ORDRE DU JOUR
Messieurs les Commissaires délégués pour accompagner le roi Charles X et sa famille jusqu'à Cherbourg éprouvent le besoin, au moment où leur mission vient de se terminer, de rendre témoignage de la conduite loyale et honorable que Messieurs les gardes du corps ont tenue dans cette grave circonstance : appelés à remplir un devoir d'honneur et de fidélité, ils ont su parfaitement concilier les exigences de ce devoir avec le respect dû au gouvernement établi.
Messieurs les Commissaires se plaisent à déclarer que c'est à ce sentiment de réserve et de convenance qu'ils doivent en grande partie d'avoir heureusement accompli une mission dont l'issue importait tant à l'honneur de la France.
Signé : Le maréchal Maison ; Le baron db Schonbn ; OoiLON Barrot.
Cherbourg, le Ift aoAt 1830.
Un dernier épisode de ce grand drame politique nous attendait à Saint-Lô, comme pour compléter et terminer notre mission. On vint nous annoncer que le prince de Polignac, arrêté sur les côtes de la Manche, au moment où sous un déguisement de domestique il allait s>mbarquer, était détenu dans la prison de la ville, et qu'il invoquait notre autorité pour le faire délivrer : nous nous rendîmes aussitôt dans sa prison, en traversant une foule exaspérée, qui faisait entendre des imprécations contre le prisonnier. Quelle ne fut pas ma surprise de voir cet homme qui avait
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été rinstrumont, sinon Tauteur, d un cataclysme dans lequel un trône s'était abimé, et dont la portée et les conséquences devaient être si graves pour la France et l'Europe entière, venir à nous avec un visag3 niaisement épanoui, nous remercier de notre visite et nous prier de donner tout de suite l'ordre de son élargissement en vertu de nos pouvoirs ! « Je ne sais pas, nous disait-il avec un air de surprise réelle ou seulement jouée, pourquoi j'ai été arrêté. Il n'existe contre moi aucun mandat de justice, et on ne peut me retenir un seul instant dans cette prison, sans violer dans ma personne les droits de la liberté individuelle.
— Mais vous n'entendez donc pas les cris de la foule qui se presse aux portes de votre prison ? lui dis-je. En supposant que nous eussions le pouvoir et la volonté de vous faire sortir de prison, nous ne le ferions pas, par humanité. Ne comprenez-vous donc pas que ces murs en ce moment protègent votre vie et que vous ne pourriez en sortir sans rencontrer une mort certaine?
— Qu'ai-je donc fait pour mériter une telle haine? répliquait -il d'un air tout étonné. Dans le passé, je n'ai fait qu'obéir à des ordres sacrés pour moi ; et, quant à l'avenir, je ne demande plus qu*à me retirer à la campagne, pour y vivre loin des affaires.»
Ce dialogue aurait pu se prolonger longtemps; je coupai court par ces mots :
« Monsieur de Polignac, lui dis-je, je vois bien qu*il faut faire cesser vos illusions. Vous avez commandé le meurtre di» vos concitoyens, non pour la défense des lois, mais p4>ur leur violation flagrante. Hé bien, d'après notre Code pénal et d'après celui de toutes les nations civilisées, un pareil crime est puni do mort. » Et, comme je voyais sur sa figure une impression de terreur, j'ajoutai : « Vous m«» pardonnerez la brusque franchise de cette déclaration ; vous u'avei
VOYAGE DE CUERBOURO. 189
pas de temps à perdre pour préparer votre défense et pounoir à votre salut. »
Alors cet homme, comme accablé par la révélation d'une situation qu'il paraissait ignorer, s'approche de nous avec une voix entrecoupée et suppliante : « Qu'y a-t-il donc à faire, Messieurs? que dois-je espérer? Je vous en conjure, aidez-moi de vos conseils et de votre influence
— Votre seule chance de salut, lui dis-je, est dans la douceur de nos mœurs, dans la générosité de notre révolution, qui ne voudra sûrement pas se tacher de sang. Nous venons de lire dans le Moniteur une proposition de M. de Tracy pour Tabolition de la peine de mort : là est peut-être votre salut...
