‹ Mémoires posthumes (volume 4)Chapitre 49 sur 50 · Sang doute Beauvais-Poque · texte numérisé non relu

Sang doute Beauvais-Poque

A Monsieur le général Lafayette, commandant de la

garde nationale.

Général,

Nous ayons traversé le camp ennemi et l'avons trouvé plus fort que nous ne le supposions. Il y aurait eu beaucoup de sang versé ; nous avons heureusement déterminé le roi à partir de suite avec tout son monde; voilà donc une victoire qui n'est pas ensanglantée et cela est dû à votre énergie et à votre rapidité. Nous n'avons pas besoin de vous recommander de ménager le sang des soldats non combattants qui resteront à Rambouillet; vous êtes trop brave pour n'être pas généreux.

Le colonel Jacqueminot sait notre itinéraire sur Cherbourg; il nous rejoindra à la première ville, ce que nous désirons bien tous trois.

Recevez, général, tous nos sentiments d'estime et de cordialité.

Signé : Odilon Barrot.

N° 5 bis.

A Monsieur le général Pajol.

Général,

Vous pouvez arrêter votre mouvement ; nous venons de déterminer le roi à partir à force de lui faire peur ; ses forces étaient considérables et bien posées. Le maréchal Maison n'estime pas à moins de dix mille le nombre réuni.

Recevez, général, tous mes sentiments d'estime et de cordialité.

Signé : Odilon Barrot.

606 MEMOIRES D'ODILONBARROT.

N° 5 ter.

Au due d'Orléans.

Monseigneur,

C'est avec bonheur que nous vous annonçons le succès de notre mission; le roi se détermine à partir avec toute sa famille. Nous lui avons fait entendre que l'intérêt seul de son petit-fils pouvait le déterminer à résister et à verser encore du sang; mais qu'il valait encore mieux, quel que fût l'avenir de cette cause, qu'elle restât pure de toute violence et de conflit sanglant. Cette raison a paru le déterminer.

Occupez-vous donc de donner satisfaction à ce que peut exiger de raisonnable le principe républicain ; car je crois que c'est là votre seul ennemi redoutable : les partisans de la famille déchue s'en constitueront les auxiliaires.

Vous avez, prince, pour combattre cet ennemi, cette franchise, cette honnêteté de cœur, cette simplicité de mœurs qui doivent vous faire triompher. Nous vous écrirons avec les plus grands détails tous les incidents de notre voyage.

Dieu veuille qu'il se termine heureusement l

Je suis avec le plus profond respect, Monseigneur, de Votre Altesse royale, le très-humble et très-obéissant serviteur.

Signé : Odilon Barrot.

Monsieur Guizot à monsieur Odilon Barrot.

Puis, 6 août 1830.

Mon cher ami, S. A. R. me charge de vous écrire quelques mots. Demain on organisera pour vous un service régulier de courriers. Nous nous félicitons du calme et de la convenance avec lesquels s'accomplit votre voyage. Vous aurez, ou plutôt la France aura donné là à l'Europe un beau et rare spectacle. S. A. R. m'ordonne de vous en témoigner sa satisfaction particulière.

Vous devez avoir déjà reçu, et vous recevrez ces jours-ci l'argent dont vous avez besoin. M. le baron Louis vous a fait expédier, si je ne me trompe, à deux reprises, 500,000 fr. en or ; il a de plus adressé à Cherbourg 600,000 fr. en or que le roi avait désirés. S. A. R. espère donc que les ennuis que vous avez essuyés en ce genre ont tout à fait disparu. Elle en a été profondément affectée.

C'est à minuit que je vous écris, en rentrant chez moi. Je ne puis donc aujourd'hui faire prendre vos lettres chez vous, non plus que celles de M. le maréchal et celles de M. de Schonen. Nous vous les enverrons demain ainsi que les journaux.

Adieu, mon cher ami, S. A. R. vous recommande de l'informer en détail, comme vous l'avez fait jusqu'à présent, des incidents de votre voyage. Mille amitiés de ma part à M. de Schonen. Vous savez si je suis tout à vous.

Signé: Guizot.

Monsieur Guizot aux commissaires.

Pmpw, 8 aoàt 1830, 1 heun dn mttta.

Messieurs,

S. A. R. Monseigneur le lieutenant-général du royaume m'ordonne de répondre à votre lettre datée à Laigle, du 6 de ce mois. S. A. R. désire avoir avec vous des communications plus fréquentes. Vous recevrez, à partir de demain, deux estafettes par jour, et vous voudrez bien les renvoyer l'une et l'autre à Paris dans la journée. S. A. R. m'ordonne en même temps de vous envoyer un secrétaire, dont vous manquez. M. Emile Chareton, que je vous envoie, estun jeune homme intelligent et qui a une bonne écriture. Messieurs les commissaires peuvent le garder auprès d'eux jusqu'au terme de leur mission.

Quand viendra ce terme ? C'est une question qu'on se fait de toutes parts. La lenteur du voyage de Sa Majesté le roi Charles X est un sujet de surprise et d'agitation ; il y a môme

quelque motif de craindre que tout à l'en tour des lieux queSa Majesté a traversés ou va traverser, cette agitation ne pousse la population méfiante et irritée à se porter sur la route de Sa Majesté et à l'inquiéter dans son voyage. Si vous pouviez attirer sur une situation si grave l'attention de Sa Majesté et la déterminer à accélérer sa marche, vous rendriez, je crois, à Sa Majesté et au repos de cette partie du royaume un véritable service.

