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M) MÉMOIRES POSTHUMES

de l'Allemagne. Ces tentatives ont été infructueuses, et le ministère prussien en a fait part à M. d'Alopœus. D'un autre côté, la cour de Vienne paraît de plus en plus alarmée par les nouveaux projets de Bonaparte sur l'Italie , qui paraissent être près d'éclore , et ce cabinet-ci fonde là-dessus son espoir d'engager la cour de Vienne à se déclarer contre la France , l'Italie ayant été en tout temps un objet de convoitise pour la politique autrichienne.

Nous avons été menacés de voir le chancelier reprendre la direction des affaires, Il a écrit à l'empereur que sa santé était rétablie et qu'il était en état de revenir. En même temps , il a fait réparer sa maison ; mais il faut que la réponse n'ait pas été trop engageante , puisqu'il paraît que décidément il ne reviendra pas. D'ailleurs, tout le monde est d'accord sur les fautes énormes qu'il a faites pendant son ministère.

Le comte de Panin continue à s'acharner contre moi , m'imputant fortement à tort le nouveau désagrément qu'il a eu de ne pas pouvoir venir à Pétersbourg. Il prétend que , pendant le séjour de Votre Majesté à Dresde , elle l'a fait assurer de son estime par le baron d'Armfelt et M. d' Entrai-

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gues ; que c'est ià où il s'est pleinement convaincu que je lui avais nui dans l'esprit de Votre Majesté, et que toute la trame contre lui avait été ourdie par moi. Il s'imagine que Votre Majesté m*en a fait de vifs reproches. Elle connaU toute la fausseté de ces assertions, et je m'en consolerais facilement si toute injustice n'était pas révoltante par elle-même, à quoi je joins encore le sentiment douloureux d'être pour la première fois dans ma vie taxé d'une action malhonnête , et cela, de la part d'un homme avec lequel j'ai été fort lié.

L'ambassadeur d'Angleterre vient de me communiquer tout à l'heure la convention signée à Stockholm le 18 décembre par M* d'Ehrenheim et M, Pierrepont. La seule remarque que j'ai faite à l'ambassadeur était que l'Angleterre avait obtenu de grands avantages à trop bon marché.

CuRT V. Stedingx^

2^ MéBfOIHES POSTHUUBS

DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Saint-Péttrabourg, le 5 (19) janvier 1809;.

M. de Garlike ^ ancien secrétaire d^ambassade à cette cour, partant pour aller occuper la place d'envoyé extraordinaire à Copenhague , je profite de cette occasion pour faire parvenir cette trèshumble dépêche à Votre Majesté* L'intention de M. de Garlike est de passer par Stralsund à Ystad^ ne se fiant pas aux chemins par le Mecklembourg. Ayant été ici pendant quatre ans la cheville ouvrière de la mission britannique, et ministre accrédité dans le temps qu'il n'y avait pas d'ambassadeur, il est d'autant plus au fait de toutes les affaires qu'il est extrêmement actif et vigilant ^ et

qu'il joint un esprit solide aux agréments qui font valoir dans la société. Sous tous ces rapports , je crois que Votre Majesté ne sera pas fâchée de s'entretenir avec lui.

Le baron de Rrassow ayant fait une diligence extraordinaire , est arrivé vendredi dernier, le 11 janvier (n. st.). Je n'ai pas perdu un instant pour exécuter les ordres de Votre Majesté , et j'espère pouvoir bientôt lui donner des nouvelles satisfaisantes. Les assertions du baron de Hardenberg sont de toute fausseté , lorsqu'il prétend que la cour de Russie a accepté la médiation de^ la Prusse ; mais celle-ci est tellement accoutumée à biaiser et à ménager toutes les parties, qu'elle ne se rebute pas facilement , et le prince de Czartorisky m'a dit en plaisantant qu'elle voulait faire accroire à l'empereur même qu'il accepterait la médiation prussienne. La note que M. Laforest avait remise à Berlin , la réponse qu'il a reçue et l'office fait à M. de Brinckman avaient déjà été envoyés ici par M. d'Alopœus, six jours avant l'arrivée du baron de Krassow. Le prince de Czartorisky ne m'en avait rien dit , mais l'ayant appris d'autre part, et en ayant parlé au prince, il m'a dit que l'empereur avait été très-mécontent de

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M. d'Alopœus, de n'avoir pas arrêté ces démarches , conformément à ses instructions. li m'a dit aussi que le comte de Goltz avait reçu sa réponse mercredi dernier (ie 9 janvier), portant que le roi de Prusse mettrait Fempereur dans un grand embarras , si , par rinsinuation de la France , il se portait aux démarches projetées conb*e Votre Majesté , vu l'alliance qui subsistait entre l'empereur et la Suède. T :: reste, cette réponse, quoique ferme, était polie et en termes très-ménagés , parce que, me dit le prince, les circonstances et l'impossibilité pour la Russie d^agir avec vigueur en cette saison, l'exigent impérieusement. Il espérait aussi que , dans 4a réponse que Votre Majesté ferait k la cour de Berlin , elle saurait allier ces mêmes ménagements à la dignité qu'elle met en toute chose, et que, sans se lier les main&, elle accorderait à la nécessité du moment ce qui n^était pas au pouvoir humain de lui ôter»

GuRT V. Steoingk.

DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Saint-Pétersbourg , le 17 (29) Janvier 1805.

M. le prince de Czartorisky m'a invité hier à une conférence dans laquelle il m'a dit que l'empereur s'était décidé à envoyer M. de Wintzingerode, général-major de cavalerie et son aide xle camp général, à Berlin, pour donner plus de poids à la déclaration que Sa Majesté ferait à Sa Majesté Prussienne ; que , dans le cas où Votre Majesté serait attaquée, l'empereur se verrait obligé, en vertu du traité de Gatschina , de la secourir. Fidèle à ses engagements, l'empereur donnerait ce secours aussitôt qu'il en serait requis par Votre Majesté. Pour ne pas mettre Sa Majesté Impériale

dans cette nécessité , elle engage le roi de Prusse à se désister du projet d*occuperlaPoméranie suédoise , et de n'employer que des voies amicales pour s'expliquer avec Votre Majesté, Le caractère franc et loyal de M. Wintzingerode, qui est un bon et brave militaire , et la confiance dont il est honoré par son souverain , ne laissent aucun doute qu'il remplira sa commission avec fidélité et sans aucun ménagement pour la cour prussienne. «•••••• • •••••••

J'ai témoigné au prince que Votre Majesté serait extrêmement sensible aux nouvelles preuves d'amitié que l'empereur venait de lui donner en ce moment , et qu'elle saisirait avec empressement toutes les occasions de convaincre Sa Majesté Impériale de la réciprocité de ses sentiments à son égard.

CuRT V. Stedingk.

DU COim DE STBDINGK. 97

Apostille.

Saint-Pétareboarg, le 15 (S7) man 1805.

L*ambâssade à la Chine est décidément confiée & M. le comte de Golofkin , qui a été fait conseiller privé actuel. Il doit cette commission au vieux comte de StroganofiT, qui a toujours été son protecteiH* et son ami. Le comte Nicolas de Romanizoff, ministre du commerce, a contribué aussi à la lui obtenir. On avait voulu agréger le comte Jean Potocky au comte de Golofkin en qualité de ministre ; mais celui-ci s*y est opposé hautement , et le comte Jean , qui est un homme d'études et de lettres , et qui , avec la modestie du véritable mérite , n^a que le désir de sMnstruire et d'être utile, s'est contenté de suivre l'ambassade en qualité de préposé à la partie scientifique. On dit que le jeune comte de Stroganoff , ministre adjoint de l'intérieur, qui continue de jouir de beaucoup de crédit auprès de l'empereur , a donné le premier l'idée de cette ambassade à Sa Majesté , croyant avec raison que les relations avec les peuples de

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l'Asie sont d'un intérêt majeur pour la Russie , qui paraît destinée à devenir un jour l'entrepôt du conunerce de ces pays lointains avec l'Europe, C'est dans les mêmes vues que l'expédition de M. de Krusenstern s'est faite pour le Japon, Les Russes sont le seul peuple qui fait son commerce avec la Chine par échange , et qui ne lui solde rien. On est à présent dans les jneilleurs termes avec ce pays. L'empereur ayant fait connaître à l'empereur de la Chine son projet de lui envoyer une ambassade , a reçu une réponse pleine de courtoisie , dans laquelle on demande que cette ambassade arrive au plus tôt , qu'elle soit rendue , s'il est possible , au commencement de novembre sur la frontière , pour pouvoir faire son entrée à Pékin au mois de janvier. Un prince du sang est envoyé, à ce que l'on dît, à Khiachta, pour recevoir l'ambassadeur. Le nombre des personnes qui se présentent pour être du voyage est si grand , que l'on ne reçoit plus les pétitions que des personnes de tout rang et de tout âge adressent & l'empereur à ce sujet. Tout ce qui • appartient au militaire en est exclu , excepté quelques ingénieurs choisis pour leur habileté à lever des plans. Malgré cela ,1a suite de l'ambassadeur sera de cinq

à six cents personnes, parmi lesquelles il y aura cent cinquante gardes tirés de la cavalerie , sans compter Tescorte qui l'accompagnera à travers les déserts. Beaucoup de présents seront envoyés, parmi lesquels se trouve une pendule à carillon , faite ici par un horloger allemand nommé Strasser, qui a été achetée 25,000 roubles par l'empereur. On donnera aussi à Sa Majesté Chinoise le spectacle d'un ballon et d'un Russe qui se fera choir avec un parachute , expérience qu'il a déjà faite ici l'été dernier. Un panorama de Saint-Pétersbourg trèsbien fait , que l'on a montré ici , sera envoyé aussi , et il paraît qu'on n'omettra rien pour donner aux Chinois une haute idée de la puissance et de la civilisation d'un voisin qu'ils sont accoutumés de traiter un peu de barbare. L'ambassadeur sera défrayé pendant tout son voyage et son séjour en Chine, et l'empereur vient de lui donner 200,000 roi&les pour les premiers frais. M. de Baykoflf , le même qui œt revenu de France , est nommé maréchal de l'ambassade , et M. de Lambert secrétaire; M. Schubert , l'académicien , suit en qualité d'astronome.

