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vétérans du sanctuaire. En demeuraut dans sa cure où tout devait humainement parlant, le retenir, il aurait été dans la nécessité de voir beaucoup de inonde et de recevoir de fréquentes visites. Or, il
voulait être seul avec Dieu seul, pour se mieux pré-
parer à la mort afin d’entrer dans son éternité avec une humble confiance dans les infinies miséricoides de Dieu.
D'ailleurs, il voyait avec bonheur que son successeur dans la cure de Joliette remplissait parfaitement ses vues par les succès qu’obtenait son zèle ; ce qui lui faisait croire dans son humilité, qu’il pourrait réparer toutes les fautes qu’il y avait commises. En outre, il voulait, en venant finir ses jours à Montréal, se rapprocher de son Evêque qui, disait-il, ne manquerait pas, en l’assistant à la mort, de lui donner une bonne passe, pour se présenter au souverain juge et en être bien reçu.
Il entra avec de si beaux sentiments à l’Hospice de St. Joseph, le ler d'Octobre 1864, et depuis ce moment, il ne cessa de se préparer plus prochainement au grand passage du temps à léternité.
Il se familiarisa tellement avec la pensée de la mort, qu’il en était tout préoccupé. Cependant cette sérieuse pensée, loin de lattrister, en le rendant sombre et mélancolique, semblait ajouter un nouvel agrément à son caractère naturellement enjoué et aimable. Aussi parlait-il de sa mort pro-
chaine, comme on parle d’un jour de fête et s’en entretenait-il avec ceux qui le visitaient, comme d’un événement qui ne l'aurait pas regardé.
Tous ont admiré en lui, jusqu’à ses derniers moments, ce calme profond dans lequel son âme était si solidement établie. Il pouvait donc dire avec St. J£rome : ‘ C’était bien à tort, à mort, que l’on te représente si terrible ; car je ne te considère que comme une bonue sœur avec laquelle je vais entrer dans mon éternité. ”?
Avec un homme si bien disposé, il ne fallait pas user de beaucoup de ménagements, pour lavertir qu’il était temps de recevoir les derniers sacrements. A la nouvelle que lui en donna lEvêque, il se recueillit quelques instants, puis fit sa confession après laquelle il reçut le St. -Viatique et lExtrème-Onction. Avant de recevoir la sainte communion, il sembla s’abîmer devant son Sauveur qui venait à lui avec tant de bonté. Il lui adressa de touchantes paroles pour lui exprimer sa foi, son amour et sa reconnaissance. Il lui demanda pardon de toutes ses fautes, en lui représentant qu’il s’appuyait sur la puissante protection de la Bienheureuse Vierge Marie qu’il avait toujours aimée et dont il n’avait
jamais cessé de répandre'la dévotion. Il témoigna
aux assistants qu’il regrettait beaucoup de n’avoir pas toujours été aussi édifiant qu’il aurait dû Pêtre. Enfin, il remercia les Sœurs qui, pendant sa maladie
lassistaient avec tant de charité.
Il vécut encore huit jours, après avoir reçu les derniers secours de l’Eglise, conservant sa parfaite connaissance, excepté les deux dernières journées ‘qui furent pour lui des jours d’une agonie longue mais douce. Enfin, il expira, ou plutôt il s’endormit paisiblement dans le Seigneur le 7 Avril 1866, à 9 heures et dix minutes du matin. Il était âgé de 79 ans, et avait passé cinquante-deux ans au service de l'Eglise.
Un premier service lui fut chanté par Monseigneur Bourget dans l’Eglise de la Providence le dix Avril, après lequel son corps fut transporté à Joliette et inhumé dans l’Eglise paroissiale, le douze du même mois. C’est là que sa mémoire, qui est celle du juste, sera éternelle. In memoria æterna erit justus ; ab auditione mala non timebit.
