‹ Mémoires posthumes (volume 2)Chapitre 5 sur 65 · I AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

I AVANT-PROPOS

tioDs le succès de son opinion. Par un concours heureux de circonstances, il fut surtout Tavocat de la liberté religieuse, alors gravement menacée, et, plus d*une fois, elle lui dut la victoire. Mais, inflexible sur tes principes, il montra plus d'une fois qu'il n'en voulait rien sacrifler au désir d'un succès passager. Il se distinguait ainsi d'un grand nombre de ses confrères qui, visant surtout au gain de leur cause, se servaient indistinctement de toutes les armes, sans en mesurer la direction ni la portée. Par cette conduite, encore plus que par son talent, il était devenu, quand la Restauration approcha de son terme, un des adversaires les plus puissants du parti de l'ancien régime, un des défenseurs les plus renommés de la société moderne et des idées libérales. Je l'ai \ii, à cette époque, dans la société Aide-toi^ le Ciel t'aidera^ dont nous faisions partie l'un et l'autre, aussi ennemi des complots révolutionnaires que des tentatives contre-révolutionnaires ; mais ferme, résolu et annonçant par avance son inébranlable détermination de résister à tout prix au coup d'État qui se préparait. Personne ne put donc s'étonner de le voir, le jour des ordonnances, prendre parti pour le droit contre la force et s'associer avec enthousiasme à la plus légitime des révolutions.

Comme secrétaire du gouvernement installé à lHôtel de ville, sous le nom de commission municipale, M. Odilon Barrot sortit très-utilement d'intermédiaire entre l'Hôtel de ville et le palais Bourbon, entre le général de Lafayette et le président de la Chambre des députés. En le chargeant de la tilche difdcile d'accom-

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fiance, il n*en usait que pour le modérer dans ses aspirations, le refréner dans ses écarts, le retenir dans les voies salutaires de la légalité. Il réunissait deux qualités trop souvent séparées : l'honnêteté et l'habileté. Il ne dédaignait point les ressources de la tactique parlementaire et, au besoin, il savait en user, mais en les subordonnant toujours à des intérêts d'un ordre plus élevé. Il avait d'ailleurs une qualité bien rare chez les chefs de parti, celle de ne compter pour rien son amour-propre et d'être toujours prêt à prendre la parole quand il croyait être utile : « Nous avons besoin que vous parliez^ i> lui disaient ses amis, et, préparé ou non préparé, il parlait sans se demander s'il parlerait bien ou mal. C'était un devoir qu'il accomplissait, et, pour lui, le devoir passait avant toute autre considération.

L éloquence de M. Barrot avait son caractère propre. Ce n'était point un de ces torrents qui se précipitent en renversant tout sur leur passage ; c'était un de cfïi fleuves qui s'avancent majestueusement et dont les débordements fertilisent au lieu de ravager. Sa pensée se développait d'abord un peu lentement et quelquefois avec trop de solennité ; mais une fois au cœur de son sujet, il saisissait l'esprit de ses auditeurs par une discussion solide, savante, animée, surtout lorsqu'il rencontrait dans le débat une de ces questions de moraUté poUtique qui avaient plus que toute autre le privilège de l'émouvoir. Son indignation alors éclatait non-seulement dans son langage, mais dans sa voix, dans son geste, dans l'expression de

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