officiers, 12,698 troupe
Aux hôpitaux.
Infanterie. ..... 60 officiers, 5,030 troupe.
Cavalerie 27 — 438 —
Artillerie 4 — 111 —
91 officiers» 5,679 troupe.
Prisonniers,
Infanterie 23 officiers, 677 troupe.
Cavalerie 3 — l/i9 —
. Artillerie 1 — 115 —
27 officiers, 9/il troupe. Total général de l'effectif du 8' corps : 628 offic, 19,218 troupe.
EN RUSAffi. 1119
Chevaux existants,
D*officier& A35
De troupe. 876
De trait i,036
Total. . . 2,367 chevaux.
Le 8* corps demeura dans cette dangereuse position jusqu'au 28 octobre. L'Empereur, qui, le 2ft et le 25) avait vivement repoussé les Russes sur Kalouga, profita de leur mouvement rétrograde pour commencer lui-même sa retraite. Toute l'armée vint reprendre la grande route à Mojaïsk ; le 8* corps se joignait à elle , et abandonna cette ville , qui fut brûlée par Tarrière-garde.
Pendant les premiers jours de la marche, les Westphaliens, étant au centre de la colonne, virent souvent l'Empereur traverser leurs rangs; le général Legras eut même avec lui une conversation fort longue. Napoléon lui fit beaucoup de questions sur le 8* corps, sur les généraux qui le commandaient, et sur la manière dont les troupes avaient vécu à MojaTsk. « Avez-vous eu lieu, lui demanda-t-il, d'être satisfait de la conduite de vos soldats? — Sire, répondit le général, je pense que les rapports qui en auront été faits à Votre Majesté ne leur ont jamais été défavorables? — Au contraire, répliqua l'Empereur, ce sont de fort braves gens, et je suis très content d'eux. » Il demanda encore s'il y avait beaucoup de Français dàtis l'armée westphalienne. « 11 y en a peu dans les grades subaltemesi dit le général Legras ; mais le
320 MiMOIRBS SUA LA CAMPAGNE DB 1812
Roi, voulant que ses soldats soient les frères de ceux de Votre Majesté, et s'étant proposé de leur donner lés mêmes règlements et les mêmes habitudes, a cru qu'il lui convenait d'avoir plusieurs officiers français dans les rangs élevés. — C'est bien vu, dit l'Empereur ; il a très bien fait* »
A l'époque où cette conversation eut lieu, la retraite se faisait en très bon ordre. . Le temps était superbe, les routes étaient bonnes; une température de 4 à 5 degrés, bien loin de nuire au soldat, l'excitait à marcher. Si de nombreux bouleaux, dépouillés de leur feuillage, n'eussent attesté la présence de l'hjver, l'éclat du soleil eût pu faire croira qu'on était encore dans la belle saison. Chacun était étonné de voir de si beaux j'oura; mais ce bonheur ne fut pas de longue durée. Le 6, au moment où le 8* corps atteignait Dorogholouj, le soleil se cacha; une neige abondante tomba, et le froid, qui avait considérablement augmenté, rendit les routes extrêmement glissantes. Jusqu'à, ce jour, la marche des colonnes n'avait été retardée que par les défilés et les passages de ponts ; elle le fut alors par tous les accidents de terrains qui devinrent très difiiciles à franchir. Le pays , depuis Toloschin et Orcha jusqu'à Moscou, est couvert de coteaux; les ravins qui les séparent présentaient- de grandes difficultés. Les malheureux chevaux tombaient à chaque pas, se relevaient pour tomber encore, et finissaient par être abandonnés. Ces accidents retardaient beaucoup la marche des colonnes ; au lieu d'être rendu de bonne heure au bivouac, on n'y arri-
BN RUSSIE. 221
vait souvent que pendant la nuii II devenait très difficile d'aller chercher du fourrage. C'est alors qiie les pertes en cavalerie et artillerie commencèrent. Les chevaux , harassés du pénible travail de la journée, passaient quelquefois les nuits entières sans manger et^ toujours exposés à un froid des plus vifs : ils mouraient par milliers. Les chemins en étaient jonchés, et il fallut faire sauter des caissons et abandonner des canons. La faim se fit bientôt vivement sentir ; les plus braves soldats, qui tenaient à ne pas abandonner leur corps, mangèrent les chevaux qu'ils trouvaient à chaque pas ; les autres se dispersèrent dans la campagne, où ils mouraient ou tombaient entre les mains des Russes.
