et même chevaleresque , qu'après avoir déjà percé la flotte russe il rentra de nouveau dans le golfe, à travers les feux croisés de plusieurs vaisseaux de ligne pour venir au secours des autres vaisseaux suédois , et à leur tête perça une troisième fois la flotte russe, tout étonnée d'une manœuvre aussi hardie. C'étaient ainsi les deux frères Stedingk, qui, après le Roi, étaient les véritables héros de cette guerre-
Nous approchons maintenant d'une nouvelle
378 MBMOiBES POSTHUMES
phase de la vie de M. de Stedingk, celle de sa carrière diplomatique , non moins honorable pour lui que celle de ses armes. Elle fut amenée , sans son désir, par la lettre suivante du Roi.
DU COHTE DE STEDIN6K. 279
LETTRE DU ROI A M. DE STfiDiNGiC.
Au camp de Veréle, le 13 août 1790.
Monsieur de Bury m'a apporté votre letbre, mon cher Stedingk. Au lieu de vous autoriser aux opérations que vous me projetez , j'ai une proposition bien différente à vous faire. C'est de me dire s'il vous conviendrait d'accepter l'ambassade de Saint-Pétersbourg. Elle sera très-agréaWe , vu le nouvel ordre que vont prendre les choses entre tes deux cours, et conmie vous avez de la douceur, beaucoup d'usage d'une grande cour, et que vous avez eu l'honneur de battre les Russes, vous serez également aimé et considéré. Je me ferai en
néiiomBs postbumss
même temps un vrai plaisir de réparer en quelque manière ce que vous perdez par la suppression de vos pensions en France, et le séjour que vous ferez à la cour de Timpératrice ne me privera pas du plaisir de vous voir souvent. Tout ce que je viens de vous dire vous prouve que nous approchons du moment de la paix ; cependant, hier elle était presque rpmpue de nouveau, mais il faut espérer que tout s'arrangera au mieux. Cependant je vous demande le secret le plus absolu , et une prompte réponse à ma proposition. Je dois ajouter que, sans être convenu de la trêve, elle est tacitement établie entre nous ; ainsi vous ferez de même observer une parfaite tranquillité entre vos avant-postes. Le 25 juillet, la paix a été signée entre le roi de Hongrie et le roi de Prusse. Le roi de Hongrie rend toutes ses conquêtes aux Turcs, et une partie de la Gallicie à la Pologne. Le roi de Prusse renonce à ses prétendons sur Dantzick, et abandonne les Belges. Vous m'avoue* rez que Tempereur Léopold n'est pas un ambitieux de premier ordre, et qu'il professe dans toute son étendue une des vertus chrétiennes, l'humilité. Adieu , dans peu je vous donnerai de mes nouvelles.
LETTRE DE M* DE STEDINÛK AU ROL
Pertimaeki, ce 15 aottt 1790.
Rien n'est plus flatteur, mais aussi rien n'est plus embarrassant que la proposition que Votre Majesté vient de me faire au sujet de la mis* sion de Pétersbourg. J'avoue que je suis effrayé en portant la vue sur la carrière tortueuse et pénible dans laquelle Votre Majesté veut me faire entrer. Je crains de n'avoir ni la force ni l'adresse qu'il faut pour la parcourir. Je me suis aperçu souvent que Votre Majesté avait trop bonne opinion de moi. Né faible , sensible , paresseux , je
38S MÉHOIBÊS POSTHUMES
n'avais aucune des qualités qu'il fallait pour les grands ençlois, et mon goût m'a toujours porté vers la tranquillité et vers les vertus douces et faciles. Le sort qui se joue de la destinée des hommes m'a souvent mis en opposition avec moimême , et si un sentiment profond de l'honneur m'a fait supporter quelquefois des fardeaux considérables, cela n'a été qu'en épuisant mon peu de vigueur et mes forces. A présent, Sire, que vous allez rendre la paix à la Suède et mettre le comble à votre gloire , je n'aspirais qu'à jouir tranquillement de vos bienfaits, qu'à revoir mes amis en France, qu'à partager le reste de mes jours entre le bonheur de voir Votre Majesté, de l'entendre, de m'éclairer par ses lumières, et celui de cultiver l'amitié des personnes auxquelles je suis tendrement attaché depuis longtemps. Au lieu de c^te vie paisible et heureuse , Votre Majesté veut me transporter à la cour de cette Czarine superbe, qui se repaît de guerres, de faste et d'adulations, à cette cour où Ton trouve tout , excepté ce qui rend la vie heureuse. Ne vaudrait-il pas mieux , Sire, y envoyer un jeune homme, sémillant, vigoureux, riche, amoureux des plaisirs, qui possédât ces talents agréables de la persuasion dont il
ne me reste plus la moindre teinture. Voilà, Sire, mon sentiment, que je soumets à la pénétration de Votre Majesté , à ses bontés, et j'ose dire à son amitié pour moi. Si , après cela , elle persiste à vouloir m'exiler de sa cour, de la France, de ma patrie, je dirai Seigneur, la voloniésoit fmte, et moyennant un secrétaire qui fasse les aflEaires, un bon maître d'hôtel « qui fasse aller la maison , et une bourse bien rraiplie, j'irai promener ma figure antique à la cour de la puissante impératrice, mais sans ces trois points, l'ambassade ira mal. Je ne sais pas quel traitement le baron de Nolken a eu à Pétersbourg , mais je sais qu'il s'y est ruiné. Si Votre Majesté voulait me donner quelqu'un qui prît tout mon revenu, qui payât la dépense de ma maison , et qui me donnât un petit écu par jour pour mes ni^nus plaisirs , je serais fort content. J'attache un grand prix à n'être point dérangé , à ne pas avoir de dettes ; en cela , comme en tout le reste, bien différent de plusieurs grands hommes de ma connaissance ; et puisque me voilà sur l'article de la dépense, je demande la permission de représenter à Votre Majesté que mon traitement en France monte à 12,000 livres , et à près de 4,000 livres de pension ; qu'en obtenant le
28i MÉMOIRES POSTHUMÉS
grade de maréchal de camp qui me revient de droit par mon ancienneté , ce traitement me reste en entier quand même je ne serais pas employé. Mais si je quitte le service, il me revient toujours la naoitié de mon traitement ou 6,000 livres , et ma pension que la très-économique assemblée nationale, malgré ses vertiges, ne pourra jamais m'ôter * ! Que j'ai en outre trois années de bon, ou près de 50,000 livres, et que tout cela court grand risque de devenir à rien , si je ne puis point aller en France pour mettre ordre à mes affaires. Il serait fâcheux de perdre un revenu et une somme si considérable ; il le serait encore davantage , d'aller s'abîmer de dettes sur les bords glacials du Neva. Je suis sûr que d'une manière ou d'autre , Votre Majesté me préservera de ce malheur, et je répète en toute confiance , ma prière de tous les jours: Seigneur y ta volonté soit faite!
Je suis, etc.
* Quelle erreur !
LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI
Pertimaeki, ce 32 août 1700.
SiBE,
Je viens de recevoir les ordres de Votre Majesté , et je me serais mis en chemin tout de suite , pour la féliciter de tout ce qui lui est arrivé d*heureux, si je n'avais pas invité à dîner demain tout ce qu'il y a de Russes à Pumala. Je partirai demain au soir ou après-demain au plus tard, et je serai à Verele jeudi. Je ne passerai pas par la Russie : ce chemin , quoique le plus court, serait allongé par la courtoisie russe , et je ne veux pas perdre un
386 MÉMOIRBS POSTHCFMES
instant pour avoir le bonheur de voir le héros, le bienfaiteur , et le pacificateur de ma patrie.
Je suis , etc.
CuRT V. Stedingk.
Borgo, ce 4 septembre 1790.
