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Ainsi, quant aux incompatibilités parlementaires, nous y avions compris les aides de camp et autres personnes attachées à la cour et salariées; nous avions été frappés du rôle que ces personnages jouaient parmi nous : on les voyait, les jours où quelque question importante se débattait à la Chambre, s'agiter pour recevoir et transmettre sur les bancs des centres les ordres du roi, comme s'ils eussent eu à manœuvrer une armée; ils compromettaient ainsi tout à la fois, par leur présence, et le roi et le parlement, et n étaient pas vus sans une forte suspicion même par leurs collègues : sur ce point, bon nombre de membres de la majorité auraient voté avec nous, s'ils Teussent osé.
La partie principale de notre projet de réforme électorale était Fadjonction de la seconde liste du jury qui avait été proposée dès 1831, par le gouvernement lui-même, et n'avait échoué que par une fausse manœuvre de Mauguin : certes, après dix-huit ans de pratique du gouvernement représentatif, ce n'était pas se montrer bien exigeant.
Enfin, ces propositions si modérées étaient présentées après des promesses solennelles faites et renouvelées par deux ou trois ministères successifs, le ministère Dufaure-Passy, le ministère Thiers, et après rengagement que M. Guizot lui-même venait de prendre vis-à-vis de ses électeurs et dont la France entière avait pris acte.
On le voit, il était impossible que celte grande question de la réforme électorale et parlementaire se produisit dans des termes plus doux, plus rassurants et dans des conditions plus favorables. L'histoire croira à peine qu'il se soit trouvé un roi doué d'un grand esprit, des ministres d'une haute intelligence et une majorité prise après tout dans la partie la plus riche et supposée la plus éclairée du pays, pour repousser
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de telles réformes, et pour jouer à ce jeu insensé la plus belle couronne I
Le débat fut sérieux, modéré, digne de la grandeur du sujet et de la gravité de la situation : les partis extrêmes ne vinrent pas cette fois le troubler, comme cela leur était arrivé alors que, par Torgane d*Arago, ils avaient jeté à la traverse d*un projet de loi de réforme électorale leur système absolu et très-peu libéral du suffrage universel ; ils laissèrent cette fois aux opinions parlementaires la direction de la discnsr sion, comme ils leur en avaient laissé Tinitiative.
MM. Duvergier de Hauranne, Thiers, Dufaure, firent ressortir, chacun à leur point de vue, avec une grande énerj^ie, la nécessité de la réforme; il échappa même à M. Dufaure de déflnir le système électoral existant comme constituant une exploitation f par qmfifmn hommes j des ressources du pays.
L(>s adversaires de la proposition loi opposaient fortout son inopportunité; ce n*était pas, disaîent-ibt dans la deuxième année d*une législature <|u*il était opportun de mettre en question son existence , en changeant les conditions de la loi électorale dont elle était sortie. Au fond, on soutenait que la proposition, motivée sur les vices de la législation et sur les facilités qu^elle donnait à la corniption, était an outrage à la majorité. S'il y a dans notre S3rstème quelques imperfections, ajoutait-on, elles disparaîtront peu à peu (it'vaiit le progrès de nos mœurs politiques. D*ait leurs, \i- nombre des électeurs n*est-il pas destiné à s^aernMtn; par le seul fait de Télévation des charges publiqnt>s i»t de raccroisscment de la richesse nationale? Puis enfin, et c'était Targument capital de M. Guiiot :
Que se propose le lépi.<lntcur, disait le ministre, dans vne loi cIi:ctoralc? c'est que tous les intérêts soient rspr^
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sentes et défendus. Or, depois TaboIitioD des classes privilégiées, il n'y a plus d'iotérèts distincts dans la société : les 200,000 électeurs ont les mêmes intérêts que tous les autres citoyens. 11 n'est donc pas nécessaire d'appeler d'autres représentants, d'autres défenseurs de ces intérêts: le corps électoral actuel y suffit parfaitement.
