‹ Memoires posthumes du feldmarechal comte de StedingkChapitre 36 sur 38 · II · texte numérisé non relu

II

482 AFPBNl^lCE.

OÙ il se trouve sous l'influence de la France -, j'ai ajouté à ces représentations les assurances du soutien le plu» efficace et de la coopération la plus énergique de la part du gouvernement britannique.

C'est le sentiment profond de ces dangers épouvantables qui me porta à vous écrire comme je le fis le 25 du mois d'octobre dernier. Ce danger doit, je pense y être évident à la Russie elle-même. Pour Tamour de Dieu , laissez-moi vous prier d'insister sur ce point auprès de ceux des conseillers de Sa Majesté Impériale qui n'en comprendraient ni l'étendue , ni la rapidité avec laquelle il se précipite sur eux. Il ne nous reste enfin que quelques moments pour nous décider, je ne dis pas seulement à résister, mais à nous assurer cette dernière consolation des grands et des braves , mourir comme nou» avons vécu, avec honneur!

J'ai l'honneur d'être , etc.

Signé j B. A.

APl^BNDÎGB. 483

M Hutehim^n d lord Hutchimon.

Kœnigsberg, lundi 9 février 1807. ( Page 373, sq.)

Vous êtes déjà au courant des différents mou vements de l'armée russe , depuis Mohrungen que nous quittâmes le 3ducourant, jusqu'à Preussisch-Eylau, oùnous arrivâmes le 7, après avoir pris la direction de lenkova , Wolsdorf, Frauensdorf et Landsberg. Vous ne pouvez qu'avoir blâmé le premier mouvement sur lankova , près d'Altenstein , dont Fennemi s'était approché, surtout, puisque le général deBennigsen avait déclaré que son but était d'éviter un engagement général ^ il se plaçait au même moment dans une situation où il devenait évident qu'il serait forcé de combattre si l'ennemi le désirait,'ou de décourager et de fatiguer ses troupes par des marches de nuit à travers les sableSjpour éviter aussi longtemps que possible le moment fatal qui déciderait des destinées et des intérêts de toutes les puissances de l'Europe. Le 4, l'ennemi ne put parvenir à nous déloger sur deux différents points de la position très étendue que nous occupions à lankova-, mais le soir du même jour il fit avancer un corps, et fit une

4S4 AVrBHlIlCB.

reconnaissance assez vive. Pendant les quatre jours suivants Tarnère-garde de Tannée russe se défendit avec vigueur et habileté contre des troupes de beaucoup supérieores. A Landsberg, vers le soir du 6, l'ennemi ayant repoossé Tarrière-garde , se montra pour la première fois en nombre sur les collines situées vis-à-vis de notre camp, mais la nuit l'empêcha da tenter une attaque. L^ soir suivant il s'empara du village de Preussisch-Ejlau, situé sur le front de notre position , dans une vallée qui nous séparait d'une chaîne de collines sablonneuses qu'il devrait firanchir en arrivant de Landsbeig. Nous avions pris position dès le matin du 7, et dans le principe nous occupions ce village ainsi que deux autres dans la même vallée, sur notre droite; mais quelque méprise fit que nos troupes les abandonnèrent aux approches du soir. L'ennemi , dont un corps avait gagné la chaîne de collines sur notre front , se dirigea immédiatement sur les trois villages, particulièrementcelui de Preussisch-Eylau, dont il fut enfin chassé avec une perte considérable de part et d'autre. Mais il s'en empara encore pendant la nuit ; les Russes avaient en effet abandonné une seconde fois ce village, non pas qu'ils fussent attaqués, mais parce que le général qui commandait là ayant été blessé, s'était retiré derrière le camp au quartier général , pour se faire panser, tout en se faisant remplacer, néanmoins, par un autre général.

