CURT. V..STEDINGK
DU GOMTB m STSDINGK. 199
LETTRE DU ROI A II. DE STEDiNGK.
Au camp de Varali, le 2j juillet 1789.
LemajiH* Ënchjelm est arrivé hier, mon cher Stedipgk ^ et m'a apporté les bonnes et glorieuses noQvefies doot vous Taviez chargé pour moi : ce n'est donc plus le malheureux Stedingk qu'on ddt vous appeler, c'est le victorieux, etcelaà d' autant Ifclus juste titre, que vous êtes les premier, après le comte de Stenbock, qui enrichissez mon arsenal de trophées. Vous avez sauvé le Savolax, et vous avez imprimé à mes ennemis la terreur qu'ils avaient pco-tée dans nos provinces. Vous nommer major^général , après un exploit si bril-
2dO MÉMOIRES POSTHUMES
lant, c'est moins vous récompenser que vous mettre à même d'acquérir une nouvelle gloire. Si je n'ai pu répondre à vos deux lettres, c'est que j'ai été occupé ces jours-ci, et bien désagréablement. Depuis le succès brillant de mes affaires , et venant encore de reprendre Hoegfors , les fautes ou les malheurs étranges du général K.... auraient pensé me perdre avec toute l'arabe , sans la faute des ennemis et la promptitude de nos manœuvres. Je n'ai ni le temps , ni le cœur de vous en faire le détail, mais je vous l'enverrai. J'attends un renfort de Suède sous les ordres de Taube, et qui sera porté à 17,000 hommes d'infanterie, ainsi je ne m'inquiète pas infiniment de l'embarras survenu , pmsque je vais par Hoegfors pénétrer sans difficulté dans le pays ennemi , et je regarde même cette portion comme avantageuse dans ce moment , puisqu'elle occupe l'ennemi et vous laisse les bras libres.
Vous avez été trop bon et trop galant, peut-être, de rendre aux (Sciera russes leurs équipage que vous auriez pu partager à vos troupes. Les Russes n'en usent pas ainsi. Ils brûlent de gaieté de cœur les maisons des particuliers, ils tirent sur mes trompettes , et ils dévastent inutilement les payi^
DC €OMTH DE STeOiMÀK. 201
par où ils passent. Au reste , l'impératrice me refusant jusqu'au titre de roi, comme elle vient de le faire par le manifeste de M. de Mouskin, il me semble qu'il faut bannir ces galanteries des guerres de chevalier , et des Anglais contre les Français. Après cette sortie, je dirai pourtant que peut-être, à votre place , j'aurais fait comme vous. Si la galanterie n'eût pas été méritée de leur part, elleeût été digne de moi. Examinez bien les papiers du général Schultz; peut-être y trouverez vous beaucoup d'éclairpissements et de vérités , et mêm^ sur l'affaire de Hastfer. Eii attendant de l'argent de StocUiolm , je vous en enverrai de ma caisse particulière, dès qu'elle m'arrivera de Kymmenegard, où je l'avais fait transporter avec mes voitures. Adieu, mon cher Stedingk. Nous avons fait chanter le Te Beum pour votre victoûre , et elle va être célébrée dans toute la Suède.
202 MÉIMMIIKS POSTBUmiS
III I II i saa
LETTRE DU ROI A M. D£ ST^PINQI^
KymaieRegard , le 20 juillet 178^.
J'ai reçu votre lettre du 2& juillet. A )a manière dont vous y allez, je ne saurai bientôt quelles récompenses vous donner. Vous battrez les Busses plus facilement que vous ne leur apprendrez h vivre. Envoyez-moi une seconde liste pour vos officiers; j'ai perdu la première. Tous les renforts sont partis de Stockholm; il n'y a que le vent contraire qui les retarde. Je vous envoie de l'argent avec ce même courrier. Nous avons, l'ennemi et moi , chacun un bout du pont de Verele. Il faudra voir combien cela durera. Je vous en-
DU ÇOMTS »e &TBDINGK. M3
voie des jetons d'argent que j'ai fait frapper pour les distribuer aux soklato et aux l>a8 officiers qui ont fait quelque acte de vaJeur. Veuilles y mettiie beaucoup de sobriété, pour y attacher plus de prix* Lorsque, dorénavant, vous m'enverrez dtecow^ riers pour annoncer vos victoires, ayez soin, en même temps, de me mander si cea offî^rs se sont distingués eux-mêmes et s'ils ont nràrité la croix. J'ai été incertain làndessus & l'égard de celui que j'ai reçu. Je vous envoie copie de la relation (^icielle du général MichelsoQ, de l'af^ faire de Kyro. Elle fait honneur à nos troi^)es« Cette relation n'a pas été surprise et je l'ai reçue par la voie ordinaire.
Les choses en France vont de mal en pis. Les gardes françaises et même les gardes du corps , ont fait une déclaration dans le goût de celle que fit l'armée finoise . l'année dernière. On a cassé des gardes du corps. Le roi fait marcher toutes les troupes allemandes vers Paris et Versailles. Le maréchal de Broglie a été déclaré généralissime ; avec tout cela on ne sait pas quel parti le roi prendra. Tantôt il suit les avis des princes ou de 1^ reine , et tantôt ceux de M. de Necker. Le pis, dans ces occasions désespérées, est de ne
W^ MBMOtRBS POSTUOMBS
pas prendre de parti du tout, et c'est ee qui parait que te roi de France fera. Tout cela me fait de la peine. Quoiqu'on m'ait abandonné , moi le plus ancien allié de la France , à la merci de mes ranemis , je ne puis quitter l'habitude de m'intéresser à ce pays et à son roi. Un sentiment entretenu pendant quarante-trois ans ne s'efface pas si vite. Adieu, mon cher Stedingk. Croyez que quelques désagréments qu'il y ait dans votre situa^ tion , il est plus heureux de combattre et d'acquérir de la gloire en Savolax que d'être à t^aris dans ce moment.
DC COMTB DE &TBDIN6K. MS
LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK
KymmeDegard, le a août 1789.
J'ai donné des ordres pour vos munitions et pour tout ce que vous avez demandé au comte d'Ehrensvaerd. Ici tout est tranquille. J'attends à tout moment mon renfort de Suède. La France se bouleverse de plus en plus, M. deNecker exilé, M. de Breteuil , principal ministre et président du conseil des finances, le maréchal de Broglie , ministre de la guerre , le duc de Lavauguyon , ministre des affaires étrangères , et un nouveau contrôleur général dant j'ai oublié le nom obscur. Avec tout cela , une émeute affreuse à Paris , le
306 MteOlRES POSTHUlIliS
feu aux quatre coins de la ville , Tarsenal pitié et les armes entre les mains du peuple , le tocsin de Notre-Dame sonne sur les troupes du roi , les Allemands campent au Champ de Mars , livrant bataille dans la ville où il y a eu beaucoup de monde tué: voilà ce que nous apprenons aujourd'hui par la poste. Je ne sais ce qui s'est passé aux états généraux à Versailles ; c'était le moment du départ du courrier. Je crains bien qu'il n'y ait eu des scènes sanglantes , car les gardes françaises et même les gardes du corps sont démocrates.
