‹ Mémoires posthumes (volume 2)Chapitre 57 sur 65 · Anusion au banquet det Vendangei de Bourgogne, en · texte numérisé non relu

Anusion au banquet det Vendangei de Bourgogne, en

4M MEMOIRES D'ODILON BARKOT.

ont aussi prouvé que l'immense majorité du pays, même ilaiis les opinions dissidentes, leur est inviolablemenl attachée.

Le commentaire dont M. Darblay fit suhTe son amendement valait mieux que l'amendement luimémo. A|)rt.*s avoir rappelé les promesses do réforme du ministère et sévertMiient qualifié le refus de les réaliser, il posait au ministère ce dilemme :

Ou les lois, ainsi que l'a prétendu M. le ^rde des sceaux, prohihcnl l«'s réunions et alors les ministres sont coupables au premier cher d'avoir, pendant trois mois, permis les bao* quels cl laissé l'agitation so propager dans toute la Krauce; uu elles autorisent les réunions, et alors pourquoi y résister aujourd'hui, et tendre tous les ressorts du gouvernement au ris(iiie de les hristT?... Voyez! le gouvernement adéjâperdu <a lurce morale et tout moyen de conciliation , et la niajurite successivement réduite s«^ borne aujourd'hui à un groupe tort restreint : l'intérêt du ministère est d'irriter; celui de la couronne, d'apaiser; le premier de ces intérêts est bien peu de chose, taudis que l'intérêt du pa)s et des institutions est tout pour nous. C'est cependant entre ces deux inlérél^ que vous avez à ehoi-sir; voln^ commission a déjà senti le besoin d'une légère modification à la cruftité des paroles mises dans la bourhi^ du roi; à ces mots : c'tsf au miheu dn wjttntions que fomentent les passions etniemiet ou aveugU», elle a substitué ceux-ci : les ayitatiotu qui sorUnt des p^HivttÊ ennnnits vu des i£NTHAt.N'i£MK.NTs atcuyUê, Faites ua pas de plus; acceptez mou ameudenieut.

I/intontion de M. Darblay était excellente; mais nous ne pouvions accepter son amendement qui, malgré les atténuations qu'il apportait à la crudité de la d'Usure proposé** rontn* nous, n'en contenait pis moins la r4U*oniiai>sance implicite de ce droit de censure que nous contestions à la majorité.

(L'est ce que je déclarai :

Je voudrais, di>-je, pou\i>irm'a'i>ocierd rameDdementda M. Darblay , dont j'honore hautement les iatealionf et Je

courage ; mais cet amendement reconnaît à la majorité un droit de blâme que nous lui contestons; cette majorité n'a pas le droit de condamner un seul de ses membres, car ctiacuQ de nous est ici représentant de la nation au même titre : il n'y a pas de juges là où il n'y a que des égaux, et tout au plus des contradicteurs. Je le répète, j'aurais voulu donner une adhésion de sympathie et d'estime aux paroles courageuses de l'auteur de l'amendement; la logique et les principes s'y opposent. (Approbation à gauche.)

M. Blanqui, autre membre de la majorité au moment du vote, se lève et déclare, avec une certaine solennité, qu'il ne consent pas à proclamer qu'il y a cent de ses collègues qui sont des ennemis : « Assumez sur vous cette dictature, dit-il, j'en refuse ma part. J'adjure la majorité dont je fais partie de supprimer de V Adresse^ dans l'intérêt de la paix publique, les deux mots : passions aveugles ou ennemies. » Cette déclaration fit une assez vive sensation, même sur le contre, qui n'en rejeta pas moins l'amendement.

Alors M. Desmousseaux de Givré vint à son tour faire une dernière tentative; il propose l'amendement suivant :

Comptez, Sire, sur la raison publique éclairée par nos libres discussions et par la manifestation libre de toutes les opinions légitimes.

Cet amendement pouvait être accepté par nous, car il faisait disparaître de V Adresse toute censure de la minorité par la majorité; aussi le débat se ranima-t^il avec une nouvelle vivacité.

C'est, dit Toratenr de l'amendement, dans l'intérêt seul de la majorité à laquelle j'ai l'honneur d'appartenir et dont je me suis séparé avec tant de regret, que je viens vous supplier de renoncer à cette condamnation de la minorité par la majorité. — Les manœuvres coupables, que dénonçait Charles X, en 1830, à quoi ont-elles servi? à motiver les ordonnances et à amener sa chute. Est-ce que ce sont des

conservateurs qui appuient le gouverncincntdanscette voie? Non, Messieurs, ce sout des doctrinaires; cette secte dont la devise est : que tout s'ahiinc plutôt que notre église. (Approbation àgauche.)M. leprésident va tirer au sort la grande dt'putation, chargée de porter l'A^/rfuc nu roi : je vous demande si quelques-uns de ces députés que vous nous proposez de stigmatiser sont désignés, pouvez-vous attendre d'eux qu'ils aillent porter aux Tuileries leur propre stigmate?

M. le comte de Morny prétend que nous avons tort (le nous ref(arder eonnne insultés, puisque la majorité nous <léelare qu'elle n'en a pas Tintention : que nous (levons, (les lors, nous tenir, eonime dans les querelles privées, pour satisfaits.

M. de Lamartine dit <* que c'est bien plus le pays qui est frappé dans son dnût de se manif(*sterque Topposition. Otte urne eontit^nt la loi, mais elle ne renfemni* pas ropini(U): cette opinion, qui est Tair vital du gouvernement représentatif et dont an ne peut comprinuT les manif(*stati(U)s sans asphyxier la Constitution ell<*-mémr : qui vous aut(»rise à venir ainsi mettrt* la main i\v la police sur la iMuiche de la France? Aveivous donc oublié que le Jeu de Paume nVtait qu'une réuni(U) qu'on a V(mlu fermer et qu'il en est sorti une révolution? »

On peut jupT de l'impression que faisaient de telles pandes, et sur les etMitres qu'(dlt*s irritaient, et sur les mass<*s ({u'elles t*xaltaient de plus en plus.

M. Vitet, le rapporteur, ayant dit dans sa réponst* (|ue nous avions rtMMuinu. lors du voti* porté contre lt>s lé^ntimistrs pour leur voyaj^e à Heli^rave-Square, le dndt dt* l'Assemblée de censurer les actes auxquels d(*s députés avaient concouru, je lui «qiposaî un di^nienti formel, qu4* je justifiai, en lisant dans le .Vori- (eur la protestation imprimée que j'avais, au nom de mon parti, formulée dans et* débat.

u Jamais , disais-je , jamais les grands pouvoirs

politiques ne dévient impunément de la ligne qui leur est tracée par la Constitution, et ce débat en est un grand et solennel exemple ; puisse la leçon nous profiter!... Il parait, ajoutais-je aux applaudissements (le la gauche, qu*elle ne vous a pas profité. »

M. de Rémusat : <c On attaque les personnes et non les actes, car les actes n*ont pas de passion ; c'est donc une censure de la minorité par la majorité qu'on vous propose, et cette censure on Ta mise dans la bouche du roi, en disant qu'il fallait bien que la royauté attaquée vint se revendiquer elle-même et demander réparation. C'est là ce que j'appellerais une politique irréconciliable qui peut faire durer le cabinet, mais qui est pleine de dangers pour la couronne. C'est à vous de voir si, au moment où vous aurez besoin peut-être de réunir toutes les forces vives, tous les dévouements pour faire tête à l'orage qui nous menace, il ^st prudent d'élever une barrière peut-être infranchissable entre le gouvernement et les hommes qui ont le plus d'autorité sur les masses. »

M. Duchàtel prétend que le ministère n'a pas une politique irréconciliable ; qu'il n'aurait pas mieux demandé que de voir ses adversaires se rallier à sa politique ; mais qu'on lui demande de livrer la majorité en holocauste à la minorité et qu'il n'a pu y consentir. Quant au banquet du douzième arrondissement, il persistait à l'interdire, et lui et ses collègues préféraient assumer sur eux les difficultés et les périls d'une telle résolution, pourvu que la stabilité des institutions fût assurée.

