‹ Memoires posthumes du feldmarechal comte de StedingkChapitre 4 sur 38 · II · texte numérisé non relu

II

des principes de Votre Majesté et sa fermeté dans les plans qu'elle avait adoptés, étaient connues, ainsi que la franchise et la loyauté qui accompagnaient toutes ses démarches. En suivant ces notions , on ne trouverait rien dans la dépêche précitée qui laissât soupçonner le refus de Votre Majesté de donner entrée aux troupes russes dans ses provinces d'Allemagne , quand le cas existerait ; mais qu'il deviendrait impossible à Votre Majesté d'entretenir à grands frais une forte garnison à Stralsund pendant tout le cours d'une négociation dont on ne pouvait prévoir ni la durée ni l'issue , uniquement pour tenir, en cas de besoin , cette place ouverte aux troupes des puissances alliées et en exposant pour cet effet ces mêmes provinces allemandes à être ravagées par les Français. Le prince, qui est fort raisonnable et très-porté pour la meilleure intelligence entre Votre Majesté et l'empereur, a approuvé mon raisonnement ; mais il a fortement insisté sur la nécessité de ne pas dégarnir en ce moment de crise la ville de Stralsund de la garnison qui s'y trouve. Il a appuyé son assertion de beaucoup de raisons qui m'ont paru fondées sur une politique très-sage , et intéresser également la dignité de Votre Majesté : il

me dit qu'il n'y avait pas de doute que F Angleterre devait payer cette garnison , en m' offrant d'en parler sur-le-champ à lord Gower et de l'engager à transiger avec moi sur cette affaire , si je le jugeais à propos. En retirant à présent les trour pes que Votre Majesté avait envoyées à Stralsund, Bonaparte en tirerait un bon augure pour le manque d'union et d'accord entre les puissances coalisées, et augmenterait d'audace ; les irrésolutions de la Prusse iraient en croissant, et, ce qu'il y aurait de plus fâcheux , cette mesure influerait sur l'opinion générale , et ferait croire que Votre Majesté désespérait du succès , ou se voyait réduite par les circonstances d'abandonner une cause qu'elle avait embrassée avec chaleur. J'ai dit au prince , que , malgré que je n'étais pas autorisé à entrer en négociation sur cet objet , je connaissais trop combien Votre Majesté était disposée à favoriser les entreprises de ses alliés, pour ne pas me charger, si on avait des propositions convenables à me faire , de les faire parvenir à Votre Majesté.

CuRT. V. Stedingk.

36 MÉMOIEES POSTHUMES

DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU ROI

Saint-Pétersbourg, le 12 (24) mai 1805.

Le courrier de dimanche dernier m'a apporté les dépêches de M. le président de la chancellerie du 26 avril et du â mai, avec les doubles de même date , arrivés par le nord. J'ai communiqué le même jour à M. le prince de Czartorisky la lettre de Votre Majesté au roi de Prusse en renvoyant à ce souverain son ordre de l' Aigle-Noir. Le prince en avait déjà reçu la nouvelle de Stockholm par M. d' Alopœus , et je crois aussi , par le secrétaire du général de Wintzingerode qui était arrivé en courrier de Berlin. Le prince m'a prié de lui donner une copie de cette lettre , pour pouvoir la mettre sous les yeux de l'empereur, et

quoique par discrétion et ménagement , il ne se soit pas expliqué avec moi sur son contenu, je connais trop bien ses sentiments pour ne pas être convaincu qu'intérieurement il rend justice , avec tout ce qu'il y a d'hommes purs et honnêtes , aux sentiments nobles et élevés qui ont dicté cette lettre. La politique peut très-bien ne pas approuver cette démarche , car Votre Majesté doit s'attendre d'être en butte à tout ce que la malignité et la rancune peuvent imaginer de plus noir et de plus méchant.

L'ambassadeur de Vienne a reçu le courrier qu'il attendait , mais ses nouvelles se bornent à la résolution de l'empereur romain de ne pas re=connaître dans Bonaparte la qualité de roi d'Italie, et à des éclaircissements et à des projets éventuels en cas que l'on en vînt à une rupture ouverte avec la France. 11 manque aux deux puissances le plus à portée de s'opposer à l'ambition démesurée de Bonaparte, comme les plus exposées peut-être d'en devenir les victimes, qu'un peu seulement de cette énergie qui distingue Votre

Majesté.

CuKT V. Stedingk.

38 MÉIfOIRES POSTHUME?

DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU ROL

Saint-Pétersbourg > iO (28) mai 1805.

