CHAPITRE XIV
Aprl'S cotte dorniorc et vainc tentative de réforme, nous nous étions réunis chez l'un du nous, M. Diiver- ^ior de Ilauranne, pour aviser au meilleur moyen de nïeltre le pays en demeure de se prononcer sur la réfiu'nie. Uiieli|U(S députés intluents de la gauche et du centre ^'uuclie assistaient à cette conférence : l'objeetinn de M. I)uch;itel y fut rappelée.
S'il v>i vrai, comme Ta prétendu ce ministre, disions-nous, que le publie soit en «'ffet intlifTérent sur c«'tte (|uestion de réforme, alors c'est le ministre qui a r:ii>on contre nous, et il faut renoncer à la poursuivre. Il import«* donc d'étn* édifiés sur ce point : le public veut-il ou ne veut-il pas d'une réforme?
La >e>sion allait finir. Nous fûmes unanimement d'avis qu'il f;dl;iit, dans l'intervalle <les deux sessions, interr«»({er Topinitui par la voie la plus usitée, celle d«*s banqut'ts ; il fut convenu qui' nous y convierions les éleeti'urs et les citoyens notables de chaque cit^, en ayant M»in qm* ces réunions se tinssent dans des lieux |»rivés. afin d'é\iter ainsi les dispositions prohî- Litivc^ de lu loi contre tout<' rvunion publique non nuîfh
LES BANQUKTS. 4€3
riêée; que là se poserait la question delà réforme. Il fut également arrêté entre nous que toutes les opinions qui se renfermaient dans le cercle de la Constitution, à quelques nuances qu'elles appartinssent, seraient admises dans ces réunions, et qu'en seraient exclues seulement celles qui appelaient une révolution. Le mot d'ordre général devait être celui-ci : Une ré^ forme, pour éviter une révolution/ Nous laissions à chaque réunion à régler les toasts^ pourvu qu'on ne s'écartât pas de ce mot d'ordre ; celui Au roi ne fut ni exeiu, ni imposé.
M. Thiers approuva la manifestation publique, mais il ne jugea pas convenable de s'y associer personnellement, soit qu'il se défiât de sa popularité, soit qu'il trouvât qu'il était trop rapproché du pouvoir pour lui li\Ter un pareil assaut. M. Dufaure s'abstint aussi, mais par d'autres motifs qu'il énonça dans une lettre à ses électeurs de la Charente.
L'effet de ces abstentions fut fâcheux : non que l'énergie de la manifestation en pût être diminuée, mais il devenait maintenant plus difficile pour nous de conserver à notre démonstration le caractère de modération que nous tenions à lui imprimer; cette abstention d'une partie du centre gauche nous exposait à pencher davantage vers l'extrême gauche, ce que nous voulions surtout éviter.
Je ne ferai pas l'historique de cette longue série de démonstrations, dont la première eut lieu en juillet 1847, dans le premier arrondissement de Paris, an banquet du Château-Rouge, 'et dont la dernière devait avoir lieu le 22 février, dans le douzième arrondissement, et ne fut interrompue que par la révolution : il me suffira de dire que le parti conservateur, qui avait dabord affecté un grand mépris pour ces réunions (si*s journaux étaient remplis de sarcasmes contre nos banquets) f changea bientôt de langage lorsqu'il vit
que rugitation i^ai^iiait do. vilio en ville, et que p\u% (le cinquante rites importaiit«'s y avaient déjà pris part.
Va\ eH'et, nous ne nous étions pas trompés lorsque nous avions soutenu que rinditrérenee dont se prévalait M. iKichàtt*! n'était ({u'apparente, et nous ne tardâmes pas à nous en apercevoir à la rapidité avec laquelle le mouvement une fois eommeneé se com* municpia dans toutes les parties de la France. Je revus de toute part des députations qui me pressaient d^aller présider ces réunions civiques: je me rendis ù presque toutes : j'attachais une grandi* im|)ortance à ce que cette a^'itation ne sortit pas des voies constitutionnelles, et ']v ne m'y épargnai pas.
Ici, je rappelais les espérances trompées de notre révolutiim de juillet; là, je traçais à la classe moyenne ses devoirs envtTs la patrie rommune; dans tel lieu, je faisais n»ss(»rtir les consé(|u«'nces fâcheuses du système de corruption et d'intimidation sur lequel s'appuyait le gouvernement; dans tel autre, j*attaquus cette centralisation 4'xcessiv(» dont le pouvoir faisait un si ^rand abus: partout, j'avertissais les électeurs que le salut de la France était dans leurs mains, et <pie, s'ils le voulaient réstdùment, nous obtiendrions une réfornii^ qui épargnerait à notre pays les dangereux hasards d'une révolution. J'insistais, partout où j'étais présent, pour que le toast au roi constitutionnel fut porté, (*t je rencontrai rarement de la résistance : là même où ce toast était omis, les convenances étaient au moins gardées.
Tue s *ule fois, Télément radical et révolutionnaire tiMita d'intervenir et d«* mêler son drapeau au ni\tre : c'était à Lille. Les députés dt> ce riche et populeui arrondissruii>nt appartenaient tons à l'opposition modérée et dynastique; ils avaient organisé le banquet réformiste et, d'aecord avi*c un comité où s'êtaieni malheureusement gliss4*s «pieiques radicaux» ils en
avaient arrêté le programme sans toutefois fixer les toasts à porter; puis une députation était venue min * viter à présider la manifestation, m'assurant que tout s y passerait dans les conditions d*une stricte et rigoureuse légalité : sur cette assurance, je m'étais rendu dans cette ville; mais quelques heures avant que le banquet eût lieu, nous apprîmes que M. Ledru-Rollin devait y paraître. Le coup avait été monté en arrière de mes collègues qui, pris par surprise, résolurent de s'abstenir de paraître au banquet, si le toast : Au roi conttitutionnel, ne précédait tous les autres, lis crurent devoir, cette fois, produire cette exigence, comme garantie, contre les violences que la présence de M. Ledru-Rollin leur faisait pressentir.
La condition fut refusée ; alors Tabstention de mes collègues et la mienne fut signifiée au comité. '
A cette nouvelle, grande émotion dans la population; on se réunit en tumulte à rhôtel de ville; des menaces sont proférées contre les abstenants. J'y parais, je suis entouré; j'explique nos motifs d'abstention : « Nous ne voulons tromper personne, dis-je à haute voix au milieu de cette foule très-animée : nous ne poursuivons la réforme que pour éloigner tout danger de révolution; nous acceptons le concours de tous ceux qui veulent se rallier franchement, loyalement à cette devise ; mais nous sommes bien résolus à nous séparer de ceux qui, au contraire, ne feraient de la question de réforme qu'un prétexte pour renverser le gouvernemont. Depuis quand la franchise et le courage des opinions seraient-ils un crime aux yeux des hommes qui se disent libéraux? » El, en prononçant ces paroles, je fixais du regard les groupes menaçants qui se pressaient autour de moi : je fus respecté ; je me retirai. Le banquet eut lieu, et M. Ledru-Rollin y développa tout à son aise ses thèses révolutionnaires et socialistes : il n'eut pas de contradicteur.
Mais, dt*s fi* l(Mi(l«*iiiuin, je présidais les banqupU d'Avesii(*s, rt là, j'aftiniiais awc une nouvelle énergie notre résdiution de poursuivre une réforme libérale et n)o(l«*rée par lus simules voies légales : d^autres raanifeNtatiiais de môme nature se suecéderent immédiatement après à Cambrai et autres villes du Nord, et rimpn^ssion fâcheuse qu'avait produite rineident de Lille fut bientôt eftaeée.
Cette seissi<m éclatante que nous avions faite aver le parti n'voltitionnaire eut même ce résultat fav<>rablf (le mieux faire ressortir aux yeux de la elasêe m n venue le earaetère modéré et strictement constitntionnel d(* l'a^^itation réformiste que nous poursuivii»ns, et de nous donner par eela même une nouvelle fnree.