De droite à gauche , les Russes occupaient une position d'environ un mille anglais ^ en profondeur la position était environ la même; sur la droite le pays était découvert jusqu'à une distance assez considérable ; mais à gauche , à très-peu de distance , il y avait des bois et des ravins. La vallée dont j'ai déjà parlé, fortifiait le front , mais la nature des collines opposées , le long desquelles l'ennemi devait descendre, Fempêchait de se

déployer en s'approchant ; en outre en arrivant de la vallée à la position des Russes , il avait essuyé le feu d'une formidable rangée de batterie , montant en tout à près de cent pièces de canon sur le front de la ligne. On nous apprittjue Tartillerie russe et prussienne s'élevait , prises ensemble, à sept cents pièces de canon. On en plaça plusieurs pendant la nuit vers ce point de notre position, qui dominait la ville de Preussisch-Eylau, et hier matin, à la pointe du jour, cette batterie ouvrit un feu contre la ville ; bientôt une forte colonne d'infanterie fit une sortie et s'avança presque sur la batterie dont elle fut repoussée avec une perte considérable ; elle se replia alors sur u» gros corps de troupes qui occupait; vis-à-vi«,un des ravins parallèles à notre front, de telle sorte que nous ne le commandions pas, et notre artillerie ne pouvait pas le canonner en enfilade. L'ennemi se montra en même temps sur plusieurs lignes sur les collines opposées, mais un peu derrière ce premier corps; il se déployait le long de notre front , et de dedans le village ses artilleurs nous inquiétaient beaucoup 5 il avait aussi établi sur différents points quelques canons dont le feu , cependant, n'eut pas grand résultat, tandis que nos batteries faisaient inutilement un bruit épouvantable. Quelque temps après, l'ennemi nous fit beaucoup de mal par le feu de plusieurs grosses pièces de canon qu'il avait placées avec la plus grande promptitude et de raison sur les points culminants des coll nés opposées : enfin , profitant de la fumée et de la neige qui tombait , il essaya d'arriver jusqu'à notre première ligne avec deux colonnes d'infanterie qui furent taillées en pièces, à la lettre , par la cavalerie russe, malgré l'océan de neige à travers lequel les chevaux devaient se frayer un chemin , et cela tout en descendant la colline. L'ennemi eut eni^orc recours à ses batteries dont nous souffrîmes beau-

486 APPENUICE.

coup ^ sa cavalerie eut eaân Tintrépidité d'avancer et atteignit nos lignes où elle éprouva de grandes pertes \ elle fut enfin chassée par la nôtre dont la conduite, pen-«dant toute la journée , fut extrêmement héroïque. Le feu continuel des batteries nous faisait toujours souffi*ir, mais à midi , c'est-à-dire près de cinq heures après le commencement de l'action , tous les avantages étaient du côté des Russes qui avaient certainement perdu beaucoup d'hommes par l'intrépidité , je dirai même la fougue inconsidérée de leur cavalerie dont les charges se faisaient sur un terrain où elle était exposée à de grands désavan-^ tages , mais où cependant elle fut constamment heureuse , et se couvrit de gloire. Je dis néanmoins que nonobstant les pertes que leur fit éprouver cette attaque des batteries ainsi que les autres , les Russes avaient tous les avantages , et jusqu'alors l'ennemi était complètement battu ; ceux^i avaient, je le crus, promptement éprouvé qu'il était impossible de nous attaquer avec succès sur notre front ; à notre droite le pays étant plat pendant une distance considérable , toute tentative de ce côté nous eût été connue à l'instant. Il n'en était pas ainsi sur la gauche où, comme je vous l'ai dit, se trouvaient des bois et des collines sablonneuses. On avait invité instamment les généraux russes à surveiller le plus activement possible les mouvements de l'ennemi dans cette direction, et j'étais assuré que toutes les précautions nécessaires avaient été prises ; la distance de l'extrême gauche au point de notre front où se faisaient les attaques sérieuses ne permettaient pas d'observations personnelles. Vers une heure , cependant , malgré notre succès, quelques-uns des corps d'infanterie russe , à la gauche, reculèrent quoiqu'ils ne fussent pas attaqués , et plusieurs corps de cavalerie qui s'étaient cependant couverts de gloire. A ce même instant , l'ennemi , qui depuis