— Oh ! fit-il avec l'accent pénétré d'un homme qui renaît à l'espérance : oui , il faut appuyer cette proposition. Veuillez y employer votre influence, celle de vos amis. »
Au moment de sortir, je lui proposai de me charger des communications qu'il aurait à faire à son avocat. « Je ne sais lequel désigner : pourriez-vous me diriger dans mon choix?» me dit-il ; puis, se rapprochant de moi: " Pourrais-je espérer que vous ne me refuserez pas votre ministère ?
— Non, certainement, me hâtai-je de lui répondre; et les devoirs seuls de ma profession , vis-à-vis d'un homme qui est dans votre situation, m'interdiraient un tel refus. Mais je \iens de recevoir du ministre de l'intérieur une lettre qui, à ma grande surprise, m'annonce ma nomination à la préfecture du département de la Seine. Je ne sais encore si j'accepterai ces fonctions: dans cet état d'incertitude et vu l'urgence, je vous engage à désigner tout de suite un autre avocat; il en est qui ont avec vous des rapports de sentiments et d'opinions, et qui seront heureux de se vouer à votre défense. » Je lui nommai Berryer, Hennequin...
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u Oh ! non , je ne choisirai pas dans cette couloiir. »
11 fit plus tard le choix parfaitement politique et intelligent de M. de Martignac, c'est-à-dire du ministre qu'il avait si imprudemment et si témérairement remplacé. Cette dernière désignation me prouvait qu'il n'était pas aussi simple qu'il en avait Tair, et nous nous quittâmes. Je ne Tai rcMi qu'au Luxembourg, où j'ai pu, ainsi qu'on le verra plus tard, concourir plus efficacement comme préfet de la Seine à lui conser\*er la vie que si j'eusse été son avocat.
L'état d'exaspération dans lequel nous trouvâmes à son égard les populations des villes que nous eûmes il traverser lors de notre retour à Paris, nous prouva que nous n'avions rien exagéré sur le sentiment populaire qui existait contre lui. Plus d'une fois notre voiture fut arrêtée par des groupes tumultueux qui prétiMidaicnt vérifier si elle ne renfermait pas Polignae. — « Kt ({ue lui auriez-vous donc fait à ce malheiureux, si vous l'eussiez trouvé? » disais-je à une femme qui se montrait plus animée que les autres.
— « Ah ! c'est que, voyez-vous, Monsieur, je l'aurais étranglé avec ces mains. » Et cette furie ajoutait le gi'ste à la parol(^ Il semblait en effet que toute la fureur populaire se concentrât sur cet homme, peut-être moins coupable que les autres ministres, à raison de son aveugle fanatisme pour son maître et de sa vieille habitude d'obéissance passive : le nom de Poligoac n^umait pour les masses le grand crime des ordonnances, et les mêmes hommes qui venaient de se ranger avec respect pour laisser passer le monarque» auteur véritable de ces ordonnances, auraient égorgé ce ministre, qui n'en était que le signataire et l'éditeur ronstitutionnellement responsable. Tout cruel qu'il était, ce sentiment était un progrès dans nos mœurs politiques, une consécration instinctive do Tinviolt-
VOTAGS DE CHIRBOURO. 101
bilité roiralc et de la responsabilité ministérielle: car il était impossible de ne pas rapprocher les temps et de ne pas comparer ces populations à celles qui arrêtaient Louis XVI à Varennes, en 1792, le ramenaient violemment à Paris, arrachaient par leurs menaces Tarrét de mort de cet infortuné monarque à la Convention, et assistaient à son exécution avec des cris d'une joie stupide et féroce. Cest que près de quarante ans d'essai et de pratique du gouvernement représentatif avaient passé sur la France et y avaient laissé quelques impressions.
Le 20 août, j'étais de retour à Paris, et je rendais compte au roi Louis-Philippe des détails de notre mission ; il me remerciait avec effusion et me confirmait qu'il m'avait, en récompense de mes services, nommé préfet du département de la Seine.
« Si c'est une récompense des quelques services que j'ai pu rendre, Sire, veuillez rétracter cette nomination, qui me place trop en dehors de mes habitudes, et me fait sortir d'une carrière dans laquelle j'ai passé tant d'heureux jours et acquis le peu de considération dont je jouis. Permettez-moi de retourner à mes dossiers. Je me tiens pour suffisamment récompensé par l'honneur d'avoir été l'humble instrument de la générosité de mon pays dans cette circonstance mémorable.
