LETTRES DE NAPOLÉON
AU ROI DE WfiSTPHAUË EN ISia < .
« Mon frère^ sçlon Tusage c^ue j^ai toujours pra* tiqué daii9 les circoMtaiices importanlefi , je crois deyoir foire contai tre à Voire jtfajesté la situation de nos affoirest
(i) Les Mémoires paur servir à Vhistoiré de la campagne t/e 1812 se trouvaient naturelleinent terminés pkr le livre Vl* de «et ouvrage, mais nous avons> cm être agréables et utiles à nos lecteurs en faisant suivre ces mémoires d^ lettres fort importantes et tout à fait inconnues,. écrites par Napoléon k son frère le rpi de Westphalie, pendant Tannée 1813. Elles sont d'un intérêt majeur, car elles retracent de la manière là plus ckire et la plus positive le tableau des ressources qui restaient k la: France pour soutenir la lutte, après la désastreuse retraite de Moscou ; elles mettent au jour les intentiçns, le^ projets et Iqs espérances de TEmpereur, euiin elles peuvent être d*une grande utilité pour lliistoirc de la glorieuse campaguo de 18ià.
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» Votre Majesté a appris par les rapports qui ont été publiés les victoires que j'ai obtenues sur FarméerusfierJô ne Tai pas rencontrée .line^&tule fois que je ne Taie battue. Sa cavalerie et son infepterie se soni, eA gêbéràl, iakl montrées. ISes cosaques sont les seules de ses troupes qui aient bien fiait dans le genre de guerre auquel ils sont propres. Après les combats de Smolensk et la bataille de la Moskowa^ je suis entré à Moscou* Je trouvai dans cette grande ville, abondance de toutes choâes, les maisons toutes meublées, des provisions partout et les haMtants dans led meilleures dispositions, ifâis', vlngt^quatre heures après, le feu éclata en deuk cents endroits en même temps. Les rielies toaga* sins furent la proie des flammes. Les négociants et toute la classe moyenne voyant leurs demeures en cadres pr irait la foite^ se dispersèrent dsm« les bois, et après quatre jx)urô d'efforts prodigieux mais inutiles,Ttfoscou,que noùà né pûmes sauver, n'exista plus.— Grand nombre d'habitants des villages m'avaient demandé un décret q«i leur donnât la liberté^ et promettaient de prendre les armes pour moi. Mais dans un pays où la classé moyenne est peu nombreuse et lorsque, effrayés par la ruine de
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Moscou, les hommes de cette classe (sans lesquels il était impossible de diriger et 4e contenir dans de justes bornes le mouvement une fois imprimé à de grandes masses) se furent éloignés, je sentis qu'armer une populaliùn d'esclaves, c'était dévmier le pays ù d'eflrof ables maux. Je n'en eus pas môme Tidéèv Je ne songeai qu'à organiser mon armée et àf revenir sur la Dwina. Dès que jo juj^ai le mo^ ment opportun pour te mouvetneat, je matekti ^ur renttemi* Jd manœuvrai sur sa gailche, je le poussai h quarante wërstes, et; proitant de cet avantage, j'appuyai mon mouvement éur Smolensk, J'arrivai ie 5 novembre à Dorogholouj par le plus beau temps possible. Je me félicitais de la situation de mes agraires ; jon- avais pas laissé dans les hôpitaux plusde 500 homntes hors d'état d^^tre transportés ; je trat^ nais tout avec moi, je n'étais plus qu'à trois petites journées de Smolensk; l'ennemi avait "été culbuté à Wia^ma et dispersé dans les bois; la génératmajor qui lé commandait avait été pris. Mats du 5 au 7, le froid devint rigoureux , les chemins se muvri* rent de veillas. Je dirigeai le Vice-Roi sur Douiuyv^ chtchinà; et avec le reste de l'armée je me pMtai sut la Iffandé ^M»ii»uiiioation de Sm(4ênsl(. Axl lieu de trois jours^ il en feUut einq pour f amttfr. h