S. A. R. et son conseil désireraient être exactement informés du nombre et de la nature des troupes qui restent encore autour de Sa Majesté: vous voudrez bien également, si ce nombre vient à diminuer de jour en jour, tenir S. A.R. au courant de ces variations.

Pour vous donner une idée de la façon dont les étrangers jugent ces derniers événements, je vous envoie deux numéros des journaux anglais le Sun et le Morning-Post; je n'ai rien à ajouter à la lecture que vous en pourrez faire.

Quand vous serez arrivés à Cherbourg, où vous trouverez tout prêts les bâtiments sur lesquels Sa Majesté le roi Charles X et sa famille doivent s'embarquer, vous prendrez soin que messieurs les gardes du corps et autres troupes qui accompagnent Sa Majesté ne soient pas simplement renvoyés en gardant leurs chevaux et leurs armes; ils doivent les rendre exactement, comme il arrive toujours en cas de licenciement ; vous voudrez bien veiller à la remise et à la conservation de tous ces objets, jusqu'à ce que S. A. R. vous ait adressé de nouveaux ordres.

Je ne vous parle pas du progrès des événements qui se développent à Paris et partout, avec une puissance irrésistible ; vous trouverez à ce sujet dans les journaux tous les détails qui peuvent vous intéresser.

Cette lettre vous sera remise par un officier que le général Gérard vous envoie et qui reviendra sur-le-champ à Paris ; vous le chargerez pour S. A. R. de toutes les dépêches et renseignements que vous pourrez avoir à lui remettre.

Agréez, Messieurs, l'assurance de ma haute considération et de tous mes sentiments,

Le Commissaire provisoire au département de T Intérieur,

Signé: Gcizot.

PIKC3S JUSTIFICATIVES. S69

Lettre de M. Guizot, commissaire provisoire chargé du département de l'Intérieur.

Messieurs, '

Nous n'avons reçu ce matin aucune nouvelle de vous ; il parait que les communications sont momentanément interrompues. L'effervescence de la population de Paris et des départements environnants devient grande ; on parle de se porter en masse sur la route de Normandie jusqu'à ce qu'on ait atteint le roi Charles X, et en soulevant partout le peuple sur son paâsage. Si une fois ce mouvement éclatait, il serait absolument impossible de le contenir et d'en prévenir les suites. Portez-le immédiatement, et dans les termes les plus positifs, à la connaissance du roi Charles X, afin qu'il ne s'aperçoive pas trop tard des périls attachés à la lenteur qu'il a jusqu'ici apportée dans son voyage.

Les deux Chambres se sont réunies ce matin : monseigneur le lieutenant-général du royaume a accepté les propositions qu'elles lui avaient adressées, et après avoir juré d'en observer fidèlement les clauses, il a été immédiatement proclamé roi, aux acclamations universelles. Nous vous envoyons le procès-verbal de cette mémorable séance et expédition des actes qui y ont été lus. Ils ont produit dans Paris le plus grand effet. Le roi Charles X en aura sans doute connaissance.

Nous ne saurions vous trop recommander de faire tous vos efforts pour lui persuader qu'un prompt départ en poste, ainsi que nous l'avons dit dans nos dernières lettres, est aujourd'hui pour lui une résolution nécessaire et le parti le plus sûr.

Agréez, Messieurs, l'assurance de ma haute considération.

Le Commissaire provisoire chargé du département de F Intérieur,

Signé: Guizot.

Paris, 9 août 1830.

$70 MÉMOIRES D'ODILOlf BARROT.

Pam, le 1* asét tm.

Mon crer collègue.

Nous recevons des commissaires du roi auprès de Charles X des dépêches qui nous annoncent que toute la suite de Charles X, à l'exception des gardes du corps, est licenciée, qu'il s'est décidé à accélérer son voyage, et qu'il couchera ce soir à Condé. Le roi m'ordonne en conséquence de vous engager à suspendre les mesures que vous aviez été chargé de prendre ; il n'est pas inutile de demeurer à portée d'y revenir promptement, si cela était nécessaire; mais rien n'indiquant aujourd'hui cette nécessité, il suffit de se tenir en état d'observation.

Le roi vient de nommer M. Baude préfet de la Manche, en remplacement de M. d'Estourmel. Il part immédiatement pour se rendre à son poste,

Agréez, mon cher collègue, l'assurance de ma considération très-distinguée.

Le Commissaire provisoire m département de T Intérieur,

Signé: Guizot.

Argentan.