— Oh! non, ce n'est pas ainsi que je l'entends, me répondit le roi avec quelque vivacité. Croyez-vous que moi-même j'ai consulté mes convenances, lorsque j'ai accepté la couronne? Chacun se doit à son pays dans la situation que les événements nous ont faite. Nous aurons encore de rudes journées à traverser. Je vous ai placé à un poste dangereux, et par conséquent d'honneur. Vous serez à l'Hôtel de ville, où vous pourrez exercer utilement votre influence. Ne me parlez pas de votre inexpérience dans l'administration : il s'agira bien de cela dans des temps de crise pareils à ceux-ci!
Quand les orages seront passés, hé bien, alors, nous verrons à consulter vos goûts. Quant à présent, mes ministres et moi, nous avons été unanimes à penser que personne mieux que vous ne pouvait occuper le poste si important do rHdtcl de ville. »
Je ne pouvais plus persister dans mon refus : il y aurait eu trop d'égoïsme et peut-être trop d'orgueil à prolonger ma résistance. Ceût été pourtant un grand bonheur pour moi de clore ma brève participation aux affaires publiques sur cette mission de Cherbourg, laquelle ne me laissait que de bons souvenirs. Mais ma destinée me résenait à de plus rudes épreuves. (Pièces justificatives n* S à n* 35.)
Pendant que M. Barrot était préfet de la Seine, de graves événements s'accomplirent auxquels il prit une large part. Malheureusement cette partie de ses Mémoires a été perdue et n'a pu être retrouvée ni par lui. ni par sa famille, ni par ses exécuteurs testamentaires. Nous avons essayé d'y suppléer en publiant quelques fragments d'une lettre qu'il écrivait en 1832, en réponse à un écrit ministériel, et qui contient des détails intéressants sur le proccs des ministres el sur le sac de l'archevêché. Nous y joignons une lettre de l'archevêque de Paris, qui nous parait répondre Wcto* rieusemcnt aux calomnies dont M. Barrot a été Tobjel à l'occasion de ce dernier événement.
PIIOCÈS DES MI.MSTRES
Vous savez quelle était la situation des autorités après la révolution do Juillet. Le gouvcruemcnt de Charlc$^ avait
PROCÂS DES MINISTRES; 1^
compromis pour longtemps les agents de la force publique et brisé les ressorts du gouvernement en en abusant. II n'y avait plus possibilité de montrer un gendarme dans les mes : on fut obligé de déguiser la gendarmerie de Paris 80US un autre nom et sous un autre uniforme, et, môme pour la gendarmerie départementale, nous nous vimes forcés de remplacer les shakos par des bonnets à poils; quand on se hasardait à faire sortir une patrouille de troupe de ligne, c'était en la mettant à la suite d'un piquet de garde nationale, et jamais seule.
Les choses ont bien changé depuis, je le sais, et l'on serait plus disposé à mettre la garde nationale à la suite des soldats de ligne ou des gendarmes ; mais il faut se reporter à la fin de 1830, et personne ne niera la vérité du tableau que je trace.
C'est dans cette situation que le procès des ministres arriva. La question fut aussi mal engagée que possible par les doctrinaires et leurs amis : ils s'avisèrent de demander l'abolition de la peine de mort, ne dissimulant pas que ce n'était pas une vue philanthropique qui les dirigeait, mais le désir de sauver les ministres accusés. Sur cette intervention ofGcieuse d'un parti peu populaire, le peuple, qui jusqu'alors était calme et qui paraissait disposé à respecter les arrêts de la justice, s'émeut; des cris : A bas les ministres! se font entendre ; une sédition plus forte est annoncée pour le lendemain; le conseil des ministres s'assemble à la Chancellerie, place Vendôme; on m'envoie chercher dans la nuit; on me demande une proclamation pour le lendemain au lever du jour; j'offris de la rédiger sous les yeux des ministres, qui, pressés de se retirer, me dirent qu'ils s'en rapportaient à moi.
Rentré à l'Hôtel de ville, j'y rédige à l'instant même cette proclamation, dans laquelle j'annonce qu'une démarche inop* portune (je désignais l'Adresse de la Chambre) n'empêcherait pas que la justice n'eût son cours; je qualifie de lâcheté toute violence commise sur des accusés. Cette proclamation produit son efi*et : le premier jour, le Journal des Débats en fait l'éloge; le lendemain, on se ravise, on attaque l'expression inopportune. Je m'insurge, dit-on, contre la Chambre. J'offre ma démission à M. Guizot. Dupont (de l'Eure), le général Lafayetle déclarent qu'ils me suivront. Il fallait traverser la crise du procès pendant devant la Chambre des pairs. On
lOi liiVOIRES D'ODILOM BARROT.
recoDoaft qu'il n'y a que des hommes populaires qui peu- ▼ent sauver le gouTemement, et Guizot se rtHre.