APP&NDICE. 487

plusieurs heures sans doute avait pris possession des différenls bois et défilés à notre gauche , se montra sur Tarricre de la gauche où il avait déjà réussi à amener à travers des difficultés immenses quelques pièces d'ar-^ tillerie ^ il les plaça au sommet des collines et de là il parvint par son feu à faire des héros du matin les lâches du soir. En effet, ni la cavalerie ni l'infanterie qui, comme je Tai dit reculaient sans savoir pourquoi, ne voulurent avancer vers le point d»la gauche qui était ainsi menacé , ou prendre de nouveau leur première position sur le front ; de sorte que l'ennemi voyant de dessus les collines opposées cette position inoccupée , renouvela l'attaque , mais heureusement sans succès , grâce aux efforts des troupes qui furent amenées d'autres points. Dans ce changement si extraordinaire , dans ce revers de fortune aussi inattendu que déplorable , quand

des troupes qui devraient

trouva nécessaire de dire au général Lestocq d'avancer vers le front pour inquiéter l'ennemi par la présence de son infanterie. Mais Lestocq que l'on croyait , et que l'on avait dit au général Bennigsen être sur les derrières de son camp , se trouvait dans ce moment critique éloigné de nous de trois milles anglais , et il n'arriva pas avant trois heures. Dans l'intervalle, l'ennemi avait pris sur notre flanc gauche et un peu en arrière une position forte et redoutable, et vous savez combien est désolante la position du général en chef quand une terreur panique s'empare de ses troupes. Dans le principe on aurait pu, sans craindre de grandes pertes, contraindre l'ennemi à abandonner sa nouvelle position , mais quand Lestocq arriva , cette position était devenue très-forte. Elle s'étendait au delà de l'extrémité de notre flanc gauche , embrassant deux petits bois situés à peu prèa à dislance égale de son centre -, et tout cet espace était

488 APPBNDICB.

rempli de tirailleurs , d'artillerie , et d'autres troupes ran-^ gées en ligne. Cependant Tennemi n'avança pas : il se contenta de nettoyer à coups 'de canon cette partie de notre position , principalement l'arrière •, il avait pris la position la plus formidable et la plus menaçante , nous privant ainsi presque entièrement des avantages qui avaient jusqu'alors résulté pour nous de la disposition par laquelle notre front commandait le champ de bataille , et il avait certes déployé la plus grande science militaire dans ce mouvement que les troupes les mieux organisées avaient seules pu faire. L'ennemi ne cessa d'attirer l'attention de notre front par ses troupes légères , ayant aussi dirigé vers la droite de ce front quelques corps qui nous menaçaient de temps eu temps. Lestocq vint dans notre camp par la droite avec environ treize mille hommes -, on dit qu'il y en avait plus, mais je ne m'en fie pas entièrement à des calculs de camp : cependant il se dirigea de suite en arrière à gauche , et s'avança sur deux lignes vers la droite de la nouvelle position de l'ennemi , tandis qu'à l'autre extrémité les Russes marchaient contre lui et s'avançaient aussi contre son centre. L'ennemi paraissait [vouloir traverser notre camp de gauche à droite, mais il n'y avait pas moyen d'y réussir, et l'affaire se termina par quelques coups de fusil échangés entre les bois, et quelques coups de canon qui coûtèrent la vie à plusieurs personnes distinguées. Je dois dire que pendant tout ce temps le front de la ligne était engagé , ainsi jque je Tai rapporté plus haut. A la fin du jour l'ennemi occupait sa nouvelle position; quoique certainement menacé d'une attaque très-formidable, et quoique selon toutes les probabilités il dût en être chassé dès le matin , sa position était néanmoins très-menaçante pour nous. Vers la nuit Tennemi démasqua contre nous une batterie un peu sur notre

