‹ Mémoires posthumes (volume 4)Chapitre 8 sur 50 · IT AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

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Il fut pourtant, quand eut lieu l'élection présidentielle, de ceux qui adoptèrent et soutinrent la candidature du prince Louis-Napoléon Bonaparte. C'était un mouvement presque général dans ce que l'on appelait : les vieux partis, et bien peu d'entre nous surent y résister. Je m'honore d'avoir ité de ceux-là, avec mon ami M. de Rémusat ; mais M. Odilon Barrot était dans une autre situation ; il avait eu d'anciens rapports avec plusieurs membres de la famille Bonaparte ; il la jugeait moins sévèrement que nous, et il espérait que la popularité du nom servirait à établir un gouvernement libéral et modéré. Après l'élection, appelé d'un consentement commun à devenir le chef du ministère, il accepta cette mission sans en prévoir toutes les difficultés. Dès les premiers jours, en effet, il se trouva placé entre les prétentions personnelles du nouveau président, et l'impatience du parti républicain, mécontent de son échec et disposé à faire obstacle au gouvernement. Pour surmonter ces difficultés, il ne suffisait plus d'être un grand orateur, il fallait encore être un homme d'État consommé ; et M. Odilon Barrot prouva qu'en le mettant à la tête du gouvernement ses amis l'avaient bien jugé. Chaque jour sûr la brèche, il devait au même moment réprimer les velléités de pouvoir absolu qui éclataient dans les actes comme dans les -discours du président, et contenir les défiances légitimes d'une grande portion de l'Assemblée qui menaçaient de faire explosion. Il suffit à cette double tâche et, grâce à ses efforts, grâce aussi à l'estime qu'il ins-

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pirait à tous les partis, l'explosion redoutée n'eut pas lieu.

On lira dans les mémoires le récit fidèle et animé des graves discussions qui, pendant les dernières séances de l'Assemblée Constituante, agitèrent l'opinion et menacèrent la paix publique . Des questions qui se posèrent alors, deux surtout avaient une grande importance, l'une extérieure, celle de la révolution romaine; l'autre intérieure, celle de la dissolution de la Chambre. M. Barrot n'avait jamais passé pour dévoué aux intérêts de l'Église ; mais il voyait avec douleur que le chef alors libéral de la religion catholique eut été forcé de fuir ses États, après l'assassinat de Rossi, son habile ministre, et il craignait que, sous le prétexte de rétablir l'ordre, l'Autriche ne vint à Rome exercer sa pré* pondérance. De plus, il espérait que le parti libéral romain, au lieu de combattre les Français, serait heureux de se mettre sous leur protection et d'obtenir ainsi du Pape les garanties désirables. L'opposition, au contraire, s'appuyant sur le texte de la constitution, ne voulait pas que la France intervint dans les affaires du Pape, au détriment de la république romaine. Ce ne fut pas sans de grands efforts que M. Barrot arracha à la Chambre un vote favorable à l'expédition, et, lors du premier échec, il n'évita qu'à grand peine un acte d'accusation. A ce moment, d'ailleurs, l'Assemblée était à la veille de se dissoudre et la France se préparait aux élections. Contrairement à ce que l'on a vu depuis, la gauche qui se méfiait des élections prochaines aurait voulu prolonger l'exis-

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tence de l'Assemblée, tandis que la droite et le président de la République demandaient que le pays fût consulté de nouveau. Après une lutte acharnée, la majorité avait donné raison à la droite et au président, mais la gauche espérait encore que cette résolution pourrait être rapportée. Les quinze dernières séances furent donc pleines d'agitations et de combats violents où M. Barrot, à son grand honneur, continua sou rôle de conciliateur. Mais, pendant quelques jours, on put croire que la guerre civile allait éclater dans Paris. et pour l'éviter il fallut l'admirable mélange de passion et de sang-froid, d'habileté et de patience que déploya M. Barrot. C'était un beau et triste spectacle que celui de cet orateur, naguère si populaire, forcé, tout en défendant la cause de l'ordre, de se défendre lui-même contre des accusations aussi injustes qu'outrageantes, et réduisant ses adversaires au silence par la netteté de ses explications. Certes, dans le cours de sa vie, M. Barrot a eu des triomphes plus éclatants, il n'en a pas eu qui méritât davantage la reconnaissance des honnêtes gens de tous les partis. A cette époque, personne ne la lui refusait, et chacun reconnaissait qu'à lui surtout la France devait d'avoir pu passer d'une assemblée à l'autre, sans d'horribles convulsions. Malheureusement le souvenir des services rendus s'efface vite, et il ne devait pas tarder à s'en apercevoir.

Malgré ces désordres passagers, aucune assemblée plus que l'assemblée de 4848 n'a droit à l'estime nationale. Composée en grande majorité, au moment de

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