‹ Memoires posthumes du feldmarechal comte de StedingkChapitre 24 sur 38 · H36 MÉMOIRES POSTHUMES · texte numérisé non relu

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étroits. Cette note, qui ne changera rien à U situation des affaires , puisque TAngleterre ne peut pas se désister de son entreprise sans courir de grands risques , et sans exposer la Suède à de nouveaux dangers , est conçue en termes fort modérés , à ce que m'a dit lord Gower , et elle a été envoyée à Londres mercredi dernier. Dans une conférence qu'il a eue depuis avec le baron de Budberg , pour lui faire part des dépêches qu'il venait de recevoir par M. Scharp , il a trouvé que le ton de ce ministre s'était radouci beaucoup, et il n'a pas du tout été question du siège de Copenhague. Quelques jours avant, ayant demandé des explications sur certains articles du Traité de paix de Tilsit, et témoigné des inquiétudes sur des liaisons qui pourraient exister entre ce cabinet et celui de Saint-Cloud , au préjudice de sa cour , M. de Budberg lui répondit sèchement qu'il n'était pas autorisé de s'expliquer plus amplement à

ce sujet qu'il n'avait fait

Le courrier russe est

arrivé pendant que l'Empereur faisait sa promenade. M. Savary, qui en fut informé, se rendit sur-le-champ à Kamini-Ostrow , chez le comte Tolstoy, disant qu'il avait une.lettre à remettre à

r Empereur de la part de Buonaparte; et se trouvant là lorsque S. M. descendit de cheval , il obtint une audience dans laquelle les Anglais n'auront pas été ménagés.

Lord Gower m'avait écrit samedi passé que Stralsund avait capitulé le 17. Cette nouvelle lui était venue par M, Scharp , qui disait qu'un officier suédois, arrivé en courrier, l'avait apportée à l'amiral Gambier. J'en fus stupéfait , non que je ne m'attendisse à ce malheur, mais parce qu'il ne me disait rien de Votre Majesté. M'étant rendu en grande hâte chez l'ambassadeur , j'appris que Votre Majesté était dans l'île de Rugen avec la majeure partie de ses troupes, et je revins moins désolé, ayant craint un malheur encore plus grand.

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:te

DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU ROI

SalDt-Pétersbonrg , le 0 (18) septembre 1807.

Lord Gower envoyant un courrier aujourd'hui , j'en profite pour informer très-humblement V. M. que cet ambassadeur , après le refus du ministère russe de lui communiquer les articles secrets du traité de Tilsit , lui a déclaré que FAngleterre ne pouvait pas accepter la médiation de la Russie. Tant que le comte SoltikoiF avait eu les conférences , il y avait mis tant d'^honnêteté et de ménagement que lord Gower crut pendant quelques instants à la volonté de cette cour de conserver ses liaisons avec TAngleterre ; mais il n^en est pas de même depuis la nomination du comte Ro-

manzoff, qui a toujours été un antagoniste de r Angleterre, et qui a manifesté ces sentiments aussi souvent qu'il Ta pu. Aussi , tout ce qu'il y a de Français ici triomphe de ce changement conmie d'une victoire. Le comte Romanzoff avait ambitionné cette place depuis fort longtemps , mais ou ne croyait pas qu'elle pouvait jamais lui tomber en partage. Il ne s'y attendait pas lui-même , lorsque TEmpereur entra dans son cabinet avec le portefeuille , et le pria avec beaucoup d'instances et en l'embrassant , de vouloir bien s'en charger. Il se fit prier quelque temps , mais accepta enfin , sous condition de garder en même temps son département du commerce , dont tous les négociants voudraient le voir éloigné. Le portrait que j'ai fait de lui , dans ma très-humble dépêche précédente , (en était) est extrêmement flatté, et j'ai exagéré toute ses bonnes qualités, pour lui faire un compliment ; mais dans le vrai, il ne possède que les formes , et il manque de toutes les qualités essentielles que sa place exige. Il a fait beaucoup de protestations à l'ambassadeur d'Angleterre , sur le désir de S. M. l'Empereur de se maintenir en bonne intelligence avec l'Angleterre , et procurer à- cette puissance une paix avantageuse ; mais il lui a. fait connaître