Ce (pie voyant, les radicaux avis^trent une autre tactique; ils avaient d'abord c(mmicncé par cherchera Itinrner en dérision, à rimitati(m des conser\'ateurs. lins manifestations, |)uis h les troubler par leur inter- \t'iitinn : déjoués dans eetti* double manœuvre, ils se mirent alors à or^'ani^'r des banquets entre eux et ils y |irofess(*r«*nt I(*urs doctrines sans aucun ménagement. Il y (Mit de CCS banquets h Clidlons, Uijon, Auiun et antres villes; au radicalisme le plus absolu, le plus aiiti-ciHistittitionnel, souvent même le plus anti-social, ^«• nit'-laient des atta(pies directes etmtre notre oppo- >iti(»n constituti(mnelle «'t contre moi personnelleihi'iit.
• M. Odihm Ifarrot a Uan faire, disait Tun de leur» oratfurs. rV nnrrittra fuis le char de la révolutium; dm ami trrasr. » (In vit avec surprise M. de Lamartine, qoi avait sue('i'SNi\tMnent a|i|>arti'nu à l'extrême droite, au |iarti Mole et à notre (qqH»sition modérée, prendre pai't à cette eanqia^m* (l(*s radicaux : son orgueil blessé
I a\ait jeté dans le |»arti extrême et révolutionnaire.
II xcnait même de publier son IJutoirt dei Uénmdtmp
LB8 BAKQtETft. 4ff7
qu'il aurait mieux fait d'intituler : SéhahiUtanon et même glorification du régime de la Terreur. Ce livre, écrit avec tout TécUt d'un style admirable, fit dans le public une très-five impression; les masses déjà émues s'en emparèrent, elles s'enivrèrent de l'esprit révolutionnaire qui y était dépeint sous les couleurs les plus séduisantes : avant de frapper le dernier coup en faveur de la révolution comme député, M. de Lamartine l'avait préparé comme écrivain : il a donc pu se vanter, à juste titre, d'en être un des principaux auteurs.
Dans ce temps , le second arrondissement de la ville de Paris eut à remplacer son maire ; d'après la loi alors en vigueur, les électeurs avaient le droit de présenter à la couronne un certain nombre de candidats, parmi lesquels celle-ci était obligée de faire son choix. Or, Tanimosité de cette bourgeoisie, naguère si dévouée, était si grande que, parmi les candidats présentés, il n'y en avait pas un seul que le gouvernement pût choisir, et force fut à l'administration de subir M. Berger. Ceci se passait dans ce même quartier, tout peuplé de marchands et d'hommes d'affaires, où le parti de la résistance dans les premiers temps qui suivirent 4830 trouvait ses plus énergiques auxiliaires : on voit combien la désaffection avait fait de chemin dans cette classe et quel avertissement l'autorité eût dû puiser dans ce seul fait, si elle n'avait été comme frappée d'aveuglement.
Au milieu de cette atmosphère brûlante, il était fort à craindre que l'armée elle-même n'en reçût les influences, et c'est à quoi le ministère, qui semblait fermer les yeux sur tous ces symptômes alarmants, ne fit nulle attention.
II était devenu évident pour tous, excepté pour les ministres et pour le roi, que deux courants d'opinions s éuient formés : l'un, poussant à une réforme ; l'autre
468 MÉMOIRES D*0PIL01f BARROT.
à une r(^voliition, et qu'il n*y avait plus de choix qu'entre les deux.
Il semble que les ministres auraient dû appuyer le premier, ne fût-ce que pour contrebalancer le second; c est tout le contraire qu1ls tirent. Si on se reporta aux journaux de ce temps, à celui particulièrement qui était Torgane le plus accrédité de la politique ofticielle , au Jouttial des Débats , on y verra , non sans surprise, que, rendant compte des banquets, il n'avait que des outrages contre nos manifestations qui étaient cependant strictement légales et constitutionnelles, et que des éloges pour celles des radicaux : il félicitait ces derniers de ce qu'ils s*occupaient des intérêts positifs du peuple, et ne se perdaient pas comme nons dans les théories politiques. Il est \Tai que les radicaux attaquaient la monarchie et même Tordre social, et que nous, nous ne menacions que leur situation ministérielle. D ailleurs. M. Guizotetsesamis croyaient alors que le danger était plus sérieux pour les ministres (|u*il ne Tétait pour la dynastie; ils frappaient là où ils voyaient le péril le plus imminent et aussi le plus personnel.
C'est dans ces circonstances que s'ouvrit la session : M. (luizot, au mois de se|>tembre, av&it remplacé le niarérhal Soult comme président du conseil. Qu'allait faire le gouvtTnement en présence d*un mouvement >i universel, si énergicpie de Topinion et en face de ces passions révolutionnaires qui se réveillaient et dont les premières menaces se faisaient déjà entendre?
A l'imitation du gouvernement anglais , aurait-il la sagt»ss«» (If <'édrr et d'accorder la réforme demandée : ou bien, irrité plutôt (|u'av(Tti par ces manifoslationt, jetteruit-il un défi imprudent ù Topinion déjà si excitée ri mettrait-il \v feu à la mine? C'est ce dernier parti qu'il eut la fatale inspiration de choisir, et pour en aggraver encore la haute imprudence, c'est de la
bouche même du roi, et du haut du trône, qu*il fit tomber ce téméraire défi.
Le discours de la couronne contenait cette phrase : « Au milieu de Cogitation que fomentent des passions ennemies ou aveugles, une conviction m'anime et me soutient... » A peine ces mots furent-ils prononcés, qu*un frémissement parcourait tous nos bancs, sinistre pressentiment de ce qu'un tel outrage renfermait de tempêtes.
Lorsque le roi descendit de son trône et passa devant nous, saluant, selon son habitude, un silence glacial remplaça les acclamations accoutumées : il avait mis dix-huit ans à creuser Tabime qui nous séparait; mais cette fois , il Favait rendu infranchissable.
Toutes les fractions de l'opposition, droite, centre gauche, gauche républicaine, gauche dynastique, se réunirent sous ma présidence dans une sorte de convention, pour régler notre conduite dans une pareille occurrence.
Quelques membres, mon ami Chambolle entre autres, ouvrirent Tavis de donner nos démissions en masse, et de provoquer ainsi le pays à se prononcer avec éclat entre l'opposition et Tespèce d'anathème que le roi venait de prononcer contre elle; M. Emile de Girardin appuya vivement cet avis qui ne fut pas celui de la majorité : la généralité des députés présents représentèrent qu'une démission générale de notre part n'aurait d'autre résultat que celui de renouveler dans chacun des collèges des démissionnaires cette lutte électorale dans laquelle le gouvernement central, avec ses faveurs et ses intimidations, avait tant d'avantages contre nous; que la chance la plus favorable pour les opposants serait d'être tous réélus, ce qui laisserait encore dans le parlement une majorité acquise à la politique ministérielle : que si, ce qui n'était que trop probable, quelques-uns des
470 MÉMOIKES D'ODILON BARROT.
(Ic^niissionnaires venaient à n'être pas réélus, alors le ministère ne manquerait pas d*en faire un sujet de triomphe, et que l'opinion publique pourrait recevoir de fûchcux contre-coups de ces échecs partiels : on ajoutait qu'en France on n*aimait pas les abstentions, qu'on les considérait comme des désertions el qu'elles seraient mal accueillies par Topinion publique ; que, d'ailleurs, le moment où s'agitaient à rintt'Tieur et à l'extérieur tant de questions vitales et brûlantes était mal choisi pour abandonner le champ de bataille à nos adversaires.