Étrange manière, en effet, d'assurer des institutions que d'en forcer ainsi tous les ressorts.

M. Dufaure clôt enfin ce débat par une vigoureuse réplique :

Relisez le discours de la couronne, dit-il, vous y verrez la i. 32

498 MÉMOIRES D'ODILON r.AnUoT.

couronne f«ice à face avec tous ceux qu'elle traite d'aveu;:!^^ ou ennemis; voilà la faute fondamentale commise par le cabinet^ je voudrais pouvoir accepter les paroles plus c<>iiciliantcs qui ont été dites à la fin do ce débat, mais fWn sont tardives ; vous voudriez reculer ( Au centre : Non ! non !...) que vous ne le pourriez pas. In de vos amis. \f*n des interpellations de M. Odilon Barrot sur l'airaire l*etjt, disait que ces interpellations avaient pour objet de retarder le jour où les opposants auraient à rendre eux-mêmes leurs comptes et d'accusateurs deviendraient accusés. Vous le vovi-z bien, il s'agit d'accmation et par conséquent d'un vote de condamnation , c'est-à-dire d'afTaiblir l'autorité morale d'une grande partie du parlement ; c'est une immense faute. Rendez l'homme respectable à l'homme, disait M. huport à l'Assemblée constituante; et moi, je vous dirai; rendex le député respectable au député, si vous voulez que le corps entier soit respecté.

Cette honnête éloquence était perdue pour les centres qui, impatients de se donner une satisfaction de plus, mais qui devait être la dernière, repoussèrent i^amendenieiit de M. Desmousseaux de Givré par 228 voix contre 185, et votèrent ce paragraphe fatal par !2i3 sufi'rages. Toute l'opposition s'abstint.

Quand on cherche à se rendre compte des causes qui portaient le gouvernement et les centres k pousser ainsi les choses & rextreme, il faut, sans doute, faire la part de Tamour-propre blessé et des positions mena<'érs; mais la peur, cette mauvaise conseillère des gouvernements, (|ui les fait presque toujours sombrer par les moyens mêmes qu'ils emploient pour conjurer le (langer, la |)eur était pour h(*aueoup dans cette politique à outrance du roi et du parti couser\'ateur; les uns et les autres, depuis 1830, voyaient la révolution dans toute réforme, dans t(»ut déplacement du pouvoir dit droite à gauche. Le roi Lotiis-Fhilippe ne disait-il pas, même après la catastrophe et lorsqu'il était sur la terre d*exil, à des gardes nationaia qui lui

reprochaient de s'être trop pressé d'abdiquer : « Ce que j'ai fait, je le ferais encore : plutôt abdiquer que d'accorder ces réformes et de faire arriver au pouvoir l'opposition ; c'eût été la fin de toute chose. » (Voir le récit de M. Lemoyne dans le Journal des Débats,)

Mais, ce qui est étrange, c'est que cette peur qui les aveuglait se combinait chez eux avec une confiance excessive dans leurs forces et avec un certain mépris de leurs adversaires; c'est qu'en même temps que, par peur, ils résistaient à outrance à toute concession, par le mépris qu'ils avaient des forces de l'opinion, ils croyaient n'avoir rien à redouter de l'agitation des masses. — J'entends encore le maréchal Bugeaud, dans nos conversations du couloir, nous dire insolemment : Ah/ messieurs les libéraux, vous voulez engager r action y eh bien/ commencez et nous vous donnerons une bonne leçon !

Combien de fois les journaux ministériels ne nous avaient-ils pas annoncé que toutes les dispositions étaient d'avance prises pour avoir promptement raison de toute insurrection ; que les postes étaient d'avance désignés d'après un plan savamment combiné et qu'on n'avait rien à redouter d'un soulèvement populaire '.

Le neveu du général Valazé me racontait, qu'accompagnant le roi Louis -Philippe en sa qualité d'officier d'ordonnance, sur la terrasse des Tuileries du bord de l'eau, le 21 ou le 22 février, ils s'étaient avancés jusqu'au bout de cette terrasse qui fait face au Palais-Bourbon ; que là, le roi s'était arrêté et lui avait dit, en lui montrant le palais : Vous voyez ce lieu, on s'y agite beaucoup en ce moment ^ on y fait bien du

1. Encore une ressemblance arec ce qui s'était passé en 1830. La Quotidienne ^h la Teille même de U lutte, écriTait cette insolence: Lu vilains y oignex-lti, ils vous pùindromi;p<rigtm'U$, iU vont oimdrtmt.

bruit : c^est une tempête dans un verre (Teau. C'était cependant à ce tnètni* nionient, qu'effrayés des suites du eonflit qui nous paraissait de plus en plus imminent, nous risquions tout pour Téviter, jusqu*à notre popularité.

Cependant quelques eonservateurs qui votaient VAdresse ne partageaient pas cette eonfiance et ils crurent devoir faire encore une tentative pour obtenir du ministère au moins une promesse de réf4)rme qui vînt faire cesser cette fermentation générale qui devenait inquiétante.

M. Sallandrouze de Lamornaix proposa d'insérer après la phrase : des passions aveugles ou ennemies^ déjà votée, un paragraphe ainsi conçu :

Au milieu des manifestations diverses, votre gou\crDement saura reconnaître les vœu% réels et légitimes du pays: il prendra, nous l'espérons, riniliativedc réformes sages et modérées que réclame l'opinion publique, parmi lesquelles il faut (l'abord placer la réforme parlementaire. Dans une monarcliieconslitulionnelle, l'union des grands pouvoirs de l'Ktat permet de suivre sans danger une politique de pro* grès et de satisfaire à tous les intérêts moraux et matériels du pays.

Otte proposition fut vivement appuyée comme une dernière planche de salut par les quelques conservateurs qui, moins engagés que leurs c<illrgucs et plus prévoyants qu'eux, sentaient la nécessité de conjurer la catastrophe qui devenait de moment en moment plus imminente.