A ces arguments^ H. Duchâtel en joignait un pius direct. Il nous disait ironiquement, non sans une apparence de vérité :
Vous nous citez l'exemple de l'Angleterre^ au sujet de la réforme de 4832; mais où sont ces milliers de pétitions portées à la barre du parlement anglais sur des chariots ? Nous ne voyons rien de semblable : vous êtes quelques hommes qui vous agitez pour cette réforme, pour laquelle la nation est parfaitement indifférente, parce qu'elle est heureuse et prospère... Ne comparez donc pas, à la grande manifestation de la nation anglaise en faveur d'une réforme, l'agitation factice que vous essayez de faire dans cette enceinte: votre projet n*est, à vrai dire, que la spéculation de quelques ambitieux qui veulent des portefeuilles..••
En attendant la réponse de fait que nons devions faire à ce dernier argument, réponse dont la terrible signification devait dépasser de beaucoup et nos prévisions et celles du ministère, voici comment je réfutai à la tribune toute cette argumentation par laquelle le ministère éludait ses promesses :
Votre remède , disais-je » contre les abus que nous vous signalons est, selon vous, dans l'action et l'influence de nos institutions parlementaires. Mais pour constituer un gouvernement parlementaire» il faut commencer par former un parlement; et là où les élections seraient, non l'expression des convictions politiques de chacun, mais le résultat d'un marché où les intérêts seuls auraient été pris en compte, il n'y aurait plus de parlement proprement dit, il y aurait seulement une réunion de spéculateurs politiques* 11 faut donc tout d'abord chasser les marchands du Temple
et faire que les calculs de l'intéri^t ne viennent pas pervertir le verdict du pays, ce grand jury qui est appelé à prononcer entre le ministère et ropposition. Voilà ce que le parti parlementaire, ce que le centre gauche tout entier a fini par reconnaître. (Très-bien!)
Quant ù l'arriment tiré de ce qu'attaquer la loi viectoraie, c était injurier la majorité, je répondais :
Que si l'argument pouvait avoir quelque force, toute réforme éU^rlorale deviendrait à jamais impossible, car elle serait frappée d'avance d'une fin de non-reccvoir qui se reproduirait toujours; alors le système de résistance deviendrait immuable, ce serait la borne faîte Dieu, en quelque sorte. (Sensation prolongée.) Le pays est indiffèrent, dites-vous, pour nos réformes; la foule ne s'agite pas aux portes de cette enceinte : eh! grand Dieu! si la foule s'agitait à vos portes, vous diriez : Il ne faut pas céder à la violence. Tantôt c'est parce que le peuple est calme, et tantùt parce qu'il est agité, qu'il faut résister à toute réforme. (Approbation générale.) Vous pourriez d'ailleurs vous tromper étrangement sur l'état des esprits; vous ne seriez pas le premier gouvernement qui aurait commis une telle méprise et l'aurait cruellement expiée. La France n'est pas un pays habitué aux démonstrations politiques : cela est vrai, je m'en plains souvent : c'est une défaillance de nos mœurs politiques, mais aussi les lois ne sont-elles pas complices de cette défaillance? I^n effet, par votre législation sur les associations, sur les réunions publiques, n'aveivous pas tout fait pour supprimer les manifestations de l'opinion publique qui, chez nos voisins, font en toutes circonstances relater les vœux du pays? M. le ministre de rintrriiMir et ses amis nous demandent ironiquement quel est le nombre des signatures qui appuient la réforme. Messieurs, il y avait sons la Itestauration une loi électorale, celle du double vot<^; on veut bien la roconnattre mauvaise» aujourd'hui qu'une révolution en a fait justice. Eh bien! que .M. le ministre dt> l'i nié rieur se fasse rendre compte du nombre des pétitions qui étaient alors présentées pour en dem.-indtT la rrlorniation. L'rtat moral du pays était alors ce qu'il est aujourd'hui: on ne sait pas en France dépenser son courage eu tentatives qu'on sait d'avance devoir ^tre