Pour la satisfaction du lecteur, nous donnons ici, dans toute son étendue, le compte rendu des funérailles solennelles que lui firent les citoyens reconnaissants de la ville de Joliette.
Ce morceau, publié dans le temps, dans les journaux, et dont l’auteur a voulu disparaître sous le voile de l’anonyme, renferme des détails trop touchants pour ne pas intéresser vivement tous ceux qui ont counu le regretté M. Manseau.
‘ Elle pleure, elle verse des larmes amères, cette patrie pleine de foi, sur un membre distingué du
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Te
clergé, sur Monsieur le Grand Vicaire Manseau, Chanoine honoraire, ancien curé de Joliette, et retiré depuis deux ans, à lPHospice de Si, Joseph. C’est dans cet asile béni, qu'assisté de Monseigneur de Montréal et de plusieurs prêtres, il a rendu sa belle âme au Dieu dont il s'était ettorcé de répandre partout la gloire.
La mort, qui le frappa le sept de ce mois, à neuf heures et dix minutes du matin, fut loin de Peflrayer, Les témoins de ses derniers moinents pleins de calm?, furent plongés dans la plas grande douleur * de profondes angoisses accablèrent les Messieurs Brassard,
Cette triste nouvelle aflligea aussi profondément bien d’autres cœurs. Les citoyens de Joliette, avertis que leur ancien pasteur est aux prises avec la mort, se lamentent, se désolent, leur douleur s'accroit quand, par la voie télégraphique, ils apprennent qu'il n’est plus de ce monde.
Ils manifestent alors un vœu bien légitime, celui de posséder au milieu d'eux les restes mortels de celui qui, pendant vingt-deux ans, avait été pour eux, un bienfaiteur et un père, Mr le Curé en fait part à sa Grandeur, et reçoit aussitôt une réponse favorable de sa bonté.
La nuit, la ville de Joliette députe à Montréal,
M. C. Beaudry, directeur du collége ; M. de Lanau-
dière, maire de la ville, et M. J. W Renaud, con-
Teen AE ent rame -nane © mere
seiller. Beaucoup de personnes désirent les accompagner ; mais que faire dans une pareille saison et par de pareils chemins !
Le neuf, un service solennel est chanté dans la
chapelle de la Providence ; Monseigneur lui-même
célèbre et fait l’oraison funèbre ; les mernbres du clergé présents sont au nombre de trente.
Le dix, le corps du vénérable défunt laisse Montréal pour être transporté à Joliette. Quelles difficultés occasionnées par la fonte des neiges n’ont pas à surmonter les hommes généreux chargés d’apporter ce précieux dépot! A peine sont-ils partis de Mortréal, que le corbillard se brise ; à Terrebonne, où ils passent la nuit, ils sont obligés de louer celui de St. François de Sales. Avant d’arriver à St. Roch, le corbillard verse, et le choc fait briser le cercueil. A St. Roch et à St. Jacques, plusieurs citoyens de Joliette attendent les restes de leur vénérable pasteur, leur nombre s’accroit peu à peu, et bientôt, ils forment une suite nombreuse et imposante.
A force de persévérance, d’énergie, les difficultés sans nombre sont vaincues et le convoi atteint Joliette vers les six heures du soir. Un courrier est détaché pour informer les gens de la ville de Parrivée de leur père chéri
Toutes les cloches se mettent en mouvement ; la voix de la tristesse, du deuil, de la mort se fait entendre partout. Le cortége funèbre s’avance dans
les rues de la ville. Oh! quelle scène déchirante se présente en ce moment à tous les regards !
Plusieurs riches citoyens et suitout un grand nombre de pauvres sont là, de chaque côté du chemin ; quelques-uns sont à genoux, d’autres montrent à leurs enfants le cercueil : tous pleurent, tous font entendre des sanglots.
C’est ainsi, qu'entouré du peuple en pleurs, le cercueil parcourt les rues de Lanaudière, St, Charles, Notre-Dame et va déposer dans la grande salle de l'Hôpital, les dépouilles mortelles de M. le Grand Vicaire Manseau.
