MONSIEUR ETIENNE LAVOIE
Monsieur E. Lavoie, naquit à l’île aux Oies, située à quinze lieues au-dessous de Québec, le 24 Octobre 1804, de Antoine Lavoie, navigateur, et de Madeleine Girard de la baie St. Paul. 11 fut baptisé le même jour, sous le nom de Etienne par Messire Griaux, curé du Cap St. Ignace. En 1805, son père vendit son vaisseau et vint s'établir au sixième rang de la paroisse de Boucherville. Dès l’âge de six ans, Etienne fut envoyé à l’école où il se distingua entre tous ses petits camarades par les succès qu’il obtint. Vers la fin de l’année 1817, il eut le bonheur de faire sa premiêre communion sous Mr.
Paré, alors curé de la Longue-Pointe, et desservant de Boucherville, en l’absence de M. Ant. Tabeau, alors en mission au Lac Supérieur. Au mois de Juin, 1818, il reçut le sacrement de confirmation des mains de Mgr. P. C. Panet, coadjuteur de lévêque de Québec, Mgr. J. O. Plessis. Dès ce moment, Etienne commença à montrer ce qu’il serait plus tard. Jusque là il ravait été ni un travaillant, ni un dévot; mais quand il entreprenait de faire quelque chose, il aimait à réussir, et y mettait toute son application. Qnand, pour obéir, il se mettait à genoux pour faire sa prière, il la faisait bien, et la manière dont il s’acquittait de ce devoir, montrait qu'il comprenait ce qu’il faisait et témoignait de la candeur de son âme. Désormais, le travail ne lui coùta plus, l’obéissance lui fut agréable et la piété eut toutes ses affections. Ces qualités le firent remarquer de feu le Docteur Meilleur, ex-surintendant de l’éducation, qui l’attira à son école qu’il venait d’ouvrir dans la paroisse de Boucherville. M. Meilleur sortait alors du collége de Montréal et commençait déjà, en faveur de l’éducation la vie de sacrifice et de dévouement dont il donna tant de preuves dans la suite.
La Providence qui destinait le jeune Etienne aux fonctions du St. Ministère, et qui lui avait donné
dans sa sagesse les qualités requises, ne tarda pas à lui fournir les moyens d’atteindre ce but. Un jour
M. Meilleur qui avait remarqué cette heureuse disposition, lui demanda s’il aimerait à être prêtre : Oui, répond de suite le jeune homme, mais vous savez bien, Monsieur, que mon père n’a pas les moyens de me faire instruire. Le Docteur ne dit rien; mais bientôt, par son entremise, Etienne entra au Séminaire de St. Sulpice à Montréal, le 24 Octobre, 1819. Il eut successivement pour professeurs, Mrs. François de Bellefeuille, Giron, Viau, Bonnin et Haudet. Sous de tels maîtres, il fit des progrès rapides dans les sciences et la vertu. Bon, travaillant, aimable, il se fit chérir par ses professeurs et ses condisciples. Doué d’un jugement sain, il fit un cours d’étude brillant et solide.
Ayant terminé son cours, il embrassa la carrière ecclésiastique et étudia la théologie au séminaire de Montréal où il se distingua par son travail, sa douceur et sa piété. Ordonné prêtre, le 29 Septembre 1829, il fut de suite nommé au vicariat de Blairfindie. En 1832, il fnt envoyé au secours de Mr. Paquin curé de Lacadie, qu’il assista dans sa dernière maladie, puis fut nommé à la cure de St. Timothée.
En 1837 Mgr. Lartigue, reconnaissant les qualités ci les éminentes vertus de ce Lon prêtre, appela à la cathédrale de St. Jacques de Montréal où il fut chargé de la direction des ecclésiastiques. Puis
pour le récompenser de son dévouement et rehausser
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davantage l’éclat de son mérite et de ses vertus, Mgr. Bourget, le digne snccesseur de Mgr. Lartigue, le créa chanoine titulaire, le 21 Janvier, 1841. Dans
* cette nouvelle position, M. Lavoie redoubla d’eflorts
pour se rendre digne de la confiance de son Evêque, et faire honneur à la position à laquelle il avait été élevée.
Mais bientôt les nombreuses obligations auxquelles il avait à faire face, eurent ruiné sa santé ; au point qu’il fut forcé en 1845, de quitter la cathédrale, et d’accepter la cure de la Longue-Pointe, afin de pouvoir refaire ses forces épuisées.
