‹ Mémoires posthumes (volume 2)Chapitre 8 sur 65 · AVANT. PROPOS. XIII · texte numérisé non relu

AVANT. PROPOS. XIII

ment la théorie étroite de l'unité législative. C'est ainsi encore qu'après l'envahissement du 15 mai et l'insurrection de juin, il présida la commission chargée de rechercher les causes de ces funestes événements et d'en découvriras auteurs. La majorité de l'Assemblée était fort loin de partager toutes les opinions de M. Odilon Barrot ; mais elle avait conGance dans son honneur, dans sa probité, et son avis était toujours d'un grand poids, parce qu'il ne s'y mêlait aucune considération personnelle. Plus d'une fois, un homme qui était rhonneur du parti répubUcain, le général Cavaignac, voulut se mettre en rapport avec lui et obtenir publiquement son assentiment. Il avait même été convenu dans une conférence à laquelle j'assistais avec M. le général de Lamoricière, MM. de Rémusat etde Maleville, que le chefdu pouvoir exécutif ferait, du haut de la tribune, un appel à tous ceux qui acceptaient la république et que M. Barrot y répondrait par une franche adhésion. Mais dans une courte allocution le général Cavaignac substitua au programme convenu un programme un peu différent et s'adressa uniquement à ceux a qui juraient de vivre et de mourir pour la république. » — ce Croyez-vous, me dit alors M. Barrot, que je puisse jurer de vivre et de mourir pour la République? » et il se tut. L'occasion fut ainsi manquée, mais elle se retrouva plus tard, quand MM. Dufaure et Vivien entrèrent au conseil, et à partir de cette époque le gouvernement du général Cavaignac put compter M. Odilon Barrot parmi ses plus fermes appuis.

riT AVANT-PROPOS.

n fut pourtant, quand eut lieu Télection présidentielle, de ceux qui adoptèrent et soutinrent la candidature du prince Louis-Napoléon Bonaparte. C'était un mouvement presque général dans ce que Ton appelait : les vieux partis^ et bien peu d'entre nous surent y résister. Je m'honore d'avoir été de ceux-là, avec mon ami M. de Rémusat ; mais M. Odilon Barrot était dans une autre situation ; il avait eu d'anciens rapports avec plusieurs membres de la famille Bonaparte; il la jugeait moins sévèrement que nous, et il espérait que la popularité du nom servirait à établir un gouvernement libéral et modéré. Après l'élection, appelé d'un consentement commun à devenir le chef du ministère, il accepta cette mission sans en prévoir toutes les difficultés. Dès les premiers jours, en effet, il se trouva placé entre les prétentions personnelles du nouveau président, et l'impatience du parti républicain, mécontent de son échec et disposé à faire obstacle au gouvernement. Pour surmonter ces difficultés, il ne suffisait plus d'être un grand orateur, il fallait encore être un homme d'État consommé ; et M. Odilon Barrot prouva qu'en le mettant à la tête du gouvernement ses amis l'avaient bien jugé. Chaque jour sur la brèche, il devait au même moment réprimer les velléités de pouvoir absolu qui éclataient dans les actes comme dans les discours du président, et contenir les défiances légitimes d'une grande portion de l'Assemblée qui menaçaient de faire explosion. Il suffit à cette double tâche et, grâce à ses efforts, grâce aussi à l'estime qu*U ins-

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