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perdis, dans ces marches, eaviron 4 à 5000 chevaux de trait et de cavalerie ^ Le mal n'était rien encore. Le Vice-Roi était retenu par les glaces sur le Hop. Attaqué par les Cosaques, il les^ repoussa avec un {^and avantage et ne fit aucune perte en hommes. Mais il fut obligé d'abandonner une partie du matériel à cause du verglas que la rapidité 4es pentes rendait impraticable. Ce Ait là qne j'éprotivai les premières pertes un peu sensibles. Arrivé à Smolensk, j,'apprÎ8 que le prince, de Schwartzenberg qui commandait, ma droite a^ait marché pour couvrir Varsovie, au lieu de venir surMinsk,. et je sentis la u^cessité de me porter sur la B^rézina^ pour y prévenir Tennemi. Je fis à regret ce mouvement « Cependant mon armée était encore belle; mes pertes étaient peu de chose^ et j'espérais écra ser les forces ennemies de la Wolhynie et de la Dwina. Mais le froid, augmenta tellement qu'on croyait être au milieu de Janvier et non au commencement de novembre^ En peu de jours, 30,000 de mes chevauic moururent, toute ma cavalerie se trouva àpied, je fus obligé de détruire la plus grande partie de mon arlilleriek Je recotinus qu'il n'était plus temps de manœuvrer, et qu'il fallait me rapprocher de mes arsenaux.
» J ordonnai qu'on fit sauter Smolensk^ opération dont le maréchal Ney fut chargé. J'arrivai à Krasnoi^ Les Cosaques qui s'aperçurent bientôt que nous n'avions plus de cavalerie, se jetèrent entre nos colonnes; les hommes quittèrent les rangs pour aller, la nuit, chercher des abris contre l'affreuse rigueur du climat. Je n'avais pas de troupes à cheval pour les protéger. Cependant Tennemi fit de vains effwls ppur profiter de cette situation des choses. Il fut constamment attaqué et battu toutes les fois qu'il se présenta sérieusement. Le maxéchaVNey, qui était resté en arrière de trois jours^ marcha par l^ gauche du Borystbène, et se réunit à Orcha^sans avoir éprouvé d'autre perte quç celle du matériel, qu'il avait été forcé de détruire. Je me fis rallier par les autres corps restés sur la Dwina, et je ^marchai sur la Bérézina que je traversai à la vue de l'ennemi. Je battis Tchitchâgoff, et, après avoir dirigé sur Wilna mon armée, dont je laissai le commandement au Roi de Naples, je me rendis dans ma ï^apitale.
» Votre Majesté peut apprécier les faussetés débitées par les bulletins russes, s'ils sont parvenus à sa connaissance. Il n'y a pas eu une affairé où
les Russes aient pris un seul canon -et une seule
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aigle ; ils n'ont pas fait d^aotres ppisooniers en front de bandière que des tirailleurs^ dont on prend toujours un certain nombre , alors même qu'on est battu. Ma garde n'a jamais donnée elle n'a pas perdu un seul homme dans une action ^ elle n'a donc pas pu perdre des at^es ^ comme les bulletins russes le publient. Lorsqu'ils racontent qu'ils jont pris 11,000 iiommes au mavéchàl Ney^ ils débitent une autre fiausseté. Ce qu'ils disent de l'af- &ire du \ice-Roi et de celle de Krasnoï, où la garde aurait donné, n'est qu'un tissu d'iippostures, ,de platitudes et de folies. Sans doute, beaucoup de soldats, des officiers, des généraux mémo sont tombés au pouvoir de l'ennefni; mais ils n'y sont tombés que parce qu'ils étaient restés -malades,, ou ,que, cherchant à se soustraire aux rigueurs du froid porté subitement à 24 et 26 degrés , ils s'éloignaient des routes de Tannée et mai^chaient isolés. Les Russes ont profité d& ces circonstances imprévues. Ils peuvent s'en réjouir , mais ils ne peuvent assurément pas ^'en glorifier. La grande armée, que j^avais laissée entre Minsk el Wilna, serait restée dans cette ville et ses environs, si le défiant de vilhjgBs eia avant de Wilna et le ttcessif {orté à 3L% degrés n'eussent déter-