gauche. C'était, nous dit-on, le corps de Bernadottc. On avait laissé gaspiller, fort inutilement et sans nécessité, les munitions de l'artillerie. Les généraux russes étaient chargés de s'y opposer. Depuis quelques jours , l'armée n'était pas bien nourrie ] je n'afQrmerai pas que les vivres manquassent à la totalité de l'armée , mais une grande partie des soldats n'avaient rien mangé depuis longtemps. Ils s'étaient bien battus pendant plusieurs jours , tout en supportant une fatigue excessive et des privations de toute espèce , et pendant la plus grande partie de cette journée, ils avaient déployé le courage le plus indomptable , repoussant les attaques de l'ennemi dans toutes les circonstances , et lui demeurant supérieur excepté sous. Je rapport des manœuvres, où celui-ci fit preuve du plus grand talent. Je fais ici allusion à sa nouvelle position , qu'il conçut en grand général et exécuta avec une précision et une habileté parfaite. Nous étions encore maîtres du champ de bataille , et cependant on résolut de battre en retraite , ce qui s'elBFectua pendant la nuit, et nous laissâmes pour nous protéger, Lestocq, dont j'ai dit la position. Les Russes sont à environ neuf milles d'ici et à dix de leur champ de bataille. Je n'apprends pas que Lestocq ait été attaqué ni que les Français s'avancent en quelque direction. L'affaire de Lestocq de la nuit dernière n'a été que peu de chose, quoiqu'on dise, et Wilson entre autres , que son cheval a été tué; mais supposons cela : quoique les Français puissent n'avoir pas à regretter un grand nombre d'hommes par suite du long combat d'hier, cependant leurs pertes doivent être considérables et la démoralisation de leurs troupes évidente , car les Russes ne les redoutent certainement pas le moins du monde, et ils le savent bien. D'un autre côté , l'armée russe est pour le moment presque désoî*ganiséc -, du moins clic est dans Tctat de con-

fusion le plus extraordinaire. Cela ne ressemble pas mal à ce que Ton voit quelquefois dans une armée turque -, je crois néanmoins, et je suis même sûr, qu'on pourrait réunir un assez grand nombre de soldats, pour engager les officiers supérieurs qui sont , sans contredit , de fort braves gens et remplis d'indignation contre les Français, à opposer à M. Buonaparte une résistance redoutable, dans le cas où celui-ci voudrait persister. 11 doit certainement être extrêmement mortifié d'avoir été repoussé hier si souvent, et d'une manière si décisive , ainsi que de la résistance qu'un corps de ses troupes , très-supérieur en nombre , éprouva pendant plusieurs jours , de la part d'une très-petite arrière-garde russe. Je suis toujours d'avis , que par sa force naturelle et son courage indomptable , le soldat russe , sous les ordres d'un véritable gentleman de ses compatriotes qui semble naturellement fier et brave , peut, avec le secours de. quelques capacités militaires , etc. , s'opposer avec succès à ce que Napoléon poursuive le cours de son expédition, au moins dans ce pays. Les pertes des deux côtés, pendant la journée d'hier, doivent avoir été très-considérables , quoique inférieures à ce qu'on aurait pu prévoir, eu égard à la durée de l'engagement qui s'est prolongé depuis six heures et demi jusqu'à cinq heures et demie, Je ne compte pas quelques scènes sanglantes qui suivirent pendant la nuit. Les blessés sont, je le crains , dans une position déplorable ] ce que nous en avons vu est réellement déchirant. Wilson et moi avons, à Bennigsen et à ses officiers, les plus grandes obligations. Je montais hier un excellent cheval qui lui appartient et qui est grièvement blessé en deux endroits; je ne crois pas que je puisse ofirir de lui en payer la valeur, mais si la jument noire était en bon état, et que vous ne vous y opposiez pas , je pourrais , je crois , lui en faire cadeau , en

APPBNDICB. 491

échange de son cheval qui ne guérirajamais parfaitement. Tous les villages que nous avons traversés ont été détruits , comme on pouvait s'y attendre. La bataille d'hier en a ruiné plusieurs. Bien des compliments à tout le monde.

J'ai été fort ennuyeux , ainsi que sec et fatigant, je le crains , par le désir que j'avais de vous mettre au courant de notre position et de la nature de notre attaque. D'après ce que j'ai vu hier, je crois que les Russes sont plus nombreux que je ne le disais avant. Je suis venu passer la nuit à Kœnigsberg, mais je retournerai au camp dès le matin.