Voilà ce qu'on fait dans la délicieuse France; voilà le fruit de la faiblesse et de l'irrésolution. Adieu, portez-vous bien! J'espère bientôt vous consoler par de bonnes nouvelles. En attendant , tenez le général Schultz cerné , et ne vous laissez pas effrayer par les cent mille rapports qu'on vous fera. Lorsque mes renforts seront arrivés , j'aurai 20,000 hommes de bonne et nouvelle infanterie.
DU GOfl^TK ra STWUfftK. W1
LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK
Kymmenegard , le 7 ao()t 1789.
N^ayant pas de nouvelles à vous mander d'ici , je puis au moins vous donner celles que je viens de recevoir de la victoire de mon frère sur la flotte russe, sortie de Cronstadt, qu'il a remportée, le 26 juillet, à 12 lieues sud-ouest de Fîle d'Oland. Il me mande qu'ayant signalé la flotte, le 25 juillet au matin, il l'avait vue se ranger en bataille , mais que le vent et le gros temps l'empêchèrent de l'attaquer. Il la vit toute la nuit jusqu'au lendemain 26 à une heure et demie , le duc
306 MéMOHIBS POSTHUMES
engagea la bataille avec son arrière-garde qui se trouvait à la hauteur de Tennemi , et après six heures de combat > et que quatre vaisseaux russes furent désemparés, le désordre se mit dans leur flotte, et elle prit la fuite. Mon frère la poursuit à toutes voiles. C'est en la poursuivant qu'il m'écrit, et finit par me faire espérer de plus grandes nouvelles. Sa lettre est datée « du vaisseau amiral Gustave III, chassant la flotte russe entre la Courlande et l'Oland. » Cette nouvelle est arrivée à Stockholm six heures après celle de votre victoire de Parkumaeki. J'apprends par un courrier de Hangoe , l'arrivée des galères et du premier transport de mes renforts de Suède. Puissiez-vous vous maintenir encore quinze jours, et tout prendra une face nouvelle. Vous ne sauriez croire l'effet que vos succès ont produit ici sur l'armée. Vous ferez chanter le Te Deum chez vous, comme je le ferai demain ici.
Je viens de réjouir le général suédois : Je vais affliger le colonel français attaché à la reine et à la France; rien de plus affreux que ce qui s'y est passé du 12 au 15 juillet: les Invalides forcés , le canon ef les armes- employés contre la Bastille: cette forteresse prise
hV COIÉTE i>E STEDINGÉ. 209
d'assaut, le gouverneur, M. de Launey, traîné par la populace à la place de Grève ^ décapité , sa tête portée en triomphe autour de la ville, le même traitement fait au prévôt des marchands, la formation d'une milice bourgeoise de 48,000 hommes, les gardes françaises et suisses réunis avec le peuple ; M. de Lafayette proclamé commandant général de la milice parisienne , les cocardes bleues et rouges arborées au lieu des blanches, les États déclarant les ministres du roi et les agents civils et militaires de l'autorité responsables à la nation ; le roi , enfin , seul , accompa-^ gné de Monsieur et du comte d'Artois , allant à pied, sans suite, au milieu de l'assemblée des États, faire presque amende honorable, et demander leurs secours pour apaiser les troubles ; voilà ce qui s'est passé , et voilà comment la fai-» blesse, l'incertitude et une imprudente violence vont renverser le trône de Louis XVI. Des lettreô de Hollande disent que Necker est rappelé. Je suis encore si affecté de ces nouvelles , que je crains que ma lettre né s'en ressente. Adieu , mon cher Stedingk. J'attends avec crainte et impatience de vos nouvelles; mais si vous avez des revers , souvenez-vous qu'après votre retraite de Saint-Mi- 1. u
210 MÉtfOlBES POSTHUMES
chel, vous avez battu les Russes à Parkumaeki ^ et que dans peu je vous dégagerai, pour la seconde fois, ce que j'espère pourtant n'avoir pas besoin de faire.
DU COMTE DE STEUlNGK. 211
LETTRE DE M. STEDîNGK AU ROI*
Afaolax.cc 18 août 17811.
SlRË,
J'avais donné ordre depuis huit jours au co^ ionel Gripenberg d'attaquer Pumala. Je croyais le moment favorable, puisque l'ennemi a eu l'imprudence de faire venir toutes ses galères ici. L'entreprise a manqué, mais elle est honorable et glorieuse. Nous avons fait des prisonniers, et enlevé deux obus de métal de huit livres aux en-^ nemis , avec tout leur attirail et munitions. J'en-* voie les deux relations de monsieur de Gripenberg en original, à Votre Majesté. La perte des
212 MiMOlBES POSTHUMES
ennemis doit être considérable, mais leurs ressources le sont aussi. Nous avons déjà détruit au delà de quatre mille hommes des troupes ennemies dans cette campagne, tués, blessés et prisonniers, et nous les voyons toujours remplacés par un nombre plus considérable. C'est la tête de rhydre. Ce n*est pas de même avec nous , nous nous affaiblissons tous les jours , même par nos succès.
Je suis, etc.
CoRT V. Stedingk.
DU COMTB DE STBDIKGK. 2t3
LETTRS DU ROI A M. DE STEDINGf^
Kymmenegurd , le 35 août 17S0.
Je ne dois pas vous laisser ignorer ce qui s'est passé ici. La flottille russe attaqua la mienne sous les ordres du comte d'Ehrensvaerd, hier, à dix heures du matin , et la bataille dura jusqu'à neuf heures du soir sans discontinuer. J'étais alternativement dans ma chaloupe, et sur un rocher qui couvrait notre aile droite, A sept heures Tescadre russe, venant d'Aspoe, et plus forte du double que la nôtre, était battue ; trois vaisseaux pris sous mes yeux, et le reste fuyant dans la plue grande confusion, — Les détroits qu'on avait
21 i MÉMOIEES POSTHUMES
fermés avec des bateaux coulés, devaient empêcher l'autre escadre ennemie d'avancer sur nous, mais vers ce temps elle eut l'adresse ou le bonheur de passer les endroits fermés. Nous n'avons plus de K^unitions, deux de nos vaisseaux ont donné sur des fonds, et il a fallu abandonner nos prises. La nuit a séparé les combattants. Ne pouvant ainsi avancer de ce côté, je vais porter à votre secours toutes les forces qui m' arrivent de Suède. Ainsi tenez-vous ferme. Le 14 septembre je serai chez vous avec plus de dix mille hommes d'infanterie ; je fais tous les arrangements nécessaires pour cela. Je vous demande le secret. Vous en sentez l'importance.
Que dites-vous des troubles affreux de Paris et de la France? Ce sont les proscriptions de Sylla. Voilà le baron de Besenval, le duc de Lavauguyon, et le prince de Lambesc entre les mains du peuple, et le vieux maréchal de Noailles massacré (ians son château.
DU COUTB DB STEDtNGK. SI 5
LETTRE OU ROI Â M. DE STEDINGK
Lovisa, !• 19 septembre 1789.
