‹ Mémoires posthumes (volume 3)Chapitre 29 sur 31 · Ceci ajouté à la formule de la main de M. Sébastiani · texte numérisé non relu

Ceci ajouté à la formule de la main de M. Sébastiani

mettre de me faire délivrer des passeports par le ministère des affaires étrangères, et, en Yousle rappelantet vous offrant mes remerciements, je viens vous prier de les faire adresser à M. le ministre de France à La Haye. Je désirerais en avoir un pour moi avec deux domestiques et un autre pour M. le lieutenant-colonel baron de La Rue, mon aide de camp, qui m'accompagne.

Veuillez agréer, Messieurs, l'assurance de ma plus haute considération.

Signé : Le maréchal duc de Raguse.

Août, Cherbourg.

Les commissaires au Boi.

Sire,

Nous avons reçu la dépêche par laquelle Votre Majesté, précisant de plus en plus ses précédentes instructions, étend à tout le royaume des Pays-Bas l'exclusion qui, d'après les ordres adressés au préfet maritime de Cherbourg, ne s'étendait qu'à la Belgique seulement. Nous avions devancé les ordres de Votre Majesté à cet égard, et, dans un supplément d'instruction donné au capitaine Dumont d'Urville, qui doit commander les deux bricks, nous avions formellement interdit tout débarquement sur les côtes du royaume des Pays-Bas. Nous avions même fait part au roi Charles X de nos dispositions à cet égard, et il nous a répondu que, s'il en était ainsi , il opérerait son débarquement à Hambourg. Il ne paraît cependant pas que ses résolutions soient bien définitivement arrêtées à cet égard, puisqu'il doit se rendre dans la rade de Spithead, et là, attendre la réponse à la lettre adressée par M. le duc de Luxembourg au gouvernement anglais, lettre dont nous avons donné communication à Votre Majesté dans une de nos précédentes dépêches. Les relations qui existent entre les deux gouvernements et dont Votre Majesté a la bonté de nous faire part ne laissent pas supposer que le gouvernement anglais autorise le passage par la Hollande, alors que les ordres de Votre Majesté y sont formellement opposés. Nous avons disposé la corvette la Seine^ pour éclairer la

marche des deux bricks, les suivre, constater leur arrivée dans la rade de Spithead, les suivre dans la direction ultérieure qu'ils pourront suivre; cette corvette sera suivie d'un autre bâtiment, le Rôdeur, qui recevra ses signaux et les transmettra tout de suite au port le plus voisin, afin que Votre Majesté soit instruite de la direction des deux bateaux et du point de leur débarquement. M. le préfet maritime a donné des ordres en conséquence de nos insti-uctions au capitaine Dumont d'Urville et aux deux autres capitaines qui devront correspondre avec lui.

Nous avons ce soir, à huit heures, une entrevue avec le roi, et nous retardons l'envoi de cette dépêche jusqu'à cette heure, pour y ajouter les documents nouveaux qui pourront résulter de cette entrevue.

Le roi Charles X nous avait d'abord annoncé qu'il n'emmènerait pour escorte à Cherbourg qu'une centaine de chevaux; mais le corps entier des gardes nous a fait prier, à titre de faveur, de lui permettre d'accomplir jusqu'au dernier terme du voyage le devoir de fidélité qu'ils ont contracté. Nous n'avons pas cru devoir rejeter cette demande qui, d'ailleurs, ne nous off"re aucun inconvénient réel, les gardes ne devant pas séjourner à Cherbourg et devant revenir coucher à Valognes, pour de là se rendre à Saint-Lô, oii le licenciement s'opérera.

Le nombre des personnes qui s'embarquent est toujours de soixante à soixante-dix. Sept à huit voitures ; les deux bâtiments que nous avons visités avec le plus grand soin sont disposés de la manière la plus convenable. Une surabondance d'approvisionnements s'y trouve; nous avons donné satisfaction au roi Charles X relativement à la cocarde. Les deux bâtiments ne seront montés que par des marins américains, qui n'ont aucun signe capable de blesser le roi ; quant aux deux autres bâtiments qui escortent, ils porteront le pavillon et les couleurs de la nation.

Dans notre première dépêche, nous espérons adresser à Votre Majesté le procès-verbal de l'embarquement.

Nous avons l'honneur d'être, avec le plus profond respect, de Votre Majesté, Sire, les très-humbles et très-fidèles sujets.