Je pense vous voir d'ici à quelques jours.

Extrait d'une lettre de Lord ffutchinson à M, A,

MenieJ, 1" avril 1807. ( Page 380.)

Je dois vous apjipcndre que j'ai proposé au gouvernement anglais d'assembler un corps considérable ou plutôt une armée de troupes anglaises et suédoises en Poméranie ; elle agirait sur la rive gauche de l'Oder, assiégerait Stettin , mauvaise place avec une petite garnison, Custrin peut-être, et par ce moyen, ouvrirait une communication avec Berlin , TElbe et le reste de TAUemagne. Je pense que nous pouvons envoyer trente mille hommes, y compris la légion allemande, ou tout au moins vingt-cinq mille. Les Suédois peuvent fournir dix mille hommes au moins , et quinze mille , si on les presse et si on les paye*, ce serait donc en tout, une armée de quarante mille hommes placée dans une situation où elle pourrait rendre les plus grands services, et assurée , en cas de malheur, d'une excellente retraite derrière la Peene et Stralsund ^ cette dernière ville est, vous le savez , un excellent quartier d'été.

APPBNDIGR. 493

Irord Ùrmville Leveson Gmoer à M. A, ( Secrète et confidentielle.)

Satnt-Pétersbourg , 24 septembre 1807. ( Pages 606-408.)

Monsieur ,

Vous avez déjà été informé que la médiation de cette cour n'a été acceptée que conditionnelleroent parle gouvernement de Sa Majesté. Comme préliminaire de celte acceptation , mes instructions me prescrivaient de demander communication des articles secrets du traité de Tiisitt. J'ai reçu un refus direct, mais accompagné d'une sorte d'assurance que les articles secrets ne contenaient aucune stipulation hostile à l'Angleterre^ je suis disposé à croire que l'Empereur n'est pas obligé, par une clause, à fermer les ports russes aux navires anglais , mais j'ai en même temps raison de penser que, quoiqu'il ne soit pas contraint d'en venir à des mesures d'hostilité ouverte, il a cependant promis de favoriser et de prêter les mains à l'établissement d'une ligue maritime contre la Grande- Bretagne.

Je sais , de source assez certaine , que les îles composant la république septinsulaire doivent être remises à la France, et que les vaisseaux de guerre russes doivent transporter les troupes françaises à Cattaro et à Corfou ] il me semble important que cette nouvelle par-vienne le plus tôt possible au commandant des forces navales de SaMajesté dans l'Adriatique , et il vous sera probablement facile de la lui transmettre de Vienne.

Le comte Romanzoff est nommé ministre des affaires étrangères ] ses sentiments ne sont certainement pas en faveur des Anglais.

Signé: Gran ville Leveson Gower.

iIPPEIfDICe. 49 r.

Le comte Nicolas Rofnanzow à lord L. Gower, ( Lettre locliMe dans la précédente.)

Le 11 (23) septembre 1807.

Le soussigné a eu rhonneur de mettre sous les yeux de TEmpereur la note et la copie de la capitulation de Copenhague, que lui a fait parvenir son excellence le lord G. L. Gower.

S. M. Impériale a vu , avec une peine infinie, tous les malheurs qui viennent d'accabler un monarque auquel elle est attachée , et par les liens du sang et par ceux d'un longue amitié.

Lorsque le ministère britannique a conçu le dessei» de ravir au Danemark toute sa flotte ; lorsque , pour cet effet , il a envoyé dans la Baltique , des troupes nombreuses et une flotte considérable , il l'a fait sans en prévenir S. M. Impériale. Ce silence, cette extrême réserve, peut servir de preuve que le cabinet de Saint- James jugeait lui-même que ce qu'il entreprenait était directement contraire aux intérêts de la Russie.

Tout ce qui vient de s'exécuter l'est en effet, et l'Em-

pereur se doit à lur-même comme aux intérêts de son empire , de ne pas s'y montrer insensible.

