A. DE BUDBERG
Saint-Pétersbourg, ce 23 octobre 1806.
DO COMTK BE STRBINGV. ait
DÉPÊCHE DE M. DE STU>INGK AU ROI
Le 35 octobre (d novembre) 1806.
La nouvelle désastreuse de la défaite des Prussiens , et des progrès rapides de Buonaparte a fait d'autant plus d'impression ici , qu'elle a été précédée de bruits de victoires et d'avantages décisifs , remportés sur l'armée française ; c'est un stratagème usité depuis quelque temps par les Français, de faire semer par leurs nombreux agents de ces nouvelles mensongères , dans l'intention d'égarer l'opinion et de rendre plus sensibles des revers auxquels on ne s'attendait point. Ceux-ci étaient une suite nécessaire de l'égarement et des résolutions tardives du cabinet de Berlin ,
et Votre Majesté aura daigné remarquer par mes II. le
:>iâ MEMOIRES POSTHUMES
très-humbles rapports, que je n'y ai pas été trompé. La suite en sera l'entière soumission de la Prusse et du reste de TAUemagne à la France , rien de ce qui peut soutenir ou relever une monarchie , ne se trouvant dans le conseil de Sa Majesté Prussienne. Au reste , je suis privé de toute nouvelle tant soit peu détaillée , de ce qui se passe sur le théâtre de la guerre. Nous n'avons paî^ même les gazettes , soit qu'on les retienne à la poste ou qu'elles ne soient pas arrivées ; on m'a dit même que le ministère de l'Empereur ni le comte de Gollz n*étaient guère mieux instruits. Ils doivent l'être en ce moment-ci , puisque le comte de Nesselrode est arrivé hier, envoyé par M. d'Alopœus.
Je crains beaucoup que les Français ne fassent une incursion dans la Poméramie suédoise , comme dans le Meeklembourg , pour mettre ces pays à contribution , et je regrette toujours ces 20,000 Russes et autant d'Anglais, qui auraient été si bien placés dans le nord de l'Allemagne, sous les ordres de Votre Majesté, et dont la Prusse a trouvé moyen de se défaire, d'une manière qu'elle croyait adroite, et que l'événement a bien prouvé ne l'avoir pas été»
DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AD ROI
Le 30 novembre (13 décembre) 1806.
Le commandeur de Maisonneuve , ministre de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem , m'a informé qu'il venait de recevoir, par un courrier, des lettres du Grand Maître , pour lui faire part de marques de bienveillance et des offres gracieuses que Votre Majesté avait fait faire à l'ordre , par son envoyé , M. Mathéus. Il m'a communiqué la lettre que le Grand Maître avait écrite à ce sujet, à Votre Majesté, et j'ai l'honneur d'en joindre ici une copie, en cas que l'original ne fût pas encore arrivé , M. Mathéus étant parti
MEMOIRES POSTBOMËS
de la Sicile pour rAngleterre sur une frégate anglaise.
LETTRE DU FRfiRE JOSEPH CA]flAGCIOLO AU ROI.|
Messine, U 5 septembre 1806.
La renommée publiait que Votre Majesté daignait s'occuper de l'ordre , c'était annoncer des bienfaits , lorsqu'est arrivé son envoyé dans notre résidence à Gatane.
Plein d'admiration pour tout ce qui émane de Votre Personne Royale, j'attendais impatiem*
ment à Messine , de connaître le résultat d'une mission qui honore à jamais le corps entier de notre chevalerie, et qui consacrera dans nos fastes la mémoire d'un monarque guerrier, religieux et hospitalier.
Peu de jours après cette annonce, est passé
ici M. l'envoyé de Mathéus , ayant eu la bonté de songer à moi , il a de suite comblé mes espérances et mes attentes par des détails , que je me suis permis de solliciter avec instance, et que j'ai recueillis avec émotion.
Sire , ayant eu l'honneur d'être désigné par l'ordre entier, pour occuper le trône magistral, je croirais négliger mes devoirs si , à la faveur de ma dignité de grand maître élu, je ne profitais de cette circonstance flatteuse , pour placer aux pieds du trône de Sa Majesté , en mon nom et à celui de tous les chevaliers qui m'entourent , notre respectueuse reconnaissance à sa générosité magnanime.
L'ordre n'oubliera jamais que parmi les obligations sans nombre dont il se plait à conserver le souvenir envers son grand maître Paul I*', de glorieuse mémoire , il lui doit entre autres l'honneur insigne de citer Votre Majesté parmi ses premiers dignitaires. Cette gloire et l'égide de notre très-auguste protecteur Alexandre régnant , nous présagent sans doute un avenir florissant. Puissions-nous, Sire, par notre zèle, par nos services, nous rendre utiles et agréables à tous les souverains qui daignent nous honorer de leur
intérêt ; puissions-nous en même temps réaliser nos vœux , en voyant, Sire , vos braves chevaliers se mêler aux nôtres, en s' associant à la bannière de la religion. Ce serait assurer de nouveau son lustre, et nous aurions l'espoir alors d'acquérir la bienveillance de votre maison régnante pour le présent et l'avenir.
Dans ces sentiments flatteurs , j'ai l'honneur de réclamer vos bontés et votre protection, en priant Votre Majesté de me permettre de lui offrir mon tribut d'admiration et celui du très-profond dévouement avec lequel j'ai l'honneur d'être, etc.
Le grand maître élu y Frère Joseph Car^cciolo.
A Sa Majesté le Roi de Suède.