En 1847, il fut transféré à la cure plus importante de St. Vincent de Paul. La mémoire de ce bon curé est encore vivante parmi la population de cette paroisse. On parle encore de sa douce charité, de ses larges aumônes, malgré sa pauvreté, de sa fermeté et en même temps de sa douceur, soit au tribunal de la pénitence, soit dans ses autres rapports avec les citoyens. Il rendit de grands services, aux Religieuses du Sacré-Cœur, établies dans sa paroisse. Comme toutes les communautés appelées à faire du bien, celle du Sacré-Cœur passait alors par des épreuves qui marquaient bien que Dieu la protégeait. Mr. Lavoie, qui prévoyait tout le bien que cette communauté était appelée à faire, r’hésita pas
dans son dévouement et ses sacrifices. Outre les services personnels qu’il rendit, soit comme confes-
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seur, soit comme curé, il logea et nourrit pendant plus de cinq ans, le chapelain de ces Dames à ses frais et dépens.
En 1853, les religieuses appréciant davantage le mérite et la rare sagesse de leur pasteur, voulurent l'avoir pour chapelain spécial. Sur le premier désir de son Evêque, le saint curé, n’hésite pas ; il abandonne sa cure avec les revenus de laquelle il pouvait vivre convenablement, et satisfaire en même temps ce besoin qu’il avait de secourir les malheureux.
Il laissa tout pour se dévouer au service de cette Communauté, n’ayant pour tout revenu que la modeste somme de 200 piastres avec laquelle il lui fallait se nourrir et tenir maison avec sa vieille mère. Malgré ces modiques revenus, il trouvait encore moyen de faire l’aumône. Voici entr’autres, la généreuse résolution que sa charité lui inspirait,
Ayant reçu une lettre d’une de ses nièces qui désirait entrer au couvent pour se faire religieuse, voici ce qu’il lui répondit: ‘‘J’ai reçu hier ta touchante lettre, il est bien consolant pour moi de te voir dans
d’aussi bonnes dispositions. Cependant, je suis pro-
fondément affligé de ne pouvoir seconder tes des-
seins, ni ceux de lu Providence, je suis actuelle-
ment sans moyens, n'ayant plus les revenus de ma
cure. Îl ne me reste qu’une ressource; dis à ton père
que j’abandonne en ta faveur, la part d’héritage
qui me revient de ton grand-père. C’est de ton père même qu’elle me venait. Qu'il fasse des arrangements avec les Sœurs à ce sujet. Je n’ai pas d’autre chose, si je ne fais pas plus, sois persuadée que je n’ai pas la mauvaise volonté. J'aurais un si grand plaisir de te seconder, etc.” C’est au milieu de ces sacrifices, et en pratiquant toutes les vertus qui font les saints que Mr. Lavoie vit passer les quatre années qui s’écoulèrent depuis le jour où il accepta la charge de chapelain.
En 1857, les Dames du Sacré-Cœur, ayant transféré leur établissement au Sault-au-Récollet et les Pères Jésuites devant désormais les desservir, Mr. Lavoie fut nommé chapelain des sœurs de Jésus Marie à Longueuil. Il remplit cette nouvelle charge, avec le même zèle, le même dévouement, la même charité dont il avait donné tant de preuves déjà. Mr. Lavoie mourut à Longueuil, chez les Sœurs de Jésus Marie le 16 Février, 1866, à l’âge de 64 ans. Voici en quels termes la Minerve d’alors, annonçait la triste nouvelle de sa mort.
Mr. Lavoie était souffrant depuis quelque temps mais il ne gardait pas le lit, et dans la journée de Jeudi il put remplir tous ses exercices religieux et réciter son bréviaire comme à l’ordinaire. Dans le cours de la nuit, il fut pris d’une faiblesse soudaine qui lui enleva sa connaissance, et il expira dans la journée, rendant sa belle âme à Dieu sans secousse
et sans douleurs. Dieu en l’appelant à lui, a choisi parmi ses plus dignes serviteurs, un bon citoyen et un saint prêtre. Doué d’une bonté de ‘cœur sans exemple, il accueillait tout le monde avec une douceur qui lui gagnait toutes les affections. Le feu de la charité embrâsait son âme généreuse, et il eût tout sacrifié pour son prochain. Mr. Lavoie possédait en un mot toutes les qualités qui attirent l’estime et le respect du monde unies aux douces vertus qui méritent le regard favorable du Tout-Puissant, Nous ne croyons pas mieux terminer cette courte notice, qu’en reproduisant le passage suivant extrait des chroniques des Sœurs de Jésus Marie, à Hochelaga, en date du 16 Février, 1866.
‘ Nous apprenons avec douleur la mort si prompte du Révérend Monsieur Etienne Lavoie, Chapelain de Longueuil et Supérieur Ecclésiastique de notre Communauté. Ce digne Prêtre laisse un souvenir de paix au milieu de nous. Son cœur renfermait des trésors de mansuétude, de charité et d’amour. Il a su pacifier les esprits dans les temps les plus agités. Le secret de son influence n’était ni dans lPéloquenee, ni dans l’attrait extérieur de sa personne : la nature l’avait peu doué, mais la grâce lavait tellement favorisé de ses dons qu’il régnait sur les âmes qu’il conduisait avec une suavité admirable, Comme St. François de Sales, la douceur faisait sa force, et c’est par la douceur qu’il les gagnait à
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