C4*tt(^ dernière opinion prévalut. Ce|)endantM. Emile de Girardin persista et donna sa démission, déclarant, dans une lettre (|u'il m'adressa, qu'il ne craignait pat ditre seul dans sa résolution.
Le combat fut donc accepté ; chacun avait la conscience des graves conséquences qui pouvaient en sortir : la couronne, la majorité, le ministère allaient ètn* i'n^'a{{('*s dans une lutte brûlante en face d'nne opinion publique déjà très-surexcitée : nous voulions du moins que cette lutte se concentrât désormais dans le parlement, et malgré les vives instances qui nous furent faittfs, nous nïfusûmes très-nettement d'asustcr à un banquet que le Comité des électeurs de Paris avait organisé dans le douzième arrondissement, sons la présidence et sous les auspices du maire de cet arroudisspment, M. Boisscl, notre collègue : nous donnâmes pour motifs de notre refus, que la tribune nous étant désormais ouverte, il était convenable que les manifestations du dehors cessassent. Ce refus fui d'abord mal ac4'ueilli, car la population pariaienna s'était par degrés fort animée en faveur de la réforme et d(*s manifestati4»iis réformistes; les commissaires nous avaient même annoncé que le banquet se ferait sans nous; mais, ayant réfléchi que notre abst^nce enlèverait à cette manifestation tonte sa signification»
ils y avaient renoncé : tel était Tétat des choses lorsque le débat s'ouvrit sur l'Adresse.
Avant ce débat, et comme lui servant de prolégomène, je réussis à faire mettre à Tordre du jour des interpellations sur Taifaire Petit, dont je vais rendre compte.
Les détails de cette affaire m'avaient éterévélés par un mémoire rédigé pour la justice qui en était saisie, par notre collègue M. Bethmont.
M. Gui20t avait besoin d'une place de conseiller maître à la cour des comptes pour la donner, disait-on,, au frère de M. Passy (nous nous hâtons de dire que ce dernier, si connu par sa haute probité, était entièrement étranger à cette espèce de marché). Comme il n'y avait paa dans ce moment de place vacante à cette cour, un dSes amis de M. Guizot fut chargé par ce ministre d'aller trouver un de ces solliciteurs qui sont toujours en quête de quelque emploi, et que mon ami M. Reyiumd a décrits avec tant d'esprit dans son Jérôme Paturaij et de lui persuader d'acheter d'un des titulaire» de la cour des comptes sa démission^ promettant en échange de cette démission de lui assurer une place de référendaire dans cette même cour. La démission fut en effet achetée moyennant la somme d« trente mélU francs %X portée au ministère des affaires étrangères. Mais, dans l'intervalle, les choses s'étant arrangées autrement, on n'avait plus besoin de la démission acquise par M. Petit et il s'agissait de la rendre; mais celui-ci ne voulut pas la reprendre et persistait à demander la réalisation de son marché : de là, grand embarras du ministre.
11 s'ensuivit une correspondance fort compromettante : M. Petit se rendit enfin et reprit la malencontreuse démission. Bfais une autre négociation ne tarda pas à s'engager entre lui et M. Génie, secrétaire et factotum de M. Guizot C'était sur la recette particu-
liÎT(» (le CofImmI qiio notre solliciteur avait jeté cotte i'ois son dévolu. Pour désintéresser le titulaire de cette place, il fallait acheter de ncmveau une démission à la cour des comptes: elle fut achetée moyennant une rente via^èn* assise sur la tétt^ du démissionnaire. La négociation eut le résultat désiré : le sieur Petit devint receveur de ('(»rheil.
O (fui <lonnait plus de gravité à ce honteux tripotage, c'est (fue la première de ces négociations ayant été dénoncée aux C.hambres, M. Guizot avait fait une espèce d'amende honorable et avait solennellement promis cpie d(* pareils faits ne se reproduiraient plus. Il avait même fait présenter un projet de loi pour interdire ces ventes de places et les frapper d'une peine : et c'4'st au mépris de ces promesses et en violation de la loi prés4*ntée par son ctdlegtie des finances (pril était tombé dans cette récidive.
Tout cela était clairement et compendieusement expliffué dans le mémoire de Bethmont. Après en avoir pris <*ommunication, ainsi que des documents fournis à l'appui, et avoir reçu de la partie intéressée et de son avo<>at la permission de m*en prévaloir, je portai l'affaire à la tribune.
hi \mu\ préci?, dis-je, aprèi^ avoir exposé les faits, sur icqiiol portent lufs iiitiTpcllalion<, c'est la part directe et pfi>iiiMi('lli' «l'un iiiiiiistrc «ians les liouteux tripotages et daii> |i'< nxipalili's iiiarrhés 4pii* j«; \iciis de rappeler; ces ticti-^, ira|»r«> la lui iin^ine liont voiii* nous avez saisi». cons« titiirrairiit iiiic r>»inpliciti'' dans le délit de pcculat et seraient puni-» d'un»' pi'iiii* tiv'i-'ii''\riv. t>r, cette participation dircrli'ii p»i'.Miiih»||i'i»>t-rlli' démolit réi'?... Comment en douter ? Sur «pmi M. Hcrtiii de Vaux, l'intermédiaire du ministre de-^ le premier marché, nmtivait-il la nécessité d'acheter la ilémi»ii»n d'nn de> ina;:istrats de la C«)ur des compte>'.' ^iir nn en^ML'«'ment cuntraetélurs de la formation dn minl^t«-l-e : cette demi«>i<Mi, une r«MS achetée, pourquoi Cdt-ellc portée au miai^tcrc dos allai rcs étrangères et non
LSS BANQUETS. 478
à celui des finances, de qui ressortit la Cour des comptes? pourquoi ces longues et pénibles négociations pour faire sortir cette démission des mains de M. Guizot, qui en était le détenteur? Voilà pour la première négociation.
La compromission du ministre est bien plus marquée encore dans la seconde négociation. C'est le secrétaire de son cabinet particulier qui se fait le provocateur, l'entremetteur, l'agent actif du marché ; cette fois, M. Petit, qui a de nouveau acheté et livré au ministre une démission, reçoit en échange une place de receveur des finances : le marché est complet et, de plus, consommé ! Si M. Génie a abusé de la confiance de son ministre, je m'étonnerais alors et toute la Chambre s'étonnerait avec moi, que justice éclatante n'eût pas déjà été faite de cet homme... Hé bien, non-seulement M. Génie n'a pas été désavoué; bien loin de là, je vois dans le Moniteur qu'il a été décoré de la croix de commandeur de la Légion d'honneur. Et, en eflet, il ne pouvait ôtre désavoué, il avait été trop évidemment l'instrument obéissant de son ministre. Lorsqu'après avoir conclu ce marché, dans lequel un vieillard ne voulait se dessaisir de sa démission que contre la remise d'un titre de rente viagère réversible sur la tète de sa femme, M. Génie portait cette démission au ministère des aiïaires étrangères, puis annonçait à M. Petit que la commission qui le nommait receveur à Corbeil allait être immédiatement signée; il fixait môme la date au li décembre : et, en efl'et, à cette date précise, le fait est venu confirmer sa déclaration... N'y a-t-il là qu'une coïncidence fortuite, un jeu de hasard? ou n'est-il pas évident que M. Génie n'était que le porte-parole de M. Guizot?... Messieurs, quand de tels faits sont dénoncés à la tribune, je ne connais que deux solutions possibles : ou une éclatante réparation à faire au ministre calomnié, si les faits sont faux; ou une solennelle expiation à accorder à la morale publique et à l'honneur de nos institutions, s'ils sont vrais. (Très-bien! très-bien !)
Pendant que je formulais ce dilemme, la majorité était agitée et anxieuse; M. Guizot, seul, aflVetait une grande confiance et souriait; il ne daigna pas des- . cendre à une justification qui, d'ailleurs, était impossible.