SïRE ,
Le baron de Klingspor m'a remis, dimanche dernier, les ordres de Votre Majesté , avec les lettres pour l'impératrice; il m'a dit, en même temps, que l'intention était que je rencontrasse M. dePahlen en route. J'ai écrit à M. de Soltikoff, pour hii annoncer mon arrivée , mes ordres de partir au plus tôt , et le sujet de mon retard occasionné par les arrangements nécessaires pour mon voyage après trois années passées en Savolax. J'en ai reçu une réponse fort polie, mais pas un mot
288 MÉMOIRRS POSTHUMES
sur ie temps du départ de M. de Pahlen. On a dit seulement à M. de Gyllenram, que j*avais envoyé, qu*il partirait dans huit jours d'ici de Pétersbourg, Il y a 70 lieues * d'ici à Stockholm. Il me paraît que le meilleur endroit pour nous rencontrer serait ici, et que par ce moyen j'arriverai toujours avant lui au lieu de ma destination. Comme il y a de part et d'autre des courriers en chemin , avec des lettres de l'impératrice pour Votre Majesté, et de Votre Majesté .pour l'impératrice, je pense qu'on doit observer une égalité parfaite , et quMl ne convient pas que je sois arrivé à Pétersbourg avant que M, de Pahlen en soit parti. Ce délai me convient beaucoup. J'aurai le temps d'attendre ■ mes instructions , et le secrétaire que Votre Majesté m'enverra. Mes effets pourront arriver du Savolax, car j'étais arrivé ici presque à franc étrier.
CUHT V, Stedingr,
* SaToîrt mille <!e Suède , à S par miltê.
DU COMTB DE STDOINGK. fS9
LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI
Sxint-Pétersbourg , le. 22 septembre 1790.
Sire,
J*ai tant de choses à mander à Votre Majesté, que je ne sais par où je dois commencer. Si c'est par le commencement, je dois rendre compte à Votre Majesté que voyant que M. de Pahlen ne se mettait pas en mouvement, que le temps des réjouissances pour la paix approchait à Pétersbourg , craignant de mal faire , si je tardais plus longtemps, je suis parti de Borgo le 9 septembre, ayant à ma suite MM. de Virgin et le comte de la Gardie; arrivé à Frédricsham, le général Numsen
290 MàiOlBES POSTHUMES
qui y commandait, m'a donné un grand souper, avec mon ami le baron de Schulz. Ce bon homme ne se possédait pas de joie de me revoir, et je me le suis attaché pour toujours. M. de Numsen m'a paru un honame de mérite , pénétré de respect et d'estime pour Votre Majesté. Le lendemain , fort avant dans la nuit^ je suis arrivé à Viborg. Les chemins étaient exécrables et la fatigue de cette journée extrême. On m'avait préparé un logement dans la ville. Je fus complimenté le lendemain par le commandant de la place, qui, s'il n'est pas un coquin, est le plus galant homme du monde et bien bon Suédois. Ce qu'il y a de sûr, c'est que tous les prisonniers suédois s'en louent beaucoup. Un aide de camp du comte Soltikoff vint me complimenter de la T>art de ee général et m'ihviter à dîner. J'y trouvai presque tous les généraux qui ont fait )a guerre contre noua:
MM. Denisdflf, Bergmann, d'Apraxin, Suchtelen, le mentor du pauvre baron d'Hastfer, M. Gûntjsel , M. Euler et le vieux , l'honnête M. Dellwig, gouverneur de Viborg. De tous ces messieurs»
Suchtelefn et fluler me parurent les plus instruits; M. Bergmann, le plu^béte; M. Denisoff, leplu$ gaillard ; M. d'Apraxin , le plus poli ; M. de Gûnt-
DU COMTE DE STBDIN6K. fiOi
zel, le plus emporté, et M. de Soltikoff, le plus arrogant J'oubliais MM. deRecketde Rautenfeld, qui tous deux pariaient du métier en connaisseurs ; je ne compte pas un grand nombre de brigadiers et de colonels. Quant à M* Dellwig , c'est un charmant vieillard ; il avait les larmes aux yeux en parlant de Votre Majesté ; il n'y a sorte d'honnêtetés, que lui et M; d'Apraxin , qui a été général de jour pendant cette campagne, n'aient faite à nos prison-niers. Nous dînâmes à une table de près de soixante couverts, qui était servie splendidement. Quoique les équipages de M. de Soltikoff étaient déjà renvoyés en grande partie, madame de Soltikoff y était avec toute sa famille, ainsi que madame de Polofkin , femme du comte Polofkin (capitaine aux gardes) , et passablement jolie. Les dames étaient polies et aimables , surtout la fille aînée du comte de Soltikoff. L'après-midi je fus rendre visite à tous les généraux qui étaient déjà, venus en gr^i-nde partie me voir le matin , et nous soup&mes chez madame de Soltikoff, où plusieurs femmes étaient rassemblées, entre autres l'époi|sedeM. deGiintzel,filledugénéralSiewers, qui, autant qu'il m'en Souvient, est fort bien de figure. Les généraux ne paraissaient pas trop d'accord
entre eux , et il leur échappait des traits de médisance les uns contre les autres , mais tous se réunissaient à jeter la pierre au prince de Nassau. Tout le monde aussi rendait justice à la haute valeur et à Tactivité de Votre Majesté , et parlait avec grand éloge de nos ofiiciers. On croyait le soldat russe aussi bon que le nôtre , mais on cédait le pas aux officiers ; en général , on était enchanté de la paix et Ton croyait à la guerre avec la Prusse. Le comte de Soltikoff me disait qu'il regrettait infiniment de n'avoir pas pu faire sa cour à Votre Majesté, mais la maladie qu'il prétextait ne paraissait pas, et il doit être un du petit nombre de ceux qui souhaitaient la continuation de la guerre. Lundi 13 septembre, de grand matin, je me suis mis en route pour Pétersbourg , après avoir vidé mes poches en étrennes, sous mille noms difiérents. Plus on approche de la capitale , plus les chemins deviennent exécrables ; cela surpasse tout ce que j'ai vu en ce genre en Westphalie; et malgré que nous marchâmes toute la nuit, il nous fut impossible d'arriver avant quatre heures de l'après - dîner. Nous passâmes en route plusieurs retranchements et redoutes fraîchement faits. Tous les passages et défilés étaient for-
DU COMTB DE ST£D1NGK. 293
tifiés, même jusqu'à vingt yerstes* de Pétersbourg , où l'on avait construit quelques redoutes et un fort assez considérable. En approchant* de mon logement à l'Hôtel Royal, ma voiture fut arrêtée par un équipage dont je ne reconnus pas d'abord le maître : c'était le prince de Nassau, qui était dans l'enchantement de me voir; il me fit mille offre de services , et me dit qu'il se rendrait chez moi dans l'instant après avoir été chez l'impératrice, où il allait de ce pas; il vint effectivement une heure après , et resta longtemps chez moi ; il me pria instanmient de dîner chez lui le lendemain , et d'aller voir la princesse qui demeurait à la campagne , à trois verstes de Péterbourg , et qui était sur son départ pour la Suisse. Je lui dis rondement qu'il m'était impossible de commencer mon cours de visites par lui et la princesse, vu les termes où il était avec Votre Majesté; que ce n'était pas en ma qualité de représentant, mais en qualité de Suédois, que j:'étai& choqué des libertés qu'il avait prises dans sa réponse à Votre Majesté ; il me répondit avec la noblesse et la franchise qui sont assez dans son
* Six lieues de France.
294 MÉnomES posthumes
caractère : que son respect et son attachement pour Votre Majesté ne lui auraient jamais p^mis de servir contre Votre Majesté, s'il n'avait pas» été engagé au service de la Russie avant la guerre^ et s'il avait pu s'en dédire après; que pour sa réponse à la lettre de Votre Majesté, elle avait été dictée et écrite par ordre de Tinapépatrice. Je lui dis qu'il eût été plus digne de lui de désobéir^ mais c'est un mot qu'on ne connaît pas en Russie ; il me dit là-dessus toutes les particularités , mais il aie pria en même temps que tout cela rest&t entre nous. Je n'ai pas de peine à ajouter foi à tout ce discours, vu l'acharnement dontétait l'impératrice contre Votre Majesté. On m'a assuré que dans ce temps-là, elle avait écrit uhe comédie contre Votre Majesté , qm* a été jouée dans l'intérieur. Je voudrais pouvoir procurer cette pièce à Votre Majesté , mais cela sera difficile.