Sire,

Arrivés hier dans cette ville à onze heures, et l'intention de Charles X étant d'y séjourner, nous avons cru devoir lui faire dire par le duc de Raguse que ce voyage était beaucoup trop long et finirait par compromettre sa sûreté ; que son escorte ne pouvait être qu'une escorte d'honneur et non de guerre ; que cet appareil de canons et de divers corps était menaçant, que c'était trop ou trop peu: trop pour une simple escorte, trop peu pour une armée ; qu'il fallait prendre un parti : laisser les canons, renvoyer les soldats autres que les gardes du corps, simplifier les bagages et marcher un peu plus vite. Le maréchal Marmont est convenu de la nécessité de faire droit à nos demandes ; il a reconnu que toute la sécurité du roi reposait en nous; il est

allé chez le roi pour foi faire part de notre démarche et prendre les mesures nécessaires: nous attendions sa réponse, lorsque nous ayons reçu la dépêche du 8, écrite à une heure du matin; nous donnerons communication à Charles X de cette dépêche, qui ne peut que hâter ses résolutions et faire cesser ses incertitudes.

Quant au bruit que nous ne portons pas la cocarde tricolore, il est tout à fait dénué de fondement, et il est utile que notre démenti reçoive à l'instant même la plus grande publicité ; quand nous avons harangué les gardes nationaux à Melun, à Dreux, nous étions revêtus de nos écharpes tricolores et -nous avons toujours porté la cocarde nationale.

Aux yeux du public et pour la suite du roi, si lorsque nous sommes entrés dans le cabinet du roi nous avons évité de .e blesser par des démonstrations inutiles, c'est par un sentiment de déférence pour le malheur et nullement par suite de menaces que nous aurions bravées et qui nous auraient portés à tenir une conduite tout opposée*

En un mot, nous ne pouvons nous reprocher les égards que nous montrons pour des femmes et un vieillard qui sont consacrés par une si grande infortune : nous avons été envoyés pour les protéger et non pour les insulter ; et nous espérons que ce n'est pas à des hommes qui ont depuis longtemps voué leur tête pour opérer la révolution qui vient de s'accomplir, qu'on reprochera de la désavouer.

Le duc de Raguse vient de nous proposer un changement à notre itinéraire; il s'agirait de se diriger sur Grandville. Nous avons demandé une demi-heure pour en délibérer, et après avoir mûrement examiné les avantages et les inconvénients de cette nouvelle direction, nous avons décidé qu'il fallait continuer sur Cherbourg; nos raisons sont:

1" Que l'itinéraire que Votre Majesté nous a tracé ne doit être changé que par des circonstances de force majeure ;

2e Que le temps que nous gagnerions, nous le perdrions par celui que les vaisseaux mettraient à venir dans le port de Grandville;

3e Qu'à Grandville nous n'aurions aucune ressource pour le licenciement des gardes, pas de dépôt pour les chevaux, les armes, etc.;

4° Qu'arrivés à Cherbourg, et au cas d'hésitation pour rembarquement, nous aurions plus de ressources pour le déterminer.

Nous avons fait connaître cette décision au maréchal, et nous partons demain à quatre heures du matin, pour aller coucher à Condé-sur-Noireau ; nous ferons treize lieues ; les autres journées seront à peu près aussi fortes.

Quant au projet de voyager en poste, le roi et sa famille ne s'y prêteraient qu'autant qu'on emploierait la violence : ils se croiraient tous perdus. Le duc de Raguse n'a aucun espoir de déterminer le roi à cet égard. Peut-être M. Jacqueminot serait-il plus heureux?

Deux jours de plus dans ce voyage nous paraissent sans inconvénient, d'après l'état moral du pays; ils peuvent même avoir un avantage de rendre l'épreuve de plus en plus décisive et de faire ressortir combien la révolution opérée est complète*

Le roi, d'après notre demande positive, se décide à ne conserver que ses gardes ; il laisse ses pièces de canon et les autres militaires détachés; il n'y aura plus autour de lui rien qui ait une apparence d'hostilité et par conséquent motif à l'irritation des populations.

J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, de Votre Majesté, Sire, le très-humble et très-fidèle sujet.

Signé : Odilon Barbot.

N°ll.

Lettre de M. Guizot, commissaire provisoire au département

de l'Intérieur.

Messieurs,

Nous recevons votre dépêche d'hier et nous sommes charmés d'avoir de vos nouvelles ; elles nous manquaient absolument depuis plus de 36 heures, et des bruits fâcheux cornmençaient à circuler. Le roi est pleinement satisfait des détails que vous lui donnez sur les mesures auxquelles vous avez décidé le roi CharJes X ; plus son voyage s'accélérera, plus le calme sera prompt à renaître. Vous avez eu raison d'insister pour Cherbourg; c'est là que sont les bâtiments, que tous les préparatifs ont été faits. Tout changement aurait pu entraîner des délais et des méprises. Le général

Gérard donnera des ordres pour assurer la situation des militaires licenciés qui rejoindront leurs corps. Les paquebots qui vous attendent à Cherbourg ont ordre formel de ne point conduire le roi à Jersey, s'il le demandait. Des tles si voisines des côtes de France ne pourraient évidemment être pour lui un séjour convenable.

Nous regretterions vivement que vous vous fussiez mépris un moment sur ce que nous vous avons mandé au sujet de la cocarde tricolore. Le roi a pleine confiance dans votre fermeté aussi bien que dans votre prudence. C'est précisément parce que vous réunissez ces qualités si rares, parce qu'il était sûr de trouver en vous de dignes représentants de l'honneur français et de ses sentiments personnels, qu'il vous a chargés de cette importante et délicate mission. Vous vous en êtes acquittés de la manière la plus satisfaisante et la plus honorable. Le roi approuve complètement les motifs qui vous ont déterminés à vous présenter sans cocarde devant le roi Charles X ; vous ne sauriez lui témoigner trop de soins et d'égards, et puisque, sur vos représentations, il s'est décidé lui-même à mettre dans son voyage plus de promptitude, le roi n'a maintenant d'autre désir que de voir ce voyage continuer et se terminer ainsi qu'il a été réglé.