474 MÉMOIRES D'ODILON BÀRROT.
« On recueille, dit-il, dans un procès, àet petits fait»^ des circonstances accessoires, on les groupe, on en grossit, on (Ml aggrave le fait principal qui occupe la Chambre, et I on attend de deux choses l'une, ou que j accepterai cette responsabilité ainsi aggravée et dénaturée, ou que j'entrerai dans la discussion de ces faits pour expliquer, atténuer ma part de responsabilité, et grossir celle des autres; je n'en ferai rienî... t»tc. »
Le dédain qui avait réussi à M. Guizot quand la gauche lui reprochait de se glorifier d'avoir émigré k (land était tout à fait déplacé alors qu il s'agissait d'une accusation si précise de péculat portée contre lui ; aussi la majorité, si liée qu'elle fût à ce ministre par la passion et Torgueil, sentait-elle instinctivement que la compromission devenait de jour en jour plus forte et une vague inquiétude commençait a la gagner.
Le chef du cabinet seul ne s'apercevait pas àet ces symptômes: il ne voyait que deux choses, la volonté du roi à satisfain* et une majorité telle quelle à retenir à tout prix; tout le reste, c*est-à-dire et la désaffection eroissante des niasses et la dégradation da pouv4)ir, et même les anxiétés de ses amis, tout lui était indifférent.
On avait vu, sous la Restauration, M. de VillMe venir dire un jour au roi Charles X : Je vous apparie ma diniûmon^ sire, parce qu aujourd'hui elle peut emeore servir ù d/'f tendre la situation; plus tard il ne serait pas» temfts^ et ce neft pas un ministère^ cest la cowronne fw serait en jeu.
M. Ciii/nt était trop aveu^'lé par son amour du pouvoir et par ce qu'il appelle lui-même sa disposition optimiste pour m» résoudre à une pareille démarrlH*. Il o>i dans sa nature de voir les choses, non telles qu'elles sont, mais telles qu'il désire qu'elles soient. Je ne répondrais pas que, même aujourd'hui et après
récroQlement de la monarchie, il ne soit persuadé qu il a bien fait de s'obstiner à garder le pouvoir, et que si le roi ne Feùt pas renvdyé, il n'y aurait pas eu de révolution.
Je lui laisse ses illusions, je dirai même presque que je les lui envie.
C^est après ce triste préambule que commença cette bataille gigantesque de VÀdretêe^ qui remplit de longues séances.
Les conservateurs prétendaient d'abord que nous voulions éluder cette bataille. M. de Peyramont s'était même écrié que Taffaire Petit n'était, de notre part, qu'une diversion inventée pour ajourner le débat accusateur, qui devait, selon lui, nous écraser. On va voir si c'est en accusés que nous sommes entrés dans cette mémorable lutte.
La chambre des pairs, selon l'usage, nous avait devancés dans la rédaction de son Adresse. La discussion dans cette chambre, d'ordinaire fort insignifiante,, avait présenté cette année une certaine animation.
Des pairs, appartenant par tout leur passé au parti conservateur, MM. Mesnard, Pelet (de la Lozère), Cousin, vinrent tour à tour parler en faveur de la ré* forme.
L'état des esprits est loin d'être aussi calme, aussi rassurant qu'il I était dans les précédentes sessions, disait M. Mesnard, conseiller à la Cour de cassation, récemment élevé à la dignité de pair; la dernière session était pleine de promesees et d'espérances ; elle a été stérile, inOdèle à toutes ses promesses. — Le ministère dit que la question de réforme n'est qu'un thème d'opposition ; je crois pouvoir affirmer qu'il se trompe : c'est l'expression fidèle des vœux et des besoins qui préoccupent vivement ce pays et qui a un écho dans la pensée des amis les plus sincères du gouvernement. Au moment où nous sommes, les réformes demandées ne sont encore que des réformes; pins tard, elles pourraient devenir ce qu'il y a de pis en politique : je veux dire des
i76 IlélfOlRKS li'ODILON DARROT.
concessions forcées. Est-il digne, cst-il prudent de se laisser acculer à ce point extr(>me où il ne reste plus à dire que ce mol fatal : U rat trop tard! (Vif mouvement d'approbation sur plusieurs bancs.) Supposez, ajoute l'orateur, dans une réplique assez vive à M. Duchàtel qui lui avait opposé arguments habituels d'inopportunité, supposez quelqu uns do ces événements imprévus que la Provideucc tient en réserve ; que fera le gouvernement avec des finances en désordre et avec les germes de discorde qui existent dans le pays ?
M. Pelet (de la Lozrre) & cette mêine objection de rinopportunité répondait : « Pourquoi n*avez-Tous pas fait la réforme à la dcTnière ann^e de la pré«*édonte lépislature? C'était, dites-vous, trop tard; el aujourd'hui, cesi trop tôt!.,. »
M. Cousin prenait l'engagement formel de présenter lui-mémrun projet de réforme au début de la session pnM'haine, si le 'ministère lui-même n'en prenait pas l'initiative.
Kt entin U* rapporteur, M. Reugnot, laissait entrevoir dans son rapport que la réforme était devenue uiH' nécessité ù hupielle il fallait que le gouvernement songeïU sérieusement «') pourvoir.
M. de Boissv avant dans le eours de la discussion interpellé M. Duehàtel sur l'inttTdietion du banquet du i2* arrondissement par la police, et le ministre lui ayant répondu que c<> n'était (|ue par tolérance que les hanqnets précédents avaient eu lieu, et que le miniMère était résolu i\ user de son droit en interdisant déNiirmais de pareilles manifestations, M. de Boissy s'était écrié (|ne lespandesdu ministre étaient grosses d'une révtdution.
Bon nom lire <le pairs avaient la conscience de ce danger, et cependant ils votèrent V Adresse^ à la majorité d«' Mi votants contre \'A opposants seulement, et cette Chambre prétendait exercer quelque influence
sur les destinées du pays! Ce n'est pas ainsi que les aristocraties qui veulent soutenir et conserver un pouvoir se conduisent : aussi verrons-nous bientôt à quel misérable rôle cette pairie de Louis-Philipoe allait être réduite.
Mais le débat auquel le public tout palpitant encore des émotions des banquets s'associa ardemment, fut celui qui eut lieu à la Chambre des députés.
Nous venons de le relire, ce grand et solennel débat dans lequel tous les talents, tous les caractères ayant quelque valeur dans le parlement se sont produits. Si les convictions qui m'animaient alors n'ont rien perdu de leur énergie, et se sont encore fortifiées des leçons de l'expérience, mes passions, du moins, se sont bien calmées. Or, je ne crains pas d'assurer que tout juge impartial, après avoir pesé les raisons présentées de part et d'autre et s'être rendu compte du point qui se débattait entre les deux partis au début comme à la fin de la lutte, trouvera que Louis-Philippe et ses ministres ont joué dans cette circonstance une bien belle couronne pour bien peu, et ont surtout bien mal conduit leur jeu.
Je vais retracer l'analyse sommaire de cette discussion dans laquelle je vois presque tous mes amis manifester les qualités qui leur étaient propres.
Berville ouvre le débat : caractère doux et ferme, libéral modéré et par cela même très-persévérant, «levenu magistrat après avoir paru avec un certain éclat au barreau.
La garde nationale, en 1830, dit-il en s'adressant aux mi- DJslres, était votre force ; vous aimiez à la réunir, à vous en entourer; aujourd'hui, dans Paris même, vous ne la réunissez plus et vous êtes obligés de la dissoudre dans les autres grandes villes. Ainsi, après dix-sept ans^ les conditions de force et de durée sont moindres qu'au point de départ! Je ne veux pas que la réaction qui se fera un jour et qui peut-
i7B MÉMOIRES D'ODILON BARROT.