L'événement est trop rapproché de nous pour que Je puisse tout dire; mais il faut avoir vu avec quelle indignation le général Lafayette accueillit devant moi des ouverture» contraires àses devoirs et qui auraient pu cependant flatter son ambition s'il en avait eu d'autre que celle de préserver notre révolution d'une souillure, pour apprécier toute la noblesse, toute la grandeur de ce caractère. Je sais très-bien qu'on reprochera au général de n'avoir pas fait arrêter celui qui lui faisait ces ouvertures, comme on m'a reproché, à moi, d'avoir averti le gouvernement du danger qu'il eoarait, sans dénoncer ceux qui m'avaient révélé ee danger.
Il y a cependant d'autres devoirs dans ce monde que des devoirs de police : un honnête homme peut bien se faire tuer pour défendre le poste qui lui est confié, sans avoir le courage de trahir un ami qui se livre à sa foi.
Dans le récit de M. Pépin, il y a une chose qui m'a frappé: c'est l'importance donnée au service qu'a rendu M. de Montalivet en escortant à cheval les accusés, soit lors de lear arrivée de Vincennes, soit à leur retour. C'est une satîifM» tien bien innocente que cette petite ovation qu'on le fait décerner dans les salons de la cour ou dans sa petite cot^ rie, et personne en vérité n'aurait le courage de troiil>ler cette joie, si, enhardis par notre silence, les agents d'un parti n'avaient été jusqu'à contester au général LAfayetle 1 influence décisive qu'il a eue sur l'heureux dénoùment de ce procès.
11 faut le dire, la garde nationale était au moins partagée sur la conduite qu'il y avait à tenir dans cette circonstanee : la très-grande majorité ou du moins la partie énergique et active de cette garde demandait que le sang versé en juillet fût expié par du sang. 11 fallut plus que du courage an général Lafayette pour prendre sous l'égide de son immente popularité les accusés et les juges. Il n'hésita cependant paa; les dis()Ositions qu'il prit furent précises.
Sos exhortations rallièrent la garde nationale, le l'ai aidé do ma faible influence; je fis paraître une première proclamation dans laquelle je déclarais que tout citoyen quihrtrail Mir SOS concitoyens serait considéré comme ossutstn; parée qut* dôfonse était faite de riposter, et, en efl'et, on refusa des cartouches. Tout eût été perdu si le feu se fût engagé, wL la
PROOtS PBS VINI8TKE8. 195
scng eût coulé. Après avoir visité avec soin le terrain, donné toutes les instructions, le général Lafayette vint s'installer an Luxembourg, et je vins l'y joindre à travers la foule déjà agglomérée, seul, à pied et en uniforme de préfet. 11 était facile de prévoir que le moment de la crise serait celui où le résultat de l'accusation serait connu du public, si ce résultat n'était pas la peine de mort : car c'était alors seulement que le sentiment de haine devait faire explosion contre les accusés et les juges ; jusque-là, la multitude ne pouvait qu'attendre et les meneurs seuls s'agitaient. C'est, en effet, ce qui arriva : tant que l'arrêt ne fut pas connu, il y eut des cris, des masses se pressant vers le Luxembourg et reculant devant la garde nationale; mais, lorsque le soir l'arrêt fut connu, il y eut une explosion très-inquiétante. Les bataiU Ions serrés de la garde nationale qui remplissaient la cour du palais du Luxembourg se précipitèrent aux portes en poussant des cris de mort. C'en était fait si ce premier mouvement n'était pas comprimé et se répandait au dehors.