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DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Saint-Pétersbourg, le^l avril (S mai) 1805.

Le courrier Gronland est arrivé ici le 19 au matin (n. st). Tai donné d'abord avis de l'arrivée de ce courrier au prince de Czartorisky , en lui envoyant la lettre de Sa Majesté la reine pour Timpératrice Elisabeth. Il m'a invité à une conférence pour le lendemain. Lui ayant lu ma dépêche, comme il m'avait été ordonné, j'ai vu qu'elle lui faisait beaucoup d'impression. Il a cru apercevoir dans les expressions qu'elle contenait que le zèle de Votre Majesté s'était refroidi pour la cause dont elle avait embrassé la défense ; il m'a observé que c'était Votre Majesté qui, le premier, avait

attiré toute l'attention et la sollicitude de Tempereur sur le danger dont l'Europe était menacée par Tambition démesurée de Bonaparte , et que c'était aussi dans l'énergie , la constance et le courage de Votre Majesté que l'empereur avait espéré de trouver son meilleur appui. Si l'empereur n'avait pas réussi jusqu'à présent à former une ligue formidable contre l'ennemi conmiun , il fallait l'attribuer àr ce que les plus grandes puissances étaient précisément celles qui trahissaient le plus de faiblesse morale , mais que cela même devait engager à ne pas abandonner la partie , afin de déterminer les moins résolus, et leur ôter tout prétexte de continuer une inaction si nuisible à leurs propres intérêts et si pernicieuse au bien général. Le prince est entré alors en quelques détails, relativement aux deux cours de Vienne et de Berlin. Il paraissait convaincu que , malgré son peu d'énergie , la première ne donnerait jamais son consentement à l'établissement du nouveau royaume d'Italie , et que la dernière conmiençait à s'alarmer de sa position , et manifestait le désir de se réunir à la Suède et à la Russie ; mais qu'elle avait besoin d'être décidée par la crainte de ne pas pouvoir maintenir sa neutralité et par l'espoir

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d'un prompt secours, si elle se déclarait contrôla franco. L'article additionnel proposé à Votre majesté avait été conçu dans cette intention » et avait eu pour objet en même temps de mettre Votre Majesté en état d'entretenir une garnison ^suffisante à Stralsund pour garantir cette place de tout danger, et d'y donner entrée aux troupes russes destinées à agir dans cette partie d'Allemagne contre la France. L'empereur avait cru que si quinze mille Russes s'y trouvaient joints à autant de Suédois et le même nombre de Hanovriens, ce corps d'armée commandé par Vôtre Majesté, et renforcé probablement par d'autres troupes encore , à mesure qu'il avancerait dans le nord de l'Allemagne , pourrait délivrer cette contrée du joug des Français et ouvrir la voie à de plus grands succès. Au lieu d'une perspective si rassurante , il paraissait , par la dépêche que je venais de lui communiquer , que Votre Majesté n'était pas même décidée à recevoir en Poméranie les troupes russes qui pourraient y être envoyées, si l'Angleterre n'accordait point la totalité des subsides que Votre Majesté avait demandés. Or, il savait positivement que la somme que Votre Majesté avait fixée à cette puissance ne serait pas

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accordée , et ne pourrait pas l'être, étant hors de toute proportion avec ce qu'on avait donné en subsides. Il en résulterait que la coopération de Votre Majesté resterait sans aucun effet , et qu'une entreprise dont elle avait été le premier moteur manquerait de son appui dans le moment décisif. Cette opinion m'a paru trop contraire aux intentions de Votre Majesté et à ses intérêts , pour ne pas m' attacher à la réfuter. J'ai soutenu que le refus de Votre Majesté d'accepter l'article additionnel en question , me paraissait être une suite naturelle de l'état actuel des affaires. Je lui ai rappelé que j'avais pressenti que cela arriverait et le lui avais fait connaître; et effectivement, dan^i un moment où la principale puissance , et même la seule en guerre avec la France , prêtait l'oreille à des propositions de paix , où la Russie se chargeait du rôle de médiateur et où Votre Majesté n'était informée ni des conditions de paix que l'on proposerait à Bonaparte , ni même des bases sur lesquelles cette pacification serait fondée, il eût été imprudent de se lier par de nouveaux engagements. Quant à la conséquence que le prince tirait du contenu de ma dépêche , je ne pouvais l'admettre d'aucune manière : la solidité

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