èlro en déjà commencée passe par-dessus la tète de l'opposition et qu'elle aille un jour frapper trop haut et trop loin. (Adhésiou à gauche.)
M. Diicos, un dos successeurs de cette députation 4>(*lM)n' dv. lu (îironde, mort ininistnf du second empire, mais alors combattant dans les rangs du parti libéral modéré, adressa aux centres ces paroles trop
justiliéi's :
Quih sortt le» aveugle»? G;ux qur poussent le gouTemeineat dans iino vnie où le moindre dos dan ^^ers est de se voir contraint un jour do choisir ses ministres parmi les hommes qu'il anust: aujourd'hui d'inimitié ou d'aveuglemenL (Approbation à gauche.)
C'est une chose bien grave, s'écriait Jules de LasteTrie, digne petit-tils de Lafayetle, que cette déconsidération des classes gouvernantes aux veux des classes pauvres, qui voient si; dérouler devant elles tant de scandales. Cette eaust^ dVliranlenicnt est a^^Tavée par la situation embarrasM'*' 'II* Nos nn<inces, et c'e>t vouloir se faire d'étranges ilIu>iMn< i\\iv dit s'iin<i;riner que les créanciers des caisses d'êpar.L'iir n«* sont pas des créanciers, parce qu ilsue demandent jamais leur remboursement : vienne la crise et \«Tra î
Mon illustre ami, M. de Tocqueville. dans un de meilleurs diseours, je dirai même Ir meilleur, trarait avec une haute éloquence les dangers de la situation.
b<'pui< quinze an$, disait-il, pour la première fois, j'éprouve un.- Miit.ihli- naiiito : mi rerlain malai<ie a envahi les etpi-it>. l/in-tiiKt <li* rin>tal»ilité, ee M'ntinient précurseur de^ r«-\<»lutinMS, (-tt|ni, quelquefois, les fait naître; ce timent existr â un de^ré tn's-grave dans le pays : um la«lie qui nous emportera tous, r'est la profonde altération di's ni'iiirs publiques. {}nv\ vWvi pens^ez-vous que pit^ duJM^ la (lt'pra\atioa de ers niirurs sur ces classes qui, n'a>ant p.i^ de dnjits pnli(iqii«>s a exfrcer, nous refrardical ajir? l'uur mui, je m'en etlrayc. On dit qu'il n'y a poiat de
péril, parce qui! n'y a pas d'émeute; vous tous trompez!... Si le désordre n'est pas encore dans les faits, il existe bien profondément dans les esprits : regardez ce qui se passe au sein des classes ouvrières qui paraissent si tranquilles; elles ne sont pas tourmentées, elles, par les passions politiques; mais ne voyez-vous pas que, de politiques, les passions sont devenues sociales. Il se répand dans leur sein des idées qui vont jusqu'à ébranler la société sur ses bases : on y dit que tout ce qui se trouve au-dessus d'elles est incapable et indigne de gouverner; que la répartition des biens au profit de quelques-uns est injuste... Quand de telles idées prennent racine, elles amènent tôt ou tard, je ne sais quand, les révolutions les plus redoutables. Nous nous endormons sur un volcan . C'est surtout l'abus des influences qui a amené celle démoralisation : je sais que, dans aucun temps, dans aucun pays, le pouvoir n'a eu autant de moyens de corruption et, par conséquent, une tentation plus forte d'user de ces moyens... Il a sufû au ministère d'exister huit ans pour que ce que nous voyons se soit inévitablement produit. L'ancienne monarchie était plus forte que vous, par la tradition, parles mœurs; pourquoi est-elle tombée?... Ce n'est ni le serment du Jeu de Paume, ni Mirabeau, ni Lafayette ; elle est tombée parce que la classe qui gouvernai tétait alors devenue, par son égoïsme et par ses vices, indigne de gouverner... Est-ce que vous n'apercevez pas que le sol tremble de nouveau ? Que dirai-je, un vent de révolution souffle, la tempête est à l'horizon. (Interruption au centre.) Je me mettrais devant vous à genoux, pour vous supplier de prévenir ces malheurs.
Vaines supplications, éloquence perdue : ce grand esprit ne panint pas à ébranler la majorité.
Après ce discours si élevé, si vrai, si touchant, il en vint un de M. Billault, riche de fait, impitoyable de logique.
L'orateur rappelle, entre autres circonstances, qu aprcs rindigne tripotage de Tafifaire Petit, M. Génie, agent de ce honteux marché, bien loin d'être désavoué par son ministre, M. Guizot, a reçu la décoration de commandeur de la Légion d'honneur.
M. de Mallevillo, homme dVsprit et de cœur, îl Va bien prouvé, compatit ironiquement aux douleurs de la majorité; il lui reproche ses faiblesses. « Elle pense eomme nous, dit-il, car il y a des choses sur lesquelles les hommes d'honneur ne peuvent pas être en dissentiment; mais elle cède à Tentrainement de la solidarité pcditique, elle n'ose pas le dire : on a destitué M. de Salvandy ou plutôt on Ta forcé à se démettre pour avoir voté contre la flétrissure: on a destitué M. Drouyn <le Lhuys pour un vote silencieux contre un amendement ministériel, et c'est par l'auteur de ce même amendement. M. de Carné, qu'on l'a n-mplaoé. Vous avez beau dire que vous ét(*s satisfaits de tout cela, le pays vous estime assez pour ne pas vous croire. »
M. Dufaure porte le défi aux centres de trouver dans l'histoire de notre {gouvernement constitutionnel une période pendant la(|ueile on ait vu éclater autant de scandales.
M. de Lamarlims transportant le débat sur le terrain de la politique étran^^'èrc, dit :
«« Le jour <»ù vous ave/ cn^'a;(é votre politique en Ks|)a^ne, tout a été à contre-sen^ dans vos actions; il a fallu que la France, à l'inverse de ses traditions, en oppositions tous S4*s intérêts, d«'vint (libelineà Komc, Sacerdotale à Herne, .\iitrichienne en Piémimt. Russe à (Iraeovie, Kranvaise nulh* part, contre-révolutionnaire partout. » (.\eelamalions, applaudissements.) <^e sont des m<»ts 4|ui tuent.
M. <ini/nt ré|>(»nd par des généralités et e(»mme un honnne cpii e>t U'wu mip d'avance de sa niaj(»rité. u Les craintes (|u'(Mi a apportée> à celtt* tribune sont excessives, dit-il, elles seront déjouées par la politique du juste milieu connue elles l'ont été déjà tant de fois. Tenez p«uir certain. ajoute<t-iKenseredres.santet avec son ton de profes>eur, que tant que la politique quia
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prévalu depuis 1830 prévaudra et qu*elle sera pratiquée par les hommes qui sont sur ces bancs, ni Tordre^ nila itinrié, ni la paix ne périront dans notre pays. »
Comme il avait dit dans son discours que le gouvernement anglais était d'accord avec celui de la France dans la garantie assurée à TAutriche pour la possession de la Lombardie, je lui demandai de communiquer à rAssemblée le document qui contenait une pareille garantie. Il répondit qu'il n'y avait pas eu de dépêche écrite, mais une simple communication verbale.
M. Thiers reprend la revue critique de notre diplomatie en Suisse et en Italie. C'est dans ce discours qu'il prononça ces mots qui sont restés : Les traités de 4815, a faut les observer et les détester. Et ceux-ci, à propos du pape : Courage^ Saint-Père^ courage!
Sur la question suisse, il se montra encore plus incisif : « Votre politique, dit-il, c'est la contre-révolution vivante! n
M. Guizot se défend mollement; à l'égard de Tltalie, il prétend qu'il n'y a entre la politique de M. Thiers et celle du gouvernement qu'une nuance. — Quant à la Suisse, il soutient que la France abien fait des'entendre avec l'Autriche et la Prusse pour soutenir la cause du Sunderbund ; il glisse sur l'envoi aux petits cantons d'armes prises dans nos arsenaux.
