‹ Mémoires posthumes (volume 2)Chapitre 26 sur 65 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

CnUTE DU MINISTÈRE LAFFITTE

A la suite de ma démission de la préfecture de la Seine et bien que j'eusse encore conservé, sur les instances du roi, le titre de conseiller d'État, je me considérais comme rentré dans ma pleine indépendance de député.

Ainsi s'ouvrait devant moi cette perspective de servir mon pays dans un parlement libre : ce qui avait été le rêve de toute ma vie. Elle s'ouvrait une ou deux années avant l'époque où, d'après l'ancienne Cbarte, j'aurais pu y entrer, n'ayant pas encore atteint l'ûge de quarante ans; mais j'étais prêt. La nature de mes travaux à la Cour de cassation, mon esprit naturellement géuéralisaleur, une certaine ténacité dans mes convictions, tout, jusqu'à l'état de ma fortune acquise à force de travail, et qui, bien que modeste, suffisait à mes besoins et me mettait au-dessus de toute préoccupation d'argent, tout m'y avait préparé.

Je trouvais devant moi, sur le banc des ministres, ce même M. Laffitte avec lequel je m'étais ouvertement expliqué sur la ligne politique que je me proposais de suivre et qu'il avait approuvée.

Mallieurciiscment, il n'avait gardé du pouvoir que les apparences. Le roi lui avait persuadé d'accepter pour collègues quelques jeunes gens, libéraux ardents avant 1830, mais qui, par une de ces transformations trop communes dans notre pays, étaient devenus des courtisans raflinés, depuis que la perspective des grandes positions s'était ouverte pour eux.

M. Lattitte avait d'excellentes qualités publiques et privées : il était bon, généreux même jusqu'à l'excès; mais i] était trop de son pays pour n'avoir pas une assez forte dose de vanité, et il s'était persuadé que sa I)rés(»nce dans le cabinet, quelle qu'en fut d^ailleursla c(»mposition, suffirait pour maintenir le gouvernement dans la voie franeliement libérale dans laquelle il était entré lui-même. Il ne s'apercevait pas que, depuis les démissions de Lafayette et de Dupont (de l'Eure), et par suite de la disposition où étaient les jeunes collègues qu'on lui avait donnés, il était tombé entière* ment à la disposition du roi.

iruii autre coté, son libéralisme, plutôt instinctif que raisonné, était suspect à la majorité des dépntés: car, dans le scrutin qui avait eu lieu, au lendemain même de la révolution, pour désigner des candidats à la [u'ésidenee de la Chambre, il n'avait obtenu que IGO voix, tandis que 174 sullrages avaient été donnés cl (laNimir Périer, et ce n'est qu'au refus de ce dernier (|u'il avait eu l'honneur d'occuper le fauteuil de la

J)rési(lenee.

One pimvait-il faire aver des collègues d'avance ae<|uis à la direction qu'il [dairait au roi de leur donner, et une Chambre d<»nt la majiirité avait sa personniti<'ation vraie dans M. Casimir Périer? Il était d'avance frappé d'impuissance : il aurait dû le sentir et se retirer ; je m»» serais retiré avec lui. Il s'iibstina à rester, et \u* réussit qu'à se survivre à lui-même et à prolonger (piehiues jours de plus une situation fausse

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