‹ Mémoires posthumes (volume 5)Chapitre 45 sur 57 · PROJET DB RÉFORME · texte numérisé non relu

PROJET DB RÉFORME

Ainsi, quant aux incompatibilités parlementaires , nous y avions compris les aides de camp et autres personnes attachées à la cour et salariées; nous avions été frappés du rôle que ces personnages jouaient parmi nous : on les voyait, les jours où quelque question importante se débattait à la Chambre, s^agiter pour recevoir et transmettre sur les bancs des centres les ordres du roi, comme s'ils eussent eu à manœuvrer une armée; ils compromettaient ainsi tout à la fois, par leur présence, et le roi et le parlement, et n'étaient pas vus sans une forte suspicion même par leurs collègues : sur ce point, bon nombre de membres de la majorité auraient voté avec nous, s'ils l'eussent osé.

La partie principale de notre projet de réforme électorale était l'adjonction de la seconde liste dû jury qui avait été proposée dès 483i, par le gouvernement lui-même, et n'avait échoué que par une fausse manœuvre de Mauguin : certes, après dix-huit ans de pratique du gouvernement représentatif, ce n'était pas se montrer bien exigeant.

Enfin, ces propositions si modérées étaient présentées après des promesses solennelles faites et renouvelées par deux ou trois ministères successifs, le ministère Dufaure-Passy, le ministère Thiers, et après l'engagement que M. Guizot lui-même venait de prendre vis-à-vis de ses électeurs et dont la France entière avait pris acte.

On le voit, il était impossible que cette grande question de la réforme électorale et parlementaire se produisit dans des termes plus doux, plus rassurants et dans des conditions plus favorables. L'histoire croira à peine qu'il se soit trouvé un roi doué d'un grand esprit, des ministres d'une haute intelligence et une majorité prise après tout dans la partie la plus riche et supposée la plus éclairée du pays, pour repousser

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de telles réfonnes, et pour jouer à ce jeu insensé la plus belle couronne I

Le débat fut sérieux, modéré, digne de la grandeur du sujet et de la gravité de la situation : les partis extrêmes ne vinrent pas cette fois le troubler, comme cela leur était arrivé alors que, par Forgane d*Ârago, ils avaient jeté à la traverse d'un projet de loi de réforme électorale leur système absolu et très-peu libéral du suffrage universel ; ils laissèrent cette fois aux opinions parlementaires la direction de la discusr sion, comme ils leur en avaient laissé l'initiative.

MM. Duvergier de Hauranne, Thiers, Dufaure, firent ressortir, chacun à leur point de vue, avec une grande énergie, la nécessité delà réforme; il échappa même à M. Dufaure de définir le système électoral existant comme constituant une exploitation ^ par quelquti hommesy des ressourcée du pays.

Les adversaires de la proposition lui opposaient surtout son inopportunité; ce n'était pas, disaient-ils, dans la deuxième année d'une législature qu'il était opportun de mettre en question son existence, en changeant les conditions de la loi électorale dont elle était sortie. Au fond, on soutenait que la proposition, motivée sur les vices de la législation et sur les facilités qu'elle donnait à la corruption, était un outrage à la majorité. S'il y a dans notre système quelques imperfections, ajoutait^n, elles disparaîtront peu à peu devant le progrès de nos mœurs politiques. D'ail» leurs, le nombre des électeurs n'est-il pas destiné à s'accroître par le seul fait de l'élévation des charges publiques et de l'accroissement de la richesse nationale? Puis enfin, et c'était l'argument capital de M. Guizot :

Que se propose le législateur, disait le ministre, dans une loi électorale? c'est que tous les intérêts soient repré-^

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