Aussitôt, la bière est ouverte, et lon voit avec bonheur, que les traits du regretté défunt se sont bien conservés, et, qu’à la grande satisfaction de
tout le monde, il pourra être exposé jusqu’au lende-
main.
Quel n’est pas l’empressement de ces braves gens à venir contempler les traits vénérables de leur père et à répandre de ferventes prières pour le bonheur de son âme, ou plutôt à l’invoquer, tant il est considéré comme un saint. Dire combien d’objets ont touché les mains de ce saint prêtre, est chose impossible. Pendant toute la nuit, il reçut mille témoignages d’affection, d’estime et de vénération.
Le lendemain, les cloches annoncent la solennité funèbre. Le vénérable curé de Berthier, Messire J. F. Gagnon, fait la levée du corps, accompagné des
élèves du collége et d’un grand concours de prêtres parmi lesquels on remarque les Révérends : Cham-
pagneur, supérieur des Clers de St. Viateur, N.
Barret, supérieur du collége de lAssomption, E.
Labelle, F. Dorval, M. Charron, C. A. Loranger, D. Laporte, J, O. Chicoine, L. Brassard, M. Brassard, J. Barret, L. J. Martel, A. Dupuis, H. Coutu, F. X. Laberge, A. Brien, P. Beaudry, A. Gravel, J. St. Aubain, D. Maréchal, E. Laporte, J, Michaud, L. Langlais, L. Lévesque et nombre d’autres dout les noms échappent à mon souvenir.
La procession funèbre commence sa marche solennelle. Les sociétés de ‘ Secours mutuels ” et de “ Bicnfaisance,” le chœur, le corps porté par quatre cultivateurs et quatre citoyens de la ville, la foule silencieuse et recueillie forment un spectacle imposant. La figure de ce vieillard plein de mérites qui, à Joliette comme ailleurs, a passé en faisant le bien, se montre à tous les regards. Qu'il est touchant de le voir parcourir pour la dernière fois, les rues de la ville qu’il a vue grandir par les efforts de son zèle !
Le cercueil est déposé sur le catafalque élevé au pied du chœnr.
En peu de temps, l’Église est remplie de fidèles. Tout l’intérieur du temple est pavoisé de symbole de deuil, d’emblêmes de la mort.
Un dais surmonté d’une couronne est suspendu au-dessus du maître-autel, un autre au-dessus du
tombeau. La messe commence ; elle est célébrée par M. le Grand Vicuire A. Truteau assisté de MM. J. L. Huotet C. Beaudry faisant les fonctions de diacre
et de sous-diacre,
La religion dans la personne de quelques citoyens et des élèves du Collége fait alors entendre ses plus tristes comme ses plus solennels accents.
Sa voix pleine de majesté, de puissance, de douceur et d'espérance excite, remue tous les cœurs. Les terreurs du jugement dernier, les espérances du ciel exprimées dans les parojes sacrées assiégent
tour à tour les esprits des assistants.
Tout à coup le silence se fait dans PEglise. Un prêtre parait dans la chaire. Un manteau romain couvre ses épaules, sur sa figure se lit une profonde tristesse ; c’est M. P. Lajoie, successeur de M. A.
Manseau à la cure de Joliette.
Après la lecture d’une lettre de Monseigneur de Montréal, dans laquelle Sa Grandeur permet, quoiqu’à regret, aux bons paroissiens de Joliette de garder au milieu d'eux leur digne pasteur, lorateur commence l’oraison funèbre.
Il montre M. A. Manseau, tantôt enfant au sein de sa famille, tantôt au collége, tantôt secrétaire de PEvêque de Québec, tantôt missionnaire chez les
Acadiens. Puis, arrivant aux dernières années de
cette carrière si dignement remplie, il le dépeint