Sa discussion, sur ces divers points, avait été faible; mais il se releva bientôt après et obtint un vrai succès de tribune, dont M. Lherbette lui fournit l'occasion par une attaque assez impolitique contre les divers commandements confiés aux princes.
Là se termine la discussion générale qui n'était qu'une brillante passe d'armes : la lutte corps à corps n(* commença que lorsqu'on en vint à la fameuse phrase du discours de la couronne sur les passions ennemies ou aveugles; alors on entrait dans le vif de la situation.
M. Duvergier de Haurannc porta les premiers cou |m,
non iMi aceust^ qui se défend, mais en arcusateiir qui attaque, et cria, avec toute la vijrucur, toute la cuntian<'t* (|ue lui inspirait la certitude désormais acquise que Topinion puldique était avec nous.
u Au delà, au-dessus de la (jliambr<\ dit-il, il y a le pays prrs duquel la minorité a toujours le droit de se pourvoir... (^l'st ce que nous avons fait et continuerons de faire. Que cela soit lûen compris; nuus ne venons pas plaider devant la majorité contre le ministtTc; mais contre le ministère et sa majorité, devant le pays... »
Il était diflicile d*annoncer plus nettement qu'on allait parler par les fenêtres : cela était hardi et niénir peu parlementaire, j*en conviens; mais qui lavait rendu nécessaire?...
L* orateur soutint la légalité des banquets.
hi U* (léclarc hautement, dit-il, je suis tout prêt à m'atsocior à crus qui, par un acte éclatant du réâislance légale, voudront r-pruuver jusqu'à quel point, ciiiquoHie-^unt flu apK's notre grande rcvolulinu, les droits les plus esscntieb du citoyen pruvunt i^tre confisfpiés par un arH^té de police. 'Vive approhation à pauche.) On nous n-proche d'avoir nui par CCS banquets à la cau^c'de la réforme; si, lors du banifuet de Lisioux, l'opposition se lût mise en frais pour démontrer à M. (juizot que culte démooslratiou était inopportunu rt nuirait à sa cause , il nuus uùt répondu que cela ne regardait pas l'opposition; il nie peroiellra de lui fain* la rnf-nie réponse. (Rires d'adhrsion.) (j^ant à ce qui s*est passé dans ers banqueU, il suffît de faire n*marquerque aor riu'inanlc à iutisantr hmi nions qui ont eu lieu, pas une n'a don m* prise au zèle du parquet. Mais le toast au roi n'a pas êtr porté partout ! CVst ici un sujet délicat : Entendrait* un par hasard nous faire un crime du nUenirt que notas avons (Tardé lors du discours du tn\ne? Ixiriqu'on a l'ioi* prudcnct^ île faire du roi un chef de parti et de le faire parler comme lot, on n'a pa< le droit de sVtonner d'un te ^i]encc. On a dit a\ec rai>un que le :»ileuce des peuplée 9tli
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la leçon des rois; faites donc voire profil de celui qui a élé gardé dans quelques banquels, mais n'en failes pas un grief contre nous. Vous avez agité le pays, nous dit-on, pour obtenir la réforme ; cela est vrai. Mais est-ce que vous, qui nous faites une pareille objection, vous n'assistiez pas à cette st'ancc où le ministre de l'intérieur se faisait, contre la réforme, une arme de l'indifTérence apparente du pays? N'étieZ'Vous pas du nombre des conservateurs sur qui cet argument du ministre produisit un si grand effet? Il peut arriver, qu'au lieu de courir la chance toujours périlleuse d'une violation ouverte du pacte constitutionnel, il paraisse plus commode de fausser ce pacte et de gouverner par les élus du pays, contre le vœu du pays; alors qu'y a-t-il à faire, si ce n'est de gagner ces élus un à un et de consacrer à cette œuvre toutes les forces, toutes les ressources dont le pouvoir a été doté dans un tout autre dessein? C'est ainsi qu'on s'attache une majorité dont les exigences paraissent quelquefois gênantes, mais qu'on subit toujours. Ce n'est donc pas sans raison que l'on confond quelquefois dans les mêmes attaques le pouvoir personnel et la corruption : l'une est le but; l'autre, le moyen. (Vives adhésions à gauche.) M. iMtt ne disait-il pas, en plein Parlement, que la Chambre des communes était mère et fille de la corruption; et M. Ciuizot lui-même, en 1820, n'écrivait-il pas quele gouvernement représentatif était devenu le manteau sous lequel de misérables coteries faisaient leurs affaires personnelles, en paraissant faire celles de la France? Quel est donc le véritable sens de ce propos qui se répète dans tous les rangs de la majorité : Il ne faut à aucun prix toy^ffrir que des éleetùms se fassent sous un ministère de gauche ou de centre gauche. Cela ne veut-il pas dire que si l'influence du pouvoir vous était enlevée, le pays enverrait ici une toute autre majorité? Quand, à la seule pensée d'une telle épreuve, vous témoignez tant d'inquiétude, ne voyez-vous pas que vous nous donnez gain de cause? Ce qui me confond, c'est qu'il vous paraisse singulier qu'entre les classes qui gouvernent et les classes qui sont gouvernées, un abîme se creuse et que sous nos pieds des idées funestes, anti-sociales, menacent de faire expulsion. Vous dites, je le sais, que ce sont nos banquets qui eu sont la cause. (Au centre : Ouil ouil) Hé bien, nous disons, nous, que ce sont les doctrines que vous professez et les exemples que vous donnez. La conclusion que le peuple
du tout!) il y a moyen de s^entendre et nous serions loin de nous plaindre d'ôtre ainsi devancés par vous. »
M. de Malleville, à son tour, apporte dans le débat son esprit net et incisif.
C'est, dit-il, le calme qui a régné dans les banquets qui vous désespère. Votre Adresse est une représaille : mais comme vos injures nous auraient peu touchés, vous nous avez adressé du haut du trône des injures qu'un gouvernement ne dit jamais. Je voudrais bien savoir ce que la couronne peut gagner à servir d'instrument à vos passions? Dans tous les cas, je suis bien certain d*une chose, c'est que si jamais ce gouvernement prend peur, je sais à quels dévouements il aura recours. (L'orateur ne croyait assurément pas que sa prédiction se réaliserait si tôt.) Bolingbroke disait: « qu'une réformation exige à la fois des châtiments et des leçons; et que c'est par des calamités nationales qu'une corruption nationale doit se guérir. » Messieurs, si vous voulez vous préserver du remède, sachez vous préserver du mal. (Agitation prolongée.)
