S MÉMOIRES POSTHUMES
Du 30 novembre (12 décembre) 1806.
Les intentions généreuses de Votre Majesté , pour Tordre de Saint- Jean de Jérusalem , m'étant connues , les offres qu'elle a fait faire au grand maître n'ont eu rien dMnattendu pour moi; mais je n'ai jamais pu comprendre qui était ce M. Mattéus que Votre Majesté avait employé dans cette mission , et je soupçonne qu'il y a quelque erreur de fait ou de nom dans cette affaire. Je n'en ai rien marqué cependant au comm^ii^eur de Maisonneuve , qui a fait une communication officielle au ministère de l'Empereur , de toutes les propositions de M. Mathéus , sans en excepter celle d'un établissement pour l'ordre dans l'île de Gottland. Je saurai par la suite , la réponse que le commandeur aura reçue. La générosité de Votre Majesté contraste infiniment avec la parcimonie observée ici vis-à-vis Tordre et le grand maître. Celui-ci se trouvant fort à l'étroit, avait spUicité la levée de quelques deniers sur les fonds
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qui se trouvent en caisse à Pétersbourg pour le compte de Tordre , et qui se montent à 700,000 roubles. L'ordre n'ayant plus aucune existence politique , et lé siège de sa puissance étant tombé en des mains étrangères , il était prudent de ne pas laisser sortir cet argent du pays , et de le conserver pour des temps plus heureux ; mais il me paraît que c'est pousser la précaution trop loin de n'avoir accordé, comme on l'a fait, que 12,000 roubles , sur la requête du grimd maître.
Le comte de Haugwitz a été renvoyé , à la demande expresse de l'Empereur, dont le comte de de Tolstoy avait été chargé ; mais on n'est pas content ici qu'il n'a pas réussi jusqu'à présent à faire renvoyer aussi le jeune Lombard. Le général Pfuhl , dont le roi de Prusse est mécontent , parce qu'il a été un des signataires du mémoire qui a été présenté à Sa Majesté , en faveur de la guerre, entrera, à ce que l'on croit, au service de Russie, et l'Empçreur lui témoigne beaucoup de confiance. Il a fait un plan de campagne qui ^ été donné au feld-maréchal Kamensky.
Le 11 (2S) décembre 1800.
J'ai l'honneur de joindre ici la traduction de redit de l'Empereur, pour la formation de la milice. Les généraux des différentes divisions sont nommés , et j'espère de pouvoir m'en procurer les noms avant le départ du courrier. L'Empereur reçoit tous les jours de nouveaux témoignages du zèle qui anime tous les ordres de l'État pour la défense de la patrie. La ville de Moscou donne quinze mille chevaux pour le service de l'armée. Pétersbourg donne un million de roubles. On dit que le comte Alexis Orloff a offert un million et
demi. Ces exemples sont imités dans toutes les classes, et plus Tennemi avancera , et plus il aura d'obstacles à surmonter. On dit qu'un corps de quatre mille Français a passé la Yistule et occupé Thom , mais on ne croit pas que cela puisse tirer à conséquence.
DÉPÊCHE DE M. STEDINGK AU ROI
Le 18 (30) décembre 1000,
Les nouvelles de l'armée ne contiennent rien de remarquable , si ce n'est que les Français se fortifient à Thorn , et que toutes leurs forces se transportent vers la Vistule, Buonaparte n'entreprendra certainement rien avant d'avoir rassemblé tous ses moyens, et plus il tarde d'agir et plus ses efforts seront formidables et rapides. Il agirait contre les premiers principes de la guerre , s'il avançait dans un pays comme la Prusse et la Pologne , sans avoir assuré ses communications, et avoir établi ses
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points d'opérations et de défense le long de la Vistule,
i^54 MÉMOIBES POSTHUMES
DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU ROI
Saint-Pétersbourg, le 28 décembre 1806 (0 janvier 1807).
Le lieutenant Stiernfeld est revenu de Kœnigsberg hier soir, avec l'incluse du roi de Prusse pour Votre Majesté , et une lettre de lord Hutchinson , pour M. de Pierrepont , que je prends la liberté de joindre ici.