Vers la fin de septembre, le roi de Westphalie, inquiet de n'avoir plus, depuis la bataille de la Moskowa, de nouvelles de son armée, envoya en Russie le baron de Bodenhausen, avec mission de se rendre au quartier impérial, et déporter aux troupes westphaliennes des récompenses et surtout les secours dont les officiers et les soldats pourraient avoir besoin.
Nous allons extraire de la correspondance et du rapport de M. de Ëodenhausen ce qu'il y a de plus saillant; et comme les faits racontés par un témoin oculaire et écrits sous l'impression du moment ont toujours un grand attrait, nous le laisserons parier lui-même :
« Je partis de Cassel le 28 septembre ; je pris la route de Berlin. Je passai par Kœnigsberg, Wilna, Minsk, Orcha, et j'arrivai le lA. octobre à Smolensk,
âSS MEMOIRES SUR LA GAH9AGNE DE 1812
me dirigeant sur Moscou. Bespuis Smolentk^ 1& rotito s'était plus sûre ; dea paysans, des corps depaPUaêM ot les Cosaques rendaient les coGomunicatioRs trè» dangereuses. Dea bngadea de postiUona étaient bien organiaées de relais en relais; les maisons de poète étaient même retranchées, et dsaeune d'elles avait une garnison de iOOhoimnes d'infanterie et de 35 g%* valiera ; mais néanmoins on risquait beaucoup d^^tre attaqué et enlevé. Le général Jomini, gouverneur de Smolensk, m'ayant prévenu de cet état de choses, j# profitai du départ d^un convoi de 6,000 hommes e»^ oortant un trésor impérial, pour me joindre k lui. Ce Gwpa, commandé par le général Ëvers, ne pouvait malheureusement marcher bien vite ; je le quittai It surlendemain pour rejoindre us autre oonvoi transportant des vivres, sous la protection d'un escadron de dragons. J^atteignis ainsi, le 23, Mojaïsk, aprèa avoir été attaqué cinq fois par les Cosaques. Dans cette ville se trouvait le quartier-général du 8^ corps, tou^ jours sous les ordres du duc d'Abrantès. Jeme rendis chez cet officier*général, et lui remis lea décorations et les brevets dont j'étais porteur. Tandis que fêtais chea lui, le hasard y amena également un officier de rétatdn^jor du prince de Neuch&tel, prêt à retourna au quartier impérial. Désireux de profiter de cette oc<» oasion pour me rendre auprès de T empereur, je laissai mes bagages à Mojaïsk, et je quittai cette ville le soir même, à huit heures^
» U Empereur venait de se porter de Moscou sur la route de Kalouga^ je pris celle de Yéréja, de Berowskt
et je le trouvai, le 2&, à dix heures du matin, sur le ehamp de bataille de MalonFaroslawetz. 11 me reçut et me demanda» tout de suite, avec beaueoup d^intérét, des nouvelles de son frère le roi de Westphalie. Il désira savoir si le roi Jérôme formait de nouvelles traupes, si ses dépôts étaient bien considérables , s'il avait encore beaucoup de ressources en hommes], si le 8* corps s'était bien trouvé à Mojaïsk, s'il avait des malades; enfin, il me fit une foule de questions à la suite desquelles il me congédia en m^ordonnant de suivre le quartier impérial.
9 La veille, 33 octobre, une affaire assez sérieuse B^était engagée avec Tennemi au village de Oorodnia ptèa de Borowsk ; Tennemi avait été repoussé à trois litues du champ de bataille, près du couvent de Malo* Jaroslawetz. Le 2&, de grand matin, TEmpereur se rendit de Qorowsk h la hauteur de Gorodnia pour feeonnattre la position des Russes. Il faisait un brouillard des plus épais. L'armée était en avant, et lui se trouvait à une lieue de ses troupes avec quelques effiders et une faible escorte. Ayant à expédier des ordres au prinee de Neuchâtel resté à Borowsk, il lui •nvoya un de ses aide»*de*camp. Cet officier n'avait pas fait une demi-lieue , qu'il tomba au beau mi^ lieu d'une colonne de cavalerie russe formée par troiflt régiments de dragons, suivant précisément la iQÔmç route que l'Empereur. L'aide-^e-camp prit ees cavaliers pour des Français, continua son ehe^ min, mais il fut reconnu et reçut plusieurs coups de pistolet II parvint cependant à s'échapper
et revint bride abattue prévenir Napoléon. Il était temps, car les trois régiments russes étaient peu éloignés, et Napoléon , si son ofQcier d'ordonnance eût été tué, pouvait être enlevé. L'Empereur s'empressa de rejoindre ses troupes , une colonne fut envoyée au-devant des dragons russes qui, égarés pendant le brouillard, avaient fait fausse route: ils furent culbutés.