Je VOUS ai écrit avant-hier, mon cher Stedingk, il ne s*est rien passé depuis. Le prince de Nassau s'est avancé hier avec sa flottille, jusqu'à Kungshamn. La grande flotte russe est devant Porkala, et le baron d'Armfelt a débarqué aujourd'hui à Strômsby avec 8,000 hommes. Ma flottille sera prête à sortir mercredi. Je ne crains guère celle du prince de Nassau. La tempête affreuse qu'il fait, et qui, selon l'expérience dans ces parages, durera quelques jours, le rend inactif, quels que soient ses projets. Cependant ce mouvement me
816 mSMÛlBIîS POSTHUMES
fait croire que le détachement qu'on disait envoyé contre vous, ou n'est pas aussi considérable qu'on le supposait , ou n'existe pas du tout, et que c'est un faux bruit que l'ennemi a fait répandre pour nous dégarnir ici. En tout cas, veillez à n'être pas surpris , et défendez le pays le plus que vous pourrez , en attendant que dans peu je puisse tenter une diversion.
DC COMTR DR STBDIKGK. 217
LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK
Lovisa, le 3 octobre 1789.
Une indisposition qui m*a retenu au lit pendant deux jours, m'a empêché de répondre plus tôt à deux lettres que j'ai reçues de vous. Je vois avec plaisir, mon cher Stedingk , que vous vous maintenez encore dans votre poste. Je suis absolument de votre avis qu'il faut prendre vos quartiers de cantonnement, et même vos quartiers d'hiver, dans le pays ennemi. Je vous ordonne donc de vous en occuper, et de faire cantonner et hiverner vos troupes aussitôt que vous le croirez favorable. Votre aile droite sera renforcée par les brigades
218 MÉIfOIBES POSTHUMES
Dalécarlienne et Vermlandaise , dès qu'elles pourront quitter les rives d'Ingo et de Baresund qu'elles défendent contre les Russes , qui voulaient y faire des descentes pour brûler nos vaisseaux de transport. J'espère vous retrouver bientôt en bonne santé et en bonne humeur, et vous assurer de bouche , combien je suis votre affectionné ami.
pu COMTR DE STEDINGK. 219
LETTRE DE M. DE STEDÏNGK AU ROI
Aholax, ce 10 octobre 17^9.
Sire,
M. Remskj Korsakoff, pour son coup d'essai a fait un coup de maître. La surprise que je craignais tant , vu la composition des troupes sous mes ordres , a eu lieu hier à deux heures après dtner , par un temps clair et superbe. L'ennemi qui n'avait pas bougé depuis quinze jours, commença par jeter des bombes vers midi, pour faire baisser la tête à nos sentinelles , en quoi il réussit parfaitement. Deux cents hommes étaient de garde aux batteries sur tout le front de Laita Silda , et un ba-^
390 MEMOIRES POSTBUMES
tailïon du régiment de Bjorneborg campait à 250 pas des batteries de la gauche où se fît l'attaque. A la droite deux cents chasseurs étaient baraqués. J'avais été aux batteries un peu avant les deux heures^ et trouvant peu d'officiers au bataillon de Bjorneborg , qui par sui^croît étaient presque tous des enfants, j'en fus alarmé, et j'allai à toute bride au camp du régiment de Bjorneborg , qui était campé à un demi-quart de lieue de là , pour lui faire prendre les armes , de même qu'au régiment d'Osterbothnie. Les coups de fusil commençaient au même instant, et déjà la batterie de la gauche était emportée , où il y avait trois canons , deux de trois et un de six livres qui enfilaient le port. Cette expédition avait été faite par cinquante chasseurs en deux bateaux, qui abordèrent sur le flanc gauche de la batterie et grimpèrent la hauteur rude et escarpée sur laquelle elle est assise, La garde qui devait en défendre l'approche lâcha le pied, et on ne tira pas \xn coup de canon de la batterie. Les ennemis tournèrent aussitôt un pont qu'ils avaient construit à la sourdine , et passant dans le plus bel ordre bordèrent toute la hauteur de la gauche , et se sprvirent contre nous de notre propre canon. Les
batteries de la droite, qui prenaient l'ennemi en flanc et en revers au passage du pont , et au bas de la montagne de la gauche jouèrent pendant quelque temps, mais voyant l'ennemi passer en foule , nonobstant leur feu , et étant fort incommodé par le feu supérieur des batteries ennemies, l'officier retira le canon et le mit à couvert. Tout paraissait perdu. L'ennemi fit la faute de ne pas profiter assez de ses premiers succès. Les troupes arrivèrent au trot et chargèrent l'ennemi à la débandade avec la baïonnette en poussant de grands cris. Nous reprîmes la hauteur de la gauche et nos batteries. L'ennemi prit la fuite, et nous reprîmes nos canons sous le feu de vingt pièces de canon à bout portant. Les ennemis ont laissé trois cents hommes sur la place, dont quinze officiers. Les ennemis ont eu beaucoup de monde de blessé , à en juger par les gémissements que nous avons entendus toute la nuit, et par le nombre de chariots qui allèrent entre Nyslott et Laita Silda.
Je suis, etc.
CuRT V. Stedingk.
LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK
Ixkvisa, \e 14 oetobre 1769*
Je viens, mon cher Stedingk, de recevoir votre lettre du 10 ; je me hâte de vous renvoyer le courrier et je pars pour vous rencontrer demain. J'ai ordonné au bataillon d'Ionkoping de marcher à St-Michel, afin que celui d'Elfsborg puisse vous renforcer. Le pont d'Anjala ayant été rompu par nous, et les Russes s'étant retirés de ce poste , j'ai pu détacher ces troupes du comte de Meyerfelt , mais il ne pourra être à St-Michel que le 29 de ce mois, ayant dix-huit lieues de marche à faire et des chevaux harassés. Je suis bien aise que vous ayez
repoussé Tennemi , et je souhaite fort que vous mettiez tous vos soins à vous maintenir dans son pays. J'ai lieu de croire que la saison mettra fin aux projets du S' Korsakov , qui , je crois , est frère d'un des anciens favoris de l'impératrice. Comme les gelées commencent, j'espère qu'il ne pourra rien effectuer davantage. Il est assez extraordinaire que les Russes aient surpris une batterie en plein jour, et qu'ils l'aient attaquée à une heure où tout est en vue. Voilà comme ils firent leur attaque sur Hervekoski. Cependant vous avez eu la gloire de les repousser ; ne vous arrêtez pas en si beau chemin, et soutenez la besogne jusqu'au bout, comme je le ferai de mon côté. Je suis persuadé qu'en soutenant encore une campagne, la paix sera avantageuse comme elle l'eût été sans cette malheureuse bataille du 24. J'espère avoir bientôt le plaisir de vous voir et de vous assurer de bouche de, mon amitié. -
224 UÉMOlRES I^OSTIltTMCS
LETTRE DE M« DE STEDINGK AU ROI
Pardala^ ce 10 décembre 1780.
Il vientde m' arriver un revenant de Pétèrsboui^; ce M. Kobin qui avait été blessé et fait prisonnier à l'affaire de Parkumaeki, a été relâché sur sa parole de ne point servir , pendant cette guerre , contre la Russie ou contre ses alliés. Il doit cette faveur au comte d'Osterman et au prince de Nassau, qui l'a chargé, de même que la princesse Fée , d'aller me trouver et de me dire bien des belles choses de leur part ; ce prince est en grande faveur à Pétersbourg depuis l'affaire du 24 août.