M. Duchâtel répond par des récriminations : ce genre d'argument lui était familier et manquait rarement son effet sur la majorité. II soutint que sous le ministère de M. de Rémusat, dont M. de Malleville avait été sous-secrétaire d*État, des banquets avaient été interdits par voie de police. On lui répond que linterdiction avait eu lieu pour des réunions qui devaient se faire dans des lieux publics. M. Duchâtel uvi\ persiste pas moins, il soutient que «tout lieu dans lequel on est admis pour son argent est public; et <]u au surplus, nous pouvions faire décider la (piestion par les tribunaux, mais que pour eux ils étaient résolus à user de leur droit, quoi quon fit, »
Ainsi, le ministère lui-même semblait conspirer contre notre prudence et vouloir absolument nous forcer à revenir sur les refus que nous avions
rédiger des adresses, des pétitions» Vous le voyez, c'est plus qu'un droit, c'est une faculté naturelle, et je dirai même nécessaire, ttraage manière d'interpréter la loi ; à la place de la protection j vous mettez V interdiction, et vous dites que vous exécutez les lois et vous nous menacez d'employer, au besoin, la force pour appuyer une telle exécution : je o'aime pas les d fis. Il en est de bien imprudents; mais il ne dépend pas de vous de ne pas relever celui-ci ; le droit est trop certain, il importe trop à toutes nos libertés, pour que nous consentions jamais à le subordonner à la triste et ignoble nécessité d'une permission de la police. (Approbation à gauche.) Je me suis déjà expliqué lors de la flétrissure des légitimistes, sur ce dangereux pouvoir que s'arrogent les majorités de condamner les minorités : vous êtes en récidive, et même avec aggravation ; car cette fois ce n'est plus par un simple amendement de députés, c'est par le discours même de la couronne qoe voos vous permettez de censurer vos collègues. Vous dites que vous répondez personnellement de ce discours; ah! ne rendez pas trop difficile cette précieuse fiction constitutionnelle de l'inviolabilité royale, en la forçant, en la faussant : notre pays a déjà bien assez de difficultés à la comprendre ; si vous voulez que cette fiction soit respectée, et pour moi, je veux qu'elle le soit, ne faites pas parler le roi en personne, ainsi que vous avez commis la haute imprudence de le faire. Lorsque Charles X jeta son suprême défi à l'opinion soulevée, il parlait, lui aussi, d'obstacles à turnumter et d'ennemis à vaincre; il s'engagea personnellement dans la lutte, lui et sa dynastie; le peuple le prit au mot. (Sensation.) Etonnez-vous après cela, que dans les manifestations réformistes que nous avons présidées, nous ayons éprouvé parfois des difficultés à séparer la royauté de votre politique, alors que vous faites tout pour établir entre vous et le roi une funeste solidarité. Après tout et si vous ne mettiez pas ainsi en danger nos institutions, nous n'aurions pas à nous plaindre de ce que vous avez élevé cette agitation n-lormiste qui dans le principe excitait vos sarcasmes à la hauteur d'un grand fait politique, auquel vous avez cru devoir opposer, non-seulement votre majorité, mais jusqu'à la parole royale elle-même ; vous m'accusez d'avoir été avevgle; car je ne pense pas que vous me rangiez dans la catégorie des ennemis. Hé bien, je suis plus coupable que vous ne le supposez, car il j a ett dans moa crime une prémédita-
488 UÉMOIRES D'ODILON BARROT.
tion bien caractérisée ; je suis loin d'avoircédé à un premier cntratnemeut. Lorsque je me suis décidé à faire ud appel au p«'iys sur la question de réforme, je n'ai pas eu seulement pour but de répondre à l'objection que M. Duchàlel lirait de l'indiflcrence prétendue du pays, je savais bien que cette indiflérence n'était qu'apparente et je ne faisais pas à la France l'injure de supposer qu'elle fût restée îndifTércnte an triste spectacle des scandales successifs qui se déroulent de« vaut elle depuis quelque temps. Non, bien d'autres motib m'ont déterminé : d'abord, la déconsidération du pouvoir qui est certainement un très-grand mal, alors surtout que les institutions y sont naissantes et que les mœurs publiques ne sont pas encore formées. Je sais bien que vous attribuei cette déconsidération aux attaques de la presse et de la tribune; est-ce que, par hasard, c'est la presse et la tribune qui ont créé tous ces faits scandaleux que des incidents judiciaires nous ont récemment révélés? C'est sur ces faits et non sur nos discours, toujours plus ou moins suspects, que la France vous juge: et ces faits vous aviez cherché à les atténuer, vous ne les avez pas nies; seulement, vous vous en fiez, dites-vous, à nos mœurs publiques du soin de corriger ces mauvaises pratiques; ah! oui, les mœurs peuvent, en dfet, réagir contre le désordre moral; mais comment provoquer cette réaction, si ce n'est par fa publicité! C'est en prenant les hommes un à un, que la corruption procède: eh bien, nous avuns dû faire le cniiiraire pour la combattre; nous avons réuni les hommes, nous nous sommes adresses à leurs sentiments généreux. A l'égoïsme individuel, nous avons opposé celte chaleur contagieuse du patriotisme et de l'honneur qui se rencontre presque toujours dans Icbuom* breuses assemblées. Vous avez eu besoin de l'isolement poar séduire ri corrompre; nous avons eu l)csoin, nous, de réunion et de publicité pour élever cl purifier les caractères: charun e.-l re>té tians son rôle. (Vif assen liment à içauche.) Mai<, c'e>t >urtout l'élat du pouvoir et du parlement qui m'a dcciili* à faire rel appel énergii]ue, désespéré même, si vous le \oul«'z. à l'opinion. <:«■ serait une bien triste rt'*capitulation à faire que celle de ton les les promesses de réforme qui ont été !ai(e<i d«'puis quelques années et qui ont toutes été éludées d'abord el \itilëes ensuite. C'est à la suite de toutes déception> que nous avons acquisenlln la douloureuse victiou qu'il y avait, au-dessus même du ministère, un ob*
staclc plus absolu, plus inviDcible, qu'il n*est permis même (le le supposer. Ce n'est pas d'aujourd'hui que les ministres et moi, nous nous connaissons : nous nous sommes rencontrés ailleurs que dans des rangs opposés; nous avons eu nos rapports intimes et nous nous sommes fait nos confidences; je sais pourquoi il ne leur est pas permis de proposer des rcTormcs qui ne leur répugneraient pas personnellement et qu'ils avaient même promises: ils subissent la condition de leur réhabilitation ministérielle. (Mouvement.) Messieurs les ministres, vous n'êtes pas arrivés au pouvoir comme représentant une opinion ; vous y êtes arrivés en sortant de li coalition encore toute palpitante, et comme des amnistiés: situation que \e Journal des Débats traduisait par cette parole peu flatteuse: nous vous rendrons nos votes; mais nous ne vous rendrotis jamais notre estime. Voilà pourquoi vous êtes condamnés à l'immobilité. Quant à la majorité, nommée presque tout entière sous l'influence de la promesse solennellement faite d'une réforme, qu'a-t-elle répondu à nos propositions réitérées? Tantôt qu'il était trop tard ; tantêt qu'il était trop têt. Réponses dérisoires et qui déguisaient mal un parti arrêté chez elle, de se refuser à toute amélioration de notre système électoral et parlementaire; et lors- (ju'aux vices de ce système sont venus se joindre ces scandales qui ont révolté la conscience publique et qu'au lieu de rejeter toute solidarité avec de telles immoralités elle les a couvertes de ses votes complaisants, absolvant leurs auteurs sans les laver (A gauche: Très-bien!), oh! c'est alors que, n'entrevoyant plus aucun moyen dans le parlement de mettre un terme à un état de choses qui nous conduisait tout droit aux abîmes, nous nous sommes retournés vers le pays, et lui avons dit: « U est temps de VCveiUcr et de songer sérieusement à tes affaires!... » Le pays nous a répondu, il a même dé» passé toutes nos prévisions; car, croyez-le bien, les banquets ne sont qu'une faible expression de l'état des esprits; vous Je savez aussi bien que nous, les manifestations d'opinions politiques rencontrent un grand obstacle dans nos habitudes de réserve timide, dans cette espèce de pudeur même qui éloigne les plus sages de se produire en public; et c'est pour cela que ce pays a trompé tous ses gouvernements : nous i|ui avons vu déjà bien des fois, du jour au lendemain, un calme apparent se transformer en violentes tempêtes, nous ne nous y sommes pas trompés. Oh I il faut que la coq-
