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pirait à tous les partis, l'explosion redoutée n'eut pas lieu*
On lira dans les mémoires le récit fidèle et animé des graves discussions qui, pendant les dernières séances de l'Assemblée Constituante, agitèrent l'opinion et menacèrent la paix publique . Des questions qui se posèrent alors, deux surtout avaient une grande importance, l'une extérieure, celle de la révolution romaine ; l'autre intérieure, celle de la dissolution de la Chambre. M, Barrot n'avait jamais passé pour dévoué aux intérêts de l'Église ; mais il voyait avec douleur que le chef alors libéral de la religion catholique eut été forcé de fuir ses États, après l'assassinat de Rossi, son habile ministre, et il craignait que, sous le prétexte de rétablir l'ordre, l'Autriche ne vînt à Rome exercer sa prépondérance. De plus, il espérait que le parti libéral romain, au lieu de combattre les Français, serait heureux de se mettre sous leur protection et d'obtenir ainsi du Pape les garanties désirables. L'opposition, an contraire, s'appuyant sur le texte de la constitutioa, ne voulait pas que la France intervint dans les affaires du Pape, axi détriment de la république romaine. Ce ne fiit pas sans de grands efforts que M. Barrot arracha à la Chambre un vote favorable à l'expédition, et, lors du premier échec, il n'évita qu'à grand'peineun acted^accusation. A ce moment, d'ailleurs, l'Assemblée était à la veille de se dissoudre et la France se préparait aux élections. Contrairement à ce que l'on a vu depuis, la gauche qnî se méfiait des élections proehames aurait voufu prolonger Fexis-
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tence de rAssemblée, tandis que la droite et le président de la République demandaient que le pays fût consulté de nouveau. Après une lutte acharnée, la majorité avait donné raison à la droite et au président, mais la gauche espérait encore que cette résolution pourrait ôtre rapportée. Les quinze dernières séances furent donc pleines d agitations et de combats violents où M. Barrot, à son grand honneur, continua son rôle de conciliateur. Mais, pendant quelques jours, on put croire que la guerre civile allait éclater dans Paris, et pour l'éviter il fallut l'admirable mélange de passion et de sang-froid, d'habileté et de patience que déploya M. Barrot. C'était un beau et triste spectacle que celui de cet orateur, naguère si populaire, forcé, tout en défendant la cause de l'ordre, de se défendre lui-même contre des accusations aussi injustes qu'outrageantes, et réduisant ses adversaires au silence par la netteté de ses explications. Certes, dans le cours de sa vie, M. Barrot a eu des triomphes plus éclatants, il n'en a pas eu qui méritât davantage la reconnaissance des honnêtes gens de tous les partis. A cette époque, personne ne la lui refusait, et chacun reconnaissait qu'à lui surtout la France devait d'avoir pu passer d'une assemblée à l'autre, sans d'horribles convulsions. Malheureusement le souvenir des services rendus s'efface vite, et il ne devait pas tarder à s'en apercevoir.