DU COMTE DB STE0iNGK. 325
Tous les soldats et matelots qui ont assisté à cette affaire ont eu une médaille de la grandeur d'une pièce de 82 schellings, qu'ils portent à la boutonnière avec un ruban rayé jaune et noir. L'impératrice est prodigue de récompenses envers les officiers et les troupes qui servent contre l'armée de Votre Majesté ; les moindres actions sont récompensées comme de grands faits d'armes, de manière que cela donne beaucoup de jalousie à l'armée qui sert contre les Turcs, qui n'est pas si bien traitée , quoique commandée par le favori. Il n'est question à Pétersbourg que de grand armements; on veut frapper de grands coups la campagne prochaine en Finlande, pour terminer une guerre qui comnaence à leur peser. On fait revenir une division de l'armée qui sert contre les Turcs , qu'on regarde comme aux abois ; mais on dit en même temps que la peste , qui fait de grands ravages dans l'armée turque, empêche toute opération ultérieure de ce Côté-là tant qu'elle dure. On soupire tout bas après la paix; mais on ne croit pas Votre Majesté disposée à la faire dans l'espéfance d'entraîner la Prusse en cette guerre , ce qu'on redoute fort. L'argent est rare à Pétersbourg et ne s'obtient qu'en payant un agio considérable-
mais les billets de banque circulent en abondance, et, malgré la cherté des vivres et des marchandises, le luxe va son tradn. Une nouvelle conscription dans tout l'empire doit produire quatre-vingt mille recrues pour le mois de janvier prochain. Il n'a pas été question de la moindre révolution à Pétersbourg. Le peuple y est dans l'ivresse des succès de l'invincible Catherine contre les Turcs. L'impératrice a été indisposée pendant quelque temps, et ne quitte guère son appartement. La grande duchesse attire sur elle les regards du public, et se voit appelée à la succession par les voeux secrets de l'armée et des grands de l'empire. Les troupes qui ont filé vers Pétersbourg ont été mises dans des quartiers d'hiver commodes et fort étendus même jusqu'à dix lieues au delà de Pétersbourg. De ce nombre est un beau' régiment de cavalerie qu'ltobin y a vu passer ; les gardes qui sont revenus avec l'escadre du prince de Nassau , sont fort amaigris et fort blêmes de leur campagnCt composésd' ailleurs d'hommes faibles et de recrues* Ce bulletin qui n'est pas encore fini vient d'être interrompu de la manière du monde la plus agréable ; un extra-poste m'apporte la lettre de Votre Majesté du 25 novembre. C'est la première que
j'ai reçue depuis son départ du Savolax, et elle m'a fait plaisir comme si c'était la première que j'avais reçue d'elle de ma vie. Je ne sais ce que je dois y admirer le plus, ou la bonté de Votre Majesté, ou la justesse de ses raisonnements, ou le charme de son éloquence.
Sans doute. Sire, il est glorieux de vivre dans l'histoire , et en s' attachant sur les pas de Votre Majesté, on peut espérer de passer à la postérité, comme la bordure d'un beau tableau qu'elle enserre; mais de même que les grands exploits ^ l'histoire expose les grands revers , et un jour a souvent terni cinquante années de gloire ; il suffit à la mienne que Votre Majesté soit contente de moi. L'éloge de la bouche d'un grand homme fait taire l'envie et les détracteurs , c'est le quos ego de Neptune.
Je suis occupé en ce momei>t à passer les troupes en revue. Le temps ne permet pas encore de penser à Pumala.
Je suis, etc.
CuKT V. Stedingk.
228 MÉMOIRES POSTHUMFS
LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI
Pardala, ce 18 décembre 1789.
Sire,
M . de Jaegerhorn est gros de projets, il veut que je les appuie auprès de Votre Majesté à laquelle il m'a dit les avoir envoyés dès le mois d'octobre. Je me souviens de Descartes qui ne demandait que de la matière et du vide , pour créer un inonde. Le grand art à la guerre consiste à saisir les occasions , il faut toujours être prêt à tout et la lance en arrêt , comme on nous peint les preux chevaliers de jadis dans les carrefours ou sur les pontslevis de leurs châteaux. Votre Majesté connaît trop
bien son armée , retendue des quartiers qu'elle occupe, pour croire à la célérité, le secret, la combinaison des moyens , le concours de toutes les parties que demande un projet de la nature de celui de Jaegerhom.
Je suis revenu malade de St-Michel, où j'ai passé le régiment de lonkoeping en revue ; mais comme je n'ai ni médecin ni remèdes, j'espère guérir bientôt
Je suis, etc,
290 MBlfOmS POSTHUMES
LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI
Sakit-Michel, ce 10 février 1790.
Sirs,
M. de Jaegerhorn est arrivé ici le 5 et m'a remis la lettre que Votre Majesté m'a fait la grâce de m'écrire le 20 janvier. Je vous proteste , Sire , que je suis sans rancune envers qui que ce soit. Mon cœur n'est point fait pour haïr. Si j'ai eu des ennemis, Votre Majesté m'a prouvé qu'ils n'ont pas pu me nuire auprès d'elle. Cest une obligation que* je leur ai , et qui sert bien Votre Majesté est sûr de ma reconnaissance et de mon amitié.
Il faut tenter la fortune à la guerre, sans s'y
DU COMTE DE STBDlNGlt. Î3t
abandonner , et ne pas se livrer tellement à un projet qu'on ne puisse pas en prendre un autre. Celui de Votre Majesté est si^e et bien conçu ; Wilmanstrand est un point central pour les ennemis , Il n'y a que des raisons majeures qui Toni pu faire négliger par les généraux de Votre Majesté.
Il ne Ta jamais été par les ennemis; si Ton s'en empare, cela sera beaucoup de gagné ; si on le manque il faut eq>érer qu'on pourra se soutenir au delà des défilés qui sont bien difficiles à franchir pen- ' dant l'été; mais Votre Majesté est trop clairvoyante pour ne pas voir tout ce qui peut déranger une sur-prise de cette nature faite de si loin (car il y a huit lieues d'ici ^) dans un pays et dans un climat conmie celui-'ci. J'en demande pardon auxm&nesdes grands rois que Votre Majesté me cite , mais aucun d'eux n'a rien fait d'aussi hardi , cela n'en est que plus tentant; cependant une chute de neige , un déserteur instruit, une indiscrétion parmi dix ou douze personnes qui soïit dans le secret , un froid de 32 degrés, comme nous en avons quelquefois^ peuvent tout gâter.
* Vingt-quatre lieues de France.
uteonES posTHcms
Là plus grande difficulté qui se trouve aux opérations d'hiver en ce pays-ci, c'est le manque de villages et de maisons , et Textrême besoin qu'on en a.
Quoi qu'il arrive , la présence de Votre Majesté lèvera des obstacles, et nous fera tenter l'impossible. Tout ce dont je la supplie très-humblement, c'est de ne point regarder la surprise de Wilmanstrand comme assurée , et de ne pas trop compter sur la fortune et sur la faiblesse des ennemis. C'est le propre des grands hommes de croire tout possible ; l'ardeur de Gustave-Adolphe avait besoin d'être tempérée par la glace de son chancelier , et il est aussi agréable de gagner plus qu'on n'a compté, que le contraire est fâcheux.