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miné le Roi d« Naples à prendre des caiitoanemenls en deçà du Niémen. Le Niémen était occupé par le duc de Tarente et la division Grandjean ; la division Heudelet, qui n'avait pris aucune part à la dernière campagne, et la division Loison étaient entre le Niémen et Kônigsberg, où se trouvaient le quartier général de l'armée et ma garde. Dix-sept divisions formant les 1*, 2», 3% V et 9* corps, sous les ordres du Viee-Roi, du prince d'Eckmûlh, des ducs de Reggio, d'Elchingen et de Bellune, occupent les positions d'Elbiûg , de Marienbourg et de Thorn, et autour de ces villes des pays très beaux et très abondants. Le corps du prince de Schwartzenberg et le T que commande le général Reynier couvrent Varsovie, pendant que les Bavarois se réunissent à Plock et que les Westphaliens et lesWurtembergeois sont dirigés sur Posent Dantfig, Elbing, Kônigsberg, Thorn, Modlin ont des magasins bien approvisionnés. Dantzig seul a de quoi fournir aux divers corps 300 pièces d'artillerie de campagne. La cavalerie démontée se rend dans les dépôts et sur TOder pour y recevoir des chevaux. Mais sans compter cette cavalerie, la Grande Armée, d»ns «on état actuel, présente eûcolfe un effectif de àOO^OOO corabattàntsi Pour réparer ses pertes et
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pour la rendre beaucoup plus forte encore qu'elle n'était au commenceQient de la dernière can^pagne, j'avais déjà tout prêts des moyens qui me semblaient devoir suffire. 40 bataillons sont sur TOder, où j'ai ordonné qu'ils hivernassent. lii vont être rejoints par les troupes parties d'Italie^ sous la conduit^ du général Grenier, et qui viennent de passer en Bavière^ et formeront avec elles un corps d'armée tout composé de vieux soldats. 84 bataillons pris sur les cent bataillons des cohortes, composés d'hopames de 22 à 28 ans, et déjà depuis un an sous les drapeaux, se réunissent à Hambourg, pour former un corps d'observation de l'Elbe, qui aura 6 divisions avec larlillerie et les équipages nécessaires. 40 bataillons que j'ai ordonné de rassembler à Vérone, pourront) au mois de mars, traverser le Tyrol et se J)orter sur l'Oder. Enfin un premier et un second corps d'observation du Rhin, de 70 à 80 bataillons chacun, se forment à Erfurlh, Wesel et Mayehce, Ainsi, indépendamment de la Grande Armée et sans rien retirer de celle d'Es* pagne, qui a ute effectif de 300,000 hommes et un présent sous les armes de 260,000, j'avais de disponible au-delà de 300 bataillons^ tous composés de Français et en grande' partie de vieilles troupéë
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qae j'ai tirées de me» camps sur le& côtes et de mes garnisons de France et dltalie et qui pourront, ainsi que 2 divisions de ma garde^ être réunis au mois de mars sur rEU>e et TOder. Avec cette forcé en hommes, avec les revenus ordinaires de mon Empire 1 qui seront pour la présente année de 1,100,000,000, et ayant toute raison de compter sur la fidélité de mes alliés, je m'étais flatté de n!avoir point à demander dé nouveaux efforts à mes peuples, dont l'esprit' d'ailleurs est tel que je n'eus jamais lieu d'en être plus satisfoit. Mais cet état de choses vient d'être subitement changé par la trahison du général d'Yorck, qui, avec le corps prussien, fort de 20,000 homimes sous ses ordres, a pris le parti de l'ennemi. A cette occasion, k Prusse m'a donné de ses intentions les assurances les plus fortes et que j'ai lieu de croire sincèrcis ; mais elles n'empêchent pas que soii corps de troupes ne soit avec l'ennemi. Les conséquence» iôamédiates de cette trahison sont que le Roi de Naples a dû se retirer derrière la Vistule, et que mes pertes s'accroîtront de celles qui auront été faites dans les hêpitaux de la vieille Prusse. Une de ces conséquences éloignées pourrait être que là guerre s'àp* prochftt de l'Allemagne. J'ai pris toutes les mesures