Sa Majesté se regarde comme garant de la sûreté et de la tranquillité de la mer Baltique ^ à quelle époque la tranquillité et la sûreté de cette mer a-t-elle été troublée comme elle vient de Têtre aujourd'hui ?

Le soussigné , après avoir instruit M. l'ambassadeur de S. M. Britannique, des sentiments de l'Empereur son maître, prie son Exe, etc., etc.

Signé: Le comte Nicolas Romanzow.

APPBNDICB. 497

Pièce annexée d la lettre de ImtA t^.-L, Gwo$r

à M, jédair.

En dite du 8 notembre 1M7. ( Page 424, iq.}

Le comte Romatizoto à Lord G. L. Gower.

Saint-Pétersbourg , le 37 octobre (8 novembre 1807).

L'Empereur, qui, dans le cours de la guerre qu'il vient d'achever, avait à se plaindre de la conduite de l'Angleterre à son égard , subordonnait ses justes ressentiments à la pensée consolante , que la paix qu'il venait de conclure devait amener la paix générale. '

Il s'était constitué médiateur; il avait ensuite offert sa médiation, en prévenant S. M. Britannique, que son désir était de lui procurer une paix honorable. L'Angle» terre rejeta ses offices.

Ilisemblait qu'il entrait dans ses vues de ne pas laisser éteindre les feux de la guerre , mais de la rallumer dans le Nord, par un événement subit et nouveau.

Les flottes de S. M. Britannique , ses armées, vinrent

498 APPCNDIGE.

commettre sur le Danemark, un acte dont Thistoire n'offre aucun exemple.

L'Empereur, qui , au su de l'Angleterre , était un des garants de la tranquillité de la Baltique, qui est une mer fermée, TEmpereur qui n'avait été prévenu de rien, ne dissimula pas son ressentiment, et, dans une seconde note remtse au lord Gower, prévint l'Angleterre qu'il ne se proposait pas de rester tranquille spectateur de ce qui venait d'arriver à un roi son parent et son ami.

L'Empereur ne prévit pas , il le confesse , qu'après cette déclaration , l'Angleterre lui ferait l'offre de se charger de faire entendre au Danemark , qu'il était de son intérêt de supporter ce qui venait de lui arriver, et de rendre la Russie garante, que la Grande-Bretagne pouvait, en toute sûreté , posséder ce qu'elle venait de ravir.

Le prince royal de Danemark n'avait pas ratifié la convention de Copenhague *, aux secondes propositions qui viennent de lui être faites , il a encore exposé à S. M. Impériale , combien il était irrité par ce nouveau procédé du ministre britannique à son égard.

L'Empereur, touché de la confiance que le prince royal plaçait en son luaiitié, ayant considéré ses propres griefs contre l'Angleterre, ayant mûrement examiné les engagements qu'il avait avec les puissances du Nord , engagements, pris par l'impératrice Catherine et feu S. M. l'Empereur, tous deux de glorieuse mémoire , s'est dé^ cidé à les remplir.

Aussi , Sa Majesté charge-t^elle le soussigné de dér clarer à son excellence le lord Gower, ambassadeur de S. M. Britannique , que l'Empereur rompt toute communication avec l'Angleterre. S. M. Impériale rappelle toute la mission qu'elle y avait, et ne veut pas conserver près d'elle celle de S. M. Britannique. Il n'y aura dorénavant «ntre les deux pays aucun rapport.

APPBN0ICK. 499

L'Empereur déclare qu'il annule , et pour toujours , tout acte conclu précédemment entre la Grande-Bretagne et la Russie , et nommément la convention faite en 1801 , le ô (17) du mois de juin. U proclame de nouveau les principes de la neutralité armée, ce monument de la sagesse de l'impératrice Catherine , et s'engage à ne jamais déroger de ce système.

Il demande à l'Angleterre de satisfaire complètement ses sujets, sur toutes les justes réclamations de vaisseaux et de marchandises, saisis ou retenus contre la teneur expresse des traités conclus sous son propre règne.