On dit, Sire, qu'on va rayer du tableau tous les officiers français qui ne rejoignent pas leur corps au mois de mars prochain. Si ce malheur m'arrive, je perdrai 18,000 francs de revenu, et le fruit de vingt années de service. Il n'y a rien , Sire, que je ne consente à perdre pour un maître chéri, mais au moment de perdre mon existence en France, mon cœur gémit; j'étais fier du titre de Français que j'avais acquis , en l'unissant à celui de Suédois; faut-il donc que ce ne sdt plus une
même chose 1 Et vous-même, Sire, n'y a-t-il plus rira dans votre cœur qui plaide pour cette belle France, quoiqu'elle ait à présent le transport au cerveau; hélas, je Taime encore assez pour aller me noyer avec elle, si mon devoir et] mon attachement pour Votre Majesté ne me retenaient aux lieux où je suis.
Je suis, etc.
CuRT V. Stbdingk.
2a<^ MéMOfRUS POSTHUMES
LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK
Stockholm , ce 2 mars 1790.
Je vois par vos lettres et les rapports du comte de Hamilton , que les ennemis se renforcent du côté de Pumala. Je ne crois pas que c'est crainte de notre attaque, mais que c'est de ce côté-là que la campagne doit s'ouvrir, quoique je doute qu'ils pensent à la commencer avant le départ des neiges et des glaces, d'autant plus que, selon les avis de Pétersbourg , les commandements des armées viennent d'être décidés. Le comte de Soltikoff, que vous avez connu à Spa, commandera contre nous, ayant sous ses ordres le prince d'Anhalt Bern-
DU COMTE DE STiOMNGK.
bourg et le général Igelstrom. Le prince de Nassau commande la flottille, ayant avec lui un corps de troupes séparé sous le général Numsen, et tout cela indépendant de M. de Spltikoff. Vous jugez combien un commandement ainsi séparé doit nuire au succès des opérations. De là je présume aussi que Soltikoff agira vers le Savolax et ses cantons , et que le prince de Nassau suivra la côte. Mais les généraux qui doivent commander, sont encore h Tarmée du prince Potemkin ; ainsi il leur faudra du temps pour venir, et Tarmada du prince de Nassau ne pourra agir avant la belle saison. Si l'ennemi se renforce de votre côté, c'est donc apparemment pour être plus sûr de Pumala ; ou si les mouvements qu'on dit qu'il a faits , et qui l'ont éloigné de Kymmene sont vrais, il parait que c'est pour tirer ses troupes plus près de Pétersbourg , afin d'être à portée d'en détacher en liivonie, où les mouvements du roi de Prusse donnent de l'inquiétude. D'ailleurs ils n'auront pas de renfort, le prince Potemkin ayant non-seulement refusé de détacher un seul régiment de son armée , mais demandant encore de nouveaux secours pour lui-même.
Toutes CCS considérations , et encore d'autres^
236 MJBIlOiRBS POSTHUMES
que je ne puis vous communiquer en ce moment, m'affermissent dans la résolution de précipiter l'ouverture de la campagne , et de prévenir, par une attaque brusque, le rassemblement des forces ennemies. Je vous exhorte donc & mettre tous vos soins à cet objet; comme il y a eu un peu de contradiction dans les rapports de Savolax et de Borgo , j'envoie le baron Otto de Wrede pour m'édaircif entièrement. J'espère qu'il me rapportera des connaissances parfaites de tout, fibres lesquelles je volerai pour vous joindre. Les affaires de l'Empereur s'embrouillent de plus en plus, et celles de la France vont encore plus mal. On a encore fait faire à ce pauvre roi une démarche fausse et honteuse, qui ne le délivrera pas plus de sa prison, et qui achève de lui faire perdre le peu de considération dont il jouissait parmi le petit nombre de partisans qui lui restait, et qui Ta totalement abandonné. Je gémis comme vous sur le sort de cette pauvre France , et je vous assure que mes anciens sentiments Jie sont pas éteints mais je les conserve au roi de France, à la France et non pas plus au roi des Français qu'à l'assem blée démagogue du soi-disant peuple fran^iais, qui n'est qu'un peuple de cannibales. Pour ce qui
D0 GOMTB DB STBDINCFK. 237
VOUS regarde personnellennient dans ce pays, vous n*avez encore rien à craindre de votre absence ; ce qu'on vous a écrit n*est pas vrai. On n'a encore rien statué sur les régiments allemands , et j'écris à mon ambassadeur de veiller à vos intérêts pendant que vous veillez aux miens. Mais quand même ces régiments ne seraient pas supprimés, il faudra vous attendre à un long retard de payement , les finances étant dans le plus affreux désordre. Vous vous plaignez de n'avoir pas eu part de mes desseins, lorsque j'eus le plaisir de vous voir cet automne ; mais le plan n'a été formé qu'après mon retour à Borgo, et il était nécessaire de concentrer la formation des magasins dans un seul endroit, pour que les prix ne fussent pas enchéris par plus de concurrents. Le faible hiver que nous avons eu a sans doute retardé les transports, et c'est l'article des foins qui est le plus embarrassant. Ne peut-on pas nourrir les chevaux en Savolax avec du blé ; comme les Iswoïschiki russes nourrissent les leurs à Pétersbourg ? Vous savez sans doute la nK>rt du sénateur Stockenstroem ; il avait quatre-vingt-douze ans. Les prisonniers de Fredrikshof vont bientôt être jugés; à vue de pays , Haestsko paraît le plus coupable , et Hast-
9S8 MéMOIRBS POSTHUMES
fer le plus déshonoré. Le baroo de Taube est toujours (ort mal de sa contusion. Je vais m'informer de la vacance que vous me demandez pour votre chirurgien.
DU COMTB PB STBDiraK. 339
LETTRE DE M. DE STEDIUGK AU ROI
Salni-Michel , ce K) mars 1788.