M. DesnuMisscaux <l<* (livré leur disait : « La victoire que vous avez remportée dans le vote précédent est une de ces victoires fatales dont il n'en faudrait pas heaucoup de semhlahles pour ucliever de dissoudre tout ù fait le parti conservateur; vous avox voulu, disiez-vous, résister à des exigences de vos

adversaires; accordez maintenant à vos amis les réformes nécessaires; n'attendez pas d'être obligés d'opter entre une faiblesse et une folie : c'est l'avertissement d'un conservateur loyal et convaincu*. »

A cet appel si loyal et si politique tout à la fois, M. (ioulard, au nom des centres, répondit : « Que le moment de proposer une réforme était mal choisi, alors que, par des sentiments d'ambition et de rancune, certains hommes préparaient le renversement du ministère. »

M. Sallandrouze de Lamornaixse défendit avec indignation contre ce reproche d'avoir obéi à des rancunes ou à des vues ambitieuses. « Quoi que fasse le ministère, s'écrie-t-il, la réforme s'accomplira avec lui ou contre lui. » (Très-bien!)

M. Clapier, autre conservateur : « L'agitation règne dans le pays et vous en faites un motif pour refuser la réforme; mais qui vous dit que cette agitation ne sera pas plus grande l'année prochaine? La désaflTection gagne tous les jours et la couronne s'en ressent. Vous pouvez apaiser tout cela par une simple espérance donnée, et vous la refusez : c'est là peut-être de la profonde politique, mais ce n'est certainement pas du bon sens. » (Mouvements en sens divers.)

M. le comte de Morny : « Il ne faut pas céder actuel-

1. Pareil avertïMement avait été donné par les députés de la majorité qui, s*étant réunis, avaient décidé qu'ils porteraient au roiniftlère le vœu qu'ils formaient pour que les réformes demandées fussent enfln concédées par lui. M. Guizot, après avoir lu l'espèce d'adresse que les députés lui apportaient, leurayant demandé si elle conlenail une opinion bien arrêtée de leur part et s'ils seraient disposés à Tappuyer de leurs signatures , tous s'étaient empressés de signer. Le ministre se serait empressé de porter leur écrit au roi qui, après l'avoir lu, l'aurait froissé dans tes mains et foulé aux pieds avec colore en s'écriant : Hébiaif puisque cei meaieurt veulent des réformes, qu'Us passent à la gauche !.,., Que ne l'ont-ils pris au mot, il.H réduisent sauvé! Ce fait m'a été attesté par M. Cliambolle qui le tient d'un des signataires de l'adresse, M. André KœchliD.

503 MÉMOIRES P'ODILON BAIIROT.

ItMTionl. » Mais il ajoute qiriiiie réforme est devenin* nécessaire et ((lie s'il croyait It» miiiislrre opposé à la rélorine parlementaire et résolu ix ne pas la présenl«'r dans la session prochaine, il se séparerait de lui ù rinstant même.

M. (iuizot était, par cette déclaration d'nn «los hommes qui traduisaient \r plus exa<'t<'ment la ponséo de la majorité, placé dans une situation délicate. Il avait à choisir entre h> roi dont il savait bien la résistance à toute rélornic. et ses insurmontables amis i|ui lui sif^nitiaient que leur patience était il bout et que la tin des at(*rmoiements était arrivée.

Voici comment ce ministre se tira de ce pas difïieile :

11 enmmenea par déclarer 'aju'en présence de l'état de la l'Vance et de i'Kurope, il manquerait à tous ses devoirs s'il proposait une rélorme qui amènerait la disM>lution «le l'Assemblée; qu'il ne t'iTait pas non plus de pronn*sse, car en fKireiNe matière, protuettr^^ r'élait plu& f/un faire, «Voilà pour le roi.) fl ajoutait p(Mir ses amis impatients, (pril ne méconnaissait pas l'état des esprit^, ni dans ladhambn*, ni dans le pays, et qu'il en tenait compte : (pie s'il pancnait à rallier le parti eonservatt'ur tout entier à l'idée de la réformi», la transaction aurait li(*u; sinon qu'il laisserait â d'autres la triste tàrlie de présider à la désorganisalinii de ce ^M'and parti. >•

(l'était U\Y\ adroitement éluder la réponse; mais ee n'éiîiit pas une répiuise. .\ussi, .M. Sallandrouze iii- Lani(»rn:ii\ ne put-il s'i-mpècher, malgré sa résene et sa timidité habituelles, di* s'écrier : » Que cola n'était pa> s*'nrujL ! et que si le minisln* ne prenait |ia^ nettement et >:ins embase reii^^a^euient de présenter l'année prinhaine la rélorme, il ma in tiendrait son .iniendeinent. »

.M. (iiii/ot ayant gardé le silence, ramendement Ait

maintenu par son auteur et rejeté à la même majorité (le 222 voix contre 489.

L'Adresse fut ensuite votée après quelques paroles de MM. Thiers et Rémusat, qui firent remarquer que le ministère capitulait sur la question de réforme et que, dans une telle situation, on avait été bien coupable de faire tant de bruit et de jouer si gros jeu, pour obtenir un répit de quelques mois.

Le 16 février 1848, M. Sauzet portait aux Tuileries cette Adresse si laborieusement enfantée, et à cette phrase, qui devait être si vite et si cruellement démentie : SîrCf vous affermissez chaque jour f édifice que nous avons fondé avec vous, le roi répondait par ses banalités ordinaires. Je n'ai pas besoin de dire que Topposition entière dans toutes ses nuances s'était abstenue de paraître à cette cérémonie.

Le gouvernement s'était flatté d'atténuer l'effet des banquets par celui de la discussion de VAdresse, et en cela il s'était étrangement abusé. Le débat si vif, si prolongé et dans lequel, il faut bien le dire, les ministres et leurs orateurs, après avoir assez fièrement débuté, finissaient assez péniblement par une sorte de capitulation, avait étendu et accru l'agitation à un degré qui commençait à nous faire réfléchir nousmêmes.

Quant au roi, il persistait plus que jamais à fermer les yeux sur le danger; les avertissements ne lui manquaient pourtant pas de la part de personnes qui avaient toute espèce de droit à sa confiance.

L(î maréchal Sébastiani, qui l'avait loyalement servi, soit comme ministre, soit comme ambassadeur, et qui était resté l'ami de la famille royale et particulièrement de la princesse Adélaïde, crut, lui aussi, pour répojidrr à la recommandation que cette princesse lui avait faite h son lit de mort, devoir adresser à Louis- Pliilippe quelques observations sur les conséquences

dangereuses que pourrait avoir son obstination à garder le ministère Guizot. « Le vide se fait autour de vous, sire; vous voilà acculé à un seul homme, k une seule combinaison. Vous avez perdu la liberté de vos mouvements; c'est une position bien fausse et bien dangereuse, pour un roi constitutionnel... » — A ces obser\'ations aussi loyales que vraies, le roi répondait par une injure : On voit bien que nous meiUia$<ms^ maréchal,.. — Injure qui fut vivement ressentie par celui à qui elle s'adressait; car il ne parut pas aux Tuileries dans la journée du 24 février.

M. Sallandrouzo de Lamornaix, interrogé par le roi sur ce qui se passait dans le monde des affaires, crut devoir répondre qu'il y régnait une vive inquiétud<^ (*t qu'il serait temps d*aviser et d*apaiser les esprits par une réforme. Vendez-vous bien vot tapù^ M. Saiiandrouze? lui dit ironiquement Louis-Philippe.

Ainsi Tobstination du roi était arrivée jusqu'à l'insolence vis-à-vis de ses propres amis.