Ce fut alors que le générai Lafayette alla se placer devant la porte et apaisa par sa résolution, par ses exhortations, cette effervescence que le fanx bruit de la condamnation à mort des accusés, répandu je ne sais à quel dessein quelques moments auparavant, avait augmenta Dans la journée» nous étions vivement préoccupés au Luxembourg du parti que prendraient les jeunes gens des écoles. On vint nous avertir qu'ils étaient réunis en grand nombre et délibéraient; que les motions les plus violentes étaient faites sur la place du Panthéon. Nous leur fîmes exprimer le désir qu'une députation d'entre eux vint conférer avec nous. Il vint en effet plusieurs jeunes gens très-exaltés, et la conférence eut lieu en présence de tout Tétat-major de la garde nationale de Paris ; elle fut longue et vive.
Pourquoi, leur disions-nous, vouloir souiller, par lemeur* tre de quatre hommes, une si belle révolution? leur sang est-il donc indispensable à la liberté conquise? etc..
lis nous répondaient : Il ne s'agit pas des accusés, nous n'avons pas plus soif de leur sang que vous, nous les protégerions même s'il le fallait; mais il s'agit d'un gouvernement qui a trahi la révolution. L'occasion de le renverser se présente; nous la saisissons. — C'est-à-dire, leur répliquionsnous, que vous voulez préluder à une nouvelle révolution, par ù meurtre de quatre accusés; mais cette révolution est-elle
nécessaire? désespérez-vous déjà de la force de Topinion publique, de l'influence de la presse, de l'accord des patriotes dans les Chambres, hors des Chambres? Sauvons le gouvernement de cette crise: nous n'en aurons que plus de titres, plus de moyens pour le forcer ensuite à satisfaire à toutes les conditions de notre révolution. — Oui, nous disaient-ils, DU a besoin de vous aujourd'hui, on vous subit; demain, cl le danger passé, on vous renverra, et la réaction vers le passé s'accomplira.
Cette discussion devenait déjà trop vive et se prolongeait; nous y mîmes un terme, en déclarant que notre parti était pris, et qu'on n'arriverait aux accusés que sur nos eadavm» lis parurent se rendre. Et, en effet, les écoles déûlèrent bientôt après au milieu du peuple, portant sur les chapeaux pour devise : Ordre public. Cette qianifestation, qui méritaà cette jeunesse les remerctments de la Chambre des députés, remerciments qu'elle repoussa trop dédaigneusement, fit la plus heureuse diversion sur les esprits, et contribua beaucoup à assurer l'issue de la journée.
J'avais, à tout événement et pour moyen extrême, réuni à l'Hôtel de ville tous les blessés de JtUUetj qui avaient confiance en moi, parce que je m'étais occupé avec quelque sollicitude de Icursort; sur la demande qu'ils m'avaient faite de leur dire l'objet de leur réunion, je leur avais déclaré que mon intention était, s'il y avait com^Mi/, de m'avancera leur tête et de nous interposer sans armes entre les combattants. Je ne doute pas que la vue de ces citoyens glorieusement mutilés pour la cause de la révolution n'eût désarmé les plus furieux.
Nous n'avons pas cui Dieu merci, besoin de reeourir à ee moyen.
Je n'entends nullement contester le mérite de M. le comte de Montalivct dans ces circonstances; mais on conviendra que si, à sa place, un brigadier de gendarmerie eût chevau* ché à la portière do la voiture des ministres, les choses se seraient passées comme elles se sont accomplies.
Quant à l'idée de faire partir les ministres aussitôt après la clôture du débat et avant le prononcé de l'arrêt de la Cour des pairs, elle ne lui appartient pas au moins exclusî* vemcnt; elleétait venue à tous ceux sur qui pesaitla responsabilité de révénement. J'en avais donné le conseil plusieurs fois dans mes conversations avec S. M. et avec sa soMir; et.
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lorsque M. Pasquîer Tint dans la salle où dous étions nous annoncer que le débat était clos, le général Lafayette, M. de Montalivet, M. de Sémonville et moi, nous fûmes tous d'avis qu'il ne fallait pas attendre le prononcé de l'arrêt pour faire évacuer les accusés.
M. de Montalivet me demanda même si je voulais les accompagner. Je lui fis observer que si ma présence pouvait être utile quelque part, c'était au Luxembourg, pour faire tète à la sédition lorsque l'arrêt viendrait à être connu, et non sur la grande route. Il n'insista pas et monta le cheval d'un brigadier; il avait même oublié l'ordre de transfèrement qu'il vint chercher. Telle est la part qui revient à chacun.