Mercredi matin, j'écrivis à M. d'Igelstroem pour lui annoncer mon arrivée et le droit que j^avais de le rencontrer chez lui. Il me donna rendezvous chez lui pour l'après-dîner , et me reçut à merveille : il était flatté de ce que je m'adressais à lui et me dit que l'impératrice m'avait attendu avec impatience f qu'elle était charmée de ce que
DU COMTB DE STEDINQK. 395
f arrivais avant les fêtes» qu'elle voulait rendre mon audience aussi solennelle que possible, et que mon caractère d'envoyé extraordinaire pour ratifier la paix , détruirait tous tes soupçons que la Prusse et TAngleterre avaient voulu semer , que la réconciliation pouvait ne pas être aussi sûre et aussi sincère qu'on avait voulu le faire accroire» Mais quelle fut la surprise et Tétonnement de M* dlgelstroem, lorsqueje lui dis» que je ne venais ni comme ambassadeur, ni comme envoyé extraordinaire » mais comme un officier général envoyé de Tarmée avec un compliment et une lettre pour rimpératricê I M. d'Igelstroem prit feu ; il soupçonna ou fit semblant de soupçonner du mystère ; il me dit que cela pourrait tout gâter, que l'impératrice était vive ; qu'elle était enchantée delà paix (qu'elle disait avec complaisance être son ouvrage à elle seule) ; qu'il fallait profiter de la première chaleur , pour mettre Votre Majesté aussi bien avec elle que possible* Il me montra le traité^ où il était dit, qu'on s'enverrsùit des ambassadeur^ ou des ministres tout de suite après la signature , pour régler ce qui restait à régler, que M. de Pahlen était nommé en cette qualité , mais qu'un compliment en cette occasion était hors de saiaoa
296 MÉMOIRES MSTHOHES
et ne répondait pas à l'objet. Je n'avais pas (!« peine k répondre à tout cela. Le prompt départ de Votre Majesté de la Finlande, mon éloignement de sa personne, le malheur que j'avais eu de ne plus la trouver à Verele , l'impossibilité de recevoir ses ordres et mon instruction , enfin l'ignorance où nous étions tous les deux, M. d'Igelstroem et moi , de ce qui convenait ou se pratiquait dans ces occasions ou non , toutes ces raisons apaisèrent M. d'Igelstroem ; mais ce qui surtout le mit de bonne humeur, ce fut ma déclaration, que, connaissant les intentions de Votre Majesté de prouver son amitié à l'impératrice et de lui faire plaisir en tout, je n'hésitais point à paraître devant elle, en telle qualité qu'il lui plairait, excepté celle d'ambassadeur. M. d'Igelstroem fut d'abord rendre compte de tout cela à l'impératrice, et vint me voir le lendemain de grand matin. L'impératrice avait pris les choses comme il fallait. Elle n'était pas étonnée de ce que je n'arrivais pas équipé de tout l'attirail ministériel, venant de Sa^ volax et n'ayant pas trouvé Votre Majesté. Son envoyé était bien-venu de quelque manière qu'il vînt; j'aurais mon audience, le lendemain, ou vendredi après dîner; il fallait aller chez le comte
DU COMTB DK STBDINOK 297
d'Ostermann à dix heures du matin. J'y fus conduit par M. d'Igelstroem , qui est bien aise de se montrer en tout ceci , le ton de la cour étant d'être bon Suédois. M. d'Ostermann me reçut en cérémonie ; il me demanda si j'avais la copie des lettres de Votre Majesté. Après lui avoir dit ce qu'elle m'avait ordonné de lui dire, je la lui remis comme une marque de confiance. Il me dit beaucoup de belles choses sur le compte de Votre Majesté , et ajouta des choses fort honnêtes pour moi. Ce pauvre honmie est extrêmement vieilli et cassé. Il me retint à dîner en petite compagnie. Dans nos entretiens il me répéta souvent de prendre toute confiance en lui , que la Suède et la Russie n'avaient rien à démêler ensemble, que ce serait une folie de croire que la Russie ambitionnait des conquêtes de notre côté , qu'il lui était indifférent si nous étions libres ou gouvernés par un souverain, que les temps avaient bien changé où il était nécessaire de combattre aux diètes un parti par un autre, et beaucoup de choses pareilles qu'il croit vraiment à présent, et dont je fis semblant d'être convaincu. Il est au reste si peu au fait de ce qui se passe , qu'il ne sut que le lendemain après que l'impératrice en avait reçu la
296 MÉItOmiS FOSTHOMSS
nouvelle, que la jpaix était signée (ce jour-là et tout le lendemain, Timpératrice avait été hor$ d'elle de joie). Le soir je fus à souper chez le comte d'Ostermann avec tout le corps diplomatique > et en très-grande compagnie. Le lendemain vendredi ftit le grand jour. Un secrétaire du département des cérémonies vint m' avertir à cinq heures après dtner ^ de me rendre au palais pour monaudience* J'yfusenFtoccAi, ayant rendu mon équipage et mes livrées ausi^ magnifiques que le temps pouvait le permettre. Au défaut de tresses délivrée, j'avais pris de larges galons d*or, ce qui, avec le costume suédois à Técarlate, a Tâir b*ès-élégant. Je trouvai beaucoup de généraux et les officiers de la cour, dans la grande salle. On me fit force honnêtetés , et après un quart d'heure d'attente, je fus introduit chez l'impératrice dans la salle d'audience où est le trône. L'impératrice superbement mise et rayonnante de diamants , se tint auprès d'une croisée dans l'enfoncement de la pièce, non loin du trône, ayant M. d'Ostermann un peu de côté , derrière elle. Le cœm' me battait ; cependant je vins à bout de mon compliment que joins ici. Pendant tout ce temps l'impératrice avait l'air le plus gracieux. J'oubliais de
DU GOMTE B£ iTB]HKG&. 309
lui baiser la main , mais Mi d*Ostermann m'ay^t fait signes je réparai cela en appuyant d'auta&t mieux. L'impératrice répondit elle-4néme fort lentement et avec de petites pauses ^ qu'elle n'avait pas moins de joie que Yoti'e Majesté , de voir finir une guerre qu'elle voudrait n'avoir jamais existé, qu'elle espérait que rien ne troublerait plus l'amitié et la bonne haitnonie entre elle et Totale Majesté, qu'elle était fort aise du choix que Votre Majesté avait fait de ma personne, pour l'assurer de son amitié, ayant entendu dire beaucoup de bien de moi, et qu'elle désirait que je pusse tne plaire à Péterebourg et en trouver le séjour agréable. Après cela vinrent les questions sur la santé, sur le voyage de Votre Majesté, stir son arrivée à Stockholm, auxquelles je pouvais répondre, le bulletin que M. le comte de Duben m'a envoyé, m'ayant été remis à Viborg par un courri^. Elle me parla ensuite de la France, du ré* giment de Royal Suédois , de la bonne conduite qu'il avait tenue pendant les troubles, des fatigues que j'avais dû essuyer en Savolax, et qu'elle a dit depuis être écrites sur mon visage (remarque dont je ne me soucie pas infiniment). Après tout ce grand œuvre qui m'a plus coûté qu'une affaire
300 MÉliOIftSS POSTHUMES
contre les ennemis de Votre Majesté , je fus conduit par le prince Galitzin , gentilhomme de la chambre, à FErmitage par les galeries de Tintérieur. Mes cavaliers m'y avaient précédé , et furent présentés à Timpératrice , par le comte d'Ostermann. L'impératrice s'arrêta pour leur dire quelques mots. En attendant, on me plaça, au spectacle , sur le banc où étaient les autres ministres, et comme j'arrivais le dernier, je tenais le haut bout sur le banc, quoiqu'il n'y ait point de rang à l'Ermitage, et que l'impératrice, qui arriva tout de suite après, se plaçât sur le troisième banc, ayant M. de Cobenzell , ambassadeur de l'empereur, qui est de sa société intime à sa droite et les princes Alexandre et Constantin à sa gauche. La salle est belle , agréable et commode. On donnait Tancrède, dont on a changé le dernier acte, en en ôtant la tuerie, que l'impératrice n'aime pas. Tancrède se porte bien et épouse Aménaïde. Ce rôle fut représenté par mademoiselle Soulier , qui est devenue bien bonne actrice depuis que je l'ai vue à Strasbourg. Ofrène n'était plus que l'ombre de lui-même , Tancrède médiocre , et tout le reste très-mauvais. Ce spectacle se donne ordinairement les jeudis, mais avait été remis à