Sur quoi pouvait donc reposer sa confiance? il obtenait encore, il est vrai, des votes complaisants de la majorité ; mais il savait mieux que personne k quel prix et combien était laborieuse pour lui et pour ses ministres la tûche de retenir cette majorité et de Tempùcher de se dissoudre.

Il avait, il est vrai, placé ses fils à la tétc de tous les grands commandements : le duc de Nemours dirigeait le ministère de la guerre ; le duc d'Aumale était gouverneur de TAlgérie : I<* prince de Juinville commandait la flotti* : l<* duc i\v Montpensier, Tartillerie i Vinct*nnt's. Il avait placré au fauteuil de la présidence de la CIli ambre M. Saiiz<>t, incapable de lui causer au<'un ombrap', mais aussi de faire face à aucun péril sérieux; il l'avait préféré à Dupin qui était moins facile à manier. Il avait ccmlié le commandement de Upre> mière division militaire au général Tiburce SébAStîaoi,

un (le ces militaires insignifiants qui ne prennent rien sur eux. Le commandement de la garde nationale de Paris avait été donné au général Jacqueminot, beaupcre de M. Duchâtel : c'était, on se le rappelle, mon ancien compagnon dans l'expédition de Rambouillet, excellent militaire, poussant même la bravoure jusqu'à la témérité, mais parfaitement incapable de comprendre et de manier une milice raisonnable comme l'était la garde nationale de Paris. Enfin, la préfecture de police, cette fonction si importante en tous temps et surtout dans un moment de grande crise politique, il l'avait confiée à M. Gabriel Delessert, frère des banquiers de ce nom, fort honnête homme, mais bien plus propre à présider quelque association philanthropique qu'à diriger la police de Paris. Je ne parle pas du préfet du département de la Seine, M. de Rambuteau, qui lui avait donné des avertissements exacts sur la disposition de la bourgeoisie de Paris, mais n'avait pas été écouté ; il n'avait d'ailleurs que bien peu d'autorité.

Si c'est sur un tel entourage que se basait la confiance du roi, il se trompait étrangement, car là où il croyait avoir acquis des forces, il s'était, au contraire, créé des causes de faiblesse; tous ces grands ressorts du pouvoir concentrés, les uns dans la personne de ses fils, les autres confiés à des mains débiles ou à des caractères effacés, devaient lui manquer au moment de la crise suprême : c'était encore là une des conséquences, en même temps que l'expiation de cette manie qu'il avait de n'avoir autour de lui que des instruments dociles de sa propre volonté.

Malheureusement le roi, ses ministres et le parti conservateur ne s'abusaient pas seuls, ils étaient parvenus à nous tromper nous-mêmes sur les forces réelles dont ils croyaient pouvoir disposer. Ils étaient parvenus à nous faire partager jusqu'à un certain point

leur fausse sécurité ; ils nous rendirent par cela même moins défiants des suites de Fa^^itation que nous avions dû provoquer pour répondre h leur défi.

Tout en pressentant le danger, en multipliant nos avertissements, nous étions cependant très-éloignés de soup(.'onner avec qu<'lle facilité ce gouvernement qui st; disait si fort serait renversé.

Aussi, les ministres nous avant dénié le droit de réunion, même dans des locaux privés, et nous ayant détié de faire juger la question par les tribunaux, nousn'hésitùmes pas à relever et à accepter ce nouveau défi.

Revenant sur notre précédent refus, nous consentîmes à assister au banquet du 12* arrondissement qui fut dès lors repris à la condition, toutefois, que les «létails de la manifestation seraient réglés par nous.

En conséquence, nous avions arrêté que le lieu du banquet s(*rait aussi éloigné que possible des grands rentres de la population ouvrière. On Tavait relégué au fond des (]l)unips-Klysées, dans un terrain vague que nous avait prêté M. Nitot. Il fut convenu que le jour choi>ipour ce banquet ne serait pas un jour férié et <|ue la liste des personnes conviées serait arrêtée en commission : IVxclusion avait été donnée parM. Garnier-Fagès lui-même à M. Ledru-Hollin et à sescore» liponnaires. Circonstance singulière, et qui proure combien notre confiance à tous était grande, les miiiistn^s eux-mêmes avaient délégué deux de leurs amis. MM. dr Morny et Vitel, [lour sVntendre avec nous sur li* programme de la journée. H avait été «'ODvenu entre nous et nos commissaires, que le jour du bauffuet, les députés de Topposition partiraient du lieu ordinaire de leur réunion qui était vis-à-vis de l'église de la Madeleine, et que, précédés et suiTÎS de détachements de gardes nationaux sans armes, il s(* rendraient à pied et processionnellementau li<

banquet, on traversant la place de la Concorde et en icnioiilant les Champs-Elysées; qu'arrivés au rendezvous, je prendrais la parole (on voulait bien s'en rapporter à moi pour le texte du discours), qu'aussitôt que j'aurais cessé de parler, un commissaire de police se présenterait, dresserait procès-verbal de notre contravention à l'arrêté du préfet de police, et nous sommerait de nous séparer. Qu'alors, j'annoncerais aux assistants que la justice étant saisie, nous n'avions plus qu'à attendre sa décision avec une confiance respectueuse et à nous retirer.

Il y avait bien peut-être quelque puérilité de part et d'autre à espérer que, dans l'état d'exaltation oii étaient arrivés les esprits, tout se passerait selon le programme. Cela prouve du moins combien les ministres eux-mêmes étaient loin de redouter l'épreuve de cette agitation légale. Il ne vint dans la pensée d'aucun de nous que cette manifestation ainsi livTée à elle-même put dégénérer en une révolution; et je crois encore aujourd'hui que ministres et opposants ne se trompaient pas dans leurs prévisions, et que les choses se fussent passées comme nous l'avions prévu, si le programme convenu eut été maintenu jusqu'au bout; tel était du moins le sentiment que nous exprimaient, même après la rupture de cet accord, MM. le comte de Morny et Vitet, qui avaient été auprès de nous les porteurs de parole du ministère.

Cependant, comme la masse de la population de Paris, accrue de toutes les députations des départements voisins, se préparait à prendre part à la nanifestati<m et que nous prenions sur nous, dans cette circnnslance, une très-grosse responsabilité , voici les pn'caulions que nous avions jugées nécessaires pour éviliir toute perturbation: au lieu de laisser cette foule à tne-nu'iue, et afin d'y introduire quelque ordre, nous étions convenus que tous ceux des assistants qui

feraient partie de la garde nationale rev4>tiraient leur uiiirorme, sans autre arme que le sabre; qu'ils se réuniraient par numéro de légion, afin que, se connaissant rntreeux, la surveillance fût plus facile : même décision pour les écoles qui devaient se réunir chacune sous sa bannit'n*, ainsi que pour les députations des départements. (Chaque corps était appelé ainsi à exercer sur lui-même une discipline qui, pour être volontaire, n'en devait être, selon nous, que plus efticace.