J'avais eu l'honneur de prévenir Votre Majesté que mon dernier très-humble rapport du 25 décembre (6 janvier) , sur la victoire des Russes , n'était rien moins qu'exact. Il vient d'en paraître enfin la relation ci-jointe. La principale affaire a eu lieu le 14, à Pultusk, au même endroit où Charles XII a défait les Saxons en 1703. Le gé-
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néral de Bennigsen s'est fait beaucoup^Whonneur en cette journée, et il paraît qu'il aété bien secondé par les généraux divisionnaires/ Il n'y en a qu'un, dont on ne dit pas le nom , qui a mal fait , prétendant ne pas pouvoir défendre un poste important avec 4,000 hommes qu'il avait à ses ordres. On y a envoyé un autre général , qui a maintenu ce poste , et on fera le procès à celui qui voulait l'abandonner. Après un pareil avantage , il est bien à regretter, que l'on n'ait pas pu en tirer un plus grand parti. Le général de Bennigsen a été obligé de se replier sur Ostroienka , faute de subsistance. Le feld maréchal Kamensky a trouvé la partie des vivres et des munitions si mal administrée, qu'il en a marqué hautement son mécontentement à l'Empereur. Il a voulu user des pleins pouvoirs qu'il avait reçus , mais il a trouvé une opposition à laquelle il ne s'attendait pas. II en a conçu de Thunaeur, et il en a donné , de manière qu'il va quitter le commandement de l'armée , ce que je regarde comme un véritable malheur. Ce général peut très-bien n'avoir pas toutes les qualités 'requises. Il a soixante-quinze ans et une descente qui l'empêche de se tenir longtemps à cheval , mais il a pour lui l'opinion générale de&
Russes , la confiance du soldat , une longue expérience, et une telle autorité, qu'il pouvait dire au grand-duc Constantin : « Vous n'irez pas à l'armée, » et à l'Empereur : « Si Votre Majesté vient à l'armée , ses officiers de cour et des parades y viendront avec elle , et tout sera perdu. » Ces vérités ne trouveront pas d'accès , quand il n'y sera plus. Aussi la cabale a-t-elle saisi toutes les occasions qui se sont présentées , pour se venger de la franchise de ce vieux militaire. On dit hautement qu'il est fou , et on en donne pour preuve , qu'il a envoyé des ordres à M. d'Araktschejeff , chef de l'artillerie , qui est ici , auprès de l'Empereur, de se rendre à l'armée. M. d'Araktschejeff a répondu qu'il était malade , et le feldmaréchal a écrit à l'Empereur, que cette maladie était de commande , que l'artillerie était dans le plus grand désordre , qu'il fallait lui donner un autre chef , ainsi qu'aux vivres , qui étaient mal administrés par le prince Wolkonsky. Ce prince est un bon homme , mais qui a bien peu de tête , pour une besogne comme celle dont il est chargé. En revanche , il a beaucoup de fortune et de protection. Il est proche parent du feld-marécbal SoltykoflFet du prince Wolkonsky, adjudant gêné-
rai de TEmpereur, Le grand maréchal de la cow, comte Tolstoy, et son frère le général , qui est placé comme général du jour, auprès du feldmaréchal Kamensky, le desservent tant qu'ils peuvent, et ils peuvent beaucoup, le premier surtout est dans la plus grande faveur. Il y est parvenu par des moyens opposés à ceux que l'on voit employer ordinairement , car au lieu de plier les genoux , il est roide et bourru , même avec son souverain. Son influence s'étend sur les plus
grandes affaires
Il va partager avec le prince Bagrathion, qui vient de partir d'ici , le commandement de l'armée du général Buxhôfden , que l'on renvoie à son gouvernement de Riga. De cette manière, toute l'armée se trouvera sous les ordres du général de Bennigsen , ce qui n'est pas un mauvais choix , mais il peut arriver facilement , que le grand-duc Constantin , qui est au désespoir de ne pas s'être trouvé à la dernière action , et qui ne sera plus retenu par le feld-maréchal , ée rende à l'armée. Dès ce moment, l'Empereur voudra y aller aussi et ce seront les comtes Tolstoy et leurs amis qui gouverneront tout. S'il arrive quelque malheur, quelque accident imprévu , on ne saUra ou donner