science publique ail élc bien profomléineut soulevée, sojezen certains, pour que notre cri de réforme se soit propagé dans toute la France, avec celte puissance vraiment électrique qui vous elTrayc, non sans raison: une majorité vrai ment politique aurait agi tout autrement que vous ne l'avez fait, penneltcz-moi de vous le dire: se rappelant les engagemeuls pris, en son nom, envers le pays, elle aurait dit aux ministres qui se refusaient obstinément à les remplir: roui voulons bien vous donner W'S votes, mais nous ne voulons pas vous livt\r nottx' hunnvur. (Sensation.) Placée entre les hommes et les inslilutions, elle n'eut pas licài té à sacrifier les hommes aux institutions, or c'est l'inverse que vous avez fait. Lorsque plus tard, à cûté des manifcâlalions monarchiques et constilutionnoUes sont venues se placer des manifestations républicaines et révolutionnaires, une administration et une majorité plus soucieuse de défendre les institutions el la société que de satisfaire do petits ressentiments personnels, eût cnnibaltu les idées snbversi\es des démagogues par le libéralisme qui se renfermait scrupuleusement dans le cadre de la constitution. Hélas! vous avez fait lopposé: vous avez essayé de nentralistT nos elforls en faveur de réformes modérét*s en encourageant les exagérations des partis ex tré mes, et v(»s organes li.s plus accrédités se sont faits les échos les plus cumplaisanls de ces exagérations. Quant aux conséquences de celte agitation, elles seront heureuses ou fatales non pas selon nos dél<Tnii nations, mais selon les vôtres : quand un pays est une fois év^'itlé et réclame avec une pareille énergie des réformes dc\enues nécessaires, il n'y a que deux partis à prendre: ou d(»nner satisfaction aux exigences de l'iipiiiion publi(]ue. ou ré>istcrà outrance à ces exigences. Je le vois avt:c duuleur, c'est ce dernier parti qui préxaut dans le parlement. Hé bien, au bout de celle voii', se renrontn^ fatalement ou un coup d'£latou une rèvuliitinn; inMi^ n'en serons pas du moins responsables. {A tjauclit: l'res-bienl lri:a-bi«n ! — Longue agilaliou.i
Lo fi^ardt* di*s sceaux, M. Iléh<*rt. me répond sur li qiiostini) lé^'alt* du <lrnii dt» réunion, que ce dmit n*:iyaiit pa< été énoncé dans la (Iharlt* n*i*xistait pis. A (|uoi on lui rri<* que le droit do respiriT n*y est IKis non plus!... rarguuu'nt était eu effet
SOUS une législation dont le premier principe est que tout ce qui n'est pas défendu est permis, et alors surtout que, selon 1 expression du législateur de 1790, il s'agissait d'une faculté naturelle, bien plus que d'un droit dérivant d'un texte écrit. Le ministre continue au milieu des interruptions et des cris : Faites une loi! apjyortez une loi/.., et il termine en déclarant que le gouvernement usera de son droit et qu'il espère, malgré les assurances contraires qui ont été portées à la tribune, qu'on ne continuera pas les banquets.
Je lui réponds' de mon banc: (( Vous avez tort d'en douter l... »
Les défis étaient ainsi échangés et le duel devint inévitable.
Comme M. Hébert avait cru devoir citer quelques paroles prononcées au banquet d'Amiens, que je présidais, pour en conclure que cette manifestation avait été anti-monarchique et révolutionnaire, je demandai et j'obtins de la Chambre la permission de lui lire l'allocution par laquelle j'avais ouvert ce banquet. Voici ces paroles, elles sont bonnes à reproduire
Messieurs, c'est un acte loyal que nous faisons, un acte constitutionnel et légal : il faut bien qu'amis et ennemis le sachent; c'est dans le cercle de la Constitution que nous nous renfermons strictement ; nous demandons la sincérité du gouvernement; ce n'est pas pour y manquer nous-mêmes, et pour, sous les apparences d'une opposition coostitutionnelle, cacher des arrière-pensées de renversement. Non, si nous voulons réformer, c'est pour améliorer et conserver. C*c>l sur ce terrain que toutes les opinions libres et conscioncieuses se sont donné rendez-vous, sans abdiquer, sans s'ain«>indrir, sans s'abaisser, parce que c'est le terrain de la liberté et des intérêts les plus chers de notre pays.
La lecture de cette allocution excita dans la Chambre une approbation unanime et une sorte d'étonnement. On était si habitaé à entendre dire que nos
manifestations rt^forniistcs n*avaient été autre choso que des provocations à une révolution !...
M. Ledru-Roilin survint; nous pouvions redouter que, comme à Lille, il ne vint apporter au ministère rutile diversion de ses exagérations révolutionnaires. Il n*en fit rien ; il se borna à traiter la question légale et constitutionnelle du droit de réunion, avec élévation et même avec une modération relative
S'il arrivait, dit rorateur, en terminant son discours, que ropiniAtrclc du gouvernement à interdire les réunions politiques amenât à cette occasion rcfTusion du sang, la responsabilité serait telle qu'on doit y regarder de près avant tle prendre sa part de responsabilité ; tous, nous irons jusqu'au bout, et si nous sommes brisés dans la lutte, que le pays forme, comme en 1819, une vaste association pour le relus de l'impôt !
M. Hébert fait une réplique maladroite; il persiste dans <*ette thèse insout4*nable, que toute faculté qui nesl pas ^^arantie pur la Charte n*cxiste pas. Les centres applaudissent avec frénésie à de pareilles absurdités. Je ne pus mVmpéchtT de pousser de mon bane cette exclamation : Maii PoUgnac et Peyrmmet ntnit pas parlé ainsi f A ces paroles, que m'arrachait le souvenir du banquet des V<*ndanges de liourgogue permis par b>s miniNtres de la Restauration, les rentres répondent par des eris furieux : A Cardrtl.,, L'agitation <»st exlrcnie. M. Hébert m? plaint, avec raison cette fois, «le la comparaison injurieuse qu'impliquent mes part»lt's; mais il aj<Mite, avec un accent soc el cassant qui avait le don d'irriter même les débats les plus paciti<pies : {eue la colrre qu'il a exvitêe iui proMVt quil a touché la pluie, et que cette plaie ne f»eut être guérie que par la persvvûance et la fermeté avec iesquetlti êaymt exécutétê ie$ loù, tnalyt^ ceux qui veuknt t'e» éemieri...
« Nous acceptons la menace ! » s'exclame la gauche, qui se lève tout entière de ses bancs.
Je rejetle cette menace, dis-je de ma place, c'est encore une réminiscence du passé; de pareilles menaces, on le sait, ont été faites à une autre époque, on sait aussi quelles en ont été les suites... Ce droit de réunion que vous attaquez et condamnez aujourd'hui, vous, ministre d'un gouvernemont issu d'une révolution populaire, vous dont le pouvoir a été scellé du sang des martyrs de la liberté, eh bien, ce droit que vous nous contestez, les ministres de la Restauration, au moment de sa crise suprême, l'avaient reconnu et respecté*. Oui, un droit que Polignac a respecté est violé par vous; voilà ce que j'ai ditetceque je répèle... (Agandie: Oui ! oui. — Vive agitation. L'animation dans la Chambre était devenue extrême et mes paroles étaient comme le coup de tocsin qui annonce l'incendie.)
Après ce vif débat, sont encore entendus les ministres : MM. Dnmon, Duchàtel, Guizot; ce dernier, se prévalant de la doctrine anglaise sur la toute-puissance du Parlement, va jusqu'à dire que la Chambre, ayant le pouvoir d'étouffer la discussion, a bien celui de censurer des collègues. M. Thiers relève et combat cette thèse.
Puis viennent les amendements : ceux de MM. Emile de Girardin, Lherbette, de Genoude, ne sont pas appuyés. Un amendement de M. Darblay, qui empruntait de la situation de son auteur une certaine importance (il siégeait en plein centre), excita plus d intérêt : cet amendement n'était qu'une atténuation (le la phrase de VAdrtsse. Voici comment il était c<»nçu :
Si les agitations qui ont eu lieu depuis la séparation des Cliambres ont produit en quelques endroits des manifestations hostiles à nos institutions et à nos lois sociales, elles