Malgré ces désordres passagers, aucune assemblée plus que l'assemblée de 1848 n'a droit à l'estime nationale. Composée en grande majorité, au moment de
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son élection, d'hommes sans expérience et pleins de préjugés, elle avait su s'en dégager à la voix d'orateurs qui lui étaient suspects, mais qui lui disaient la vérité. Elle avait d'ailleurs un rare mérite, celui de sentir qu'elle était responsable des destinées du pays, et de ne vouloir se décharger sur personne de la responsabililé. Dans l'Assemblée plus éclairée qui lui succédait, il fut au contraire aisé de voir dès le début que chaque parti cherchait le salut ailleurs que dans l'assemblée elle-même, et que l'idée d'une révolution monarchique, césarienne, ou socialiste, avait gagné presque tous les esprits. La situation de M. Barrot, bien loin qu'elle fût simpHfiée, était donc plus compliquée que jamais. Il ne lui suffisait plus de résister au président et à la fraction violente du parti républicain, il fallait encore arrêter le parti monarchique qui, enivré par son succès, voulait s'emparer du pouvoir pour frayer le chemin à l'antique monarchie. Quand, à gauche, on lui reprochait de trahir la révolution, on lui reprochait à droite de la servir ; et le centre, qui déjà tournait les yeux vers l'Elysée, ne lui donnait qu'un faible appui. Il n'en continua pas moins son œuvre, s'effbrçant de calmer les susceptibilités, de désarmer les hostilités, et de rapprocher les pouvoirs aussi bien que les partis. Il avait d'ailleurs fortifié son ministère par l'accession de MM. Dufaure, de TocqueviUe et Lanjuinais ; mais ces trois noms qui appartenaient au parti de la république modérée n'étaient paâ faits pour plaire aux monarchistes de la droite. Ceux-ci adressaient alors à M. Barrot le repro-
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che qui, de nos jours, a été adressé à un autre homme d'État, le reproche de ne pas destituer tous les fonctionnaires républicains. Quand donc, au mépris des grands services qu'il avait rendus, le président jugea à propos de lui enlever brusquement le pouvoir pour le mettre dans des mains complaisantes , cet acte inouï produisit dans l'assemblée plus d'étonnement que de colère, et elle n'y répondit pas, comme elle aurait dû le faire, par un refus de concours énergique et motivé. C'était le préliminaire du coup d'État de Décembre, et, à partir de ce moment, l'Assemblée ne dut pas douter du sort qui l'attendait.
M. Barrot avait amèrement ressenti l'injure qui lui était faite ; mais il n'était point homme à prendre conseil de son mécontentement personnel, et sa politique resta la même. Il ne cessa donc pas de poursuivre, dans une assemblée plus que jamais divisée, la conciliation des pouvoirs et des partis, sur le terrain neutre de la république modérée, et on le trouva également opposé aux projets de restauration monarchique et aux conspirations impérialistes. Au moment de la fameuse revue de Satory, il était de ceux qui voulaient convoquer l'Assemblée pour lui dénoncer le complot, et il regretta vivement Imaction qui prévalut dans la Commission de permanence. Quelques mois plus tard, quand le président destitua le général Changarnier qui avait toute la confiance de la Chambre, il vit dans cet acte inattendu une déclaration de guerre au Parlement, et, appelé à l'Elysée avec plusieurs de ses collègues pour entendre de la bouche même du Prési-
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dent les motifs d'une aussi grave résolution, il ne dissimula pas son sentiment. Mais, e£Erayé des conséquences que pouvait avoir une rupture ouverte entre
TElysée et le palais Bourbon, il n'approuva pas toujours les représailles de TAssemblée. A cette époque encore, il ne désespérait pas d'amener un rapprochement. Il a expliqué lui-même son plan, lequel consistait à obtenir un vote qui permit de réviser la Constitution afin de rendre le président rééligible et de créer une seconde chambre. Mais pour que ce vote pût réunir la majorité constitutionnelle des trois quarts il fallait s'assurer le concours d'une portion notable de la gauche, et on ne pouvait y parvenir qu'en revenant sur la loi du 31 mai. Or, la majorité qui avait fait l'année préa?^ dente la loi du 31 mai ne voulait pas la défaire, et h président lui-même avait de tout autres visées.
Ni d'un côté ni de l'autre, M. Odilon Barrot ne trouvait donc l'assentiment dont il avait besoin, et parmi ses amis les plus intimes, plusieurs lui reprochaient de proposer une combinaison qm, selon eux, tendait à livrer légalement la France à l'ambition d'un homme dont les vues ne pouvaient plus être dissimulées. C'é* tait, disaient-ils, favoriser l'usurpation au lieu de la contrarier. Avaientrils. raison ou tort? Je suis de ceux qui pensaient alors et qui pensent encore aujourd'hui que le succès de cette combinaison était impossible, mais M. Barrot croyait le contraire et, jusqu'à la fin de sa vie, il est resté convaincu que, plus écouté et mieux secondé, il aurait pu réussir. Quoi qu'il en soit, dans le grand débat sur la révision, il fit valoir avec