Sire ,
L'arrivée du baron de Wrede était, pour moi, ce qu'est Tapparition d'un saint pour un pauvre ermite dans les déserts , une communication avec tout ce qu'il aime et qu'il révère. Votre Majesté , quoique dans un grand éloignement , juge à merveille des événements de ce cBnton*<;i. L'ennemi n'a pas eu le dessein de nous attaquer du côté de Pumala , et, après y avoir rassemblé beaucoup de troupes et s'y être morfondu quelque temps, étant entassé d'une étrange manière , il en a fait filer
âbO MÉMOIRES POSTHUMES
une partie au delà du Voxen, ou pour Pétersbourg, ou pour faire la navette, et le reste, qui, d's^rès mon calcul , ne fait pas deux mille hommes , est à Pumala et aux environs. Dieu veuille que le roi de Prusse, qui est autant intéressé à cette guerre que qui que ce soit , veuille un peu moins aimer ses maîtresses, son repos et son trésor, qu'il se décide à prendre le parti que l'intérêt et l'honneur lui dictent. En tous les cas, le dessein de Votre Majesté de prévenir les ennemis et d'ouvrir la campagne avant le départ des glaces , est conforme à ses véritables intérêts. Le baron de Wrede lui dira ce qui a été fait ici pour remplir les vues de Votre Majesté. Toutes les troupes destinées pour l'expédition seront rendues à Kanyasniami et aux environs, le 21 de ce mois. Nos magasins sont fournis pour environ trois mois ; il y a même un peu de fourrage. J'ai pris un airangement qui bous procurera des chevaux de trait, sans que nous ayons à les nourrir jusqu'à ce qu'on s'en serve. Nous pouvons même conapter un peu sur les m^asins des ennemis , si l'entreprise réussit. Le moment de son exécution dépend du temps qu'il fera, c'està-dire du hasard. Jusqu'à présent, il n'y a eu rien de perdu. Il est tombé plus de neige ces derniers
DU COÎMITE 1)E STEBINÛK. 24l
quinze jours que pendant tout Thiver, ce qui rend Tentreprise impossible pour le moment.. Cela peut changer dans huit jours, plus tôt plus tard, mais, ce que je me fais fort d'assurer, c'est que les glaces, qui sont d'une épaisseur extraordinaire cette année , porteront jusque vers la fin d'avril. Nous avons toute glace d'ici là où nous voulons aller. M. de Wrede m'a fait entendre que la présence de Votre Majesté était nécessaire à Stockholm. Elle l'est partout, s'il m'est permis. Sire, de dire mon avis. Je prendrai la liberté de conseiller à Votre Majesté de ne partir de Stockholm que pour pouvoir être rendu ici vers le 20 ou 25 d'avril, de donner ses ordres à celui qu'elle voudra charger de la tentative projetée de se rendre sur les lieux ici, et de saisir le premier moment favorable pour l'exécuter ; si elle réussit il faut qu'au même moment l'armée du Kymenne pénètre dans le pays ennemi , et s'approche de Wilmanstrand en ne laissant qu'un corps d'observation du côtéd'Abborforsspour couvrir le Nyland. Si elle manque, ou l'officier chargé de l'entreprise sur Wilmanstrand pourra se maintenir au delà des défilés aux environs de Savitaipal, et en ce cas il faut encore que l'armée du Kymenne l'appuie et le seconde, ou s'il
âV2 MÉMOIRES POSTHUMES
est obligé de se retirer d'où il est venu , Tarmée restera dans ses quartiers. M. de Jaegerhom croit que, Wilmanstrandpris, Pumala sera évacué, cela ne me paraît pas démontré. Il resterait toujours aux ennemis tout le pays entre le Saimen, le Vuoxen, le Ladoga, et le Puruvesi ; c'est plus qu'il ne faut pour se soutenir, quand même on ferait une diversion du côté de Sordevalla , par la Garélie: en tous les cas , jusqu'à la prise de Pumala , il faut laisser des troupes pour contenir l'ennemi à Pumala et à Nyslott. J'attends les ordres de Votre Majesté, et je mettrai mon bonheur à les bien exécuter.
DU COMTE M STEflINaK. âV3
LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGK
Bor^ro, le 3 avril il^O,
Je suis arrivé ici, mon cher Stedingk, hier au soir, et je compte aller vous voir mardi où mercredi. J'espère vous trouver en bonne santé et les glaces sûres , comme vous m'en avez répondu , jusqu*au 2à avril. Bad|nage à part , je veux voir par moi-même si nous ne pourrons pas déloger ces maudits Moscovites de Pumala. Les arrangements sont pris pour faire une campagne vigoureuse. Comme le baron d'Armfelt sera probablement arrivé, vous appren-
9kk llfiMOlRES POSTHUMES
drez de lui les bonnes nouvelles que nous avons de Gonstantinople. Je n'ose les confier au pa^ pier. Je vous prie de ne pas douter de mes sentiments.
DU COHTB DB STEIHICGK. 245
LETTRE DE M. DE STEDINCK AU ROI
Pçrtlm^kl , ce $ ajrril 1790.
Sire y
La lettre de change que Votre Majesté m'a fait la grâce de tirer sur moi est bien loin d'être acquittée , et ne le sera vraisemblablement jamais. De la manière qu'elle y va plie ne laissera rien à faire à ses généraux, mais l'ennemi a fourni au petit nombre des troupes de Votre Majesté qui sont ici, une occasion de signaler leur valeur et aux officiers de se couvrir de gloire.
Je dois avant tout demander très-humblement pardon h Votre Majesté , d'avoir voulu entrepren-
dre une chose qui n'était pas fort raisonnable et très-hasardée , mais l'envie de ne pas rester les bras croisés pendant que d'autres se distinguaient, peut-être aussi la crainte de m'exposer à la critique si je ne mè battais pas lorsque d'autres se battent, me fit donner au hasard plus qu'il n'était de mon devoir de le faire ; mais l'ennemi , Sire, m'a épargné ce tort en venant m'attaquer, à deux heures ce matin, Cette position est , comme Votre Majesté sait, très-mauvaise, trop étendue pour une petite troupe, embarrassée de mauvais retranchements qui ressemblent aux murs chinois, et qui nous ont fait un mal horrible quand il a fallu en déloger l'ennemi qui s'y était niché. La suite' de tout cela fut qu'avant une demi-heure nous fûmes entièrement cernésr par les ennemis , et exposés à tout leur feu. Il semblait qu'ils craignaient que quelqu'un de nous ne leur échappât ; mais l'intrépidité et le courage des officiers et de la troupe fit avorter ces projets.
Enfin , Sire , je suis flatté au delà de toute expression, de l'honneur de commander à de si braves gens, et, pour leur rendre justice, j'en devrais nommer un grand nombre à Votre Majesté. Je ne dois pas, cependant, passer sous si-
lence , ni le colonel d'Aminoff , mon second ici , ni r honnête Adlercreutz, qui est toujours de toutes les fêtes *. Grâces à ces messieurs , Votre Majesté conserve encore ce poste, et après quatre heures de combat acharné l'ennemi a été repoussé avec perte et poursuivi. Malheureusement, Sire , il y en a eu deux cents de tués , parmi lesquels douze officiers. Le jeune Konou , qui aura l'honneur de remettre cette lettre à Votre Majesté , est venu de si bonne grâce me donner le conseil, pendant l'action , de charger l'ennemi avec la baïonnette de tous les côtés, que je lui ai promis sur-le-diamp qu'il porterait la nouvelle de cette journée à Votre Majesté.
J'aurais besoin. Sire, de quelques médailles pour mes bas officiers et soldats. Votre Majesté n'oubliera pas les officiers, j'en suis sûr. Il ne manque à ces braves gens que l'honneur de combattre sous les yeux de leur bon maître.
Je suis , etc.
CuRT v. Stbihngk.
* C'est le même Adlercreutz qui se distingua depuis par la belle défense de la Finlande, en 1808, qui fit la révolution de 1807» contre Gustave IV, qui prit part à la campagne de 1813 et 1814 comme chef d'ctal-major de la grande armée du \oid de TAlIcmagne, commandée par le prince royal de Suède.
2^8 MBMOIÉES POSTHUMES
LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROI
Pardala , ce 12 avril 1790.
Sire,
J'ai l'honneur d'envoyer à Votre Majesté, par le major d'Utfall, mes idées sur la manière d'attaquer Pumala. La prise de cet endroit me paraît de la plus grande conséquence pour les opérations de cette campagne en ces cantons-ci ; elle nous ouvre un bon chemin dans le pays ennemi , facilite toutes nos communications et intercepte celles des ennemis. La capture de tout le canon de ces chaloupes et de tout ce monde serait encore une très-bonne affaire. Je puis me trom-
per, Sire, et vous avez mille fois plus tf esprit que moi , mais il me semble que nous avons trop peu de forces pour les éparpiller ainsi. Au reste, Votre Majesté, comme tous les souverains du monde, est trompée souvent par les états qu'on lui présente, qui ne sont souvent qu'un ouvrage de l'imagination , et la réalité , si elle ne peut lui être agréable, lui reste cachée. C'est un reproche que je n'aurai jamais à me faire , à moins que je ne sois trompé le premier, ce qui peut m'arriver facilement.