DU COMTB HB STBDINGK. 301
Vendredi, à cause de mon audience , à ce que l'on dit. Il finit à dix heures, et chacun s'en retourna chez soi. Tout le samedi fut employé en visites , qui ne finissent point ici. Le dimanche se passa comme il est dit dans le programme des fêtes , que je joins ici. Le secrétaire du sénat lut une harangue à l'impératrice en russe, qui dura un quart d'heure. Le vice-chancelier y répondit ; ensuite vint la distribution des grâces. Les présents, les marques des ordres, et les autres gratifications étaient placés sur une table couverte d'une mousseline à la droite du trône, et le plus grand secret était gardé sur ce qu'on donnerait. Le vice-chancelier appela en russe les gratifiés, les uns après les autres ; plusieurs étaient absents, ou ne purent pas percer la foule qui entourait le trône. Malgré cela cette distribution dura près d'une heure ; il pleuvait des épées garnies de diamants, des plaques en diamants , des ordres, des croix, des brevets à paysans, et des brevets d'avancement. Les élus vinrent recevoir les grâces des mains de l'impératrice. Je n'ai pas pu me procurer encore une liste de tout ce qui a été donné , mais j'aurai l'honneur de l'envoyer incessamment àVotre Majesté. Le comte Soltikoff reçut les décorations de
^2 KéMOlRES POSTilUME<(
Saint* André en beaux diamants, une épée en diamants d'un grand prix , et la place de lieutenantcolonel des gardes à. chevah Le maréchal Romàntow a la même place, et le prince Orlow Tavait eue. Le prinee de Nassau reçut une épée enrichie de brillants magnifiques, et ne fut pas content parce qu'il s'attendait à quelque chose de mieux; M. de Numsen, une de moindre valeur et Tordre de Sainte-Anne ; M. Denisoff , 600 pay*sans; M. deMichelson, les marques de Tordre de Sainte-Anne en beaux brillants. M. d'Igelstroem fut fait général en chef, reçut une épée magnifique , un remercîment du sénat ; il a obtenu encore le commandement d'un corps d'armée à Riga et il va partir incessamment, M. de Besborodko, fut fait conseiller privé actuel, ce qui lui donne le rang de général en chef. M. de Markoff ne reçut rien , quoiqu'il s'attendit h beaucoup et se pavanât ce jour-là encore plus qu'à l'ordinaire. Enfin on ne finirait point, si Ton voulait tout marquer.' Malgré cette prodigalité, il y aurait eu, à ce qu'on dit, le double de grâces de donnée^, si un courrier arrivé la surveille , du prinee Potemkin , n'y eût pas mis de Tempêchement , le prince ayant représenté , qu'en prodiguant si fort les grâces en cette
DU COIITS DE STED1N6K. 303
occasion » il n'y aurait pas moyen de contenter ses officiers lorsqu'il ferait la paix. Le lundi , jour de repos pour les autres fut un jour de fatigue pour moi , il fallut faire cent visites ; hier matin je fus averti par le grand maître des cérémonies , que j'aurais mes audiences Taprës^midi , avant le bal chez le grand-duc* et sa famille. Ce prince était arrivé samedi en ville, d'une terre qu'il a à quelque distance de Pétersbourg , où il a passé une partie de l'été. Je fus conduit à ses audiences avec les mêmes cérémonies que les ministres du second rang. Le grand-duc, après les compliments d'usage , me dit les choses les plus honnêtes et les plus affectueuses sur le compte de Votre Majesté , et mit à tout cela l'expression du sentiment. Il se rappela notre connaissance de Paris. Ce prince est devenu moins laid qu'il n'était, la grande-duchesse a beaucoup vieilli. Les jeunes grands-ducs sont beau3?; et grands et forts pour leur âge , surtout le prince Alexandre qui a bien bonne grâce. Leurs compliments, à eux, pour Votre Majesté, étaient fort bien tournés , ils y mirent le terme de beaucoup de respect pour Votre Majesté. L'impé-
* Empereur Paul depuis.
ratrice parut au bal dans la galerie vers les* sept heures du soir. Les ministres étrangers furent faire leiff révérence et leur baise-main. On nous avait distribué à tous de grandes médailles d'or , de la valeur de trente ducats environ. Il y en eut encore de plus grandes qui furent distribuées aux personnes du premier rang. Le bal commença par des polonaises , ou plutôt des promenades en cadence, ensuite quelques menuets. La princesse Alexandra dansa pour la première fois son menuet , avec le prince Alexandre , avec toute la grâce qu'on peut prétendre d'un enfant. L'impératrice, après avoir regardé là danse quelque temps, se mit à jouer au whist, je fus appelé à sa partie avec l'ambassadeur du roi de Hongrie, et le comte de Soltikoff. L'impératrice était de fort bonne humeur , causa beaucoup avec moi , et mit beaucoup de gaieté et de grâce en tout ce qu'elle me dit. On distribua des numéros pour le souper , et l'impératrice soupaà une table de quatre-vingts couverts, où moi et une partie du corps diplomatique fûmes admis : il y avait encore deux autres tables de quatre-vingta couverts chacune. La grande quantité de monde, la richesse des habits, l'excellente musique de Cimarosa, composée pour cette occa-
DU COHTE DE 9TBDINGK. 30&
sion , la somptuosité des tables rendait cette fête fort brillante. Avant minuit tout était fini. Le favori d'à présent est un jeune homme d'une figure charmante, brun, fluet, peu grand, ressemblant à un joli Français dans le genre du chevalier de Puiségur, et ayant un faux air de M. de Lambert des gardes du corps, que Votre Majesté a vu à Versailles, d*ailieurs poli , bon et aimable ; il me fait force honnêtetés. J'ai été voir M. de Besborodko samedi dernier avec M. d'Igelstroem. M. deBesborodko me revient extrêmement ; ou je suis bien trompé, ou c'est un bien galant homme : il n'est pas complimenteur , parie peu et sans détour, paraît fort bien intentionné pour Votre Majesté, et se soutient toujours dans la plus haute faveur. Il est cependant difficile, à ce que l'on dit , de le suivre en ses plaisirs , puisqu'il aime beaucoup le gros jeu, la dépense et les femmes ; on dit cpi'it aime assez vivre avec les gens du sous-ordre. M. Rail, conseiller d'ambaçsade de feu l'empereur , a gagné son amitié en se mettant de toutes ses parties , et sa cour lui en fournissait les moyens.
Malgré le bon accueil que je reçois , je prévois que lorsqu'il faudra traiter d'affaires , cela ne sera point sans beaucoup de difficultés ; la cour est di-
306 jtfBMOlRES POSTHUMES
visée en factions et partis ; il suffit que Tun veuille quelque chose pour que l'autre le contrecarre ; il n*y a qu'un point oii tous se réunissent, et c'est la haute opinion où ils sont d'eux-mêmes, de leurs forces , de leurs grandeurs , qui ne leur permet point de céder sur quoi que ce soit, et c'est aussi l'esprit de la souveraine : j'ai eu occasion de m'en convaincre en causant avec les gens en place. La seule manière d'obtenir quelque chose ici , est , h ce que je crois , de se mettre bien dans l'esprit de la souveraine, d'intéresser son amour-propre, sa générosité , ménoe son sentiment. Il est certain qu'EUe est enchantée de la paix avec Yotiie Majesté, et qu'EUe fonde peut-être quelque espérance sur une liaison plus étroite epcore avec Elle. M. de Potemkin est dans le même sentiment ; il vient d'écrire à l'Impératrice qu'il était au cmnble de la joie de la paix , qu'il n'avait pas eu une nuit tran- quille, et qu'il avait passé ses jours dans l'inquiétude depuis le commencement de la guerre avec Votre Majesté , et de vdr l'ennemi si près de la capitale. On peut juger cependant combien cela l'a inquiété , puisqu'il n'a pas voulu détacher un régiment de son armée , forte de cent mille hommes, et que les quatre régiments qu'on lui a arra-
DU COMTE DE STBDINaK. 307
chés à la fin n'ont servi qu'à transporter nos prisonniers sur leur retour à son armée.
