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son élection, d'hommes sans expérience et pleins de préjugés, elle avait su s'en dégager à la voix d'orateurs qui lui étaient suspects, mais qui lui disaient Ja vérité. Elle avait d'ailleurs un rare mérite, celui de sentir qu'elle était responsable des destinées du pays, et de ne vouloir se décharger sur personne de la responsabilité. Dans l'Assemblée plus éclairée qui lui succédait, il fut au contraire aisé de voir dès le début que chaque parti cherchait le salut ailleurs que dans l'assemblée elle-même, et que l'idée d'une révolution monarchique, césarienne, ou socialiste, avait gagné presque tous les esprits. La situation de M. Barrot, bien loin qu'elle fût simplifiée, était donc plus compliquée que jamais. Il ne lui suffisait plus de résister au président et à la fraction violente du parti républicain, il fallait encore arrêter le parti monarchique qui, enivré par son succès, voulait s'emparer du pouvoir pour frayer le chemin à l'antique monarchie. Quand, à gauche, on lui reprochait de trahir la révolution, on lui reprochait à droite de la servir ; et le centre, qui déjà tournait les yeux vers l'Elysée, ne lui donnait qu'un faible appui. Il n'en continua pas moins son oeuvre, s'effbrçant de calmer les susceptibilités, de désarmer les hostilités, et de rapprocher les pouvoirs aussi bien que les partis. Il avait d'ailleurs fortifié son ministère par l'accession de MM. Dufaure, de Tocqueville et Lanjuinais ; mais ces trois noms qui appartenaient au parti de la république modérée n'étaient pas faits pour plaire aux monarchistes de la droite. Ceux-ci adressaient alors à M. Barrot le repro-
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che qui, de nos jours, a été adressé à un autre homme d'État, le reproche de ne pas destituer tous les fonctionnaires républicains. Quand donc, au mépris des grands services qu'il avait rendus, le président jugea à propos de lui enlever brusquement le pouvoir pour le mettre dans des mains complaisantes , cet acte inouï produisit dans l'assemblée plus d'étonnement que de colère, et elle n'y répondit pas, comme elle aurait dû le faire, par unrefus de concours énergique et motivé. C'était le préliminaire du coup d'État de Décembre, et, à partir de ce moment, l'Assemblée ne dut pas douter du sort qui l'attendait.
M. Barrot avait amèrement ressenti l'injure qui lui était faite ; mais il n'était point homme à prendre conseil de son mécontentement personnel, et sa politique resta la même. Il ne cessa donc pas de poursuivre, dans une assemblée plus que jamais divisée, la conciliation des pouvoirs et des partis, sur le terrain neutre de la république modérée, et on le trouva également opposé aux projets de restauration monarchique et aux conspirations impérialistes. Au moment de la fameuse revue de Satory, il était de ceux qui voulaient convoquer l'Assemblée pour lui dénoncer le complot, et il regretta vivement l'inaction qui prévalut dans la Commission de permanence. Quelques mois plus tard, quand le président destitua le général Changarnier qui avait toute la confiance de la Chambre, il vit dans cet acte inattendu une déclaration de guerre au Parlement, et, appelé à l'Elysée avec plusieurs de ses collègues pour entendre de la bouche même du Prési-