L'Empereur prévient que rien ne sera rétabli entre la Russie et l'Angleterre, que celle-ci n'ait satisfait le Danemark.

L'Empereur s'attend à ce que S. M. Britannique, au lieu de permettre à ses ministres , comme elle vient de le faire , de répandre de nouveaux germes de la guerre, n'écoutant que sa propre sensibilité, se prêteras conclure la paix avec S. M. l'empereur des Français , ce qui étendrait, pour ainsi dire à toute la terre , les bienfaits inappréciables de la paix.

Lorsque l'Empereur sera satisfait sur tous les points qui précèdent , et nommément sur celui de la paix entre la France et l'Angleterre , sans laquelle aucune partie de l'Europe ne peut pas se promettre une véritable tranquillité, S. M. Impériale reprendra alors volontiers, avec la Grande-Bretagne , les relations d'amitié que , dans l'état de mécontement où TEmpereur devait être , il a peut-être conservées trop longtemps.

Le soussigné s'étant acquitté des ordres de l'Empereur son maître , prie son excellence M. l'ambassadeur, de faire parvenir sans délai , à la connaissance du roi , son souverain, le contenu de cette note.

Signé : Le comte Nicolas Romanïow»

500 API^ENDlGEi

Lord Granville Levesan Gùwer au comte Ramanzow

Le 0 novembre 1807. (Page 426.)

Le soussigné, ambassadeur de S. M. Briiaonique , a l'honneur d'accuser la réception de la note que S. Exe. le comte de Romanzow lui a donnée en date d'hier ; il ne tardera pas à la transmettre à sa cour; mais les inculpations qui y sont contenues contre le gouvernement britannique , imposent au soussigné le devoir de prier Son Excellence de vouloir bien porter sans délai , à la connaissance de S. H. Impériale, quelques observations qui puissent mettre dans leur jour véritable les démarches réciproques des deux puissances.

Quoique la célérité indispensable à l'exécution des projets de précaution adoptés vis-à-vis le Danemark, ne permettait pas des communications antérieures, la note du soussigné, en date du 2 septembre, bien loin de ca« cher les raisons qui avaient motivé cette expédition, les divulguait avec franchise , et l'explication en fut réitérée et accompagnée de détails plus que satisfaisants, à l'occasion de la première conférence du soussigné avec le ininistre du jour.

Les articles secrets du traité de Tilsitt sont d'ailleurs inconnus à la cour de Londres, et le soussigné a vainement réclamé la communication des arrangements dont Vaccomplissement développe chaque jour des objets peu conformes à l'esprit des anciennes alliances, et absolument préjudiciables aux intérêts dont le maintien fut jadis une partie essentielle du système russe. Est-ce donc à la Russie de se plaindre du secret, lorsqut) cette cour i*efuse nettement la seule explication qui aurait pu rassurer celle de Londres sur les intentions et les projets médités à son égard? Ce silence, cette extrême réserve peut servir de preuve que le cabinet de Pétersbourg jugea lui-même que ses arrangements secrets étaient directement contraires aux intérêts de la Grande-Bretagne.

Quant à la tranquillité de la Baltique, l'Angleterre n'a jamais reconnu des droits exclusifs , et quelles que fus^ sent les prétentions de la Russie , au titre de garant de la sûreté de cette mer, son silence, lors de la clôture des ports au pavillon britannique de Lubeck jusqu'à Mémel, paraissait en être Tabandon ouvert.

Le soussigné saisit cette occasion, etc. , etc.

Signé * G. L. Gower.

5<*2 . APPElfDICE.

M, Garlike â M, Adair.

Memel ik novembre 1807. ( Page ftl7.)