Le colonel Jacqueminot n'est point parti et ne partira point pour aller vous rejoindre. Quand le roi a pensé à vous l'envoyer, il n'avait d'autre but que de vous fournir une nouvelle occasion d'insister fortement auprès du roi Charles X pour qu'il accélérât sa marche. C'est aussi dans cette intention que toutes nos dépêches officielles ont été rédigées.

Vous trouverez à Cherbourg le général Hulot, qui a les instructions et les forces nécessaires pour faire exécuter le licenciement des gardes du corps.

Agréez, Messieurs, l'assurance de ma haute considération.

Le Commissaire provisoire au département de l Intérieur,

Signé : Guizot.

Paris, 10 août 1830.

Lettre de Jf. Odilon Barrot, commissaire près de S. M, le ni

Charles J, au général Lafayette.

Général,

Voici le premier jour où je trouve assez de temps pour vous écrire deux mots sur notre voyage, ou plutôt sur notre lente agonie, que le patient se platt à prolonger. Lorsque nous avons enlevé le roi à Rambouillet, il était entouré de 40 à 12,000 hommes assez résolus, dans une bonne position défendue par 40 pièces de canon. Si l'attaque n'eût pas été prévenue, il y aurait eu beaucoup de nos amis tués, et même au cas d'une victoire, toute la famille royale, massacrée ou prisonnière, eût oté à notre révolution ce caractère de gêné* rosité et de modération qui en assure l'avenir.

Nous avons la conscience d'avoir fait une chose utile à notre pays et à la cause que nous défendons; depuis ce moment, le roi et la famille royale n'étaient pour nous que des personnes consacrées par le malheur, et nous avons eu pour elles tous les égards et ménagements qu'on doit à l'infortune; et, cependant, nous commençons à trouver que le voyage est trop long; et nous provoquons aujourd'hui une explication qui aura probablement pour résultat de le hâter et de simplifier le cortège.

Le bruit a couru que nous avions été forcés de quitter notre cocarde; le fait est faux, et je vous prie personnelle* ment, général, de le démentir hautement : nous avons pu, dans les deux ou trois visites que nous avons faites au roi, éviter de blesser ses regards par une affectation qui n'était bonne à rien; mais c'est volontairement et par pure déférence que nous avons gardé ces ménagements; la menace la plus indirecte nous eût déterminés à tenir une conduite tout à fait opposée. Hors du cabinet du. roi, en présence des populations et de la suite du roi, nous avons toujours été revêtus de nos insignes.

Il ne faut pas oublier, général, que nous ne sommes pas des geôliers et que notre mission est toute d'humanité et de déférence. Je crois qu'on honorera plus notre cause par cette générosité, que par une brutalité qui, vis-à-vis de femmes

et d'un vieillard, pourrait bien être prise pour autre chose que pour du courage et du patriotisme.

Je ne sais qu'imparfaitement tout ce qui se passe à Paris, et je suis bien impatient de revenir auprès de vous; mais nous ne serons guère à Cherbourg que le 14 ou le 15, et à Paris vers le 20.

Paris, le 11 août 1830.

Messieurs,

Le roi a déjà fait répondre ce matin à votre lettre datée d'hier, à Falaise. Nous n'avons rien à ajouter à ce qui vous a été mandé par ordre de Sa Majesté ; mais nous vous transmettons une lettre de Son Excellence l'ambassadeur d'Angleterre adressée à M. le duc de Luxembourg, et que nous vous invitons à lui remettre sur-le-champ.

Le roi Charles X craignant, à ce qu'il parait, que les bâtiments américains qui l'attendent à Cherbourg n'eussent pour destination de le conduire aux États-Unis, s'était adressé au roi d'Angleterre pour obtenir qu'un vaisseau anglais fût mis à sa disposition.

S. E. l'ambassadeur d'Angleterre prévient M. le duc de Luxembourg que S. M. Britannique ne pourrait accéder à cette demande sans troubler la bonne harmonie qui règne entre les deux pays ; mais qu'il a reçu la promesse la plus solennelle que les bâtiments sur lesquels le roi Charles X et sa famille seront embarqués à Cherbourg auront ordre de le conduire partout où il désirera se rendre, en exceptant la France, la Belgique et les lies appartenant à la Grande- Bretagne qui sont situées sur les côtes de France. S. E. l'ambassadeur d'Angleterre ajoute que nulle appréhension de la nature de celle qui vient d'être indiquée ne doit, dans les circonstances actuelles, retarder l'embarquement du roi Charles X.

Agréez, Messieurs, l'assurance de notre haute considération.

Le Commissaire proukoùé sa*, département de T Intérieur,

Signé : Guizot.

Monsieur Gmzot aux commissaires.

tt)e 11 août 183t.

