‹ Mémoires posthumes (volume 5)Chapitre 28 sur 57 · CHUTB BU MINISTÈRE LAFFITTE · texte numérisé non relu

CHUTB BU MINISTÈRE LAFFITTE

sitôt en anarchie, qu'il fallût sitôt se précautîonner contre elle et lui montrer de la défiance et de Thostilité; que, sauf cette disposition générale, aucune dissidence fondamentale ne séparait les membres du dernier cabinet. D'accord sur le fond des choses, la différence n'existait que dans le plus ou le moins de confiance des uns et des autres : que les uns et les autres auraient donc pu saisir le pouvoir... Hais, ajoute le président du conseil, on nous a dit, on nous a répété, an nous a obligés de croire que la confiance dans cette révolution était un meilleur titre, une meilleure condition, pour la diriger. Peut-être valait-il mieux en effet, pour la bien comprendre, la bien maîtriser, ne pas la craindre, ne pas s'en effrayer ; peut-être les idées d'ordre, les vraies maximes de gouvernement pourraient devenir plus populaires avec certains noms qu'avec d'autres : mal' gré nùuSf on a cru que seuls nous pouvions faire triompher Tordre; on nous a obligés de l'essayer à nos risques et périls.

Ce discours si peu digne de la situation, et qui d'ailleurs ne disait rien de la politique future du cabinet, eût été une véritable abdication ministérielle, alors même que cette abdication n'eût pas été commandée par d'autres circonstances toutes personnelles au président du conseil.

En effet, l'état de plus en plus critique des finances publiques et la ruine imminente de la maison de banque de M. Laffitte auraient, dans tous les cas, rendu impossible la continuation de son ministère : si en effet la révolution l'avait élevé au premier rang comme homme politique, elle le ruinait comme financier. La prospérité de sa maison avait été grande pendant l'Empire et la Restauration ; mais elle ne reposait que sur des causes accidentelles: ces causes s'étant évanouies, le vide s'étaitfaitdansla caisse, et une suspension de payement était imminente. Le gouvernement dut se préoccuper de cette éventualité, qui, dans l'état de la place, prenait les proportions d un grand malheur public. La Banque fit des avances

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considérables ; le Trésor coaseatit même à rembourser une somme de plus de quaire miUUms que Laffitte avait avancés à la république d'Haïti, bien que ce remboursement n'eût pas été autorisé préalablement par un vote des Chambres : ce qui nécessita un bill d'indemnité, accompagné cependant de blâme. £a outre, une souscription nationale fut ouverte en sa faveur, qui atteignit un chiffre assez important. Enfin le roi consentit à lui acheter sa forêt de Breteuil , moyennant dix millions, qui servirent à parer aux besoins les plus urgents^ La position financière du président du conseil n'en restait toujours pas moins menacée, et sa position politique, par suite, très-gravement affectée.

Cependant le roi se serait difficilement décidé à se séparer de celui qui avait été, en quelque sorte, Tun des parrains de sa dynastie, si deux circonstances n'avaient forcé en quelque sorte la chute du ministère.

H. Laffitte s'était nettement prononcé contre l'intervention de l'Autriche dans l'insurrection des Romagnols, et il avait donné des instructions en conséquence à notre ambassadeur près la cour d'Autriche, M. de Saint-Aulaire. Mais le roi commençait dès lors ce jeu dangereux qu'il n'a cessé de jouer pendant toute la durée de son règne, celui d'une diplomatie double, et il avait adressé à ce même ambassadeur une dépêche qui contrariait les instructions du ministre. Celui-ci l'avait ignoré; il le regretta vivement et s'en plaignit hautement.

L'autre circonstance se produisit à l'occasion de la dissolution de l'assemblée. L'opinion se prononçait

I. Les journaux du temps ont beaucoup retenti des plaintes de M. LafQlte contre ce marché, qu'il qualifiait d*onéreux. Ces plaintes n'étaient pas fondées : car, dans la situation donnée, ce marché Tavmit sauvé d'une faillite, et il ne devait que de la reconnaissance aa roi.

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