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convenables pour garder les frontières de la Contédération. Mais tous les États confédérés doivent sentir la nécessité de faire, de leur côté, des efforts proportionnés à ce que les circonstances exigent. Ce n'est pas seulement contre Tenûemi extérieur qu'ils ont à se prémunir. Us en ont un plus dan* gerçux à craindre, Tesprit de révolte et d'anarchie. » L'empereur de Russie vient de nommer le prince de Stein ministre d'État; il l'admet dans ses x2oaseils les plus intimes, lui et tous ces hotnmes qui, aspirant à changer la fece de TÂHemagne, cherchent depuis longtemps à y parvenir par le» bouleverse* ments et les révolutions. Si ces hommes peuvent entretenir, comme ils s'efforceront de le feire^ des intelligences au seiti de la confédération ^ et y souffler l'esprit qui les anime, des maux sans nombre et sans mesure peuvent fondre tout à coup sur elle* De l'énergie que les souverains vont développer dépettdent et la, tranquillité des peuple&et l'exiatence des maisons qui régnent sur les divers Ëtats confédérés. J'ai garanti l'existence de leurs priocet, je lai garantie ^l contre leurs ennemis extérieurs et contre eux qui, à l'intérieur^ voudraient attenter à leur autorité. Je remplirai mes engagements* Les grands sacrifices que j'impose à mes' peàpies , les
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grandes mefluregqite je viens d'adopter n'cmt d'aiilrd but que de les remplir. M^is quand je ferai tout pour les souverains conCédérés, je dois espérer qu'ik ne s'abandonneront pas eux*môines et ne trahiront pas leur propre cause. Us U trahiraient, s'ils ne oon-« couraient pas atec moi da totu leurs moyens ; slls ne prenaient pas les mesures les plus efficaces pour mettre dans le meilleur état, leur infenterie^ leur artillerie, leur ca?alerie surtout, s'ils per disaient pas tout ce qui dépend d'eux pour que la guerre soit éloignée de l'Allemagne et que tons l6s projets de l'ennemi soient déjoués. Us la trahiraient encore en ne mettant point les agitateurs de toute espèce dans l'impuissance de nuire, en laissant les feuilles publiques égarer l'opinion par des nouvelles men* songères, ou la corrompre par des doctrines pernicieuses; en ne surveillant point, avec une inquiète vigilance, et les prédications et l'enseignement et tout ce qui peut exercer quelque influence suif la tranquillité publique*
» Je demande donc à Votre Ifaijesté à/à ne négliger aucune de ces mesures et de tout Cwe pour rétablir son contiogent sur le même pied oti il était avant la guerre. Le résultat des effoi^ts {commuas sera, dans une seconde campa^e, le trioin|Aie de
la cause commune, ou, si Tennemi désire de prévenir cette campagne par de^s négociations, nous aurons, dans la grandeur de' nos préparatife^ le gage certain d'une paix honorable et sûre, dont la preinière condition sera de maintenir tont ce qui existe, et de ne toucher en rien aux lois constitutrices de la Confédération , m aux intérêts de ses souverains.
» Sur ce, je prie Dieu, monsieur mon frère, qu'il TOUS ait en sa sainte et digne garde.
» Paris, le 18 janvier 1813.
» De Votre Majesté, le bon frère,
» Nafoléon, V
« Mon frère, je reçois votre lettre du 15 janvier. Je me fais feire un rapport sur la balance que vous m'avez envoyée, et d'après laquelle là France doit à la Westphalie 9,062,000 francs, et la Westphalie 7,216^000 francs à la France. Aussitôt que j'aurai le rapport du ministre de l'adii^tnistratîon de la guerre, je vous ferai solder la différence.
» Fontainebleau, le 2d janvier 1813. »