Jusque-là, nous avions affaire à la bourgeoisie ou k la jeunesse instruite de Paris; mais M. Guinard vint nous demander (fadmettre les classes ouvrières qui désiraient, elles aussi, faire partie de la manifestation ; il nous répondait d'ailleurs de la parfaite tranquillité. On me fit juge de la question, et ce n*est pas sans quelque hésitation que je me décidai à admettre l(*s ouvriers, à la même condition que celles que nous avions établies pour les autres classes de citoyens, k la condition de se réunir par état et sous des bannières distinctes, afin que tous ceux qui composeraient ces divers groupes répondissent les uns des autres et pussent se contenir réciproquement. Je jugeai, d'ailleurs, qu'il était plus prud<*nt d'admettre ces classes ouvrières satisfaites et désireuses de répondre à la confiance qu'on leur montrait, que de les laisser eu dehors , inquiètes , mécontentes et abandonnées à leurs passions : nous comptions aussi et princîpalem<'nt. pour le maintien de l'ordre dans cet immense rassemblement, sur cet instinct si sur et si intelligent du peuple de Paris; averti par cet instinct que le plus léger trouble nuirait à Tefret politique de la manifestation, il eût fait sa police lui-même, et au liesoin réprimé très-(*nergiquement les perturbateurs.

Pour rendre la chose plus assurée, nous avions ré* pandu et fait adopter ce mot d'ordre, que tout individu qui troublerait l'ordre stTait considéré comme un

agent provocateur et immédiatement chassé des rangs.

Un programme devait annoncer toutes ces mesures (le prudence, et rappeler aux masses Timmense intéri^t que tous les patriotes avaient à donner au gouvernement cette preuve de sagesse en même temps que d'énergie.

C'est ce programme que nous eûmes le tort d'abandonneràlarédaction des journalistes qui faisaient partie de la Commission, croyant qu'il suffisait d'en avoir bien expliqué l'esprit et les principales dispositions pour qu'ils s'y conformassent dans la publicité qu'ils lui donneraient.

M. Armand Marrast, rédacteur en chef du journal le National, sans altérer cependant le fond des dispositions qui avaient été convenues, crut devoir revêtir ces préparatifs d'une sorte de caractère semi-officiel et parler un peu comme l'aurait fait un préfet de police en exercice.

Ce tort de forme qui était, d'ailleurs, celui d'une simple rédaction de journal, n'était pas de nature à motiver la rétractation de l'accord intervenu entre le gouvernement et nous ; nous avions même ofl'erl de substituer une rédaction plus modeste à celle un peu ambitieuse de Marrast, rédaction dont les délégués des ministres s'étaient montrés satisfaits. Quoi de plus naturel, d'ailleurs, que des hommes politiques responsables moralement d'une si grande réunion d'hommes ï)rissent les mesures nécessaires pour y maintenir l'ordre ?

Mais si cet article du journal le National ne fut pas le motif, il fut leprétexte de lamesurede rétractation qui vint tout à coup nous frapper. La veille du jour indi(iué pour le banquet, alors que les masses étaient déjà pour ainsi dire en mouvement, MM. le comte de Morny et Vitet vinrent nous annoncer avec tristesse

510 MKMOIUKS D'ODILON* IJAUROT.

que le ministtTc retirait 1*^ rnnsiMUomt*nt qu*il avait donné ilanslitstrrmrsqiu' jai dils.

L<'s troupes, an lit*ii di* rester eonsi^çnées danslenr< casernes, devaitMUoeenper la voie puldiquc et dissiper au besoin par lat'oree toute ap[$;lomération ; on nous permettait, d'ailliMirs , de nous rendre isolément au ban(|uet, si cela nous convenait.

La vraie cause de c<*tte résolution si tardive et si inopportune était dans les immenses proportions que prenait la manifestation: en eti'rt. les chemins de fer versaient dans l(*s gares des niasses de provinciaux qui venaient apporter ItMir concours aux Parisiens, et de pluN. liien que le (général dela^'arde nationale eut fait aftielier une proclamation dans laquelle il prévenait les gardes nati(maux qu'il leur était défendu de prendre part à la manifestation nfin^ disait-il, dé/targnerrhan- (ablement à ceux qui devaient s*// rendre le d^phiùtr de te voir en si petit nombre^ en dépit de cotte eliarité fort susperte, rimmiMise majorité dt* la gardi* natit»nale s«* préparait <'i se rendre en uniforme à ce banquet : on peut jup*r4le VvWoi politique (|ue le sim|>le fait de la préseIl^edeâOà.'i(^(N!Ogardes nationaux aurait produit sur Topinion. Le ministre sentit bien qu'après une telle manifestation , il lui serait impossible «le eontinuersa politifpir 4't de rester au poiivt»ir : ce fut là, je dois le dire, la cause réelle de la détermination des ministres; sans(]U(ii ItMir conduit*' ne se compr(*ndraît pas; \H se seraient montrés aiiNsi légers, aussi incimsidérês en interdisant la niaiiife>tation sur um* simple rédaction ineonvenaiite d'un jnuriiaii^te , ipi ils l'avaient été en la piTuiettantsansen |irévoir les plus inévitables eon>êquencesessentielb's, spécialement b*sniesures d'unire que devaient nécessairement prendre ceux sur qui pesait la responsabilité du banquet.

r««'tte rétractation tardive du ministère nous faisail une situation très-diftîcile.

Le rendez-vous était donné au peuple; y manquerions-nous? et d'un autre côté, en y allant, encouragerions-nous la population à s'y rendre, en masse, malgré les défenses de rautorité,et prendrions-nous ainsi sur nous la responsabilité duconflit sanglant qui ne pouvait manquer d'en être la suite?

Telle était la redoutable question qui se dressait devant nous.

Elle fut agitée dans une réunion où étaient nonseulement ceux de mes collègues qui s'étaient plus particulièrement occupés des banquets, mais tous les membres du comité électoral parisien.

« Il n'y a pas à délibérer, disaient les uns, notre honneur est engagé. Nous avons donné rendez-vous au peuple, il nous attend I... Manquer à ce rendezvous, c'est perdre en un instant cette popularité si lentement et si laborieusement acquise, et alors la direction des événements nous échappe. — Hais ne voyez-vous pas, répondaient les autres, que si nous allons au banquet, les masses déjà en mouvement nous y suivront, qu'elles se heurteront avec la troupe armée qui a la consigne de les dissoudre et que le conflit est inévitable. Or, qui peut en prévoir de sangfroid toutes les conséquences? Encore si nous partagions le péril commun ; mais notre inviolabilité nous protège. Ce n'est pas notre sang qui sera versé, ce sera celui des citoyens que nous aurons, pour ainsi dire, poussés dans cette lutte inégale. »

Cette dernière considération fortement appuyée par les républicains les moins suspects, MM. Marie, Bethmont et autres, fit impression, et le parti de l'abstention l'emporta. La majorité déclara qu'il valait mieux risquer notre popularité que de courir les hasards de la guerre civile.

La réunion se tenait chez moi, et je la présidais. Je ne crus pas devoir prendre part à la délibération, je me

faisais un scrupule d'influencer une résolution dans laquelle chacun jouait son honneur et peut-être sa vio ; mais j'étais de Tavis qui prévalut. Plusieurs dé|»utés, MM. de Lamartine, Lherbettc, entre autres, déclarèrent qu'ils ne se considéraient pas comme liés par la majorité« et qu'ils se rendraient au banquet s*il avait Heu. Mais les commissaires de ce banquet, et H. Armand Marrast le premier, reconnurent que la manifestation, sans nous, perdait toute son importance politique, et Tabstention devint générale.

