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Mémoires pour servir à l'histoire de la campagne de 1812 en Russie

Beaucoup d'écrivains militaires du plus grand mérite ont publié des ouvrages sur la campagne de 1812. Mais n'ayant pas à leur disposition tous les documents nécessaires pour bien apprécier les événements, ils n'ont pas toujours présenté avec exactitude les opérations de l'aile droite de la grande armée.

Cette fraction de l'armée de Napoléon était sous les ordres du plus jeune de ses frères, Jérôme, roi de Westphalie. Composée de Polonais, de Saxons, de Westphaliens et d'un corps de cavalerie considérable, elle eut pour mission, d'abord, de couvrir le grand-duché de Varsovie et plus tard de poursuivre le prince Bagration, coupé de Barclay de ToUy dès le début de la campagne. Jérôme devait

VI PUÉFACE.

tenir la deuxième armée russe de l'ouest en dehors de son centre d'opération et l'empêcher de percer sur sa droite pour rallier les principales forces d'Alexandre.

Le Rot de Westphalie avait en ligne près de 80,000 hommes, et Napoléon dirigea de Wiina vers lui, le prince d'Eckmûhl avec 40,000 combattants pour manœuvrer sur le flanc de lennemi. Une fois réunis, ces deux généraux devaient écraser l'armée russe qui battait en retraite devant eux.

Cette belle combinaison échoua au moment où rien ne s'opposait plus à sa réussite. Presque tous les historiens ont attribué ce non-succès au Roi de Westphalie. Presque tous, fondant leur opinion sur quelques lettres très dures écrites à Jérôme par l'Empereur (1), ont reproché au commandant de de Taile droite :

(1) 11 n'y a peut-être pas un seul des maréchaux de FËmpereur ayant eu des commandements importants , dont les dossiers ne renferment des lettres au moins aussi dures. (Les Archives de Iji içuerre offrent la preuve de ce que nous avançons.) Napoléon cédait facilement à un premier mouvement d'irritation toujours très violent, et exigeait volontiers de ses lieutenants plus qu'ila çr pttuvaicnl l'aire, afin d'obtenir ce qu'il désirait.

PREFAGB. Vif

l"* D'avoir fait à Grodno un séjour inutile et fftn cheux ;

%"" D'avoir poursuivi Bagration avec mollesse ;

3"" D'avoir quitté le commandement des troupes qui lui avaient été confiées, par un mouvement d'amour-propre froissé.

Pour écrire Thistoire^ il ne suffit pas de vouloir être impartial, il faut, avant tout, pouvoir consulter des documents authentiques, irrécusables, nombreux et puisés à bonne source, ou avoir été en position d'apprécier par soi-même ; il &ut être décidé à ne sacrifier à aucune considération personnelle.

Or, jusqu'ici aucun auteur n'a eu à sa disposition les pièces qu'il nous a été donné d'étudier, et n'a pu puiser aux mêmes sources que nous.

L'ouvrage que nous publions n'a pas élé uniquement écrit pour justifier le Roi de Westphalie des fautes qui lui sont reprochées, notre but principal a été de fournir des documents nouveaux et importants à l'histoire de cette mémorable campagne, de rectifier des erreurs et d'expliquer quelques faits, Inconnus.

Aucun écrivain n'a expliqué les causes véritables qui contraignirent le Roi de Westphalie à séjour-

YIII PRÉFACE.

ner quatre jours à Grodno, et à quitter l'armée à Nesvi j .

Rien ne nous sera plus facile que de démontrer que ce séjour de Jérôme à Grodno, loin d'être volontaire^ fut forcé; que sa poursuite contre l'armée de fiagration fut pleine de vigueur et de sagesse, qu'elle fut telle en un mot, que le général russe ne put percer sur le camp retranché de Drissa, ainsi qu'il en avait l'ordre de Barclay de Tolly ; que le Roi de Westphalie le maintint toujours sur sa droite, ne le perdit pas de vue, et manœuvra de telle sorte que Faile droite de l'armée française se trouva à un moment donné et opportun, réunie tout entière. Il nous sera facile encore d'expliquer le retour de Jérôme dans ses Etats, et de prouver qu'à sa place et dans sa position, peu d'hommes eus^ sent agi autrement. '

Quelques auteurs ont attribué son départ à un ordre de l'Empereur, le fait est faux ; d'autres ont prétendu qu'il avait voulu emmener avec lui l'armée westphalienne formant le 8' corps , cela est également faux. Gbambray et Boutourlin disent : le premier, « ÂNesvij, Jérôme reçut des dépêches » dans lesquelles Napoléon se plaignait de la len- » teur de sa marche et l'en réprimandait ; bientôt

» après Davoul lui transmit l'ordre qui le mettait » sous son commandement. Blessé du peu d'égards » avec lequel le traitait son frère , il quitta brus- » quement l'armée pour retourner dans sa capi- M taie, etc. »

Cette appréciation ferait croire que Jérôme .ignorait l'ordre secret donné à Davout, de prendre le commandement de Taile droite comme }e plus ancien général, en cas de réunion de ses troupes avec celles du Roi de Westphalie. Or, cet ordre du 6 juillet avait été envoyé à Jérôme aussi bien qu'au prince d'Eckmûhl ; tous deux le reçurent en même temps. Le commandant de l'aile droite fut justement blessé des exigences inconvenantes de Davout et non de l'ordre de l'Empereur.

Il ne quitta pas l'armée aussi brusquement que le dit Chambray, puisqu'il prévint l'Empereur, le maréchal Davout et les corps sous ses ordres.

Boutourlin écrit :

« Napoléon, mécontent de la poursuite molle de » son frère, lui ôta son commandement de l'armée » et mit le corps de Junot et de Poniatowski ainsi » que la cavalerie de Léatour-Maubourg sous les » ordres du maréchal Davout qui les attira à soi. »

Presque autant d'erreurs que de mots. Napoléon

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