Le comte de Pahlen va partir incessamment; on l'a fait rester pendant les fêtes, pour avoir sa part aux grâces, peut-être aussi pour voir de quelle manière je viendrai ici, et pour observer la parité. Si j'étais venu avec le titre d'ambassadeur, on aurait envoyé un ambassadeur. Je crois même pouvoir assurer qu'il ne tient qu'à Votre Majesté d'avoir un aipbassadeur de cette cour, attitré et à demeure auprès d'Elle ; ce qui me le fait juger, c'est que M. d'Igelstroem en a laissé tomber un mot dans la conversation , ajoutant qu'on aurait été fort aise ici que le choix de Votre Majesté , en ce cas-là, tombât sur moi: je n'ai pas pu découvrir si M. d'Igelstroem désire ou non d'aller en cette qualité à Stockholm, mais je suis sûr que le comte de Stackelberg l'ambitionne. Pour le comte de Pahlen, il ne restera pas à Stockholm; cependant il croit que sa mission durera quelques mois ; c'est un homme tout rond, d'une grande droiture, sensible, honnête, un peu timide, sans prétention, comme moi peu au fait de négociations , et ayant encore moins que moi l'usage du grand monde.
On l'appelle ici le brave Pahlen.
Ce 23 septembre.
Hier au soir, M. dlgelstroeïn , qui est un peu malade, et qui garde sa chambre , me fit prier de passer chez lui. Après quelques détours , et beaucoup de compliments sur mes succès ici, il m'apprit que le neveu de M, le comte de Soltikoff était revenu de Stockholm , avec la nouvelle que M. de Hestesko avait été exécuté, et qu'on croyait que les autres condamnés sulnraient le même sort. Il en parut affecté, pour la terreur et le mécontement que cela pourrait occasionner en Suède, et il me dit que M. de Soltikoff, qui s'empressait toujours adonner de mauvaises nouvelles à l'Impératrice, surtout en ce qui pouvait l'aigrir contre Yotre Majesté, l'en avaitd'abord avertie, etqu'Elle en était foi:t affligée, ayant toujours cru que Votre Majesté ferait grâce aux coupables en faveur d'une paix qui comblait les désirs des deux cours. Je lui répondis que cette nouvelle ne me surprenait point, que j'y étais si bien préparé, qu'ayant eu le fils de M. de Hestesko dans ma maison, pendant la dernière campagne, je l'avais prévenu de son malheur en prenant congé de lui ; que la grâce de son
DU GOMTB DB STfiDINGK. 309
père m'avait toujours paru impossible , malgré la répugnance extrême de Votre Majesté contre la rigueur et les partis violents , que tout son règne était une preuve de sa clémence , et du plaisir qu'Elle trouvait à pardonner, mais que je voulais bien lui dire en confidence que l'intérêt de l'État exigeait ce sacrifice , et qu'il fallait un exemple pour effrayer les mécontents , et assurer la tranquillité pour toujours. Il répartit que l'Impératrice ne pensait pas ainsi, et qu'elle se contentait d'enfermer les criminels d'État ; que lui , M, d'Igelstroem , avait eu trois Pierre III dans son gouvernement , qui étaient enfermés et relégués en Sibérie ; que de grands personnages avaient conspiré contre Elle, sans qu'Elle leur eût ôté la vie. 11 finit par me montrer une grande lettre de la main propre de l'Impératrice qu'Elle venait de lui écrire, et m'en lut une partie, en me priant pour l'amour de Dieu de lui en garder le secret. Il était dit dans cette lettre, autant qu'il m'en souvient, que M. de Soltikoff venait de lui apprendre la catastrophe arrivée à Stockholm , et qu'elle en était vivement affligée ; que tandis qu'on se livrait à la joie à Pétersbourg, on répandait la terreur à Stockholm en donnant un spectacle d'échafaud; qu'il
était toujours d'usage de faire grâce dans ces oc^ casions , et de publier des amnisties ; que la joie ouvrait ordinairement les cœurs à la pitié et à la clémence ; elle concluait de là que la paix n'avait pas été aussi agréable à Votre Majesté qu'on le croyait , et elle craignait que cet acte de rigueur ne tournât au préjudice de Votre Majesté , ce qui était absolument contre ses vues et contre ses intentions; qu'il (M. d'Igelstroem) ferait bien de faire sentir cela â Stedingk, Il n'en lut pas davantage , mais il ajouta que tous les dficiers prisonniers qui revenaient de la Suède , assuraient que le pays était rempli de mécontents ; preuve donc , lui répondis-je , qu'un exemple était nécessaire , et l'Impératrice elle-même, qui a donné des leçons d'humanité à l'univers, qui abhorre le sang, s'est vue réduite à faire mourir Ivan, qu'elle aurait voulu combler de bienfaits. La conversation finit là. Il me demanda quelque temps après, si je croyais que les autres condamnés subiraient le sort de Hestesko , je lui dis que je n'en savais rien , mais que je ne le croyais pas. Nous parlâmes d'autres choses ensuite. Il me confirma l'arrivée du courrier du prince Potemkin , vendredi dernier, quiavait ôté àM* d'Igelstroem quatre mille paysans
aii
que r Impératrice avait voulu lui donner et 60,000 rubels argent comptant, au prince de Nassau, trois mille paysans et le brevet de général en chef. Il se répand un bruit aujourd'hui que M. de Suwarow , avec un corps de vingt mille hommes, a été battu par les Turcs, et qu'il a été tué; on attribue cet échec au prince de Potemkin , qui doit ne pas aimer Suwarow. J'ai su aussi que M. de Markoff avait reçu mille paysans. Mais il est temps de finir cet énorme volume, qui ne contient pas cependant la moitié de ce que j'avais à rapporter ; les forces me manquent pour continuer, et je fais partir mon courrier pour ne pas laisser Votre Majesté plus longtemps dans l'ignorance sur mon arrivée ici. M. d'Igelstroemm'a dit qu'au souper à la cour, j'avais le premier numéro après la famille impériale. Je ne m'en doutais pas, c«r j'avais le n° 16 , mais ce qu'il y a de sûr, c'est que j'aurais mieux aimé avoir le dernier numéro à la table ' de Votre Majesté , et que je ne serai heureux qu'après avoir eu le bonheur de la revoir.
Je suis , etc.
CURT V. SïBDIINGK.