A peine cette décision fut-elle prise, que la nouvelle en fut répandue dans Paris. Une réunion d^officîers (le la garde nationale avait lieu au même moment dans les bureaux du journal le Siècle. MM. Duvergier de llauranne et Chambolle furent chargés d'aller expli- (fuer à cette réunion les motifs de notre résolution <iui fut fort mal accueillie, et nos amis parvinrent Irès-difTicilement à calmer l'irritation que cette nouvelle ï\i éclater parmi ces oflîciers.

L'ne nombreuse députation des écoles vint même jusqu'à mon domicile m'adresser de vifs reproches, pour ce qu'ils a[>pelaient une désertion en prétenee de tcnmmi. Je leur répondis sévèrement qu'ils étaient bien jeunes, pour juger des hommes qui avaient fait depuis longtemps leurs preuves de courage et de patridtisme, <'t je les congédiai. La fermentation était grande et les eflorts mêmes que nous faisions pour éteindre Tineendie paraissaient n'avoir d'autre résultat que de le rendre plus violtMit.

On en jugeait autn^nient aux TuiliTies : au lieu de c(»n sidérer notre renonciation au banquet comme le signal It> plus certain d'un danger imminent et de s'en effrayer autant et mrm«' |>lns qut* niuis. le mî, des qu'il fut iproriné dr imtn' résolution, se laissa emportera un aecès de j(»ir. ronmie s'il avait %ieloire gagnée : du plus loin qu'il apervut M. de Salvaiidy

qui venait faire sa visite aux Tuileries, et c'est de lui (jue je tiens ce détail, il courut au-devant de lui, et lui cria avec une sorte d'exaltation : « lié bien, Saloandijy vous nous disiez hier que nous étions sur un volcan; — il esi beau, votre volcan/ — Ils renoncent au hanquet, mon cher; oui, ils y renoncent; je vous avais bien dit que tout cela s'évanouirait en fumée,.. — Je n'avais cependant pas tort, répond le ministre, en tin courtisan, il ne feu r manque, pour faire une révolution, guun duc d'Orléans. » — Il venait de toucher une corde sensible : car, plus d'une fois, le roi, dans nos conversations, m'avait exprimé celle même pensée, et m'avait dit en parlant des insurrections qui avaient avorté en Italie et en Espagne. « Bah ! ils ne réussiront à rien; ils nont pas un duc d'Orléans! » Son amour-propre flatté vint encore ajouler à son entrain, et s'adressa nt à la reine : « 7'u viens d'entendre Salvandy, ma chère Amélie; il dit quils nont pas un duc d'Orléans. Je le crois bien; aussi les voilà qui reculent. «

11 y avait quelque chose de triste dans cette folle gaieté que devait suivre de si près une cruelle agonie. Comment Louis-Philippe, qui, certes, ne manquait pas d'intelligence, ne comprenait-il pas que pour (jue nous nous fussions décidés à renoncer à ce banquet malgré un engagement solennel, il fallait que le danger fût bien grand et bien imminent! Notre résolution aurait dû être, pour lui, un sinistre avertissement de ce qui nous menaçait tous.

(A'pendant, en même temps que nous avions rêne mcé au banquet, nous avions senti la nécessité de faire diversion aux passions populaires en essayant de les détourner sur un débat parlementaire; c'est dans cette intention que nous avions décidé, séance tenante, (ju'un acte d'accusation serait porté contre le ministère : cet acte fut à l'instant même couvert do plus de 100 signatures de députés, et, le lendemain,

514 MKMOIRES D'ODILON BARROT.

au comnionccmciit (U* la s(^anco, je le déposaf sur le bureau du président do la Chambre: on en trouvera le texte dans les documents ; cet acte n*était que le résumé des griefs signalés tant de fois dans la discussion de VAdresxe: à savoir, corruption & Tintérieur, abaissemt'ut à Textérieur, compromission de la eourniiiie. Avant que ces résolutions eussent été prises [)ar Itipposititm, la veille même du jour assigné pour le banqiu't. la préoeeuftation avait été grande dans la Chambre: malgré l'assurance alFectée que niontrai«'nt les centres et bien qu'ils insistassent beaucoup pour (|iit* la discussion alors entamée sur la banque de Hordeaux se continuât comme si rien ne s'agitait au deh(»rs, il était facile de s'apercevoir de Tanxiété qui régnait sur tous les visages. Vers la fin de la séance, je dem:iiidai la parole et les députés qui, groupés ilans la salle des Pas-I*erdus et ili»s Conférences, se livraient à des conversations animées, rentrèrent en foule; il se fit tout à coup un silence profond.

Après avoir raï)pelé l'accord qui s'était fait entre le ministère et l'opposition pour régler les conditions du iKirniueldu 12* arrondissenitMit, '< j'ose aftirmer, dîs-je, que ^i cet accord av;iit été conser\'é. la manifestatinii se seniit accomplie sans aucun désordre: mais an\ enn^i-ils de la prudence ont succécié d'autres inspinitinns. Le gouvernement a jugé à propos d'interdire t«»ut rassend>lcment. et de fain* intenenir U fore»- armée: jo crains bien que, sous le prétexte d'apaisrr h» trouble, cette mesure ne le fasse* naître et que les dispositions prises par le ministre dans Tinlérét de l'onire ne soient, au l'ontraire, la cause d'une gravi* et daiigereuNc p(Tturbati<m. (Rumeurs au centre. ; 3lais tout en exprimant cette crainte, si ma parc»le peut avoir quehpie influence dans mon pafs, je iriiésite pas à dire très-haut que, dans la situation

qu'on nous fait, le premier devoir de tout citoyen à quelque opinion qu'il appartienne est d'employer tout ce qu'il peut avoir d'énergie pour prévenir les malheurs que je prévois. (Très-bien !) Il n'y a pas de ministère, pas de système politique qui vaille une goutte de sang versé. (Nouvelle approbation.) Il ne dépendra pas de moi d'écarter les terribles éventualités qui se préparent. »

M. Duohâtel, tout en reconnaissant l'espèce de convention qui était intervenue entre le ministère et nous, s'excusa d'avoir rompu cette convention, sur le programme tracé par le journal le National. « C'était, disait-il, la proclamation d'un gouvernement se substituant au gouvernement régulier, un gouvernement qui se permettait de convoquer la garde nationale, de lui donner des consignes; tolérer une pareille usurpation des pouvoirs publics, c'eût été abdiquer. »

A quoi je lui répondis de mon banc :

Ce n'était pas la crainte d'une manifestation tumultueuse qui avait motivé la mesure prise par le ministère, mais bien plutôt le calme imposant et l'immense concours do citoyens paisibles qui l'avaient effrayé pour le mantien de sa politique; que l'article du National n'avait été qu'un prétexte; que cet article je n'avais eu à l'avouer ni aie désavjuer,,,. (Et comme les centres m'interrompaient et me criaient : Avouez ou désavouez!... ) Je vous mettrai tous d'accord, leur dis-je. J'avoue hautement l'intention de cet article, j'en désavoue les expressions. (Très-bien!) Toutes les fois que des hommes politiques provoquent un grand concours du public, leur devoir est de prendre les moyens officieux de prévenir tout désordre. Si, dans notre pays, il ne peut y avoir de réunion de citoyens autre que celles que la police aura réglementées et organisées, à la bonne heure I mais dans un pays de liberté, il faut bien s'accoutumera ce que de pareilles manifestations se règlent par ceux qui y concoureut et qui en répondent. Il faut faire ensuite que la liberté se discipline et fasse sa police elle-même : ce sont là les mœurs de tout peuple digne de la liberté. L'appel des