Messieurs,

Nous recevons à l'instant même votre lettre datée d'hier soir, à Condé-sur-Noireau. Puisque le roi Chartes X a annoncé l'intention de s'embarquer aussitôt après son arrivée à Cherbourg, il est nécessaire que vous lui demandiez de vouloir bien indiquer à peu près le nombre des personnes qui s'embarqueront avec lui, et celui des tables qu'il faudra entretenir sur les bâtiments pendant la traversée. Il est également indispensable que le roi Charles X désigne le lieu où il désire être conduit, afin qu'on puisse évaluer d'avance le temps que durera la traversée, et prendre, pour l'approvisionnement des bâtiments, toutes les mesures convenables. Les instructions données aux capitaines commandant les bâtiments n'exceptent des lieux où ils seront autorisés à conduire le roi Charles X, que les ports de France, de Belgique) et l'archipel des Iles de Jersey et Guernesey et autres petites lies voisines.

Veuillez nous informer sur-le-champ, par une estafette, des réponses que vous aura faites le roi Charles X.

Agréez, Messieurs, l'assurance de notre haute considération..

Signé : Guizot.

Sire,

M. de La Pommeraye nous a apporté une dépêche de Votre Majesté. Nous avons vainement essayé de nous diriger sur Caen; les équipages de Charles X étaient déjà partis sur la route de Condé, et il n'y a aucune possibilité de le séparer de ses équipages. Les canons et les corps détachés restent à Argentan, où ils séjourneront aujourd'hui, et demain se rendront à Vincennes et à Versailles.

11 n'y a plus dans le cortège que les quatre compagnies des

gardes du corps et un détachement de gendarmes d'élite pour la garde des bagages. Cette escorte a perdu tout caractère offensif et ne nous inspire aucune inquiétude ; quelques bruits de la formation d'un rassemblement à Fougères sont venus jusqu'à nous; mais il ne peut pas avoir assez de consistance pour nous inspirer des inquiétudes sérieuses. D'ici jusqu'à Vire, toutes les populations sont parfaitement disposées et nous avons fait éclairer notre route par des agents sûrs.

Nous avons donné l'instruction au général Rèmond de s'avancer sur Domfront, pour se placer entre Fougères, Mortagne et la ligne q.ie nous suivrons. D'un autre côté, le général Hulot doit s'avancer au-devant de nous jusqu'à Satnf-Lt), et se replier ensuite à mesure que nous avancerons.

Ces précautions seront probablement inutiles ; mais nous n'avons cru devoir en négliger aucune dans une mission d'une si haute importance.

On nous a renvoyé une lettre que nous avons adressée à Votre Majesté, de Maintenons le lendemain de notre départ de Rambouillet. C'est,N sans doute, faute d'une adresse exacte qu'elle nous a été retournée; nous la renvoyons pour compléter notre correspondance.

(Pas de lieu ni de date.)

Lettre de' M. Odilon Barrot, commissaire près de S. M. le rai Charles X, à S. Jlf. Louis-Philippe I«*.

Sire,

Nous avons successivement reçu, pendant notre trajet de Vire à Saint-LÔ, les dépêches qui nous ont été expédiées par les ordres de Votre Majesté.

Les lettres adressées au roi Charles X, à la duchesse de Berry, à M. le duc de Luxembourg, leur ont été remises. C'est avec une bien vive satisfaction que nous avons appris, parl'une de ces dépêches, que l'Angleterre , dans le désir de conserver une parfaite harmonie avec notre gouvernement, va jusqu'à refuser à Charles X les bâtiments que, par un

sentiment de défiance peu justifié, ce prince avait demandés à l'étranger. Les mouvements de troupes et de gardes nationales opérés de tous côtés par suite de terreurs entièrement chimériques nous ont causé quelque embarras : il importait au caractère politique de notre mission qu'elle s'accomplit sans aucun déploiement apparent de forces, et nous y aurions réussi, sans de faux bruits qui ont répandu en tous lieux l'inquiétude.

Nous sommes parvenus à faire renaître la confiance, et nous avons donné partout les ordres les plus précis pour faire rentrer les gardes nationales et les troupes de ligne.

A la suite d'une entrevue que nous venons d'avoir avec le roi, il a été convenu qu'au lieu d'aller coucher à Carentan, nous ne ferons qu'y rafraîchir, que nous y laisserons une compagnie des gardes et irons coucher à Valognes, ce qui est un trajet de treize lieues; que là, le roi et sa suite séjourneront pendant quarante-huit heures pour faire toutes les dispositions nécessaires pour l'embarquement; renvoyer les personnes qui ne doivent pas s'embarquer, de manière à ce qu'il n'y ait plus qu'à se rendre à Cherbourg et monter immédiatement sur les navires : ces dispositions nous paraissent sages et nous sommes heureux de les avoir inspirées au roi. Il paraît que les deux navires mis à la disposition du roi ne lui suffisent pas; il doit emmener avec lui deux cents personnes environ, trois où quatre voitures et une quinzaine de chevaux ; et ces bâtiments, d'après le rapport qui nous en est fait, ne peuvent contenir que trente maîtres et quarante domestiques à l'aise ; nous venons, en conséquence, d'écrire au préfet maritime de Cherbourg de disposer un ou deux bâtiments pour recevoir toute la suite.