Sans le général Lafayette, le procès aurait eu le plus déplorable dénoûment : ce ne sont pas seulement les accusés qui auraient été victimes, leur mort eût été le signal d'une révolution violente. Si, en juillet et août 1830, le général Lafayette a élevé le trône, en décembre, il l'a préservé d'une catastrophe inévitable. C'est là une vérité que la camarilla peut bien nier aujourd'hui après l'avoir d'abord emphatiquement proclamée, mais que l'histoire enregistrera.
Cependant ce que les jeunes gens avaient prévu arriva : dès le lendemain du procès, je ne sais quelle intrigue était dirigée contre le général Lafayette pour le déposséder de ses fonctions. Lorsque la proposition en fut faite à la Chambre des députés, nous étions avec le géinéral chez Dupont (de l'Eure), lui faisant en quelque sorte une violence morale pour l'engager à rester au ministère de la justice, dont il voulait absolument se retirer. Le soir, en apprenant que l'on avait enlevé au général Lafayette le commandement des gardes nationales du royaume, M. Dupont prit la résolution, désormais inébranlable, de se retirer, et le général donna sa démission.
J'avoue que je me permis de blâmer cette double retraite: c'était abandonner le champ à nos adversaires. Dans tout gouvernenent organisé, le pouvoir est un levier immense, et il y a quelque puérilité, lorsqu'on est engagé dans une lutte politique, à en armer ceux qu'on veut combattre. C'est dans ce sens que je parlai au général Lafayette pour le dissuader de donner sa démission ; je lui pariai du pays, de l'intérêt de la liberté, mais non de sa gloire personnelle, comme le suppose M. Pépin.
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J'av&is ébranlé le général : tout powatt s'arranger; nuit d'autres déterminations avaient été prises au château. U n« fut pas fait de réponse au général : on a? ait déjà pressenti qu'on pouvait se passer de lui.
Je ne crus pas devoir suivre mes amis, et en cela j'étais conséquent avec moi-même; cependant je voulus avoir une explication avec les ministres, et je l'eus* Je déclarai, en présence des ministres en conseil chez M. Laffitte, que si je consentais à rester à la préfecture de la Seine, c'est parée que je voyais à la tête du ministère un homme qui professait les mômes opinions que moi, et que je n'avais pas, malgré les déviations du gouvernement, perdu l'espoir que sous un tel ministre sa marche ne devint telle que pouvaient le désirer les plus sincères patriotes.
M. de Montalivet dit alors : JC. Barrot veutj en restaai, oom» promettre le ministère dans le sem de tes opinions» «• je ré» pondis que telle était précisément mon intention* M. LalOtie déclara à son tour que nos opinions étaient les mômes» et l'explication en resta là.
Cependant je m'aperçus bientôt que ma position, an moins comme préfet, était fausse. J'avais offert à IL de Mon* talivet mon concours bien loyal : appartenant comme moi à la jeune génération, libre de tout antécédent, j'espérmis qu'il saurait comprendre l'élévation de sa position, et je lui offris sincèrement tous mes efforts. Je n'eus pas le bon» heur d'obtenir la confiance du jeune ministre. Ses amis, ses journaux répétaient sans cesse que ma mission politique à l'Hêtel de ville était terminée avec les troubles, que je devais désormais me renfermer dans mes fonctions purement civiles do prjïfct, et qu'au besoin on saurait bien m'y forcer. J'acceptai volontiers cette nouvelle situation, dana laquelle il y avait certes encore trop à faire pour mes forces et ma capacité. Aussi, lors de l'événement de Saint-Ger* main-l'Auxerrois, M. Bande fut prévenu avant moi : je ne l'appris qu'à la Chambre et lorsque la sédition était déjttl flagrante. Je quittai aussitôt la Chambre et me rendu sur les lieux, où je trouvai seulement quelques gardes nap tionaux réunis. Je courus à l'Hùlel de ville, et pris snr moi d'écrire aux maires des arrondissements menacétt de diriger la garde nationale sur les églises pour les pro* téger.