» Le même jour, l'Empereur retourna au bivouac qu'il avait occupé le matin. Vers midi, le brouillard s'étant dissipé , il alla reconnaître en personne le champ de bataille de Malo-Jaroslawetz, où les trois corps du vice-roi, du prince dIEckmûhl et du maréchal Ney^ commandés par le roi de Naples, luttaient depuis l'aurore contre toute l'armée de Kutusof. Le combat dura jusqu'à quatre heures. Les Russes se retirèrent alors à deux lieues, ayant éprouvé des pertes considérables. Après la bataille , Napoléon passa la revue des troupes, qui comptaient encore 65,000 hommes sous les armes. Le 25, à six heures du matin, il monta à cheval et se rendit sur les hauteurs près du couvent de Malo-Jaroslawetz, d'où il découvrit l'armée russe dans une belle position. Étant resté trois heures à observer l'ennemi, il ordonna, vers midi, un mouvement rétrograde, laissant au maréchal Davout le soin de former Tarrière-garde. Il coucha le soir à Borowsk et le lendemain à Véréja, où le colonel westphalien Rud avait été pris avec un bataillon. On lui amena le général Wintzingerode fait prisonnier à Moscou. A sa vue , Napoléon entra dans
une violente çolèi^ «t. Uii^t : a Vous êtes ^n trjBitire, vous 9&c\eii contre votre patriç, h GoofédéraitïDn dû Bhin^ Yqus cbioigez fie patrie coms^je ou change d'habit YqU3 . nVvçz qu'un- but« c'ert de me con)battr6, vous le faites par haine; voua vous placez dàn^ les rangs de toutes les puissances en guerre contre moi; je vous ferai juger ^ar un consdl dç guerre,, et si vpus.êtes coupable vous serez fusillé dans t^ois jours. L'incendîe de Moscou est une infamie, je m'en ven^ gérai. J'irai brûler Saint-Pétersbourg; AUeÉl * Puis ^'adressant à raide-de-^camp idu içç/mie de Wintzinge*rode : « Vous, avet servLvotre patrie en honmie d'hotfneu% lui dit-il, c'est bien ^ mais^ vous aves^ tort de vous attachei5 au un trajtse. Je vqus ferai 4nen traiter, vous resterez dans la ipaison du prince de Neuchfttel. »
» Que^lque temps Âprès,Wintzingen)de et sonaide^ de-camp parvinrent K s'échapper. ^
9 Le â5» j'ai pu enfin, rencontrer les deux régi^ ments de cmrsussiers i;inest|ibalieiis« Cette bngâde^.qui avait déjà soijffi^rt beaucoup à la bataille, de la Hos^ kowa, fut réduite à rien dans les a^res du 4 et du 18. octobre ; il n'en restait guère que soixante chevaux; la brigade saxonne du général Thielmann, qui faisait division avec ell^, n'en pî'ésentait plus en ligne que quaramtej et tout le corps de Latouç-Maubourg n'avait pas 500 cavalier^ e;i état de cond^attre^. Cet officiergénéral et le général de Lorge ne pouvaient se lasser de faire l'éloge de la cavalerie westi^iâlienne;
» Le 28 octobre, l'aniaée française arriva à Mo^ jaïs^^ Le 8' corps avait quitté cette, ville le: matiOé Le
2S|S MBMOiaSS SUA LA GAM^AGNË DB 1812
2 novembre^ F Empereur, laissant Viasma^ se porta sor^olensk^ Les Russes, erï apprenant notre retraite, s'étaient mis à notre poursuite à marches forcées, de Kaiouga sur Yiasma«^ Ils parvinrent à^oouper Tarrièregarde (jpie commandait le prince <l'EckmûhL Ce dernier faillit être pris et fut sauvé par un mouvepient rétrograde de Napoléon. L*Empereur confia la mission périlleuse de couvrir Tarmée au vicenroi ; quatre jours après, le prince Eugène étant tombé malade, Ney le remplaça.