La population nous offre toujours le même accord et les mêmes dispositions en faveur du nouveau gouvernement.

Nous avons rencontré à Thorigny Un curé de canton qui nous parait parfaitement raisonnable et qui se rallie avec beaucoup de loyauté au nouvel ordre de choses : nous l'avons engagé à réunir en conférence les prêtres de son canton et à leur inspirer ses bons sentiments.

Nous sommes avec le plus profond respect, Sire, de Votre Majesté, les très-humbles et très-obéissants serviteurs.

Signé : Odilox Babrot.

PIÈCKS JUSTIFICATIVES. 57»

Au quartier général, Saint-LÔ, la Il août 1830, Arrivée à 3 heures du matin.

(Nota, — Écrit iur-le-champ au général Proteau et au général Hulot.)

Monsieur le maréchal,

Je viens de recevoir les ordres de M. le général Hulot pour prendre des dispositions militaires pour couvrir Carentan : il me dit avoir reçu des nouvelles qui le décident au mouvement qu'il vient d'opérer ce matin en se portant de Cherbourg, avec la garnison et la garde nationale, audevant de l'escorte de Charles X. J'ai les ordres pour me mettre à la tête des gardes nationales et me porter moimême à sa rencontre jusqu'à l'embranchement de la route de Carentan à Saint-LÔ et Bayeux, pour y garder les voies.

J'ai été cet après-midi à Thorigny, où je croyais rencontrer Votre Excellence. J'y serai demain à onze heures, pour me concerter avec les commissaires du gouvernement et prendre vos ordres, à moins que vous n'ayez à m'en faire connaître par une députation de la commission départe* mentale .qui se rend près de vous.

J'attends donc vos instructions pour me fixer et fixer M. le général Hulot sur les appréhensions plus ou moins fortes qui l'ont déterminé à ce parti.

Je suis, avec un profond respect, monsieur le maréchal, de Votre Excellence le dévoué subordonné.

Le maréchal de camp.

Vicomte Protkau.

P. S. — Le général Hulot est parti ce matin de Cherbourg avec cinq bataillons de ligne, la garde nationale et six pièces de campagne et toutes les gardes nationales qu'il pourra recevoir sur sa route.

Casentan. ee 1 1 aoot Jga*.

A Son Excellence monsieur le maréchal comte Maison,

pair de France, etc.

Monsieur le maréchal, Je viens de recevoir votre lettre du 10 par laquelle vous

me faites connaître l'itinéraire du roi Charles X, et tous m'engagez à arrêter ma marche et, si je n'ai pas dépasse Saint-Lo ou Carentan, à y rester.

J'arrive à Carentan, qui est le point que j'avais choisi pour fermer rentrée du Cotentin ; j'y arrêterai les gardes nationales qui m'accompagnent et j'attendrai que vous veuilliez bien m'éclairer sur l'escorte du roi Charles X, sur sa composition, sa force, l'esprit qui l'anime, et surtout si vous êtes libre dans vos démarches. Il serait bien nécessaire que vous pussiez faire réduire celle escorte le plus possible; le pays qui vous reste à traverser est calme, mais très-prononcé; si les habitants ne soit pas irrités par la vue d'une couleur qui n'est plus la leur et par l'apparence delà résistance, je suis sûr que vous serez content de votre passage; dans la supposition contraire, je crains des scènes désagréables.

A Cherbourg, il n'y a point de fourrages, presque point d'écuries, et l'administration sera très-embarrassée des chevaux qui resteront. Demain soir vous serez à Saint- Lu; les trois grands dépôts de cavalerie sont dans ma division; si vous le pouvez, il serait très-facile de diriger cette escorte de cavalerie sur les dépôts de Caen, Alençon et Saint-Lô; les chevaux y seraient bien traités et se trouveraient de suite tout naturellement dans les mains où ils doivent tomber. Je livre ces réflexions à votre sagesse, en vous priant de me répondre ici.

Le maréchal de camp Proteau, qui commande le département de la Manche, et que j'ai envoyé au-devant des commissaires du gouvernement, a ordre de faire tout ce qui pourra nous être utile ou agréable. Quant à moi, j'ai, à Carentan, beaucoup plus de forces qu'il ne faut pour exécuter les ordres du gouvernement. Je désire que cette assurance vous donne la liberté d'agir pour le plus grand bien de la tranquillité publique. Je resterai toute la journée du 42 à Carentan; si je n'entends point parler de Votre Excellence, je retournerai le 13 à Cherbourg.

J'ai l'honneur d'être, avec respect, monsieur le maréchal, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

Le lieutenant géxérûl,

Comte Hulot.

|Carentan, le 12 août 1830, à 11 heures du soir.

Mon capitaine,

En réponse à votre lettre de ce jour. Les gardes nationaux de Bayeux sont repartis pour Isigny seulement. Ceux de Coutances ne sont pas arrivés ; ceux de Cherbourg et Valognes sont ici depuis midi, accompagnés de deux pièces de quatre, avec 150 gargousses et 9,000 cartouches, avec un chariot de fusils; malgré Tordre que M. le général Hulôtleur a donné de rétrograder sur Cherbourg demain matin, ils ont tous répondu qu'ils ne voulaient pas retourner sans accompagner le roi, et qu'ils ne voulaient d'autres escortes près du roi Charles X qu'eux. Comme ils sont très-exaltés, il est nécessaire qu'ils soient tous évacués avant l'arrivée de Sa Majesté, pour sa sûreté, attendu qu'ils sont aussi exaltés que ceux de Carentan : ils sont au nombre de sept à huit cents bien armés.