Messieurs,

Le roi est informé que le roi Charles X persiste à vouloir débarquer à Ostende. Vous avez déjà reçu les instructions formelles du roi à ce sujet; elles ont été également adressées au commandant des bâtiments sur lesquels le roi Charles X ne doit débarquer ni à Ostende, ni dans aucun port du royaume des Pays-Bas. La convenance de cette interdiction est si évidente, que les étrangers eux«mêmes la reconnaissent : l'ambassadeur d'Angleterre, lord Stuart, s'en est expliqué avec le roi, et il envoie un courrier à Douvres pour que, si les vaisseaux y touchent, le roi Charles X soit informé que ni le gouvernement anglais ni celui des Pays- Bas ne peuvent consentir à son débarquement à Ostende, et qu'il faut qu'il se décide à aller à Hambourg, si c'est dans le nord de l'Allemagne qu'il veut fixer sa résidence. Vous êtes autorisés à répéter ce que dit lord Stuart. Nous pensons que le roi Charles X se décidera à ne pas insister.

Agréez, je vous prie, Messieurs, l'assurance de ma haute considération.

Signé ; Guizot.

Paris, 14 août 4830.

Ordre du jour.

Vous venez, Messieurs, de remplir avec zèle et un dévouement au-dessus de tout éloge les devoirs de fidèles serviteurs du prince qui vous a rassemblés auprès de lui; toutes les récompenses qu'il pourrait appeler sur vous sont méritées; j'espère qu'elles vous seront accordées; il en est une, Messieurs, stérile pour les âmes qui ne sont pas élevées, la première de toutes pour nous: cette récompense nous appartient, cette récompense est à nous; aucune puissance ne peut nous en ôter la gloire, et j'espère qu'il n'en est pas d'assez injuste pour ne pas l'apprécier; nous devons être contents d'avoir rempli notre devoir, et je compte comme ma seule

5S(y MEMOIRES D'ODILON EARROT.

et unique consolation, comme votre chef et comme votre frère d'armes, les peines que je partage avec vous.

Valognes, le 14 août 1830.

Le capitaine des gardes de service,

Signé : Le duc de Luxembourg.

Ordre du jour.

Le roi, en quittant le sol français, voudrait pouvoir donner à chacun de ses gardes du corps et à chacun de MM. les officiers, sous-officiers et soldats qui l'ont accompagné jusqu'à son vaisseau, une preuve de son attachement et de son souvenir.

Mais les circonstances qui affligent le roi ne lui laissent pas la possibilité d'écouter le vœu de son cœur; privé des moyens de reconnaître une fidélité si touchante, S. M. s'est fait remettre les contrôles des compagnies de ses gardes du corps, de même que l'état de MM. les officiers généraux, supérieurs et autres, ainsi que des sous-officiers et soldats qui Font suivi; leurs noms, conservés par M. le duc deBor : deaux, demeureront inscrits dans les archives de la famille royale, pour attester à jamais et les malheurs du roi, et les consolations qu'il a trouvées dans un dévouement si désintéressé.

Valognes, le 15 août 1830.

Signé: Charles.

Pour copie conforme :

Le major général,

Signé: Maréchal duc de Raguse,

Le roi Charles X vient de nous exprimer avec beaucoup d'effusion ses remerciements pour la manière dont nous avons accompli notre mission à son égard. Il espérait pouvoir se rendre à Amsterdam pour éviter la longue

traversée jusqu'à Hambourg ; nous avons dû le désabuser à cet égard, en lui donnant lecture de notre dernière dépêche très-explicite sur ce point : il nous a priés de recommander à Votre Majesté les pensions, se montant à environ cinq millions, qu'il faisait sur sa liste civile à des vieillards pour la plupart anciens émigrés ruinés par la révolution, et auxquels l'indemnité n'a pas profité, et de plus d'autres pensions sur sa cassette se portant à peu près à deux millions, accordées à des indigents dignes d'intérêt; nous avons promis de transmettre à Votre Majesté cette recommandation. Charles X se félicite de la décision prise à l'égard de ses biens et de ses fonds placés, parce que, dit-il, ces ressources le mettront dans le cas de n'avoir rien à recevoir de l'étranger.

N" 31 bis.

Dépêche.

Compte rendu de l'embarquement du roi.

Impossibilité d'embarquer le maréchal (marquis Maison);

Dispositions nouvelles à faire et trop tard;

D'ailleurs, engagement pris avec le roi;

Pas de cocarde nationale sur son bord ;

Le maréchal ne peut la quitter, représentant son souverain et la France, en présence d'un équipage étranger ;

D'ailleurs, la présence du maréchal ne serait plus à titre de sauvegarde, mais à titre de surveillant;

Or, telle n'est pas notre mission ;

Nous n'avons accepté que le rôle de sauvegarde ;

Nous ne nous sommes présentés à Charles X qu'avec ce caractère.

Le vaisseau est un lieu d'asile et de liberté, a été choisi étranger, comme tel le roi doit y être entièrement libre.