CuRT V. Stbdingk.
250 BfBMOIRGS POSTHUMES
LETTRE DU ROI A M. DE STED1NGK.
Saint-ATIchel , le 13 avril 1790.
Je VOUS envoie ce courrier, mon cher Stedingk , pour démêler une obscurité que j*ai cru trouver dans vos deux dernières lettres, et décider de la résolution définitive à prendre. Vous me marquez par votre lettre d*hier, que dans quinze jours l'expédition pourra se faire sur Pumala, et par le plan que vous m'avez envoyé aujourd'hui , vous me marquez que l'affaire pourra se faire quatre jours après l'ordre reçu. Je souhaite donc de savoir si vous comptez les quatre jours après les quinze, ce qui ferait dix-neuf, qui nous mèneront
DU COMTE DE STEDWGK. 2ol
au 1" mai, ou si après quatre jours d'aujourd'hui vous pouvez attaquer, votre réponse décidera ma résolution définitive que je vous manderai par Utfall et Adlercreutz. Bonjour ! j'attends votre réponse pour régler ma marche.
252 MÉMOIRBS POSTHUMES
LETTRE DU Wl A M. DE STEQINGK.
SaintrMichel , le 14 avril 1700.
Après votre lettre reçue , j*ai pris mon parti , qui est motivé surtout par là nécessité de me rendre la semaine prochaine à Sveaborg. Nous marchons cette nuit. Je vous remercie de la carte et de la note , qui nous seront d'un grand secours. Dajis six jours le baron d'Armfelt vous secondera pour votre attaque , ou plus tôt même , si vous le voulez ; nous ferons notre possible pour vous envoyer les pièces de douze , ainsi que des chirurgiens ; et pour des bandages , il doit s'en trouver à Uleaborg, d*oii vous pourrez les commander. Je
DU GOBfTB DE STEDINGK. 253
joins ici vos provisions pour le régiment de Gothembourg ; je souhaite que vous puissiez longtemps posséder ce régiment , et jouir du fruit des travaux que vous avez si courageusement soutenus. Le 15 mars , le traité entre la Prusse et la Pologne a été signé à Varsovie. Tout cela paraît préparer à la guerre. Adieu, mon chçr Stedingk, je vous souhaite mille succès, et sur ce, je prie Dieu , etc.
^i ll«IIOIRfiS PO&THCillSS
LKTTRE DE M. DR STEDINGK AU ROI
Pardala, ce 15 avril 17^0.
Sire >
J^ai eu Thonneur de recevoir la nuit dernière par M. d'Utfall, la lettre de Votre Majesté, du 14, et j'ai expédié sur-le-champ les ordres pour faire avancer les troupes àPertimaeki ; elles y arriveront le 20 au soir ou au plus tard le 21 , au matin : le 22 à la pointe du jour nous pouvons attaquer , si Vçtre Majesté l'ordonne et que le baron d'Armfelt avec 2,000 hommes puisse attaquer à temps de l'autre côté. J'avais ordonné aux troupes depuis longtemps de se pourvoir de clous afin de
pouvoir marcher sur la glace. Mais malgré toutes les recherches , les chefs n'ont pas^pu se procurer le peu de fer nécessaire pour cet usage , tant il est difficile de faire la guerre dans ces déserts , et pour cette vétille, il faut que je change peut-être tout mon plan d'attaque de ce côté-ci.
Je joins ici deux rapports de M. d'Aminoff, et j'attends avec une inquiétude extrême des nouvelles de l'entreprise sur Savitaipal , d'où dépend celle de Pumala. Je fais les vœux les plus ardents pour que la victoire suive partout les traces de Votre Majesté.
Je suis , etc.
Stebingk.
256 MBHOIBES POSTHUMES
LETTRE DU ROI A M. û£ STEDINGKi
Saint-Michel, le 16 avril 1790
Kaernakoski est pris avec deux canonsdebronze, et un grand butin ; peu de blessés , aucun de tué. Ce sont les Dalécarliens , TawastetVegesack, qui se sont distingués le plus. Adieu. A vous le dé.
WJ COMTE DB 6TBDINGK. &&7
USTTRE DU ROI A 91 DE STEDIMGK.
^rgo, le 7 mars 1790.
•Tattends , mon cher Stedingk , que vt)us nous payiez le service que nous vous rendîmes l'année passée. Les ennemis ont pénétré par Anjala, ayant surpris les batteries suédoises. Nous avons été forcé de quiter Valkiala, pour venir au secours du général Platen. Je me suis rendu ici pour monter sur la flottille qui est to'ute prête à sortir. Le général Pollet longeait hier la côte , il était à Keltis , et doit prendre les ennemis à dos. Votre bon ami le général Schultz avait pénétré par Hervekoski ; mais les Dalécarliens et le régiment
256 MÉMOIftES POSTHUMES
de la Reine mère, l'ont repoussé de l'autre côté de la rivière. Mon frère est sorti le 50 avec la grande flotte pour aller dans le golfe ; voilà où nous en sommes. Vous voyez que la fortune balance, et que Pharsale n'a pas encore décidé cette grande querelle. Je souhaite qu'Armfelt fasse une diversion ; si vous ne pouvez pas à l'instant pénétrer vous-même dans le pays ennemi , mettez-vous sur la défensive et augmentez de tout ce que vous pourrez le corps d'Armfelt, pour qu'il puisse nous dégager. Dès que le vent le permettra , j'en ferai de même avec la flotte. Le baron de Wrede et M. de Carpelan ont ordre de venir vous secourir avec leurs troupes. Au reste je suis sûr que vous aurez mille mauvaises nouvelles qu'il ne faut pas croire. Vous connaissez ce pays-ci , et j'espère que vous inspirez votre propre courage aux âmes incertaines. Adieu , mon cher Stedingk.
LETTRE DU ROI A M. DE STSDIVGiL
fiorgo y le 9 mal 1700.
Rien ne pouvait venir plus à propos pour me consoler dansmes contrariétés, mon cher Stedingk, que la nouvelle de vos succès. Vous avez vu par aia dernière lettre ce qui était arrivé à Anjaia , et que je croyais plus fâcheux que les suites ne Tout montré. Les Russes ne feront ^uère de progrès ultérieurs, et leurs plus grandes forces seront jetées sur leur flottille. Lorsque les troupes du prince de Nassau seront embarquées, il faudra bien que le général Igelstroem détache de son corps pour couvrir la frontière , et aussitôt que par
ce moyen , Armfelt se trouvera en cas d'agir , les ennemis seront obligés à le laisser faire ou à se dégarnir contre vous. En attendant , Faction du 4 au 5 vous fait un honneur infini , ainsi qu'à vos troupes. Je vous prie de me proposer les grâces que vous souhaitez , • et je vous envoie à vousmême une épée , que vous voudrez bien troquer contre une d'or , quand elle sera faite. Vous savez trop bien vous en servir contre l'ennemi, pour qu'un pareil présent ne soit pas bien placé entre vos mains. Puissiez-vous la porter longtemps pour mon service et votre gloire !
