CHAPITRE XXVIII
poléon dans ralternatiye de ]ai déplaire ou de l'humilier, il se montra moins jaloux de la faveur du Souverain que de sa propre dignité ; enfin il était gendre du général Dampierre , premier des généraux en chef morts sur le champ de bataille dans la guerre de la révolution. Tous ces titres lui donnaient droit à la confiance de ses frères d'armes et de ses concitoyens.
Le général Dessolles désigna pour le seconder dans le commandement militaire de Paris , le comte Ricard, que sa blessure y avait retenu, et dont l'esprit et l'activité promettaient une utile coopération. L'accession de ces deux officiers - généraux entraîna beaucoup de militaires , par les motifs qui les avaient eux-mêmes décidés, le désir d'arracher leur pays au double joug de Napoléon et de l'étranger , et d'abréger la dangereuse agonie d'une autorité expirante.
Le Gouvernement provisoire prit encore dans la journée du 2 avril , quelques mesures de moindre importance: telles que les arrêtés qui eurent pour but d'accélérer le retour du Pape dans ses Etats , et le renvoi du prince Don Carlos en Espagne. Mais ce qui l'occupa surtout , ce fut la préparation des actes qui devaient signaler la journée du lendemain. '
Ce fut le 3 avril qu'il acheva de s'organiser , en désignant des commissaires pour tenir jus-
54^ CAHI'AGNB QB lBl4^
qu'à confinsatiaA OU no^iiiaaiion des litulairesi, les porte-feuilles des divers départemeiiiâ mînisr tériels. Il noaiiaa le même jour directeiiur^éiiéral des postes le comte de BounrieBue , q[ui s'était s^side cet emploi le 3i mars.
Acte de dé- ^^ Sénat adopta das^. l'après-midi ce* ftOle si Tu^Xn'^ro. ^^^*^^ ' P*^ lequel Napoléoa fiit dépouillé de la nonce par le souvéraitteté qu'il lui avail donnée* Ce déercA pch sait eu principe que , dans une monarchie constitutionnelle , la Constitution ohligeiait le Prince comme les sujets. Le préambules enfumerait les points capitaux dans lesquels V£mpere«ir arait violé l'acte des Constitutions de r£mr pire, du ââ floréal an XII; établissait ensuite qu'il était aboli par le &it , et que le Teeu de la France apprit a^ec la paix , wi nouvel orr dre de choses ; puis enfin , il déclarait : << I^ apo- » léon Bonaparte déchu du trône; le di^ d^h^- » redite aboli dans sa famille , le Peuple /raM- » çais et VJtrmée déliés ^ envers lui , du ^rwfint » de fidélité, n
Ce décret fut signé par les: Sénateura pré* sens , et successivement de tous, les membres du Sénat. On le proclamai splenneHement dans les rues de Paris. Pes milliers d'exemplaires en furent envoyés dans les départemens » aux. ar* mées et aux Alliés.
Les motifs et les consiâquence9 de ce sénatus* consulte fiirent développés par le Gouverne-
ment proTisoire dan» une adrasfte au penple français.
Le vice-président, trois searëtairas et les mem- ^t^té^^b? bres présens du Corps l^islatif se réumreat aussi ^ ^yf d« déle 3 avril , et donnèrent lenr adhésion au déeret de déchéance , par un acte qui fut revêtu au bout de quelques jours d'envircm 80 signatures , où ' le Corps législatif, après avoir établi que « Napa* 9 Uon Bonaparte a mole Vade eonstitutioMBel , D reconnaît et déclare Isl déchéance de Napoléon » Bonaparte et de sa famille^ »
Ce décret et cet acte furent à l'instant même uasujetdè controverse. On soutenait d'une part, qu'émanés d'une partie seulement du Sénat et du Corps législatif , dont la convocation ai la délibération n'étaient c(»iformes aux Constitutions de l'Empire , ils n'avaient pu abolir ces dernières ' adoptées par le Peuple français; on contestait de l'autre , la liberté et l'authenticité de ces ac-* ceptations , surtout pour le sénatus-consulte du ^8 floréal an XII , qui changea la Constitution de l'anYIII; nmis on ne manqua pas d'exemples pour soutenir que l'irrégularité des actes du Sénat et du Corps législatif, se justifiait par le but et la nécessité» Ainsi , quoique la question de droit fôt claire, ils engagèrent par le fait un grand nombre d'honunes qui tenaient un rang élevé dans la société par leur naissance, leur fortune , ou bÎQU encore par leur ipévite personnel , de
544 campàgi^e de 18149
grands services à la guerre , dans Fadàiînistration ou dans les sciences. Ils avaient tous une famille , des amis , une clientelle , et leur exeîoiple entraîna l'opinion de beaucoup de persbnnes incertaines.