Si cet ordre de choses était tout à coup changé, résistance, hautement annoncée ;

Dès lors conflit, qui ne peut être vidé que par la force, la population et les gardes nationales:

Catastrophe. ■— Le fruit de tous nos efforts perdu ;

Dans ces circonstances, cédant à la plus impérieuse des

lois, la nécessité, el nous conformant, d'ailleurs, à la première de nos instructions qui est d'éviter tout emploi de la force, nous avons pensé, unanimement, qu'il convenait de remplacer la personne du maréchal Maison sur le bâtiment par des mesures qui fussent encore plus efficaces pour atteindre le but proposé qui est de s'assurer que le roi Charles X et sa famille ne déviera pas de la direction tracée.

En conséquence nous avons donné au capitaine Dumont d'Urville une nouvelle instruction portant :

Instruction au capitaine Domont d'Urvdule.

Le capitaine se mettra en rapport de signaux avec la cot'vette et le Rôdeur, qui sont mis sous ses ordres.

La corvette mouillera à vue des deux bâtiments.

Elle s'opposera, pendant le trajet, à ce qu'aucun membre de la famille passe sur d'autres bâtiments.

Elle suivra les bâtiments dans la nouvelle direction qu'ils pourront prendre en sortant de la rade de Spithead ; elle s'opposera également à tout débarquement même partiel sur les côtes de France ou du royaume des Pays-Bas;

Le commandant du bâtiment n'emploiera la force qu'autant que ses avertissements préalables seraient restés sans effet, et que tout autre moyen serait impuissant ;

Aussitôt que les bâtiments seront arrivés au lieu définitif de leur destination, il en donnera de suite avis, et la mission des deux bâtiments sera terminée.

Au moyen de ces dispositions, la présence du maréchal Maison serait sans objet et les dangers seront évités.

Mon cher ami, vous êtes nommé, en effet, préfet de la Seine, et j'espère bien que cela vous conviendra. Vous ne trouveriez nulle part, dans votre carrière de jurisconsulte, un poste où vous pussiez faire autant de bien, et si promptement. Je compte donc tout à fait sur vous- Vous comprendrez sans peine que, pour moi, rien ne m'importe davantage que de vous avoir là.

Je suis charmé de voir que votre mission touche à sa fin. Il est temps. Revenez en hâte. Nous avons besoin d'être tous ensemble.

Tout à vous.

Signé ; Guizot.

Samedi, 14 août 1830.

Au quartier général de Saint-Lô, le 16 août 1830, à 4 heures après-midi.

Messieurs les commissaires du gouvernement.

J'ai l'honneur de vous informer, par estafette de gendarmerie, que le prince de Polignac est à Saint-Lô. Il vient d'y être conduit par le maire de Granville, un détachement de gardes nationales de cette ville et la gendarmerie.

Je l'ai vu, lui ai parlé, et l'ai renfermé sous la protection de la loi jusqu'au cours de la justice.

Il a été pris ce matin à deux heures, prêt à s'embarquer avec une dame de Saint-Fargeau, dont il se disait domestique, sous le nom de Pierrot.

Je suis, avec respect et une haute distinction, votre trèshumble serviteur.

Le maréchal de camp,

Vicomte Proteau.

Et plus bas, au-dessous de la signature ;

Excusez mon barbouillage : je suis si pressé de vous annoncer cette nouvelle que ma plume ne répond pas à mon zèle.

Saint-Lô, le 16 août 1830, 11 heures du soir.

Monsieur le maréchal,

Nous nous empressons de vous informer qu'on a arrêté à Grandville et conduit devant nous un individu qui s'est I. 38

avoué et a été reconnu être M. de Polignac, ex-président du conseil des ministres ; nous l'avons fait déposer dans la maison d'arrêt de cette ville, où il est sous bonne garde, en attendant les ordres du ministre de l'intérieur, auquel nous avons aussitôt dépêché une estafette.

Nous ne pourrons pas les recevoir avant votre retour, selon toute probabilité; ne craindrez-vous point que la présence d'un tel personnage dans une aussi petite ville que la nôtre et qui n'a que deux cents hommes de troupes de ligne, avec quelques fusils seulement pour une garde nationale tout nouvellement organisée, et le rapprochement des gardes du corps et des troupes royales qui doivent être licenciés ici, ne produisent de fâcheux effets?

Ne serait-il point plus prudent de diriger ces corps sur un autre point? Ne serait-il point convenable de faire promptement venir quelques nouvelles troupes de ligne pour assurer la garde du prisonnier?

Nous vous prions, monsieur le maréchal, de vouloir bien en conférer avec la commission que vous présidez et de nous informer du parti que vous croirez devoir prendre, ainsi que de nous indiquer les mesures que nous aurions à prendre nous-mêmes dans toutes les suppositions possibles.

Agréez, monsieur le maréchal, l'expression du profond respect avec lequel nous sommes

Les membres de la Commission départementale provisoire,

Signé : Feuillet, présidenty EovYys-Tj secrétaire.

jYoie des troupes qui ont campé dans le parc du château de Rambouillet pendant le séjour de Charles X, en juillet 1830.

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