516 mi£moire9 D'ODILON barrot.

gardes nationaux a été fait danscetlc pensée d'ordre public. (Approbation à gauche.) Cet appel était purement officieux; libre à chacun d'y répondre et il n'y a rien de sérieux dans rassimilatjon que \ous prétendez établir entre un tel appel et une convocation pu}>lique officielle et obligatoire. Je vous ]c répète, grâce à Tinstinct si sur et si inleiliL'ent de notre peuple, j(^ vous aurais garanti la plus parfaite tranquillité. (Applautiisscmeuts à gauche. ) Tandis que les me- Hircs de compression auxquelles vous avez recours ajouteront encore ù IVxaspération dt>s esprits et vont tendre davanta^'C une situation di\jà beaucoup trop tendue, (.lu centre: Allons dune!...) Vous n'avez pas vuulu de l'ordre par la liberté ; subissez donc les couséiiuences de la »itua* lion que vuus avez faite... a

Sur ces paroles, prononcées avec un accent de trisli» et ferme ronvietion, je me rassis et rassemblée vse sépara. C'est ù lu suite de cette séance que Topposition prit le parti de renoncer au banquet.

JOl'HNÉKS DES 32, 33 HT 31 FÉVRIER

Le lendemain était le 23 février; la masse do la p(tpulatioi), qui s'était préparée à une manifostalion ré({iilière et pariiique, se trouvait en face do troupi*« qui ocfiipaient militairement, dès b» matin, les prîncipalf> rues rt plires publiques. Itientôt des groupes se furnicnt dans divers (piartiers et drs essais do burrieatlrs «uit lieu dans l(>s faubourgs, au Panthéon vi aux environs de la Madeleint*; à la place de la lUmrse lui escadmn île <'uirassiers se disposait à cliarpT un rassiMublcment, lorsqu'un bataillon de la '^' lé^inii de la ^'ardr nationale, commandé par M. he^oUNée, h'intrrposa et croi>a la baïonnette contre les cavaliers qui se retirèrent : ce qui fut

bientôt connu dans tout Paris et la question se posa désormais entre la garde nationale et Tarmée.

Ce fut le second jour seulement, le 23, que le roi ouvrit les yeux et commença à entrevoir Tabime dans lequel sa politique de résistance obstinée avait peu à peu conduit son gouvernement. Il se décida enfin à renvoyer le ministère Guizot et fit appeler M. Mole, essayant encore cependant de changer les personnes tout en retenant le système.

Mais en cela il s'abusait : le mal était trop profond pour que le seul renvoi d'un ministère impopulaire suflit à rétablir le calme et la confiance.

M. Mole ne le lui dissimula pas et proposa, pour composer avec lui le cabinet, des hommes du centre gauche, tels que MM. Dufaure et Passy, dont la présence dans le conseil signifiait déjà la nécessité d'une réforme profonde ; de plus, M. Mole proposait au roi M. le maréchal Bugeaud, comme ministre de la guerre, sentant probablement qu'en même temps qu'il donnait satisfaction à l'opinion irritée, il fallait contenir les passions révolutionnaires par une épée éprouvée. Le roi refusa d'admettre ce maréchal, comme ministre de la guerre, et il motivait son refus sur ce que « Bugeaud, disait-il, était un faiseur et ne laisserait au duc de Nemours aucune influence dans les bureaux de la guerre. » Et cependant la révolution frappait déjà aux portes du palais des Tuileries, et à ce même homme auquel Louis-Philippe refusait le portefeuille de la guerre, il remettait le commandemont supérieur de l'armée de Paris : quelle contradiction et surtout quelle obstination dans cette fatale manie du gouvernement personnel. Ce serait à ne |)as le croire, si M. Mole ne l'avait affirmé luimême à plusieurs personnes parfaitement dignes de foi, qui me l'ont répété.

Pendant que se préparait ainsi, entre Louis-Philippe

ut M. Mole, la formation du nouveau cabinet, la Chambre se réunissait. La séance s'ouvrit à deux heures au milieu de l'anxiété générale : on se racontait les événements de la veille; les esprits étaient surtout frappés de la disposition qu'avait montrée la garde nationale et de Tappui qu'elle avait ouvertenii^nt donné aux insurgés sur plusieurs points de Paris. Il est vrai que le rappel n'avait pas été battu et que ce n'était qu'une partie de cette garde natitinale qui« réunie spontanément, s'était ainsi prontmeée ; mais ce n'en était pas moins un symptôme tres-alarmant et qui eommenvait à ébranler singulièrement la codfianee obstinée de nos conser\*ateurs.

Kientot on entendit battre les tambours d'une légion qui s'avançait en ordre de bataille vers le Palais- Hourbtin; une sorte de panique s'empara des députés; quel(iu(*s-uns d'entre nous allèrt^nt au-devant de cette troupt^ |)our connaître la cause di^ cet étrange muuve^ ment, qui atte>tait déjà un bien grand désordre dans l'aclion ^'oMvcrnementale : cur on s'explique diftirilemt-nt comiiienl ime troupe armée avait pu |>énétref JH>qu'au\ portes du Parlement sans rencontrer aucun empéchem(*nt.

Les ot'iiciers nous dirent qu'ils venaient apporter à la (^hambn^ uni» pétition en faveur de la réforme. Nous 4'ûmes (pielque peine à leur faire comprendre que ce n'était pas ainsi (*t à main armée que leur pêlitina di'vait n<ius parvenir; ils se déridèrent alors k la remettrt' il M. Crémieux. qui s'utlrit à la déposer en leur nom, rt ils se retirèrent.

Crt iih'idfiit a\ait viv«'ment ému la Chambre, lors- (pie M. V:i\in, député de Paris, un des hommes les plus généralcmrnt aimés et honorés par cette bourgeoisie dont il était un type vrai et pur, adressa des interpellations au ministre de l'intérieur. M. Hébert était dans ce moment seul au banc des minisires; on

suspendit la séance jusqu'à l'arrivée de MM. Guizot et Duchi\lel, qu'on savait avoir été mandés chez le roi.

A trois heures un quart la séance est reprise.

Alors M. Vavin demande aux ministres :

Pourquoi, lorsque depuis vingt-quatre heures des troubles graves (lésolent la capitale, la garde nationale n'avait pas été convoquée ? 11 en est d'autant plus étonné que l'ordre de convocation avait été donné dans la soirée du lundi, et que ce serait dans la nuit du lundi au mardi, que cet ordre aurait été révoqué.

Puis, hier à cinq heures du matin, ajoute-t-il, le rappel aurait été battu seulement dans quelques quartiers. Ces ordres et contre-ordres attestent la déûance du gouvernement dans cette institution dont la devise est cependant libertéy ordre public, et qui, jusqu'à ce jour, y a été fidèle.