312 MitilOIRES POSTBVMSS
LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI
Saint-Pétersbourg, le 6 décembre 170ih
Sire ,
La' nomination de M. d'Igetetroem pour l'ambassade auprès de Votre Majesté , s'est faite^bier, jour de la fête de S. M. l'Impératrice. Le viceehancelier étant malade depuis quelques jours , elle m'a été annoncée par le comte de Besboro(flcov et l'Impératrice m'en a parlé hier au soir au bal paré , qui s'est donné à la coun On s'attendait qu'il y aurait beauccMip de grâces de distribuées , on y est accoutumé. C'est la fête favorite de l'Impératrice ; mais on s'est trompé cependant , il y a
deux dames d'honneur de nommées, jeunea, jo^ lies et bien élevées : ce sont les demoiselles de Protafioff, nièces de mademoiselle de Protasoff, dame à portrait. Ce dioix a fait bien des jaloux. La fille du comte de SoItikoiT, le fameux général , ses nièces, mademoiselle de Czernicheff , les princesses de Galitzin , nouvellement revenues de la France , la comtesse Schuwalow , sans compter plusieurs autres , étaient sur les rangs. Qui aurait osé lutter contre une famille aussi puissante , aussi favorisée? Cependant, la fortune aveugle en avait disposé autrement , ou , selon moi , elle a été plus clairvoyante qu'elle ne l'est ordinairement»
' On s'était imaginé dans le monde que je serais nommé ambassadeur et que n>a nomination se ferait hier ; je fus assailli de tous les côtés par des compliments et des complimenteurs, et j'eus tin exemple frappant , et de l'esprit de cette cour, et de l'empreinte que la faveur met ici sur toutes choses. A peine j'eus déclaré .que le choix de Votre Majesté ne me regardait pas , que ce serait le baron de Taube qui serait nommé son ambassadeur, que je vis disparaître la foule des courtisans , et que l'indifférence ou la pitié , prirent la place de l'empressement que l'on m'avait témoigné. Je n'ai^
31i MéMOlBES POSTHUAIES
pas cependant pu déclarer la nomination da baron de Taubeministériellement, Votre Majesté ne m'ayant pas fait connaître le jour où elle aurait lieu , et toute cette affaire n'ayant été traitée par moi que verbalement, mon instruction à ce sujet est restée sans application. Le baron d*Igelstroem n'a pas paru dans le monde depuis trois semaines , une indisposition Toblige à garder sa chambre. Je lui ai rendu visite hier au sortir de la cour, pour lui faire mon compliment. Nous avons été occupés, à plusieurs reprises , à régler son état et sa maison , arrangements sur lesquels il a bien voulu me consulter. La cour ne lui donne que 20,000 rubels argent, pour s'équiper, et 4,500 rubels d'entretien par mois, sans compter une vaisselle immense. D'après son calcul , il lui faut 50,000 rubels pour les premiers frais, et je crois qu'il les obtiendra ; il est vrai que dans cette dépense , j'ai trouvé un article qui m'a surpris , ce sont 15,000 rubels pour les bijoux de monsieur. Il faut nécessairement à un ambassadeur, m'a-t-il dit, une bague de diamant, une chaîne de montre et une tabatière en diamants , c'est le moins que Ton peut avoir, et 15,000 rubels ne , sont pas trop pour ces articles. Je n'ai pas été
BU GOMT£ DE STEDIN6K. 315
convaincu par cette logique moscovite , mais il a fallu céder. Il aura deux carrosses de parade à six chevaux, huit officiers de maison / deux coureurs, deux chasseurs, deux heiduks, deux hussards , suivant toujours sa voiture (c'est l'usage ici) , une quantité de valets de pieds , quatre cavaliers d'ambassade, un secrétaire, trois soussecrétaires, quatre ou six aides de camp, quatre courriers; il lui faut une maison comme on n'en trouve pas à Stockholm et beaucoup d'autres lo-^ gements: il n'y a pas eu moyen de rabattre davantage , malgré la confiance qu'il a en moi , sans blesser son amour-propre et l'opinion que l'on a ici de la représentation d'un ambassadeur.
Ce que Votre Majesté m'a fait la grâce de me mander au sujet de l'Espagne est très-véritable ; les discours de M. de Galoes, qui me témoigne beaucoup de confiance et qui me paraît un fort galant homme et grand admirateur de Votre Majesté, ne m'en laissent aucun doute. L'Espagne veut se lier à Votre Majesté , prendre la malheureuse France en croupe, et avec les trois puissances du Nord, former un contre-poids, qui puisse balancer la puissance des trois cours alliées. Votre Majesté ne veut point des Danois dans cette
association, mais le moyen , Sire, de les laisser là, sans les donner aux Anglais? le moyen encore de déterminer cette corn- à se fier assez à Votre Majesté pour livrer ces auxiliaires à sa juste indignation? Je ne donne à Votre Majesté que mes propres réflexions. Je n'ai pu en causer encore avec Galoes, il me dit souvent : «M. de Stedingk, » vous verrez h présent si l'Espagne est de bonne » foi , et si c'était seulement la crainte de la guerre » qui l'a portée h se rapprocher du Roi et à faire » à Votre Majesté des offres avantageuses. » Cependant le bonhomme enrage tout bas de la faiblesse que le ministre espagnol a montrée , et moi de même , par l'horreur que j'ai pour les partis faibles , dans les grandes occasions. On veut en vain l'excuser par la mésintelligence que l'arrangement convenu sèmera entre les États-Unis et l'Angleterre , par la rivalité du commerce. L'ave^ nir est incertain , et je ne puis m' accoutumer à lui sacrifier l'avantage des générations présentes. J'ai eu une conférence avec M* de Besborodko , où j'ai trouvé moyen de placer un mot sur les Turcs, et sur ce que Votre Majesté m'a dit à ce sujet. C'est le point délicat ici ; pour peu qu'on y touche , on voit tout de suite une vibration générale.
D'abord le prince Potemkin s'est réservé entièrement ces affaires , et malheur au ministre qui s'en mêlerait. L'Impératrice porte toute l'opiniâtreté de son sexe et de son caractère à soutenir son sentiment. Elle veut Okzacow et les steppes qui en dépendent. Elle veut la paix avec les Turcs sans que personne s'en mêle; tout ce qu'on pourrait obtenir, peut-être , serait qu' Okzacow restât toujours démantelé. Elle sacrifiera le dernier homme et le dernier écu de son empire , avant de se soumettre à la médiation arméedela Prusse. Lesbons offices même lui causent de l'ombrage.
Il ne me reste qu'un mot à dire à Votre Majesté, d'un pauvre repenti qui est au désespoir de l'avoir offensée; c'est du prince de Nassau que je parle ; il me prie sans cesse de faire sa paix : il m'a dit, les larmes aux yeux, que le malheur de vous avoir déplu faisait le chagrin de sa vie, qu'il n'aurait point de repos avant d'avoir prouvé par des faits combien il était dévoué à Votre Majesté , et qu'il espérait que les cours seraient assez bien liées, pour qu'il pût un jour exposer sa vie pour elle. Il le pense, Sire, et son crédit auprès de l'Impératrice, la considération dont il jouit , malgré le grand nombre de ses ennemis , sa fierté
318 MÉMOIBIS POSTHUMBS , ETC.
vis-à-vis de Soltikoff, et la clique russe anti-suédoise , ne laissent aucun doute de ses sentiments. Si pardonner, Sire , est le faible des grands cœurs, on ne doit jamais, avec vous, désespérer de sa grâce.
FIN DU TOMB PnEMdR.
Ayant-propos. 1
Introduction , contenant Phistorique abrëgë de la famille des Stedingk ; le maréchal est ne dans la Poméranie suédoise ; son éducation ; fait officier ; continue ses études à runiversité d'Upsal ; est nommé chambellan de la reine de Suède , sœur de Frédéric le Grand ; gagne Tamitié de Gustave III , prince royal alors ; entre an service de France dans le régiment Royal-Suédois; est accueilli à la cour de France , intimement lié avec le comte de Fersen ; est admis dans le cercle de la société intime de la reine Marie-Antoinette . 9
Lettre de M. de Stedingk au roi Gustave III , sur le camp de Bayeux, 1778. Objet politique et militaire de ce camp. Ordre mince et ordre profond ; luxe et abus de Tarmée française ; le duc de Broglie cherche à les abolir. 19
Lettre de M. de Stedingk à Gustave III pour demander la permission d'accepter le grade de colonel , que lui offre le prince de Montbarey (1778) ?5
Sommaire des événements qui amenèrent la guerre en-
tre la France et TAngleterre lors de la révolution des provinces unies d'Amérique ; enthousiasme des jeunes seigneurs de la cour de France en faveur de cette révolution ; ils demandent tous à être employés dans Tarmée expéditionnaire; M. deStedingk, entraîné par Texemple , en fait aussi la demande , obtient le com* mandement d'un régiment devant faire partie de l'expédition maritime sous les ordres du comte d'Estaing Sommaire des opérations de celte flotte , va à Rhode Island , débloque New-York , s e porte de là ^^^ve re les An tillf? ^* «^j^^puy^j^^i^ii^ de Sain^TjACMtt* 27
Lettre d« M. de Stedingk au comte de CreutZj^ ambassadeur de j>u^cfe"eiH''rance /dateë ~dej^e de^lâ Jyrgnadê aux Antil l e s f 1 2 juillet Î77^) , sur la prisejîe cetterlïë"^r îe~€oîDle::é^£staîngVî^^§^^ du'jp^medeja Grenade. M. de Stedingk commandé une colonne d'attaque ; traits de bravoure du soldat français. Bataille navale qui suivit la prise de la Grenade entre les flottes du comte d'Estaing et celle de l'amiral Byron ; la victoire reste aux Français : belle conduite de l'amiral anglais Barringlon. La flotte française se rend de nouveau aux États-Unis d'Amérique 31
Lettre de M. de Stedingk au roi sur l'état des choses dans ce pays (1780); combien peu d'efforts les Américains font pour défendre leur cause ; elle est perdue si la France ne les soutient pas. Relation du débarquement des troupes françaises sous les ordres du comte d'Estaing en Géorgie, près de Savannah i cette place défendue par le général anglais Prévost ; assiégée par le corps d'armée français : le comte d'Estaing fait monter à l'assaut ; l'une des colonnes est sous les ordres de M. de Stedingk ; l'attaque est repoussée avec une grande perte d^hommes. Le comte d'Estaing fait rembarquer ses troupes et retourne en Europe 36
DU TOME PREMIER. 32t
Pareil.