Mon cher Monsieur,

L'amiral Gambier envoya en effet deux cutters à Liebau pour maintenir les communications avec l'An* gleterre, mais leur donna en même temps l'ordre de ne rester que jusqu'au premier vent d'est après le 10 novembre. Je n'eus que le temps de chaîner l'un d'eux de dépêches ; la réponse que je reçus de Liebau me fit connaître qu'ils devaient naviguer de conserve ^ je crains donc qu'ils ne soient tous deux partis. Ils se sont montrés fort peu disposés à rester quoique je ne doute pas que si la Russie ne fermaii pas ses ports , il serait possible de louvoyer entre Liebau et Ystadt au moins jusqu'à Noël, sinon pendant tout l'hiver. Il était impossible de vous en donner avis à temps , car le gouvernement me fait entendre que les lettres sont , depuis trois semaines , parties pour Vienne par une route sûre.

Vous savez que ce pays a 112,000,000 de livres à

APPBNDiCB. 503

payer à la France. On propose d'acquitter dans cinq ansla moitié de cette dette, en hypothéquant comme garantie certains domaines de ]a couronne ( la France avait exigé que la vente des domaines de la couronne situés aux environs de Berlin fût à la disposition des généraux français); la seconde moitié serait payée, dans un délai fixé, sur des obligations royales. La France demande comme garantie de cet engagement les cinq forteresses de Glogau , Custrin , Stettin , Graudenz et Colberg , dans chacune desquelles la Prusse devra entretenir 8,000 soldats français , ou plutôt payer à la France cet, entretien d'après un calcul fait exprès , soit 11,000,000 de tbalers pour quarante mille hommes, tandis que la Prusse entretenait jadis deux cent cinquante mille hommes avec 17,000,000 de tbalers. Ajoutez à cela environ 4,000,000 de contribution et 2,000,000 pour payements divers, vous aurez 17,000,000 pris sur un revenu qui s'élève en tout à environ 20,000,000.

Le prince Guillaume s'est rendu à Paris pour essayer d'adoucir le gouvernement-, cependant les conventions ou négociations sont tellement avancées que le gouvernement s'attend à recevoir une réponse définitive vers, le 19 du courant. 11 est impossible de prévoir les résolutions auxquelles on s'arrêtera, car si la Prusse accepte des conditions qu'elle ne saurait remplir, la plus favorable pour elle sera de garder les troupes françaises. L'alternative est évidente. J'ai écrit au comte de Goltz afin do m'opposer à la cession des forteresses situées sur le territoire anglais.

504 AHpnniiCB.

Copie iiCune pUee annexée é une leUre de Jf. Adair

à lord CoUingwood.

Datée de Vienne, S8 nofembre 1807. ( Page 43t.)

Proclamation de George Moncenigo^ ministre plénipotentiaire de V empereur de Russie , aux habitants de la république des Sept Iles.

L'élablissement d'un gouvernement provisoire , soutenu par les invincibles troupes de S. M. l'empereur de toutes les Russies, a pour objet de vous mettre en état de mériter de plus en plus le bienfait de cette libre et durable constitution à laquelle vous êtes appelés.

Ainsi, au nom de mon auguste souverain , je vous exhorte à vous soumettre, etc., etc. Je me propose de soutenir avec fermeté , et tout Tappui de la force , l'installation du gouvernement , afin cpi'une administration suprême, juste, mais sévère, active et forte, telle que vous n'en avez point joui encore, vous fasse sentir les précieux avantages d'une existence civile.

Vous devez, habitants des Sept lies , recueillir par l'effet de ses mesures paternelles et prévoyantes, les

premiers fruits des soins affectueux que prend de vous mon auguste souverain.

Que celui qui pourrait ne pas y répondre par la conduite la plus pacifique, sache qu'il sera considéré comme ennemi.

Que dans toute l'étendue de la république Sepivnmtaire , dans les plus ténébreuses retraites de toutes les parties de Tile, je saurai, par des moyens dont je me suis assuré , voir, pénétrer, entendre.

Je vous invite donc à m'obéir.

Retournez à vos demeures , appliquez- vous à vos occupations domestiques, et, quanta la chose publique, laissez-en absolument toute pensée à ceux-là seuls qui y sont autorisés!

C'est ainsi que vous vous préparerez à devenir les enfants légitimes d'un État libre!

m m TOME DEUXIEME ET DEBlflER.

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