Depuis mon dernier très-humble rapport du 12 (2i)mai, M. le prince de Czartorisky m'a appris que le roi de Prusse avait rappelé sa mission de Stockholm et ordonné à son ministère d'interrompre ses relations avec le chargé d'affaires de Votre Majesté à Berlin. Il m'a paru convaincu que Sa Majesté Prussienne se bornerait à ces marques passagères de ressentiment. Cependant pour ôter à ce souverain toute tentartion de se livrer aux instigations de la France, qui ne manqueront pas de se renouveler à cette occasion, l'empereur a répété lui-même au général

Zastrow , ce que Sa Majesté avait déjà fait con « naitre à plusieurs reprises à la cour de Berlin , que si Votre Majesté était attaquée , l'empereur prendrait fait et cause pour elle. En m'annonçant cette bonne nouvelle, le prince m'a fait connaître toute la satisfaction qu'il en recevait, tout comme je n'ai pas manqué de lui témoigner combien Votre Majesté serait sensible à cette nouvelle marque d'amitié de l'empereur.

CuRT V. Stedingk.

DÉPÊCHE DfE M. DE STEDINGK AU ROL

Saint-Pétersbourg, le 28 mal < 9 Juin) 18(r3.

M. de Novasiitzoff part mardi ou mercredi prochain. 11 passe par Berlin pour se rendre en droiture à Paris. Bonaparte a envoyé douze passeports en blanc, que Ton remplira des noms du négociateur et de sa suite. La cour de Prusse fait valoir ici, tant qu'elle peut, sa promptitude à obtenir ces passe-ports, et l'influence qu'elle a sur le gouvernement français, avec celle qu'elle ne manquera pas d'avoir sur les négociations qui s'entameront. On n'ajoute pas plus de foi à toutes ces jactances, qu'elles ne méritent, et on est bien éloigné de prévoir que ces négociations pourraient

De COMTE DE STBDINGK. 4f

avoir une issue heureuse. La mission de Vienne ici est toujours dans la plus grande opposition avec celle de Prusse ; c'est à qui se déprisera le plus. Ce qu'il y a de certain , c'est que ces deux cours trahissent, alternativement, beaucoup de faiblesse et de timidité. La cour de Vienne a refusé , à la vérité , de reconnaître Bonaparte en sa qualité de roi d'Italie, mais dans sa réponse à la lettre de notification qu'elle a reçue à ce sujet, elle proteste qu'elle est décidée à observer la plus stricte neutralité et à maintenir toutes les relations amicales qui existent entre elle et la France.

CuRT V. Stbdingk.

Apostille.

Saiot-Pétersbourg, 28 mai (((Juin) 1805.

Je suis charmé que Votre Majesté ait préféré de traiter des subsides avec M. de Pierrepont^, et

par son ministre à la cour de Londres. Malgré que le prince Czartorisky et ràmbassadeur de l'Angleterre paraissent avoir infiniment à cœur de favoriser cette négociation , je ne prévoyais pas de pouvoir l'amener au point où j'aurais désiré , et obtenir une somme assez forte pour couvrir tous les frais que Votre Majesté est obligée de faire pour l'entretien de la garnison de Stralsund , évaluées d'après l'aperçu que M. le baron d'Ehrenheim m'en a envoyé. J'avais engagé à la vérité lord Gower à aller un peu au delà de ses instructions , en accordant quelque chose de plus à Votre Majesté qu'aux autres puissances alliées. Les avantages que l'Angleterre peut tirer de la position de Stralsund , pour les opérations futures , et la vigueur avec laquelle Votre Majesté s'est toujours prononcée contre le gouvernement actuel en France , ont plaidé les raisons que j^ai employées pour amener les choses à ce point; je n'ai pas omis non plus d'appuyer sur la position où Votre Majesté se trouvait vis-à-vis de la Prusse , qui, avide en tout temps de se saisir de la Poméranie suédoise, se livre dans cet instant à ce projet avec d'autant plus de chaleur, qu'il convient également au ressentiment personnel , que d'après

DIT COHTE DB STBOINGK. 49

tous les rapports, Sa Majesté Prussienne doit avoir conçu du renvoi de son ordre*

Quant aux troupes que Votre Majesté a rassemblées en ce moment au camp de Scanie, l'ambassadeur d'Angleterre n'a pas cru pouvoir se permettre de stipuler quelque chose à leur égard, vu que leur destination ne pouvait pas être déterminée suffisamment dans les circonstances actuelles. Le prince Czartorisky , qui m'a dit que le roi de Prusse était furieux du renvoi de son ordre , et qui n'a que très-peu de confiance dans le cabinet de Berlin , m'a demandé ce qu'il y aurait à faire si la cour de Prusse se portait à quelques extrémités contre Votre Majesté* Je lui ai communiqué làdessus mes idées, fondées sur la connaissance que j'ai du local ; mais il aurait été bien aise que Votre Majesté aurait voulu s'en expliquer aussi, ou avec l'empereur lui-même, en me donnant ses ordres à ce sujet.

DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU ROI

SafDt-Pétersbourg , le 0 (21) Juin 1805.

On a reçu la nouvelle, ici, que l'ancienne république de Gênes allait être réunie par Bonaparte , non au royaume d'Italie , mais à l'empire français. Cette nouvelle usurpation ne peut que rendre plus difficiles les négociations de paix qui vont s'entamer. Il me paraît démontré qu'elles n'aboutiront qu'à rendre la guerre plus générale et plus sanglante. C'est aussi le sentiment du ministère de Sa Majesté l'empereur, et je suis convaincu que l'empereur n'aurait point cédé aux instances de l'Angleterre, en chargeant M. de Novasiltzoff de porter des propositions de paix en

France , si Ton avait prévu que Bonaparte étendrait à ce point ses projets ambitieux. Il faut espérer que la patience imperturbable de l'Autriche en sera poussée à bout, et que cette puissance sera tirée enfin de la léthargie où elle parait plongée , pour pouvoir prévenir sa ruine.

IB MÂMOIRES VOSTHVBIES

DÉPÊCHE DE M. DE STEDINGK AU ACM

Saint-Pétersbourg , le 8 (20) Juillet 1805.

Toute la seconde ligne de Tarmée russe, qui a ses quartiers aux environs de Yilna , est en pleine marche vers Brcesk , pour renforcer la première, de manière qu'au premier signal , cent cinquante mille hommes pourront passer les frontières.

CuAT V. Stedingjbl*

DÉPÊCHE DE M. STEDINGK AU ROL

Saint-Pétersbourg, le 14 (26) Juillet 1809.

Le prince de Czartorisky, dans une conférence que j'ai eue avec lui avant-hier, m'a communiqué la note que j'ai l'honneur de joindre ici. Novasiltzoff l'avait remise au baron de Hardenberg d'abord, après le retour de ce dernier à Berlin, et se préparait à revenir à Pétersbourg incessamment. Il avait eu une audience du roi de Prusse dont il ne rend compte que très-succinctement , puisqu'il sera bientôt à même d'en faire son rapport de vive voix. Ce que le prince m'en a dit me fait croire que la cour de Prusse persiste dans son système d'inaction, et que son irrésolution est peut-être

48 BŒMOIRBS POSTHUMES

plus forte en ce moment de crise que lorsque le général Wintzîngerode était à Berlin. C'était à prévoir ; et que les belles promesses du général Zastrow n'aboutiraient à rien. Le courrier de Vienne, attendu depuis si longtemps, est enfm arrivé, et a apporté des nouvelles plus satisfaisantes. On s'y préparait à la guerre que Ton prévoyait bien ne pouvoir pas éviter, si les négociations de M. de Novasiltzoff n'avaient pas le succès désiré. En attendant, Bonaparte gagne le temps de tout disposer pour l'attaque ou la défense d'après son propre choix. On doit voir maintenant en Angleterre combien on s'y était trompé en insistant sur la négociation et sur l'envoi de M. de Novasiltzoff. Malheureusement, ce n'est pas la première fois qu'on y fait de ces bévues en politique , et ce ne sera pas la dernière. Je dois la justice au ministère de Sa Majesté l'empereur, qu'il n'a jamais espéré le moindre succès de cette tentative , et que ce n'est que par condescendance et pour ne pas heurter l'opinion de son allié , que l'empereur-s'y est prêté. M. de Novasiltzoff avait expédié, avant son départ de Berlin , des courriers pour Londres et pour Vienne , et le prince de Czartorisky en a fait partir un avant-hier pour ce dernier endroit

Le moment décisif approchant, Tempereur attend avec impatience d'apprendre ce qui aura été réglé entre Votre Majesté et l'Angleterre, puisque d'une part les Français ne resteront pas inactifs, et que de l'autre , on ne peut pas se méprendre sur le désir sincère des alliés de fortifier la cause qu'ils défendent , par la coopération de Votre Majesté.

CuRT V. Stedingk.

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