» A Viasma, craignant de ne pouvoir être expédié encore, je sollicitai Pautorisation, (jui me fut accordée, de ma fendre au 8* corps, pour exécuter les ordres du roi' de Wèstphalie. Je passai cinq jours avec le^ troupes du <tttO d^Abrantte, et j'acquis la certitude que ce derïiier était loin d*y être aimé. On se plaignait aussi du peu d^ ttoins dont les blessés et les malades étaient Tobjet»
» L'armée commençait à souffrir beaucoup, chaque jour éHe faisait des pertes efArayantes* On accusait Junot de contribuer aux maïux du 8*" corps ; mais le fait est que les autres corps étaient tout aussi à plaindre!
» Le 7 novembre, je revins au quartier impérial et famvai le 9 avec lui k Smolensk. Je quittai cette ville le 18. L*Emp€^éur en partit le lendemain, 14, en traîneau. Lé 15, il était à Krasnoi. Le 8^ corps prit part ee Jour^ K une action vigoureuse contre les Gôsaquss^ Le général westpiialieii Hammerstdn faillit être flût iMTiso&Éier, et le général Allk, û'ayt^nl
plug que quatre bouches à feu, et pas as^z, de oanpB-* oiers, servit luirmém^ cette artillerie avec les officiers encore debout.
)» Le 8' corps, qui avait quitté Mejalak, fort dc^ 5,700 fittotassins, 730 cavaliers (brigade de cayaleriq légère), et ayant un matériel de 30 bouches a &u, n'avait plps k iknolensk que 16 canons, 2,300 fantassins Qt,450 chevaux. Pendant les trois jours que dursr U marche de Smolensk à Krasnoëy il pprdit 13 pièces, &00 fantassins et 30 chevaux. Pans les iroi^ jour^ suivante, le frc^id. étant devenu excessif, le général Âllix fut obligé d'abandonner ses qufii,tre den^ères pièces,, en sortç que, le 18 novembre, le
matériel de Tartillerie westphalienne n'existait plus, 11 restait encore quelques officiers et qœlques ca** nonniers. . .
» Le 15 novembre, la Grande Armée perdit beau** CQup de bagages; le 8' corps, son trésor, où 11 y avait Due trentaine de mille francsu AKrasnoè, T Empereur formii de toute la cavalerie une division de 6 régiments h 1,000 chevaux, doRt le général Latour-Mau-^ bourg ppt le commandemept, ayant spus ses ordres Je général Bruyères. , .
x> ïi'arméer continuant sa désireuse retraite, ^riya^ le 33 novembre, à Bohr, à moitié cheoûu d'O^cha à BorizOw. Le S'' corps n'existait pom* ainsi dire plus. Le général d'Opbs proposa au duc 4' Aérantes de former un bataillon de ce qui restait d^ troupiss westpbalienne^, de couper Içs drapeaux et 4'en distribuer la soie aux chefs des corps aprèi
avoir brûlé les hampes. Junot approuva ces dispositions, en sorte que Ton organisa led troiê cent vingt soldats qui vivaient encore, en un bataillon dont le comitiandeJlienf fut confié au majc»" Rauschrablatt. Cinq jours après ce bataillon était en partie détruit. *>
Terminons le récit succinct de cette fatale retraite par quelques mots sur le passage de )a Bérésina.
L'ennemi avait éprouvé plusieurs fois des revers ; dès qu'il avait eu connaissance cle la retraite, il s'était porté directement sur Viasma par là routé de Kalôuga qui vient y aboutir. Arrivé à cette première ville avant le premier corps, qui fermait la marche, il prit position pour Tempêcher de passer; et le jMTince d'Kckmûhl ne se serait pas tiré de ce mauvais pas, si le 4" corps n'était venu à son secours. Le lendemain, l'Empereur, très satisfait du Vice-Roi , lui confia le commandement de rairrière-garde ; mais comme cette tâche était aussi pénible que dangereuse , les divers corps d'armée qui étaient encore assez forts en furent alternativement Chargés. Le 3^, commandé par le duc d'Elchingen, s'en acqtiitla de la manière la plus glorieuse. Resté en arrière pour faire sauter lés remparts de Smolensk, il fut cerné pair des forces très supérieures et parvint néannioins à se faire jour. L'Empereur, avant de connattire cet heureux résultat, était revenu sur ses pas à la tête de sa garde pour aller le dégager, et t)endant cette marche rétrograde son trésor et ses bagages coururent le risque d'être enlevés. Escortés par une seule et très faible division, ils avaient fait halte sur un plateau en avant de Kras*
Doë; plusieurs milliers de Cosaques, qui avaient six pifteci» de canon ^ escarmouchèrent toute la niatinée autcHir de Tescorte, et le danger ne cessa qu^au retour de TEmpereur, qui avait trouvé le maréchal Ney déjà tiors d'embarras et rejoignant Farmée.