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en même temps, non par écrit, maïs vei-balement , qu'il ne pouvait pas lui communiquer les articles secrets du traité de Tilsit. Cependant, le mystère qui les couvre se dévoile de plus en plus , et, s'il est vrai que la flotte russe transporte les Français du royaume de Naples , pour les mettre en possession de la république des Sept-Iles, c'est une lâcheté , et un abandon de tous ses principes politiques , que l'imagination a peine à attendre. Après cela il ne faudrait pas s^étonner si (on en vînt à faire cause commune avec la France contre la Suède. On en parle beaucoup dans le public et en particulier, et il est certain que les Français s'en vantent. On dit même qu'un courrier russe , envoyé en droiture à V, M. , est porteur d'une dépêche, pour lui demander de se déclarer contre l'Angleterre. Les officiers des gardes sont avertis sous main , qu'i/^ pourraient rentrer en campagne incessamment,' Tous les régiments qui étaient en Finlande y sont renvoyés en diligence avec quelque artillerie^ et on dit quun corps de 40,000 hommes y composé en partie de milice , va se rapprocher de ces cantons*. Ces indices seraient encore trop faibles

• L'on voit par celte dépêche qae Vambassadeor avait pré-

DU COMTB DE STfiDlNGK. 3^1'

pour cftuser de Talarme, si rinfluence qu'a gagnée M. de Savary sur l'esprit de l'Empereur ne faisait pas tout eraindre ; cette influence est au point que Sa Majesté s^entretient avec lui de toutes les affai* res, et plus qu'avec aucun de ses ministres. Il dîne à la cour deux ou trois fois la semaine, et, après le repas , ce sont des conversations qui durent quelquefois plusieurs heures. Il va chez l'Empereur quand il veut , par le moyen du comte Tolstoy , grand-maréchal de la cour. Cette intimité déplaît infiniment aux Russes, et augmente la crainte d'une guerre avec l'Angleterre et la Suède. Le cours de change est plus bas qu'il n'a été depuis que j'ai été ici , et jamais je n'y ai vu un mécontentement aussi universel. Le général comte Tolstoy , à son retour de Moscow , où tout le monde lui a jeté la pierre , a fait des difficultés d'aller à Paris. Sa femme est au désespoir de ce voyage et s'y oppose fortement, mais l'Empereur en ayant montrébeaucoup de mécontentement, legénéral n'a pas osé désobéir, quoiqu'il diffère encore son dé-

venu le Roi de la guerre qui se faisait contre lui , déjà au mois de septembre 1807, et ainsi six mois avant qu'elle éclatât.

( Note de V Éditeur. )

part sous prétexte de maladie. Sa suite part ces jours-ci.

En voyant clairement cpie Thorizon se charge de nouveaux nuages, il n'est pas aisé de juger de quel côté Forage éclatera. L'entreprise des Anglais sur Copenhague augmente encore Tobscurité. Le succès pourra la justifier , mais elle ne compromet pa3 moins la sûreté des provinces méridionales de la Suède , et le Danemark , livré aux Français , deviendra un voisinage fort dangereux pour elle. Ce que disent les Danois est très-vrai , qu'après ^voir perdu leur capitale et leur flotte, ils redeviendront des maîtres chez eux dans six semaines d'ici, et qu'aidés des Français ils empêcheront bien les Anglais de revenir chez eux. Dans ce$ circonstances , je prévois que Votre Majesté ne tardera pas de revenir en Suède , et d'y faire retourner les troupes qui gardent encore l'îje de Rugen.

DU GOMTB VtB STEPINGK. 343

DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Saint-Pétersbourg , le 13 (35) septembre 1807.

Dans la conférence que j'ai eue avec le comte Romanzoff , ce nûnistre a été fort poli , mais il ne s'est expliqué qu'en termes vagues sur les afifaires, disant qu'il n'avait pas encore eu le temps de se mettre au fait. Sa nomination est , dit-on , approuvée par le parti qui désirerait un changement dans le système pacifique actuel de la Russie , par la raison qu'on croit qu'il a du crédit sur l'esprit de l'Empereur, et qu'étant des amis de l'Impératrice douairière, l'influence de cette princesse augmentera.

Un courrier arrivé de Corfou a apporté la nou-

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velle que les troupes russes allaient évacuer les Septrlles , et que les Français en prendraient possession incessamment. On dit que l'amiral $iniar win ayant reçu les ordres de transporter les troupes françaises dans ces !les, a représenté qu'il ne pouvait point s'en charger , parce qu'il était observé continuellement par une flotte anglaise supérieure en force.

La guerre avec les Turcs continue , et l'armistice dont on était convenu n'a duré qu'un instant. Les Turcs, alarmés des nouvelles qui leur viennent de la Grèce , qu'il doit être question de la mettre sous la protection du royaume d'Italie, ne veulent entendre à aucun accommodement, tça Servien^ refusent de même de poser les armes. Ils venaient de conclure une convention avec la Russie de fournir 50,000 hommes pour la guerre contre les Turcs et la France , et , lorsque l'envoyé de Russie, M. Bodofmikin , leur a déclaré que l'Empereur avait fait sa paix , et qu'il les abandonnait , ils ont arrêté M. Rodofinikin , et veulent le garder en otage jusqu'à ce que la Russie ait rempli ses. ^gagements.

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