Lettre de M. de Stedingk au roi Gustave sur l^accueil flatteur que lui fait la cour de France ; obtient la faveur très-apprëciëe alors « du souper dans les cabinets de Versailles. » 45
Lettre de M. de Stedingk au roi , concernant un mémoire adressé par lui au prince de Monbarey et à M. de Maurepas , sur là guerre d^Amérique ; démontre Purgence d'envoyer des secours aux Américains,
demande à être employé de nouveau 49
M. de Stedingk obtient Tordre du mérite militaire de France (égal à celui de- Saint-Louis) avec une pension de 6,000 fr., pour sa belle et vaillante conduite pendant la guerre d'Amérique ; est nommé colonel en second du régiment d'Alsace (infanterie), et simultanément chef d'un régiment de cavalerie en Finlande , à plus de mille lieues de distance l'un de l'autre . 62
Lettre de M. de Stedingk au roi , sur l'heureuse naissance du dauphin (22 octobre 1781); joie que cet événem«it répand à la cour dé Versailles (c'était le même enfant qui mourut de misère chez le savetier jacobin de Paris); description des personnes les plus marquantes de cette cour 55
Lettre du roi Gustave III à H. de Stedingk où il l'engage à retourner auprès de. lui en Suéde 63
Lettre de M. de Stedingk au roi pour se justifier d'avoir accepté l'ordre de Cincinnatus, que le président Washington lui a conféré pour, ses services en Amérique. Washington envisage l'établissement d'une noblesse héréditaire en Amérique par Tinstitution de cet ordre 67
Lettre du roi en réponse à celle de M. de Stedingk , où il montre une perspicacité remarquable sur les suites que la révolution d'Amérique aura pour l'Europe. Le
Pages.
roi réitière sa défense de porter Tordre de Cincinna-
tus é 71
Retour de M. de Stediugk en Suède; ce que la reine de France lui dit , lors de son audience de congé. Noble caractère de cette reine. Opinions en France (1787). Position de la Suède alors. Motifs qui font désirer au roi Gustare III d'avoir une guerre contre la Russie : préparatifs mal faits. M. de Stedingk reçoit le commandement en second du nord de la Finlande (province de Kuopio dans le Savolax) , d'où les opérations de la guerre devaient commencer (1788). Topographie de la Finlande. Ofiénsite prise contre la Russie, de cette partie de la Finlande 74
Lettre de M. de Stedingk au roi , sur Tétat des choses en Finlande ; mauvais esprit qui y règne , manque d'organisation et de moyens militaires 81
Id, sur l'affaire de Pumala 84
Lettre de M. de Stedingk au roi , sur une reconnaissance faite par lui à la forteresse russe de Nyslott : ruse de guerre pour y pénétrer 87
Lettre de M. de Stedingk au roi sur le commencement des hostilités 92
Id, sur les opérations du siège de Nyslott 95
Id. contenant des renseignements sur la force de l'armée russe &à. Finlande ; conseils donnés au ■ roid*agir«ur-20-e^amp, ou de désavouer les hostilités commisea , pour conserver la paix. . 97
Lettre du roi à M. de Stedingk pour l'informer que le duc de Sudermanie (frère du roi, depuis Charles XIII ) , commandant une flotte suédoise de plus de vingt vaisseaux de ligne et dix frégates, avait dans un combat avec la flotte russe , enlevé deux frégates à celle-ci ; engage M. de Stedingk à prendre Nyslott de
Payes, vive force ^ et à marcher sur Kexholm , sur les derrières de Tarmée russe ; à moins de vingt lieues de Saint-Pétersbourg 102
Lettre de M. de Stedingk au roi sur Taffaire de Kernakoski^ continuation des opérations contre Nyslott, conjuration d'^jénjalat où les officiers de Parmée finlandaise avaient traité avec l'ennemi 105
Lettre du roi à H. de Stedingk sur la conjuration d'^njala; troubles en France : requête de la noblesse bretonne , ses députés mis à la Bastille 116
Lettre de M. de Stedingk au roi sur les intelligences que Tennemi maintient avec lés officiers finlandais; conseils donnés au roi ace sujet 118
Lettre du roi à M. de Stedingk qui montre Ténergie de son caractère : « Non , je ne baisserai pas ma tête sousle joug de l'impératrice, etc., etc., » 121
Lettre de M« de Stedingk au roi , sur les menées du général Sprengtporten , qui veut ériger la Finlande en république sons la protection de la Russie. L'esprit des officiers finlandais est infecté par cette idée. . . 123
Lettre du roi à H. de Stedingk , où il lui déclare qu'il est décidé à soutenir son caractère jusqu'au bout , et à ne point céder à la fortune 1 25
Lettre de M. de Stedingk au roi , sur Tabandon que le général Hastfer , commandant en chef en Savolax, a fait du siège de Nyslott 127
Lettre du roi à M. de Stedingk, où il lui annonce qu'attaqué par le Danemark du c&ié de la Norwége , il quitte momentanément la Finlande , pour défendre la Suéde vers ce côté 131
Lettre de M. de Stedingk au roi , où il l'informe que le peuple finlandais ne prend aaeune part à la trahison des chefs des régiments et des officiers finlandais. . . 132
Payes.
Lettre du roi à M, de Stedingk ( de Gothembourg 1 788 ), pour rinformer que le corps dano-uorwégien , qui «tait entré en Suède, et s'était porté sur Godiembourg , avait été forcé de se retirer en Norwége. Réflexions sur Vétat de la France et le commencement de sa révolution , qui occupe beaucoup le roi. . . . 135
Lettre du roi à M. de Stedingk , où il lui communique le discours tenu en France lors de l'ouverture de l'assemblée des notables 1 38
Lettre du roi à M. de Stedingk , relativement à un manifeste de l'impératrice Elizabeth 139
Lettre du roi à M. de Stedingk , avec ordre de faire arrêter le baron de Hastfer , commandant en chef dans le Savolax , accusé d'entretenir des intelligences avec l'ennemi 141
Lettre de M. de Stedingk au roi , où il tâche d'une manière très-noble et franche à disculper la conduite de M. de Hastfer, qui bien que légère ne portait pas le
caractère de trahison 144
■ Lettre de M, de Stedingk au roi , sur le même sujet, où !