J'ai l'honneur d'être, avec respect, mon cher capitaine, votre très-humble et tout dévoué subordonné.

Le brigadier, BOUVBT.

Carentan, le 13 août 1830, à 4 heures dn matin.

Monsieur le maréchal et messieurs les membres delà Commission.

Nous venons à l'instant, mais avec beaucoup de peine, de réussir à mettre en marche pour Cherbourg la garde nationale : nous l'avons vue défiler devant nous. Ils n'ont pas hésité à se rendre à la sommation que nous leur avons faite au nom de la Commission du gouvernement; et d'après cela, Sa Majesté peut se mettre avec toute confiance en route pour Yalognes.

Monsieur le lieutenant général comte Hulot nous a aidés de tout son pouvoir.

Signé : Dr Lapomhbraye.

Le maréchal de camp,

Vicomte Paoteau.

Carentan, le 13 août 1830, à midi.

Monsieur U maréchal et messieurs Ut commissaires du

gouvernement.

J'ai l'honneur de vous informer que l'arrière-garde de Charles X part dans ce moment de Carentan, et que le passage de ce défilé s'est opéré dans lé plus grand ordre, et avec le plus grand calme et tranquillité de la population.

Je suis en arrière le mouvement, et vous donnerai exactement avis de ce qui pourrait se passer.

Je suis, avec la plus haute distinction et le plus profond respect, votre très-obéissant et très-dévoué subordonné.

Le maréchal de camp.

Vicomte Pbotkau.

Paris, le M août 1830.

Messieurs les commissaires chargés d'accompagner Sa Majesté Charles X.

Messieurs,

Le roi a reçu votre dépêche datée du 12 août, àSaint-LÔ. Sa Majesté nous charge de vous mander qu'elle approuve toutes les dispositions que vous avez prises et la conduite que vous avez tenue depuis votre dernière dépêche.

M. le ministre de la marine, qui nous envoie cette dépêche par estafette, donne en même temps des ordres à Cherbourg pour vous faire fournir le supplément de navires nécessaire au transport des personnes de la suite de Sa Majesté le roi Charles X.

Agréez, Messieurs, l'assurance de ma haute considération.

Le ministre secrétaire d'État au département de f Intérieur,

Signé : Guizot.

Lettre de M. Odilon Barrot% commissaire près S. M. Charles X,

au roi Louis-Philippe Ier.

Sir*,

Nous voici enfin arrivés à Valognes, que nous pouvons considérer comme le terme de notre voyage, puisque le roi Charles X et sa suite ne partira de cette ville que pour monter sur les vaisseaux qui doivent le porter en pays étranger. Il résulte d'une lettre de ce prince à l'ambassadeur d'Angleterre, que le duc de Luxembourg nous a communiquée, et que nous faisons parvenir à son adresse, sous notre couvert, que les bâtiments se rendront dans la rade de Spithead, que là le roi Charles X attendra, sans débarquer, la réponse du gouvernement anglais à sa dépêche, et la fixation de sa destination ultérieure et définitive.

Le projet primitif était de débarquer à Ostende ; il a fallu y renoncer par suite de l'exclusion des cotes de la Belgique.

Nous parlions, dans notre dernière dépêche, des embarras que nous suscitaient les ordres donnés aux gardes nationales de se porter sur la ligne que nous avons à parcourir; ces embarras ont pris, à Carentan, un caractère assez grave. Les gardes nationales de Cherbourg, de Bayeux, de Valognes, et des troupes de ligne s'étaient rendues sur ce point avec de l'artillerie ; il ne s'agissait de rien moins que de désarmer les gardes du corps, de leur faire arborer la cocarde tricolore, et de conduire ensuite le roi et sa famille au lieu de l'embarquement; Dieu sait quelle catastrophe eût amenée un pareil projet, s'il eût été seulement tenté.

Il était d'une haute importance de dissoudre ee rassemblement inquiétant, et nous avons donné des ordres itératifs au général Hulot pour cet objet; les troupes de ligne et la garde nationale de Bayeux obéirent à la première intimation de se retirer; mais les gardes nationales de Cherbourg et de Valognes ne voulaient pas s'être déplacées pour rien ; elles méconnaissaient les ordres du général. Les têtes s'exaltaient; mais nous avions pris le parti d'envoyer de suite M. de La Pommeraye avec tous nos pouvoirs, et de le faire accompagner par le général Proteau.

M. de La Pommeraye, connu de la plupart de ces gardes

nationales, a réussi à leur faire entendre raison, et à deux heures du matin, la garde nationale de Cherbourg évacuait Carentan en charrettes, suivie de ses deux pièces de canon.