M. Guizot monte à la tribune lentement. (Profond silence.)

Messieurs, je crois qu'il ne serait ni conforme à l'intérêt public, ni à propos pour la Chambre, d'entrer dans ce débat. Le roi vient d'appeler en ce moment M. le comte Mole pour le charger de former un nouveau cabinet. Tant que le cabinet actuel sera chargé des affaires, il fera respecter les lois, comme il l'a fait jusqu'à ce jour.

Le roi cédait donc enfin, après avoir entraîné dans son système de résistance à outrance et ministres et majorité, après les avoir gravement compromis, il lâchait prise le premier. Aussi, à cette nouvelle inattendue du renvoi du cabinet Guizot et Duchàtel, l'explosion d'indignation futr-elle grande dans les centres! Des cris s'y font entendre : Cest une lâcheté / c'est déshonorant ! ISoiis verrons comment ils mèneront celai Allons trouver le roi! (Voir U Moniteur,)

Un grand nombre de députés conservateurs se pressent autour des ministres sortants en les assurant de leurs sympathies quand même.

5iî0 MÉMOIRES D'ODILON BARROT.

Ct» moiivcmi'iit (I<»s rentres s'explique très-bîon : s'être eompromis si vioh'iiimtMit pour un pouvoir qui vtMis abandonne, et se trouver face à face avec un*» grande impopularité, stMils et abandonnés! Il y uvuil là, en ellel, pour ees etuis<*rvali*urs ardents et eompromis, bien des sujets (rirritalion. )fais cette colère étail-eUe b'*j;itinie? Nétait-et» pas à eux à prévoir où les <'on<hiirait inévilablenu'Ul ce svstème de résistance absolue à toute rétornie et aux v<i*ux les plus prononeés de l'opinion publiqu(>? Kspéraient-ils que, lorsque le conflit s'(>n^a};erait sérieusement, le roi des barricades consentirait à v<tsit le san^ de la bourgeoisie de Paris |)our continuer leur dominati<»n électorale et parlenit>ntaire? Ne devaienl-ils pas prévoir que, dans une pareille occurrence, la royauté, «pii risquait le plus gros enjeu, serait aussi la première à se retirer?

h'aillcurs. toute cette irritation des centres n'était (|u'un puéril dépit cpii devait bientôt s'évanouir pour tiiin* phh'c aussitôt à la plus complète prostration.

Klle existait cependant encore lorsque je demandai, à raison de la crise ministérielle, rajournement de It^xamen de Tacte «rafcusation que j'avais déposé. •S'on! non! «-rièrt^nt les centres. Voui voudriez rentier^ nous nf h fHrmettrons pis; nous demandons la 'diseuuiom iwvirfiinlcl...

Vainement M. Dupin insista-t-il pour rajournemenl, 4*11 se Tondant sur la situation critique «le Paris.

M. <iiii/ot dé<-lara <• qu'il ne voyait pas de motifs |MMir (piancnn des travaux de la Chaud ire fût înterntiiipn. • — Kt le foUfs'ueux M. de Peyram4>nt, ayant dem:ind<'> Vnrilrt* du jnui\ c'est-à-dire la discussion iinmédiati* de l'acte (l'accnsalion, les C4»ntres votèrent avec une sorte de lureur et se précipitèrent dans les bureaux.

Après cr|;i, la séance l'ut levée et ajourni'e au lendemain à une heure, pour la discussion dans les bu*

reaux de ce m<^me acte d'accusation contre les ministres, vl à trois heures pour la séance publique.

Ce cri do rage du parti conservateur était aussi son cri (Tagonie; car, le lendemain, ces mêmes hommes devaient être chassés de l'enceinte législative aux cris de : A bas les vendus! dehors les satisfaits f

Cependant la nouvelle du renvoi de M. Gilizot s'était répandue dans tout Paris et y avait fait éclater soudainement comme une explosion de joie et de soulagement; plusieurs quartiers avaient même été spontanément illuminés.

Ma maison était devenue comme un quartiergénéral, où venaient aboutir les émotions populaires et d'où partaient les directions politiques : tantôt c'était une masse de gens du peuple qui, armée de flambeaux, inondait ma cour et demandait à me voir; tantôt c'étaient des délégués des écoles ou de la garde nationale qui venaient conférer avçc nous; tantôt c'étaient des résolutions à prendre comme celle dont j'ai rendu compte, et qui renfermaient en elles la paix ou la guerre, le renversement de la royauté ou sa conservation. Aussi étions-nous comme en permanence réunis dans mon salon pour aviser h tous les incidents qui se succédaient avec tant de rapidité.

Nous étions occupés à discuter la conduite à tenir par suite du changement des ministres, lorsqu'une effroyable détonation vint tout à coup nous frapper de stupeur. Quelques députés coururent tout de suite sur les boulevards pour savoir la cause de ce bruit sinistre et revinrent bientôt nous rapporter qu'ils venaient d'assister à une horrible scène ; ils avaient vu, d'un côté, les boulevards couverts de morts et de mourants, et de l'autre, des soldats effarés et comme fous, courant ç'à et là, et incapables d'expliquer ce ([u'ils venaient de faire.

Des renseignements plus précis nous apprirent

rm MÉMOIRES D'ODILON BARROT.

bientôt qu'une colonne de gens du peuple, colonne que j'avais rencontrée moi-même quelques instants auparavant sur les boulevards et dont j*avais remarqué les dispositions parfaitement pacifiques, descendant des faubourgs, après avoir longé les boulevards, aux cris d(* : Vive la réforme! était arrivée à la hauteur lie riiotrl du ministère des affaires étrangères'; f|uc là, arrêtée par un bataillon de troupes de ligne qui barrait le boulevard dans toute sa longut'ur, il y avait eu un moment d'iiésitation ; que la troupe rangée en bataille, se trouvant (;n face d'une masse de peuple, avait cédé il une panique subite et fait à bout portant une décharge générale sur cette foule inotl'ensive.

Nous presstmtimes tout de suite quelles seraient les conséquences de ce fatal incident; et, en effet, la physionomie de Paris changi^a à l'instant mémo : de joyeuse qu'elle était, elle devint sombre; des cris sinistres se tirent entendre dans tous les quartiers et les harrieadi's se dressèrent de toutes parts.

Tn de ces hommes doués de l'instinct, on pourrait ilire du génie des révtihUionN (on assure que c'est ce même iMnnonlin dont nous avons déjà parlé), imagina de faire empiitT, dans un t4>nd>ereau qui se trouvait là |>ar hasard, les cadavres des malheureuses victimes de Cette boucherie, et de promener ce rhar funèbre. éelairé par des hommes p(»rtantdes torches, à travers tons les quartiers dt* Paris. Il ne se trouva, dans cette pohei- d'ordinaire si bien servie, pas un agent pour inti-rroinpre eette lugubre et retloutuble mise en scènt*. qui m* prolon^tsi une grantle partie de la nuit.

Nous eii!rioij> ru pleine ri*\olntion.

1. Ilciii|ilac(': aujuurJ liUi par un iiUr'.viu de joucU d'cntiaU.

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