il dît que M. de Hastfer , avec de la valeur et de l'esprit, est toujours dans le cas du soldat de Philippe , qui avait perdu sa bourse. Bf . de Stedingk sollicite la grâce du général Hastfer 148
Lettre de Bf . de Stedingk au roi relativement au coup d'état que celui-ci avait fait à la Diète de Stockholm ( 1 789) sur l'acte ( dit de sûreté ), que le roi avait . fait passer à la Diète , par les ordres du clergé , de la bourgeoisie et des paysans (la noblesse refusa), et
. qui augmente de beaucoup le pouvoir royal , et dissout le sénat 155
Lettre de If . de Stedingk au roi , sur les affaires de la Diète à Stockholm. Bf . de Stedingk lui écrit : cGustave
BU TOME PREMIBR. 325
Payes ■
a tout appris, il a tout pardonné : quelle gloire, sire, serait comparable à la v6tre. » , , , 158
Lettre du roi à M. de Stedingk , sur les affaires de la diète de Stockholm , pour Pinformer de la paix conclue avec le Danemark , et de son intention de se rendre de nouveau à Farmëe de Finlande , chercher Thirer et les Russes 162
Lettre de Bf. de Stedingk au roi, sur la pénurie du corps d*armée quMl commande en Finlande , sur les finances de rÉtat, et sur une aventure au milieu du camp ennemi, où il a failli ^tre fait prisonnier. ...... 167
Lettre du roi à M. de Stedingk sur ses plans d'opérations en Finlande ; que le prince Potemkin a fait rebrousser chemin à toutes les troupes destinées à renforcer Tarmée russe en Finlande, pour les diriger contre les Turcs )72
Lettre de M. de Stedingk sur le combat sanglant de PoroicUmi, remporté par lui 174
Lettre du roi à Bf • de Stedingk , pour le féliciter de ses succès à Porosaîmi , et lui conférer la grande croix de Tordre de PÉpée : il est le premier qui ait obtenu ce grade distinctif 179
Lettre du roi à Bf . de Stedingk , où il lui dit : « Vous avez sauvé le Savolax par votre intrépidité et votre belle conduite. » 181
Lettre du roi à Bl. de Stedingk concernant les opérations ultérieures de la guerre en Finlande ; fait mention du livre scandaleux de madame de la Motte sur Taffa ire du collier ; 187
Lettre du roi à Bf . de Stedingk pour lui annoncer les combats d*Lddi8malm et de Likala, où le roi a commandé en personne et remporté des avantages ; sur l'état de la France et Bl. de Necker. Le maréchal Laudon a été battu par les Turcs 192
Pages.
Lettre de M. de Stedingk au roi » pour lui annoncer la victoire qu'il a remportée à Parkwna^i 195
Lettre du roi à M. de Stedingk poar le féliciter de cette victoire : « Vous êtes le premier , écrit le roi , qui enrichissez mon arsenal de trophées. » 199
Lettre du roi à Bf . de Stedingk sur de nouveaux succès remportés par lui. Détails qu'elle contient sur les affaires de France et les malheureuses vacillations de la cour de Versailles 202
Lettre du roi à M. de Stedingk , sur le même sujet , M. de Necker exilé, M. de Breteuil nommé ministre des finances : émeute de Paris , la populace marche sur Versailles 205
Lettre du roi à M. de Stedingk , où il l'instruit de la victoire navale que le duc de Sudermanie a remportée sur la fiotte russe près de Hle d'OEland ; l'insurrection de Paris, prise de la Bastille. ^ 207
Lettre de M. de Stedingk au roi sur une attaque contre le détroit fortifié de Pumala 211
Lettre du roi où il communique à M. de Stedingk Téchec que la flottille suédoise a éprouvé , sous les ordres de l'amiral Ehrensvaerd 213
Lettre du roi à M. de Stedingk , sur ses plans d'opérations par mer 215
Lettre du roi à M. de Stedingk , sur ses plans d'opérations par terre 217
Lettre de M. de Stedingk au roi , pour lut annoncer le combat heureux de Laitasi Ida 219
Lettre du roi pour féliciter M. de Stedingk de ce combat 222
Parei.
Lettre de M. de Stedingk au roi , sur des rapp<Mrt9 obtenus de Saint-Pétersbourg 224
Lettre de M. de Stedingk au roi sur le plan de campagne de M. de Jaegerhorn 228
Lettre de M. de Stedingk au roi , sur Tétat des choses en France. « J'étais fier , dit-il , du titre de Français , que ^ » j^arais acquis en Punissant à celui de Suédois, fant- » il donc que ce ne soit plus la même chose ! Vous- « même , sire , n'y a-t-il plus rien dans votre cœur » qui plaide pour cette belle France , quoiqu'elle ait )) à présent le transport au cerveau. » 230
Lettre du roi à M. de Stedingk sur les opérations de la campagne prochaine ( celle de 1790], et sur les affaires de France 234
Lettre de M. de Stedingk au roi sur la meilleure manière d'ouvrir cette campagne 239
Lettre du roi à M. de Stedingk , datée de Stockholm , où . il Pinforme de son retour à l'armée 243
Lettre de M. de Stedingk au roi , sur le combat sanglant de Periimaeki , où Pennemi fut victorieusement repoussé 245
Lettre de M. de Stedingk au roi , sur un projet de forcer le détroit de Pumala 248
Lettre du roi à M. de Stedingk pour demander quelques renseignements sur les opérations de la guerre , il lui annonce un traité conclu entre la Prusse et la Pologne 252
Lettre de M. de Stedingk au roi , pour montrer la diffi culte des opérations dans le Savolax , qui était couvert de glaces encore le 15 avril 1790 264
Lettre du roi à M. de Stedingk , où il lui annonce que le corps d'armée sous ses ordres avait forcé le détroit de Kernakoski 256
Lettre du roi à M. de Stedingk , pour Tinstruire de ses opérations par terre , ainsi que de celles de la flotte sous les ordres de son frère le duc de Sudermanie. . 257
Lettre du roi pour complimenter M. de Stedingk de sa belle action de Pertimaeki , et lui conférer ime épée dlionneur 259
Lettre de M. de Stedingk an roi , en réponse à cette dernière 262
Lettre du roi à M. de Stedingk , contenant un ordre impératif d'avancer, coûte que coûte. 263
Lettre du roi à M. de Stedingk sur la manière de combi- ^^^;:^w les opérations par terre et par mer ; sur les af- ^''^'^^/ faires de France et M. de Lafayette 265
Lettre du roi à Bf . de Stedingk sur une affaire de cavalerie, tout près de Saint-Pétersbourg; le baron d'Armfeld est grièvement blessé à Sa vitaipal 269
Lettre de M. de Stedingk au roi , pour le féliciter d'avoir percé la flotte russe , avec celle sous ses ordres , qui avait été bloquée par celle de Tennemi dans le golfe de Yiborg 270
Lettre du roi à M. de Stedingk , pour lui annoncer la brillante victoire de Swensksund , où la flottille suédoise avait pris à rennemi trois cents officiers , six mille soldats et matelots , cinquante vaisseaux armés et dix-sept cents canons. Le roi avait été lui-même à bord de la flottille, sous les ordres de Pamiral baron de Stedingk , frère du maréchal , aussi distingué dans sa partie, que Pétait son frère Tll
Lettre de M. de Stedingk au roi pour le féliciter de cette victoire , qui mettait une fln glorieuse à la guerre contre la Russie 274
Lettre du roi à U. de Stedingk , où il lui offre Tambassade de Russie 279
Pares- Lettre de M. de Stedingk au roi , en réponse à la précédente, oui t accepte l'ambassade ?81
Lettre de M. de Stedingk au roi , pour annoncer son départ pour Saint-Pétersbourg, et sur les lettres de créance auprès de IMmpératrice Catherine 285
Dépêche de M. de Stedingk au roi , sur son voyage à Saint-Pétersbourg; fêtes que les généraux russes lui donnent en route ; arrivée à Saint-Pétersbourg ; conférence avec le comte d'Ostermann , ministre des affaires étrangères et le général signataire de la paix avec la Suède; audience auprès de l'impératrice; fêtes données , distribution de grâces pour célébrer la paix ; description de la cour de Catherine et de sa magnificence. . 4 289
Dépêche de M. de Stedingk au roi , sur l'impression pénible que Texécution du colonel finlandais Hestsko avait faite à Saint-Pétersbourg ; explication demandée si les autres conjurés d'Anjala seraient traités de même 308
Dépêche de M. de Stedingk au roi , sur la nomination de M. d'Igelstroem , comme ambassadeur en Suéde ; sur la magnificence de l'ambassade et les frais de son établissement. Alliance de l'Espagne avec la Suède pour soutenir le trône de France. . 312