De notre côté, nous partions de Saint-Lô à quatre heures du matin. Arrivés sur les sept heures à Carentan, nous avons trouvé la garde nationale de Valognes à laquelle s'étaient réunis quelques hommes exaltés du pays qui occupaient la route et arrêtaient toutes les voitures pour vérifier si elles ne renfermaient pas quelques-uns des ministres de l'ancien gouvernement. A force de pérorer les groupes, nous sommes parvenus à rétablir le calme et la liberté des communications, le roi et sa suite ont traversé cette population sans être insultés. Nous avons retrouvé à Valognes un bataillon delà garde nationale de Cherbourg et son artillerie ; mais elle ne faisait qu'une halte pour se reposer, et avait évacué avant l'arrivée du roi.

Nous avons voulu laisser reposer ce prince, le soir d'une course assez longue ; mais demain matin, nous irons prendre ses dernières résolutions sur le nombre des personnes qu'il doit emmener. Aussitôt après, nous irons à Cherbourg pour vérifier par nous-mêmes si tout est en état, et nous reviendrons chercher le roi et la partie de sa suite qui doil s'embarquer. L'heure du départ sera combinée avec celle de la marée, afin que les bâtiments puissent sortir immédiatement du port. Nous espérons toujours que rembarquement s'effectuera le 15 août, au plus tard.

Cependant, le surcroît de monde qui s'embarque, la préparation de la gabarre qui doit suppléer à l'insuffisance des deux bâtiments, pourraient nécessiter un jour de plus ; nous ferons tout, cependant, pour éviter ce nouveau retard.

J'ai l'honneur d'être, avec le plus profond respect, de Yotre Majesté, Sire, le très-humble et très-fidèle sujet.

Paris, le 14 août 1830, if heure* do soir.

Monsieur lb préfet,

Voici des instructions supplémentaires à ajouter à celles que vous êtes déjà chargé de remettre à M. Dumont-d'Lrville.

Vous voyez combien il serait important d'obtenir qu'avant de partir de Cherbourg le roi Charles X fixât, d'une, manière positive, le lieu où il veut être conduit, en exceptant toujours les ports de la Hollande, de la Belgique, de la France, des lies Jersey, de Guernesey, etc., déjà cités dans la correspondance. Cette fixation obtenue, les instructions ci-jointes n'auraient plus d'application, et s'il survenait en route un changement de volonté, M. d'Urville n'hésiterait pas à déclarer qu'il ne peut pas changer la destination indiquée avant le départ et qu'il doit absolument y aller. Dans ce cas, il ne serait plus question de Portsmouth, mais seulement du lieu fixé par Charles X lui-même avant de quitter Cherbourg, et où il serait conduit et débarqué avec tous les princes de sa famille et toute sa suite.

Mais si le roi Charles X ne veut pas absolument indiquer, avant son départ, le lieu où il veut aller, M. d'Urville se conformera rigoureusement aux ordres ci-joints.

Je vous prie de communiquer cette lettre à M. le maréchal Maison ; elle est écrite après celle que lui adresse le ministre de l'intérieur et dont les dispositions sont les mêmes.

Recevez, etc.

Le ministre secrétaire d'État au département de la Marine et des Colonie»,

Signé : Horace Sébastiani.

Pour copie :

Le Conseiller d'État, préfet maritime,

Signé : Pouybr.

Paru, le U août 1830.

A Messieurs les commissaires chargés d'accompagner Sa Majesté

le roi Charles X, à Valognes.

Le roi, Messieurs, m'a fait l'honneur de me communiquer le rapport que vous lui avez adressé de Saint-IA le 12 de ce mois.

.Je vois que le roi Charles X emmène avec lui environ deux cents personnes, trois ou quatre voitures, ainsi qu'une quinzaine de chevaux, et que, d'après cet état de

686 MÉMOIRES rfODILON BÀRROT.

choses, vous avez écrit à M. Pouyer, préfet maritime à Cherbourg, de disposer un ou deux bâtiments indépendamment des deux paquebots américains.

Je m'empresse de vous annoncer que des mesures avaient été prises à l'avance pour augmenter les moyens de transport, et qu'en ce moment, outre les deux navires américains, quatre bâtiments de l'État, entièrement disponibles, se trouvent à Cherbourg, savoir :

La corvette la Cdrès ; La corvette de charge la Seine; La gabarre la Loire; — la Ménagère.

Ces bâtiments seront, sans doute, plus que suffisants; mais, à tout événement, j'écris à M. le préfet maritime à Cherbourg pour l'autoriser à affréter, au besoin, des navires de commerce entièrement prêts à appareiller.

Ainsi donc, rien ne s'opposera à ce que le roi Charles X, sa famille et leur suite s'embarquent dès leur arrivée à Cherbourg.

Veuillez bien, Messieurs, agréer l'assurance de ma haute considération et de mes sentiments du plus sincère attachement*.

Le ministre secrétaire dPÊtat au département de la Marine et de* Colonies y

Signé : HoBAC* SAbastiaki.

Valognes, le 15 août 1830.

Messieurs les commissaires de S. M. le roi des Français*

Messieurs,

Je compte, aussitôt que les bâtiments destinés à transporter le roi et sa famille et sur lesquels je dois prendre passage seront arrivés dans la rade de Spithead, prendre congé de S. M. et passer quelque temps à voyager en. Hollande, en Suisse et en Italie. Vous avez bien voulu me pro-

Page 1