En api»racbant de Borizow» la* situation des troupeii sembla près d*empirer; ja^nais campagne ne s'était déroulée sur un plan aussi vaste : le corps russe, aux ordres de Tamiral Tphitcbakof ^ venu ^e la Moldavie, était entré en ligne et rendait ta retraite encore. plus difficile; le bruit se répandit bientôt qu'il avait coupé le pont de Bori^w, et qu'il occupait la rive opposée* Certes, la position était t^ble ; cependant les, deux armées russes ne pureqi emp^cber le passftge. Deux ponts furent jetés sur la rivière, et Tennen^i, qui avait attaqué en même temps. sur la rive droite et sur la rive gauche, fut repoussé des deux côtés avec une vigueur qui eût fait, hoQneur à des troupes fraîches, et qui était admirable quand m, songe à l'état d'épuisé*^ ment dans ;lequel se trouvait l'armée française.: ,
Ce passage fut pôujrtant la cau^e de bi0& des mal-^: heurs particuliers. Des milliers ,d'bommea isojés , effrayés de l'approche des Russes, se preasaient pour franchir la rivière, etae précipitaient aU milieu d'une énorme quantité de voitures, qui,, voulant toutes se devancer, occasionnaient un horrible désordre. Les boulets de l'ennemi tombaient au milieu de cette multitnde, aucun ne manquait son dSTet : tous semaient la mort et l'épouvante» Les malheureux qui parvenaient au ifivage, après s'être tiréa du milieu des voitures
230 MÉMOIRES SUR LA CiilrfPAGNK DE 1812
brisées, des hommes et de^ chevaux écrasés*, se voyaient souvent rejetés du pont par des 6fficiers-g<^-^ Yîéraux, qui, craignant de le voir se rompre sous te poids des fuyards, repoussaient à coups de sabre tout ce qui se présentait. Alors ne pouvant résister à la foule qui les pressait, ces infortunés tombaient à l'eau au milieu des glaçons. Quelques uns y trouvaient une prompte mort ; d*autres traversaient â là nage , et mouraient de froid sur la rive opposée.
Cette catastrophe fut en quelque sorte avantageuse au gros de Târmée : tous les bagages qui n'avaient pu passer aVaht l'heure dû désordre restèrent sur lu rive gauche, et la marche en devint plus libre. Le pays que traversa l'armée après cette rivière, popù- Jeuîc et bien cultivé , oïTrifaussi depuis ce jour beaucoup plus de ressources. Les paysans, surpris par les troupes qu'ils n'attendaient pas su^ cette communication secondaire, n'eurent guère le tempe de cacher leurs provisions/ On trouva parfois des légumes, des bestiaux et même du pain. La plupart des soldats, craignant bien moins les Cosaques qtti nous flanquaient sans cesse que la faim qui les tourmentait, se répandaient dans les villages voisins de la route, et revenaient vendre aux oôlciers une partie dé ce qu'ils avaient pu trouver. En général; l'armée eut depuis cette époque bien plus de facilité pour subsister ; mais c*est aussi alors que le froid se fit le plus vivement sentir. On avait eu depuis Smolehsk que 16 à 18 degrés de froid; près de Wilna, le thermomètre en marquait 26 ou 27» Ceux qui, aflfaibHs par là faim, pouvaient*
• KN IIUSSfB. 3M
peine se traîner, ne résistteent pan à cetle cruelle température. On vit quelquefois des soldats rangés en cercle, et tous morts autour d*un feu de bivouac qu'ils n'avaient pu entretenir. Ceux qui avaient conservie assee de vigueur pour activer leur marche et leurs mouvements n'eurent que quelques parties du corps gelées : ce furent les plus heureux.