Mesures ré- ^^^ actes du Sénat et du Corps législatif alfa^^'ïéioîution l^îcï*^ ajouter encore à la violence des efforts G^wro "^ i* ?*^^ ' depuis plusieurs jours , se dirigeaient contre ▼isoire. Napoléou et SOU Gouvememcnt. Des pamphlets , criés dans les rues ou affichés sur les murs , les attaquaient Tun et l'autre , avec des exagérations et une fureur plus nuisible qu'utile. Des groupes amassés au pied des monumens , encourageaient ceux qui s'efforçaient d'en faire disparaître ses images ou les signes de son pouvoir. Leurs efforts imprudens en avaient dégradé quelques-uns , causé des accidens , ou produit des scènes absurdes : on dressait des machines pour tenter , pendant plusieurs jourjs et sans succès ce qu'eût fait en quelques heures le ciseau du sculpteur ou la lime du serrurier; sur la place Vendôme , par exemple , on avait attelé des chevaux à un câble pour rompre le goujon en fer qui fixait la statue de Napoléon dans là colonne. Le Gouvernement sentit qu'il valait mieux faire ■ avec ordre ce qui était la conséquence de la ré-
volution , et interdire ce qui pouvait y mêler de la violence et du ridicule. Il prescrivit en conséquence , le 4 avril , par un arrêté , la suppresr* sion de tous les signes caractéristiques du Gou-
vernement impérial , et chargea les autorité)) d^ ce soin, sans que le zèle des particuliers pût s'en.méler ou ie% prérenîr. Il défendit ,<laiis 'l^s écrit», cft toute expression- outrageante conti^ lé » Gouvernement renyersé ; la cauise' de la patrie » étant trop noble pour adopter aucun des » moyens odieux dont il s'est servi. »
Poursuivant néanmoins le cours de ses me- Liceaciement sures contre Napoléon , et afin de lui ôter les cUes^nouvTi' moyens de continuer la guerre , il proclama le ^" ^*^®*'* même jour un arrêté tendant à lui opposer, dans ses propres hostilités Fintérét même des familles , en libérant ou licenciant les conscrits non appelés ou non incorporés , les bataillons de nouvelle leuée et toutes les levées en masse.
Tout concourait au dénouement de ce drame politique , lorsqu'un incident vint suspendre lamarche de l'action , et remettre en question le dénouement même , ce fut l'arrivée du prince de la Moskowa et des ducs de Tarente et de Yicf nce ; les propositions qu'ils apportaient , au nom de Napoléon , les considérations qu'ils présentèrent à Tappui , et l'incertitude où elles ] etèrent les Souverains.
Mais avant de décrire les scènes remarquables
et décisives auxquelles cet incident donna lieu,
il convient de reprendre le cours des événemens
militaires dont nous avons suspendu la narration
S4/S CÀMPAd^B DS l8t49
pour donner de suite la bataille et la révolution de Paris. Ce récit nous ramènera à l'époque que nous abandonnons , et jett^a plus de lumière et d'intérêt sur la délibération politique ou forent fixées sans retour les destkiées de la France.