Le soir, je fus, accompagné de mon secrétaire. M* Millot,
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à Varehetéchi; j'y irouvai M. le baron de Schoaen avec sa légion ; je lui fis porter des vivres, des matelas pour passer la nuit, et l'avertis qu'il pourrait bien être attaqué le lendemain. De là je pareourus la ville, visitai les postes, particulièrement celui du Châtelet, qui avait été attaqué, et enfin je me rendis au Palais-Royal, où les ministres étaient assemblés; j'y rendis compte de ce que j'avais vu et fait, et déclarai que je me mettais à la disposition du conseil et attendrais ses ordres. Voilà ce que M. Pépin appelle de ïinaction ! et cependant, pendant les trois jours que la sédition a duré, je n'ai pas reçu un ordre, pas une instruction du ministère de l'intérieur; je n'ai pas été appelé une fois au ministère, où les maires étaient pour ainsi dire en permanence : il m'était permis d'éprouver après cela quelque étonnement, lorsque M. le procureur général Persil, qui était tranquillement resté chez lui, vint me reprocher à la tribune de n'avoir pas arrêté l'émeute, moi simple édile, ne pouvant requérir un seul gendarme ni signer un seul mandat, et laissé complètement à l'écart par l'autorité supérieure.
Je dus rendre compte des faits à la Chambre des députés, et c'est à la suite de cette discussion que M. de Monta! ivet observa que la stisçeptibHité de haut en bas était plus naturelle que celle de bas en haut. Je n'y tins plus, et je hii jetai à la tête et du haut de la tribune ma démission^ qu'on s'empressa de ramasser : car j'imagine que la petite scène parlementaire n'avait été arrangée que pour en venir là.
M. Pépin a rapporté que j'avais approuvé la descente de la croix de V église Saint-Germain-VAuxerrois; le fait cité est complètement faux. Je n'ai jamais approuvé ni improuvé la conduite du maire dans cette circonstance. M. Pépin pourra consulter les cartons du ministère : il y trouvera mon rapport et il y verra avec surprise conmie on écrit l'histoire.
Je sais que M. de Montalivet, je ne me souviens plus dans quelle circonstance, a commis cette erreur, que j'ai négligé de démentir, fatigué que je suis de donner des démentis à tout propos et dans un intérêt personnel. Bien loin d'ap* prouver les violences du 13 février, je voulais opposer à ces violences une manifestation éclatante, surtout pour la province comme pour les étrangers*
Le clergé de Noire-Dame voulait dire sa messe au milieu des ruines et portes closes: j'ordonnai que la messe fût celébrée portes ouvertes, et je m'y rendis eu grand uniforme; et, en sortant de Féglise, trouvant des groupes assemblés , je leur fis sentir par une allocution combien il était stupide de se livrer à des dévastations qu'il fallait ensuite réparer avec l'argent pris dans la bourse du peuple.
Telle a été ma conduite dans cette circonstance. Je ne crois avoir mérité aucun reproche d'inaction ou d'indulgence pour la sédition.
A la suite de cet événement, M. Odilon Rarrot reçut de Mgr Tarchevêque de Paris la lettre ci-jointe, qui montre comment sa conduite était jugée par le prélat même dont Thabitation avait été dévastée.
Paris, le 30 septembre 1830.
Monsieur lb Pbéfzt,
J'ai appris dans le lieu de ma retraite, que l'on m'invite à garder strictement, l'intérêt que vous avez mis à visiter l'archevêché, et les ordres que vous avez donnés pour que Ton commence à faire disparaître les traces de l'horrible dévastation que vous avez vue de vos propres yeux. Veuillez en recevoir tous mes remerclments.
Il est possible qu'elTrayé de l'état où l'on a mis ce bâtiment et des dispenses qui seront jugées nécessaires pour les réparations, on ramène devant vous une idée que je voudrais essayer de combattre d'avance: celle d'abattre rarchevèché, pour le reconstruire sur un nouveau plan et d'une manière plus solide. Celle pensée, qu'on oserait à peine essayer de réaliser dans les plus beaux jours de prospérité, doit, cerne semble, être rigoureusement écartée dans le moment présent : les motifs en sont si palpables, qu'il n'est pas nécessaire de les déduire. Je vous demande donc, Monsieur le Préfet, d'anéantir jusqu'à l'espérance de ce projet, afin qu'une fois perdue, les personnes chargées de la réparation s'occupent avec toute la promptitude possible d'une œuvre
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si juste et si nécessaire. Je vous en aurai une véritable obligation.
Veuillez agréer l'assurance de la haute considération avec laquelle j'ai l'honneur d'être, Monsieur le Préfet, votre très-humble et très-obéissant serviteur.
Signé : f Hyacinthe,
AreheTèqHe de Vuià,