De tous les maux que Tarmée éprouvait, la soif n'était pas le moindre : le grand froid alt^ commf la chaleur, et nulle part on ne trouvait de Teait ; on passait souvent, il est vrai^ sur des étangs et sur de« ruisseaux , mais tous étaient couverts d'une glacç fort épaisse; et m quelqu'un parvenait à y faire un trou, il était entouré aussitôt d'une foule de soldats qui se jetaient sur la glace à plat ventre, et qui s'entre^poussaient pow apaiser Iràr cruéne soif»
Enfin l'armée se i*àpprochait de la Prusse, dont les villages offiràlent plus de ressources. Quelques millier» d'hommes blessés, malades ou harassés de &tiguei furent encore pris dans Wilna , où ils trouvaient 1# repos et un bien-^tre qu'ils n'avaient pas goûté depuis longtemps ; nïais après bet événement^ Tennemi^ af* faibli par ses longues marches et par un frend des plus âpre», cessa sa poursuite^ et tout ce qm wêH j^ échapper aux fatigues et aUx dangers de cette langue retraite passa enfin le Niémen vers leiâ là et i$ dé* cambre, o'esi*iHlire après dnquwte Jours de marclie et de souffrances depuis le départ de Mo»caa«
Le rrri deWêstphaUe, iafermé de la retrait» désastreuse deParaiée français» «t de la d»»truotion du
3âS MÉMOIRES SUR tA CAMPAÇNE DE 1812
8* corps, ^ refusait à croire les malheurs de ses soi-, dats aussi grands qu'ils étaient réellement ; n'ayant pas de nouvelles .officielles, il doutait encore, et le 28 décOTibre, il écrivit au major-général :
« Mon cousin , j'envoie le chambellan comte d ' Oberg , Tun de mes officiers d'çrdonnance, pour prendre des renseignements sur mon aj'inée, dont je n'ai pas ea-. tenda:parler depuis son déport d§ Mojaï^, ainsi que pour donner des secours & ceux de mes officiers, sousofficiers et soldats qui en auraient besoin, et me rapporter les détails des pertes que j'ai sans doute éprouvées* ■ ■• > ■ . , /
» Je désire, mon cousin, que' vous donniez l'ordre à toils Içs officiers supérieurs dont les corps sont en Westphalie, tels que le général Hessberg,^ le colonel Millier, le baroi) de Busch^Munck, le comte de Hœne, etc,^ de se rendre à leurs corps où leur présence est nécessaire ; et comme je suppose que la plus grande partie de njon artillerie ^es|. perdue, je vous prie égalei^ent de donn,er l'ordre ^ au général AUix de revenir à Cassel poui: créçr un nouveau matériel et former un nouveau per^nnel, ce général étant directeur-général de l'artillerie, du génie et des ponts et chaussées, et ne m'ayant suivi àvl'arinée que parce que l'Empereur lui avait don^éle çonmiandement de Partillerie de l'aile droite. Sans cela, je me trouverais, la campagne piDOcbaine^ hors 4'état de fournir de nouveaux renforts.
I? Je désite^ nv>n cousin, que vous ^oyez convaincu du tendre attachement que je vous porte*
EN RUSSIE. 2Sft
ii Cette lettre n^étant à d'autre fin, je prie Pieu qu'il vous ait, mon cousin, en sa sainte et digne garde.
» Votre affectionné cousin,
» JÉRÔME NAPOïioN»
Cassel, le 38 ilécembre 1812. »
A l'époque & peu près où Jérôme adressait la dépêche ci-dessus au prince de Neuchàtel, l'Empereur lui éôriv^t à lui-même la lettre suivante :
« Mon frère, je reçois votre lettre ; je crois votre présence plus utile dans votre royaume qu'à Paria. Il n'existe plus rien de l'armée westphalienne à la Grande Armée, et tout parait annoncer une crise pour le printemps prochain. Faites-moi connaître ce que vous avez envoyé pour reformer vos cadres; ce que vous pouvez faire pour compléter votre artillerie et votre cavalerie ; et enfin ce que vous êtes en état de faire pour approvisiomier et bien armer la position de Magdehourg contre tout événement.
>r La lecture des bulletins et les nouvelles que vous pouvez avoir reçues directement de la Grande Armée vous auront fait connaître qu'elle ^ dû prendre s^ quartiers d'hiver sur la Vistule, après avoir fait des pertes très sensibles.
» Cette lettre n'étant à autre fin, je prie Dieu qu'il vous ait en sa sainte et digne garde.
» Paris, le 23 décembre 1813.
» Votre affectionné frère ,
» NAPOI.]âON. »