‹ Mémoires pour servir à l'histoire de la campagne de 1812 en RussieChapitre 2 sur 24 · X PRÉFACE · texte numérisé non relu

X PRÉFACE

non seulement n'ôta pas le commandement à Jerôme^ mais il fit tout ce qui dépendait de lui pour que le Roi de Westphalie le reprit après s'en être démis volontairement. Junot ne commandait pas encore les Westphaliens , alors sous les ordres du général Tharreau. Si Davout eût pris le commandement de l'aile droite, dans les conditions de Tordre secret du 6 juillet, l'Empereur ne lui aurait pas fait adresser les reproches contenus dans la lettre du major-général en date du 20 juillet. La cause du départ de Jérôme est bien simple : Le prince d'Eckmûhl, profitant d'un ordre secret de l'Empereur pour satisfaire à des ressentiments personnels contre Jérôme, donna une fausse interprétation à cet ordre, et voulut soumettre le Roi de Westphalie à des exigences telles, que ce dernier préféra abandonner son magnifique commandement. Cependant, comme Tordre de l'Empereur^ quoique mal interprété, mettait les troupes de l'aile droite entre les mains de Davout, Jérôme ne voulut pas être un obstacle5 il se sacrifia, et la suite a malheureusement prouvé que ses prévisions étaient justes, car le prince d'Eckmûhl ne fit pas ce qu'on était en droit d'attendre de lui, quoiqu'il eût seul

PBÉFAGE. XI

le commandement de Taile droite, qu'il avait exigé d'une &çon si violente.

En effets au lieu de livrer à Bagration une bataille décisive, au lieu de contraindre les Kusses à combattre contre des forces bien supérieures aux leurs, Davout balança, tei^iversa, manoeuvra pour gagner la Bérésina avant Bagration et finalement malgré son beau combat de Mohilew, laissa la 2« armée de l'ouest rallier la première, ce que Jérôme avait empêché jusqu'alors. C'est au moment où Jérôme, par une bataille décisive dont toutes les chances étaient en notre foveur, allait couronner ses opérations contre Bagration, que le prince d'Eckmûlh voulut faire valoir Tordre éventuel de l'Empereur, qu'il força le Roi de Westphalie à partir, et à ne pas profiter des avantages que les commence* ments de la campagne avaient si bien préparés. Tout cela est positif, prouvé par des pièces irrécusables. Napoléon témoigna son mécontentement à

Davout par une lettre dans laquelle il lui fit dire qu'il avait outrepassé ses instructions et qu'il n'était pas en droit d'exiger, à ce moment, le commandement de toute l'aile droite, l'éventualité prévue ne s'étant pas réalisée.

Ensuite, il faut le reconnaître, les Russes se mon

XII PRlâFAGB.

tfèrent , dans cette circonstance , dignes de leurs adversaires. Le prince Bagration manœuvra avec autant d'adresse que de prudence. Il fit des marches rapides et hardies , décidé à sauver son armée ou à périr avec elle. Sa retraite fut des plus habiles et sa persévérance aussi bien que la patience de ses troupes méritent de grands éloges. Nous le répétons, si ces mémoires nous imposent le devoir de rectifier des erreurs capitales dans lesquelles sont tombés la majeure partie des auteurs militaires, ils ont un mérite que nous osons revendiquer, celui de fournir à Thistoire des documents de la plus haute importance, inconnus jusqu'à ce jour.

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