Le prince de Nassau a si bien persuadé à l'impératrice , qu'il nous écraserait sur mer , qu'on a négligé tout le reste. Cependant il n'aura en tout que 120 à 150 bâtiments, quand tout ce qu'on a construit à Viborg, Pétersbourg, Gronstadt et Revel sera rassemblé; j'en aurai 310 quand les miens seront réunis; il y en a ici 90, sur les lieux. L'escadre de Stockholm est déjà entre Hangoe et Helsingfors , celles de Gothembourg et de Stralsund sont sorties depuis longtemps et approchent.
Mon frère est sorti avec la grande flotte le 80 du mois dernier. Avec ces moyens j'espère tenir
DU COKTB Ml STBINUffiK. 361
tête à ma superbe ennemie. Vous aurez du renfort de la Garélie par M. de Garpelan , et j'espère que vous ne vous fâcherez pas de ce que je vous ai prié de renforcer Armfelt. 11 n'est pas bon de fâcher un vainqueur comme vous, surtout après avoir été obligé moi-même de repasser la rivière ; mais c'est la position d' Armfelt qui exige ce renfort, puisqu'il a déjà l'entrée ouverte dans le pays ennemi , au lieu que votre position vous empêche d'y pénétrer, ayant Pumala d'un côté, et Nyslott de l'autre. J'ai fait grâce à tous les officiers du régiment de Bjorneborg , impliqués dans l'affaire de la conjuration d'Anjala. Je vous envoie les croix et les épées avec des pouvoirs pour recevoir les chevaliers^ Adieu, mon cher Stedingk. Tout me dit que cette campagne sera vive et glorieuse, et qu'au bout nous ainrons la paix.
P. S« A propos : vous me demandez sérieusement pardon d'avoir voulu attaquer l'ennemi à forces inégaies. Mais savez-vous bien, mon cher Stedingk, que votre action du 4, et celledeKaernakoski du 30 , rendent cette excuse extrêmement superflue ?
2di mAmobibs wotnmmES
LETTRE DE M. DE STEDINGK AU ROL
PftrdaUr ce U mal 1709.
Sire,
Qu'il me soit permis, Sire, avant tout, de mettre aux pieds de Votre Majesté, Thommage de ma reconnaissance pour les grâces qu'elle vient de nous accorder à moi et aux officiers sous mei^ ordres. Cette épée, Sire , dont Votre Majesté vient de m'honorer , ne peut que me porter bonheur, et je prie le ciel qu'elle soit aussi redoutable aux ennemis de Votre Majesté, qu'elle sera toujours pour moi un gage précieux de ses bontés, et un signe heureux sous lequel j'espère de vaincre.
Je suis , etc.
.GuRT V» Stedinok.
DU COMTB Dfi STBOU96K. 263
LETTRE DU ROI A M. DE STEDINGIL
Sur l'ÂmphloQ , à i'ancre , à Pilkep^ss , prés de Viborg, le 28 mai 1790«
Après ma victoire du 15, je suis avancé jusqu'ici, et la grande flotte est sur mon aile droite. J'ai brûlé des magasins que les Russes avaient sur la côte , et fait sauter quinze pièces de 36 , qu'ils charriaient de Viborg à Frédrikshamn. Nous savons par les prisonniers que les ennemis se dégarnissent du côté de Savolax, pour tirer leurs troupes à Viborg , dont je ne suis éloigné que de 6 lieues. Je souhaite que vous poussiez du côté de Nyslott. Vous masquerez simplement la garnison , et vous vous avancerez sur Kexholm ou sur Viborg , pour vous réunir , et agir de concert avec
26% MÉMOIRES lN>StIl€M£8
le baron de Wrede. J'ose ajouter qu'il faut ici de la hardiesse , et non de la prudence. Laissez Pumala se morfondre ; marchez en avant avec ce que vous avez, et jetez les yeux sur la carte , voyez où je suis , jugez ce que je vais tenter , et calculez les embarras des ennemis. En un mot soyez un géné^ rai de Charles XII. Il y a des occasions où la té-* mérité même est une vraie prudence. Je suis peu éloigné de Viborg ; j'espère avancer encore. La grande flotte suédoise est sur mon aile droite entre Cronstadt et Hogland. Si vous n'avez pas à manger, il faut le chercher dans le pays ennemi. Adieu , mon cher Stedingk , marchez en avants
Dt COMTB DB STSDtNGfL. S65
LETTRE DU AOI A M. DE STEDINGK
Sur rAm|»hion ^ à la voUtf, entre PftkepaM « Viborg et BJorko« à 15 lieues de Salnt- PéterslMurg, le S Juin 1790.
L'histoire de votre courrier est plaisante , mon cher Stedingk ; j'avais répondu à tous , excepté au vôtre , comptant le renvoyer le lendemain. Il ne se trouvait qu'un bateau , et mes aides de camp jugèrent spirituellement, que tous étant venus ensemble , ils devaient s'en retourner de même , de manière qu'à mon réveil je ne trouvai plus perspnne , et ne pus ainsi vous répondre. Le comte de Mejerfelt a eu ordre d'envoyer la nouvelle de la bataille * à toutes les directions avec l'ordre pouf
* Bataille navale de Svenskaand.
266 MÉaiomBS rosmimBS
le Te Deum. Avec votre lettre j'en reçus une du , baron de Wrede qui me mande qu'il marche pour vous joindre. J'aurais mieux aimé qu'il eût pu inquiéter les Russes sur Sordawalla et Kexholm ; mais dans l'état actuel des choses , je suis trèscontent que vous l'envoyiez au baron d'Armfelt. En formant ainsi un grand corps, nous nous réunirons à la fin. Vous voyez par la date de celle-ci que je suis bien avancé, ayant toujours la grande • flotte à ma droite. Celle des Russes a paru me suivre, mais n'est forte que de dix-sept vaisseaux de ligne et de deux frégates. Celle du prince de Nassau est incognito. Nous ignorons si elle se cache à Viborg , à Cronstadt ou à Pétersbourg- Je vous suis bien obligé du renfort que vous avçz donné à Armfelt. C'est me renforcer moi-mêmç ,^ car s'il peut dégager le Kymmene,je pourrai transporter sur les galères , des détachements de la grande armée , qui me rendraient assez fort pour faire des descentes. Vous enverrez donc ordre au baron de Wrede de joindre Armfelt. On dit que Pumala est presque évacué. J'ai tellement inquiété les ennemis sur les côtes, qu'ils ont été obligés de les garnirdetroupespartout.Adieu,moncherStedingk. Je vous souhaite mille succès, et à nous tous la paix.
DC QOMTB 0B limBDlMQK. 967
Ce pauvre roi de France s'est mis pieds et poings liés entre les mains de M. de Lafayette, et vient de signer un écrit, par lequel il s'engage à suivre aveuglément toutes ses directions, à condition qu'il lui procurera quelques prérogatives fort peu importantes en comparaison de cellesdont on Ta dépouillé. C'est rendre véritablement M. de Lafayette maire du palais. Je vous envoie vingt médailles, pour les distribuer à vos bas oiTiciers et aux soldats. Je crains bien que ma lettre ne se ressente des fréquentes interruptions que j'ai été obligé d'y faire , pour observer à tout instant le mouvement des flottes.